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Full text of "Poésies rouergates de Claude Peyrot, prieur de Pradinas : suivies d'un choix de ses poésies françaises : édition critique"

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Œuvre? de Glaude peyrot 



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Monument CLAUDE PEYROT, par J. MALET 

(Vue d'ensemble) 




Monument CLAUDE PEYROT, par J. MALET 

(Buste et Médaillons) 



POÉSIES ROUERGATES 



Claude Peypot 

prieur de pradipas, 

SUIVIES D'UN CHOIX DE SES POÉSIES FRANÇAISES, 

Edition critique avec introduction et glossaire 



Léopold CONSTANS, 

Majorai du Fclibrige, 
Professeur à l'Unluersité d'Air-Marseille, 

précédée d'une notice biographique et littéraire 

PAR 

Jules ARTIÈRES. 




MILLAU 

ARTIÈRES & J. MAURY 
boulevard de l'Ayrolle. 



AVIGNON 

Veuve ROUMANILLE 
»7, rue Sl-Agricol 



1909 



Jniversitas" 
BIBL10THECA 

Oftaviensis 



PC 



NOTICE BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE 



INTRODUCTION 



fiOWlCE 

BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE 

SUR 

CLAUDE PEYROT 



Les précédents éditeurs des œuores de Claude Peyrot 
n'ont donné sur la uie et l'œuore de notre poète rouer- 
gat que des renseignements tout a fait incomplets. Aussi, 
nous a-t-il paru que ce serait faire œuure utile d'étudier 
la uie, si peu connue, de notre poète et de rechercher les 
diuers jugements qui ont été portés sur son œuore. Le 
succès a couronné nos recherches et il ua nous être possible 
de faire reuiure sous des traits exacts et asse^ complets 
la sympathique figure, pleine de finesse, de simplicité et de 
bonhomie, du poète qui a si bien incarné et traduit le 
caractère rouergat ; qui a décrit av>ec tant de uérité les 
durs traoaux et les délassements des habitants de nos cam- 
pagnes ; qui a enfin le mérite, la gloire même « d'aooir 
« depuis longtemps occupé les veillées des fermes et des 
« chaumières et amusé plusieurs générations d'âmes simples, 
« sans en corrompre jamais aucune, m Çi) 



,*, 



fi) Discours de M. le Président de la Société des Lettres, septembre igoS. 



— II 



AVANT LES GEORGIQUES 

Peyrot Jean-Claude, fils de Claude Peyrot « bourgeois u, 
et de Claudine Matheron (i), naquit à Millau le 3 septem- 
bre 1709 et fut baptisé le 28 du même mois ; Pierre Ga- 
libert, <t travailleur u, fut son parrain. 

Les Peyrot, auteurs de notre poète patois, étaient ori- 
ginaires du Gév»audan (2). Au commencement du xvii* 
siècle (3), ils oinrent se fixer à Millau où ils furent long- 
temps marchands. Ils ne tardèrent pas à acquérir une 
grande notoriété dans notre uille. En effet, entre 1662 et 
1757, c'est-à-dire dans l'espace d'un siècle, ils occupèrent 
2g fois la charge consulaire à Millau. 

La famille Peyrot (4) se subdivisa en plusieurs branches : 
Peyrot-Matheron, la famille de notre poète (5) ; Peyrot- 
Canron ; Peyrot-Restaurand ; Peyrot-Courtines ; Peyrot 
de Gou50unès et Peyrot de Vailhau^y : ces derniers étaient 
seigneurs de Lugagnac. 

Dans ses Documents historiques et généalogiques sur les 



1. Les noms dt Peyrot et dt Matheron sont très anciens à Millau. Sur un 
Rôle d'imposition de iSog figure un Peyrot, qui ererçait la profession de 
sabatia, cordonnier. Quant aui Matheron, ils habitaient, au xv« siècle, la rue 
Neuue-Haute, qui porta pendant plus de deux cents ans le nom de Hue des 
Malterons. 

2. Hist. de JV.-D. de l'Espinasse, 281. 

3. Aucun Peyrot ne figure sur le cadastre de la commune de Millau en 
i632 ; mais plusieurs figurent sur les suioants : i653, 1662, i668, etc. 

4. Jean Peyrot fut curé de Millau de 171 5 à 1726 ; Antoine Peyrot, de la 
branche des Restaurand, après avoir été prieur de Peyre, fut aussi curé de 
Millau de 1746 à 1757. 

Les Peyrot possédèrent plusieurs domaines dans la Commune de Millau. 

5. Une note insérée sur un ancien compois de la commune de Millau nous 
apprend que le mariage de Claude Peyrot auec M"' Matheron eut lieu, «ers 
la fin de 1708, à Nant, contrat reçu par M»» Bertays et Bruguière. 



familles du "Rouergue, de Barrau dit : « Il existe à Nant 
des rejetons de la famille Peyrot m. 

Ces rejetons étaient : Jean-Alexandre Peyrot, marié auec 
Françoise Agussol, décédé en 1859, à l'âge de 96 ans, 
laissant pour enfants : 1° Alexandre, instituteur ; 2° Justin, 
professeur de musique à Belmont ; 3° Marie, institutrice ; 
4° Antoine-Félix, receveur particulier des Contributions 
Indirectes à Angoulême, décédé en mai 1896. 

Ce dernier n'a laissé qu'un fils, Inspecteur des Contri- 
butions Indirectes de la H**-Vienne, de qui nous tenons 
les détails qui précèdent et qui paraît être aujourd'hui le 
seul rejeton de la famille autrefois si nombreuse des Peyrot. 
Il a une fille mariée au capitaine Létourmy, professeur à 
l'Ecole d'Artillerie et du Génie à Fontainebleau. 

La mère de Claude Peyrot, étant d'une constitution déli- 
cate, fut obligée de recourir à une nourrice, et le hasard 
voulut que la femme choisie pour cette fonction possédât 
un caractère des plus enjoués, ce qui a fait supposer que 
le jeune enfant tenait de celle-ci la uerue de gaîté et de 
bonne humeur à laquelle il dut presque tous les beaux 
vers qu'il composa. Chanson, imprimeur à Millau, auteur 
d'un "Eloge historique, civil et littéraire de notre poète 
(1812), rapporte que la nourrice n'avait, lorsqu'elle voulait 
tarir les pleurs et calmer l'irritation de son nourrisson, 
qu'à moduler un air quelconque, et, à l'instant, les larmes 
cessaient de couler et les gémissements étaient suspendus. 
Chanson conclut de ce fait que l'instinct de la musique, 
pour laquelle Peyrot fut toujours passionné, s'était déve- 
loppé en lui dès la plus tendre enfance (i)- 

Chanson rapporte encore , sur la jeunesse de Claude 
Peyrot, le trait suivant : 

Jeune encore, il rencontra un jour une pauvre femme, 
portant un enfant sur ses bras et qui demandait l'aumône. 
Emu de pitié, notre jeune homme tira de sa poche une 



1. H. Affre, Biographie ^veyronnaise. 



pièce de « six sous u, qu'un de ses oncles lui auait donnée 
la ueille, et la remit à la malheureuse. 

Cet acte de charité, qui peignait déjà le caractère de 
Peyrot, fit verser de douces larmes à l'auteur de ses jours. 
Celui-ci l'embrassa tendrement et lui dit, en le serrant dans 
ses bras : « Je te sais bon gré, mon fils, d'aooir fait de 
« ton peu d'argent un usage aussi noble. Souuiens-toi 
« qu'un bienfait n'est jamais perdu. Tu oiens de disposer 
« de tes six sous en faisant une bonne œuore ; je t'en 
« rends uingt-quatre et je ne crois pas encore asse^ payer 
« ton 5èle pour l'humanité souffrante w. 

Après de bonnes études commencées à Millau, che^ les 
Carmes, et continuées à Toulouse, che^; les Jésuites, Claude 
Peyrot étudia le droit, qu'il poussa jusqu'à la licence. Ce ne 
fut, paraît-il, qu'après auoir obtenu ce grade, qu'il entra 
au séminaire de Toulouse. Le titre clérical lui fut constitué 
par son père le 14 mai 1735 (i). Il fut ordonné prêtre le 
22 décembre 1736 (2). 

Son amour pour la poésie et pour l'agriculture se réoéla 
de bonne heure en lui. S'entretenant un jour des charmes 
de la oie champêtre aoec son professeur de rhétorique, 
celui-ci lui dit : « Je v)ous conseille de méditer au plus 
« tôt les œuores d'Hésiode : peut-être deoiendre^-uous, 
« dans la suite, le chantre du peuple pasteur ». Cette pré- 
diction deoait s'accomplir (3). 

Quelque temps après que Claude Peyrot eut fini son 
séminaire et célébré sa première messe, il fut nommé pré- 
bendier dans l'abbaye de Saint-Sernin, à Toulouse, où il 
demeura près de 20 ans. Cette uille fut de tout temps 
célèbre par son amour pour les beaux-arts. Doué de dis- 
positions naturelles pour la poésie et la musique, Peyrot 
s'y adonna aAJec ardeur (3). Quatre sonnets en l'honneur 
de la Vierge obtinrent deux prix à l'Académie des Jeux 



I. H. Affre, Biographie A veyronnaise. 
i. Archives départementales, G. zyl. 
3. De Gaujal. — E/o^. hist. 



Floraux de Toulouse. Cette même Société littéraire cou- 
ronna plusieurs autres pièces de notre auteur, telles que : 
le Combat pastoral, sur ces paroles : Instruire et Amuser, 
un poème sur le Commerce et une églogue ayant pour 
titre : l'Esprit de contradiction. Le Combat pastoral fut 
aussi honoré d'un second prix, en 1752, par les Jeux 
Floraux établis à Rode^ Çt). 

Le 24 août 1748, Jean-Claude Peyrot fut nommé prieur 
de Pradinas (2), en remplacement de Jean Peyrot de Cour- 
tines, son oncle, qui résigna ce bénéfice en sa faueur (3). 

Ce fut dans cette humble retraite champêtre, que, jouis- 
sant du calme de la nature, loin des tourbillons du monde, 
il se liora, plus que jamais, aux charmes de la poésie et 
de la musique. 

« Relégué au uillage par ses fonctions ecclésiastiques, dit 
JH, de Gaujal, obligé de parler aux paysans leur idiome, il 
se mit à s'exercer en oers dans cette langue uulgaire ; et, 
soit que l'aspect et le séjour des champs l'inspirassent plus 
heureusement à Pradinas, soit qu'il maniât plus facilement 
le roman, moins rebelle à la poésie que le français, soit 
enfin que son heure fijt venue, il se trouva poète. 

« La musique, qui est une autre poésie, occupait aussi 
ses loisirs, et il ne se bornait pas à la cultiver par lui- 
même : de ses villageois il fit des musiciens. Ses amis qui 



I. H. Affrc. Biographies .3veyronnaises. 

1. Chef-lieu de commune du canton de Sauueterre, arrondissement de 
Rodej. Cette paroisse était, paraît-il, fort pauure. Voici la réponse que 
faisait, en 1771, le prieur Alexandre Peyrot au questionnaire adressé par 
l'Evêque de Rode:; à tous ses curés et prieurs : 

" Les pauures, qui sont quasi en aussi grand nombre que les habitants, n'ont 
d'autre soulagement qui celui que leur donne le seigneur de la paroisse et le 
prieur. . . Peu de pauures invalides qui n'aient quelque petite ressource ; mais 
la moitié des paroissiens auraient besoin d'être soulagés pour viure... Le 
plus riche paysan de Pradinas recueille à peine une fois dans les 10 ans 
l'entière provision du blé qu'il lui faut.. . Il serait à souhaiter qu'on semât du 
sparse/ qui fait un très bon fourrage, mais qu'on ne connaît guère encore que 
du côté de Millau jj. 

3. Arch. dép. G. 277. — ■ Bénéfices du Kouergue. 



allaient le uisiter s'émeroeillaient de son succès. Il donnait 
aux cérémonies religieuses, dans son prieuré rural, beau- 
coup d'éclat et de solennité, et l'éuêque de Rode5, Charles 
de Grimaldi, dans l'une de ses tournées pastorales, ne re- 
venait pas de sa surprise de trouoer, dans une église de 
uillage, des messes en musique et des motets. 

« En échange des leçons de chant qu'il donnait aux pay- 
sans de Pradinas, leur prieur apprenait d'eux tout ce qu'ils 
pouvaient lui enseigner d'agriculture : il y joignait ses 
observations, et c'était là encore une de ses occupations 
favorites Çi) "• 

Après avoir passé dix-sept ans à Pradinas, Peyrot rési- 
gna ses fonctions en faveur de son frère Alexandre, le 2.2 
décembre 1765 (2). 

Il se retira alors à Millau où il fut admis dans la com- 
munauté des prêtres obituaires de Notre-Dame (12 avril 
1766) (3), dont il fit partie jusqu'à la Révolution. 

Depuis 1726, Claude Peyrot était titulaire de la chapel- 
lenie Saint-Nicolas, bénéfice n'obligeant pas à la résidence, 
et jouissait à ce titre d'un pré situé au bout du Pont 
Vieux. 



LES GEORGIQUES 



Les goûts littéraires et agricoles de l'ancien Prieur de 
Pradinas établirent bientôt une vive sympathie entre lui et 



1. De Gaujal. — Eloge hislorique. 

2. Archives départementales, G 283. — Bénéfices du "Rouergue. 

3. Collation d'une des places autrefois monacales de JV.-D. de l'Espinasse à M*- 
J.-C. Peyrol-Mathcron. — Archives départementales. G. 284. 



M. Despradels (0, « Pour ce dernier surtout, si jaloux de 
faire chérir l'agriculture, dont il faisait ses délices, c'était, 
dit M. de Gaujal, la plus heureuse rencontre que celle d'un 
poète qui pouuait chanter, dans la langue maternelle des 
agriculteurs, leurs travaux et leurs délassements, leurs 
mœurs et leurs plaisirs. Saint-Lambert auait lutté contre 
Thomson, en 1769, et s'était montré poète ; Delille, par sa 
Traduction des Géorgiques, qui parut la même année, aoait 
acquis le nom de Virgile français. Despradels sollicita vive- 
ment son ami de chanter, a son tour, les Saisons et les 
Géorgiques en patois. 

« Cette invitation produisit d'abord un seul chant, Lo 
Primo (Le Printemps), lequel naturellement fut adressé à 
N. Despradels, ami de l'agriculture, et qui commence par 
reconnaître que c'est lui qui avait donné à l'auteur l'idée 
de chanter les saisons. Mais Peyrot, regardant cette entre- 
prise comme au-dessus de ses forces, s'était borné au Prin- 
temps. Cependant l'évêque de Rode5, (Jérôme Champion de 
Cicé), étant venu à Millau, l'accueillit de la manière la plus 
flatteuse, l'engagea à compléter son ouvrage et en agréa la 



I. Despradels d'AUaret (Jean), était né à Millau en 1728, Doué d'un goût 
très prononcé pour l'agriculture, il s'adonna à l'étude de cette science, s'ins- 
truisit sur beaucoup de points pratiques auprès des fermiers, ses «oisins, et 
s'efforça ensuite d'appliquer les connaissances acquises sur son domaine de 
la Hode, près Millau. C'est à lui que le pays fut redevable de l'introduction 
du sainfoin. Il fut aussi le premier à essayer la culture du trèfle sur une 
propriété qu'il possédait à St-Jean-du-Bruel ; il en avait fait venir la graine 
d'Alsace. Enfin, la culture de la pomme de terre, encore si peu connue, prit 
de l'extension grâce à lui, et il n'épargna rien pour faire tomber le préjugé 
qui s'opposait à l'usage de ce précieux tubercule pour l'alimentation du peuple. 

L'expédient qu'il imagina fut de donner aux principaux habitants de Millau 
un repas somptueux, où il annonça ijru'on mangerait de la pomme de terre. On 
en servit effectivement de plusieurs sortes ; et, grâce à l'habileté des cuisi- 
niers, il fut décidé que c'était un mets friand. Cette décision eut du retentis- 
sement ; elle fut proclamée dans les campagnes environnantes ; les paysans 
et les valets de ferme eurent honte d'être plus difficiles que les Lucullus de la 
ville et, bien que la pomme de terre ne reçijt pas pour eux le même apprêt 
que dans un festin, ils s'accoutumèrent à la trouver bonne ou, du moins, à 
s'en contenter. De Gaujal, iv. — H. A., Biographies .^uey rennaises. 



— VIII — 

dédicace. C'est a ces encouragements que l'on doit les 
Géorgiques patoises, qui sans cette circonstance, n'auraient 
peut-être pas été achetées ». 

Les Géorgiques patoises parurent en 1781 et obtinrent 
plus d'attention qu'elles ne semblaient deooir en attirer. Le 
Mercure de France ne dédaigna pas de s'en occuper. Tou- 
tefois, en sa qualité de bel esprit parisien, dit L. de Santi (1), 
le critique du Kcrcure ne crut pas deuoir laisser passer 
l'occasion de donner une petite leçon de bon goût à un 
curé de province, et c'est d'une plume légèrement dédai- 
gneuse qu'il laissa tomber, dans le numéro du 9 juin 1782, 
l'admonestation suivante : 

« Le défaut de M. de Pradinas est de s'appesantir un 
peu trop sur les petits objets et de trop développer ce qui 
ne doit être qu'indiqué. Ce défaut est celui des Allemands 
et des Anglais... ». Mais, plus bas, il ajoute : « Les se- 
mailles, la taille des arbres, leurs maladies, les vendanges, 
la moisson, tout cela y est dépeint avec une vérité, un 
naturel, une naïveté même qui ne peut appartenir qu'à un 
homme qui est, comme lui, sur les Heur, et qui calque, 
pour ainsi dire, à la vitre les grâces de son modèle. Il y 
a surtout, dans son quatrième chant, une description de 
l'hiver pleine d'imagination et que nous citerions en entier 
si le poème n'était pas écrit dans une langue inintelligible 
à la plus grande partie de nos lecteurs (i) ». 

— n Eh bien, oui, répondrons-nous avec L. de Santi : 
ce qui fait le charme exquis de la poésie de Peyrot, c'est 
sa grâce et sa naïveté d'homme des champs ; s'il a calqué 
à la vitre — ce qui n'est assurément pas aussi facile que 
semblait le croire le Mercure, — il l'a fait avec un senti- 
ment délicieux de son sujet, avec une élégance suprême de 
son crayon, avec une richesse et un bonheur prodigieux 
d'expression ». 



1. Etude sur Peyrot. 

1. Ces éloges et ces critiques inspirèrent à Peyrot une pièce française, 
écrite sur un ton badin, que nous publions dans la présente édition. 



— IX — 

« On s'occupa des Géorgiques patoises a Versailles com- 
me à Paris. Le Cheualier de Rebourguil Çi) adressa à Peyrot 
une épître charmante imprimée en tête du poème. M.onsieur, 
depuis Louis xviii, ayant appris l'existence de ce poème 
par son ancien sous-précepteur, qui était des enuirons de 
Millau (i), se le fit expliquer et l'apprécia. D'un autre côté, 
le capucin Venance (3), connu par sa Quête du blé, écrite 
en prose et en uers, en 1786, célébra le mérite des Géor- 
giques patoises dans une autre épître adressée a leur auteur. 
Elles ont eu les honneurs d'une traduction en v>ers français 
et en uers latins. Mais le succès le plus populaire et le plus 
flatteur peut-être est celui que Peyrot a obtenu dans son 
pays, où il n'est pas un seul propriétaire-cultivateur ayant 
quelques moments à donner à la lecture, qui ne le cite, qui 
n'en sache quelques morceaux par cœur. 

« Ainsi, ajoute de Gaujal, étudié par un prince destiné à 
régner, chanté par des poètes, loué par le journal le plus 
répandu de cette époque, réimprimé tous les dix ans, ap- 
pris par cœur par ses compatriotes et traduit dans la lan- 
gue littéraire de l'Europe, aucun succès, aucun hommage 
ne lui a manqué : le succès fut même d'autant plus éton- 
nant que c'est à l'âge de yo ans que l'auteur achevait son 
poème. 



1. Mestre dz. camp de Cavalerie et lieutenant dts Gardes du Corps du 
Comte d'Artois. -- Le Cheualier Falgayrettes de Rebourguil était né à Millau 
en 1740. Il entra fort jeuni aux Mousquetaires et se distingua parmi ses ca- 
marades par sa conversation brillante, ses manières aimables et une foule de 
poésies fugitives recueillies dans les publications périodiques de l'époque. 
Emigré pendant la Révolution, il rentra en France en 1814, servit comme 
commandant d'escadron des Gardes du Corps et se retira lieutenant-général 
et Grand Croix de l'ordre de Saint-Louis. H. A., Bio^. Aveyr. 

" Le Chevalier de Rebourguil, dit L. de Santi, était un bel esprit dans le 
goût du jour. Retenu par les devoirs de sa charge auprès du comte d'Artois, 
à Paris, fréquentant les poètes à la mode et se piquant lui-même de poésie, 
il ne dédaignait pas de correspondre avec le curé de Pradinas u. 

2. L'abbé de Mostuéjouls, alors premier Aumônier de Madame. 

3. Il était de Carcassonne et s'appelait Dougados. Nous donnerons plus 
loin sur lui quelques détails biographiques. 



« Sans doute, fait remarquer le même auteur, à force de 
naïueté, Peyrot est quelquefois trioial ; il y a che5 lui des 
fautes de goût à reprendre ; il n'a pas su se débarrasser 
de ce cortège mythologique, consacré, il est urai, par les 
anciens dans leurs poésies, mais doublement déplacé, ridi- 
cule même, dans un poème didactique écrit en patois. Mais 
l'expression du chantre patois des Géorgiques est habituel- 
lement pittoresque ; son style est constamment énergique ; 
ses uers pleins d'harmonie et souvent d'harmonie imitatioe ; 
ses tableaux, tantôt frais et gracieux, tantôt sombres et 
terribles comme les objets qu'ils représentent, mais toujours 
d'une uérité frappante ; enfin, ses préceptes, fondés sur 
l'expérience et une théorie éclairée, sont d'une évidente 
utilité. Ce sont ces divers genres de mérite qui portèrent 
bientôt ce poème hors des limites de l'idiome dans lequel 
il était écrit (i) »• 

Dans ses Lettres sur la poésie patoise, Al. Daudé de 
Laualette émet un jugement identique : 

« Le chantre des Quatre Saisons, dit-il, fait un grand 
usage de la mythologie païenne. C'est là un défaut dans 
l'ceuure de Peyrot. Il est orai qu'alors on n'auait pas en- 
core protesté, au nom du génie du christianisme, contre 
cette bigarre alliance de la théogonie païenne et de la lit- 
térature des peuples chrétiens. Dans ses innovations my- 
thologiques, Peyrot ne faisait que payer un tribut aux 
habitudes littéraires de son siècle. 

« Le mérite des Saisons paloises est dans une foule de 
petits détails d'une simplicité charmante, dans ces petits 
tableaux où l'expression relèue. par son harmonie où sa 
poétique naïoeté, les objets les plus vulgaires ; il est par- 
tout où ne sont pas les personnifications et les divinités 
mythologiques u, 

« On doit, dit de son côté notre compatriote A. Caban- 



Dc Gaujal. 



— XI — 

tous, axjocat (0, ramener à trois qualités éminentes ce qui 
distingue le poème des Quatre Saisons ; originalité dans la 
peinture des mœurs et des usages du Rouergue, élégance 
et précision dans la forme. La versification en est pure ; 
elle annonce que l'auteur possédait, à un haut degré, le 
don de l'harmonie. L'expression des sentiments s'y dégage 
auec tout le mouvement de la uerwe et se reuêt parfois de 
beaucoup d'éclat et de coloris. Ce genre étant essentielle- 
ment descriptif entraînerait bientôt une froide monotonie ; 
aussi l'auteur a su rompre et briser à propos son sujet par 
des épisodes remplis d'enjouement et toujours ménagés avec 
art 

« Le Printemps arrioe le premier et le chant qui l'em- 
brasse est sans contredit le plus riche. L'auteur a uoulu 
expliquer plus loin que le droit d'aînesse aurait appartenu 
à l'automne, d'après les traditions bibliques ; mais il a 
débuté par la saison des fleurs, dont un usage plus logique 

a de tout temps fait précéder les autres (2). Parmi 

les descriptions et les images présentées auec tant de bon- 
heur, à l'aide de ces diminutifs qui rendent notre idiome 
si souple et si harmonieux, on peut citer dans ce chant les 
deux passages consacrés aux caues de Roquefort et, surtout, 
aux Cascades de Creissels. On y remarque aussi quelques 
oers sur la bregouso Cngleterro, tout chauds d'un patrio- 
tisme qui reoient clôturer le poème. 

L'Eté s'ouure, auec le deuxième chant, par des tirades 
vraiment olympiennes ; et pourtant ce chant n'est pas aussi 
soutenu que celui qui précède. On peut dire qu'il est moins 
l'exposé des travaux rustiques, alors si multipliés, qu'une 
sorte de cadre où viennent se grouper asse5 brusquement 
des éloges prodigués à plusieurs magistrats. Celui du ver- 
tueux Louis XVI est à la tête ; sa place était naturellement 
marquée par la protection qu'il accordait à l'agriculture. 



1. Echo delà Hourbie, 1841. 

2. La petite flatterie^décernee à Voltaire dés les premiers uers n'est qu'un 
hommage alors obligé ; du reste il est restreint à Voltaire poète. 



Cependant on retrouve dans ce chant quelques tableaux de 
bonheur champêtre : le repas des faneurs, la sieste méri- 
dienne, les joies du grenier qui s'affaisse, enfin la fête 
de la moisson, lo soulenco, que le poète compare aux anti- 
ques fêtes de Cérès. 

« Le troisième chant, VAulomne, offre à cette reuue de 
l'économie rurale le tableau animé des uendanges, et la 
charmante naïoeté p-^toise éclate ici oiuement dans quelques 
anecdotes pleines d'esprit. Tout cela se trouoe accompagné 
de préceptes d'une douce morale : la charité est recom- 
mandée aux riches et la foi résignée aux pauures. La uieille 
assimilation de la vie de l'homme auec les quatre saisons 
s'y retrouve dans un passage tout empreint d'une suave 
mélancolie. 

« Le quatrième chant offre une magnifique description 
du palais de VHiver. On ne peint pas avzc plus d'imagina- 
tion. La saison des frimas est le beau moment des conteurs 
accroupis sous l'âtre domestique ; aussi l'on voit se dérou- 
ler ici, sous d'ingénieux épisodes, tout le bagage ordinaire 
du merveilleux, tels que revenants, voisins ou voisines plus 
ou moins sorciers. . . ; puis surviennent les folies du carna- 
val, la promesse de mariage, la paille rompue, les noces 
bruyantes. Ce chant fournit des détails sur la cueillette des 
amandes, sur la chasse, sur les petits travaux qu'on peut 
faire dans les temps les plus rigoureux, etc. 

« En résumé, les Géorgiques paloises, dédiées par l'auteur 
aux amis de l'agriculture, ont bien mérité de cet art indis- 
pensable, en mettant son enseignement à la portée des 
habitants des campagnes. A un point de vue plus élevé, ce 
livre est précieux comme un des derniers hommages poéti- 
ques rendus a l'idiome que nos pères ont officiellement parlé 
pendant plus de cinq siècles, et dont les monuments qui en 
ont consacré la richesse sont recherchés et propagés de 
nos jours avec une émulation si digne d'éloges. A tous ces 
titres, la ville de Millau doit honneur et reconnaissance à 
la mémoire d'ui de ses fils qui a si bien chante son noble 
pays 1 u. 



— XIII — 



III. 



APRES LES GEORGIQUES 

On sait que les idées nouvelles de 1789, qui ne permet- 
taient point de préooir encore les excès de 1793, furent 
généreusement acceptées, à Millau comme ailleurs, — peut- 
être même plus qu'ailleurs, (i) — aoec enthousiasme et 
confiance. On peut lire, dans les registres des Délibérations 
Communales (2), de nombreux et Intéressants détails relatifs 
au mouoement de 1789 à Millau, mouvement auquel furent 
spécialement mêlés MM. de Bonald, maire de Millau ; de 
Grandsaigne, ancien mousquetaire ; l'abbé Duchêne, condu- 
cher de Notre-Dame ; Richard, procureur du Roi au Bail- 
liage ; Dufour, lieutenant du Maire ; Descuret, auocat, t^"" 
consul ; Despradels d'Allaret ; Lafajolle de Combettes ; 
d'Artis ; de Bour5ès ; de Sambucy ; Bonhomme ; etc. 

« C'est, — dit l'auteur de Débuts de la 'Révolulion dans 
le Uouergue, — c'est dans ce milieu éclairé et libéral, dont 
son caractère religieux, son talent poétique et sa philosophie 
jooiale lui auaient ouvert les portes, que uécut le Prieur 
de Pradinas. 

11 se lia particulièrement auec M. de Bonald, auquel il 
adressa deux jolis compliments en vers, l'un en 1789 pour 
le féliciter de sa gestion administrative, l'autre en 1790, 
lo colo des irobolhodous, pour le prier de conserver le 
chaperon ; car, lui dit-il, 

Sobèn prou 
Que, s'estimàs l'ounèste ome senhou, 
Mespresàs pas noun plus lou brabe ome que lauro. 



1. " Le Rouerguc fut à l'auant-garde du mouvement de 1789. Toute une 
noblesse jeune, vaillante, enthousiaste, amie des lettres et des arts, mêlant 
à ses plaisirs des rêves de fraternité et des projets de réformes sociales, s'y 
agitait et remuait imprudemment le levain des libertés populaires, dans les- 
quelles elle devait sombrer ;j. (L. de S., Débuts de la Hévol. dans le T^ouergue). 

2, Nous avons rapporté ces détails tout au long dans les JJnnales de Millau. 



« Mais c'est surtout dans les familles de Gualy et de 
Sambucy qu'il trouva l'accueil le plus cordial. Aussi sa 
reconnaissance enuers ses généreux amis se traduisit-elle 
maintes fois par de gracieux enuois poétiques. 

« Tantôt c'est un compliment de jour de l'an à M. de 
Gualy ; tantôt une louange délicate à M.""- de Gualy, qui 
uient d'être nommée à l'abbaye royale du Monastier, entre 
Mende et Rode^, Coumplimen del bossibib de los Oumièiros 
modamo de Golï ; tantôt un épithalame à l'occasion du 
mariage de M., de St-Rome, Predicciùs de lo muso del 
Segolà sul moriache de Moussu de Soni-'Roumo, fil de 
Moussu de Golï ; tantôt enfin un dialogue entre la muse du 
Rouergue et le poète sur le mariage de M. de Sambucy 
de Sorgues aoec M"^ de Vailhausy (i). Diologue entre lo 
muso rouërgasso el soun mèstre, sul moriache de Moussu 
de Sorgos. 

« De cette société aimable, mais un peu frondeuse, Peyrot 
prit les goûts, les tendances et les idées à la mode. 

« Saluant comme une heure bénie l'aurore de la liberté, 
il s'écrie : 

Aro dounc te tenèn, oimaplo Libèrtat 
Que to souben, en grond'poumpo onounsado, 
Noun poressiôs que de glissado. 

Solut, aubre puissent, dount los bèlos rocinos 

Del lac de Coroun sou besinos. 
Et dount lou bounet rouje es presque de nibèl 
Ombé los plonetos del Cèl ! 

E milo gorgolhols fôu sons cèsso en corus, 
Del fomus Ça ira rounflà lous iatus. 

(Coumplimen d'un fronc potriolo o l'aubre de lo Libèrlat). 

« Peyrot, d'ailleurs, ne puisa pas uniquement ses inspi- 



1. Fille de Jean-François Peyrot de Vailhaujy. baron de Brousse, seigneur 
de Vailhau3y et de Lugagnac. 



rations dans le cercle aristocratique du Rouergue. Il était 
lui-même de race gauloise, ne dédaignant pas la grosse gaîté 
de la table, les joyeux propos de bons compagnons et même 
ces grasses plaisanteries dont, depuis Rabelais jusqu'aux 
contes de Lafontaine, les moines et les capucins ont défrayé 
la poésie légère. 

« Ses amis Molinier (i) et Pages, son frère, son cousin 
le curé de Millau, prébendier de l'église Saint-Sernin, et 
quelques aimables Bénédictins formaient auec lui un cénacle 
dans lequel semble auoir fleuri la sisetle, ce jeu aimé de nos 
aïeux, et où Bacchus, Comus et Momus étaient également 
honorés. 

ff C'est de ce cénacle que sortirent les poésies légères de 
Peyrot, son Homicide Imaginaire, poème tragi-comique à 
l'imitation du Lutrin, qu'il composa à la prière de ses amis 
les Bénédictins et qui respire autant de gaieté que d'élé- 
gance, son Compliment de condoléance au Curé de Millau 
condamné à la diète par son médecin, sa "Requête de la 
sisette à Comus, qu'il dédia au docteur Molinier, sa Mort 
de Froncesou, et enfin certains badinages assej irrévéren- 
cieux, comme le JSouveau Basson et la vraie Hippocrène. 

« De ces deux pièces, la matière est délicate, surtout me- 
nant d'un prêtre. Mais nos aïeux n'auaient pas nos scru- 
pules en matière de gaîté, et le Prieur de Pradinas a traité 
ces sujets scabreux d'une plume assej légère pour qu'on lui 
pardonne ces infractions à l'austérité professionnelle w. 

Peyrot, toutefois, n'employa pas uniquement ses loisirs 
à écrire des pièces légères et n'eut pas seulement pour amis 



t. Le docteur Molinier-Sapientis fut une des victimes de la Révolution à 
Millau. Le 17 août 1792, vers 9 h. du soir, ainsi que nous l'avons rapporté 
dans les Annales de Millau, une foule de séditieux se portent à la maison de 
campagne de l'estimable médecin, sise à Montplaisir ; ils demandent à grands 
cris qu'on leur ouvre pour pouvoir se saisir de prêtres réfractaires qui s'y 
étaient, disait-on, cachés. M. Molinier se présente et essaie de calmer l'ef- 
fervescence de cette foule en délire ; mais on se saisit aussitôt de lui et on 
l'entraîne hors de la maison où le malheureux docteur tombe sous les coups 
de ces forcenés. 



de joyeux compagnons. Je relè\5e, — ajoute L. de Santi, — 
dans la liste de ses correspondants les noms du capucin 
Dougados. natif de Carcassonne, plus connu dans les lettres 
sous le nom de P. Venance Çi) ; d'un saoant botaniste, 
ancien apothicaire du Roi d'Angleterre, Puech d'Albis (2) ; 
de l'imprimeur Védeilhé, de Villefranche, auquel il dédia 
l'épître liminaire de ses œuvires, et du cheualier de Rebour- 
guil, qui s'était constitué à Paris le vulgarisateur des poésies 
du curé rouergat. 

Parmi les pièces fugitives françaises (3) de Claude Peyrot, 
une des plus intéressantes est Le Chevalier de la Gragnotte, 
légère et moqueuse satire, pleine d'esprit et de bon goût. 
• « Le Chevalier de la Gragnotte, — dit encore L. de Santi, 



1. " Le. P. Venance Dougados, capucin de N.-D, d'Orient, près St-Sernin, 
bien connu par sa Quête du Blé, était un ami de Peyrot, un ami datant de la 
prébende de St-Sernin. En 1786, il célébra le mérite des Géorgiques paloises 
par une épître en vers au Prieur de Pradinas ; celui-ci répondit en patois ; 
le capucin riposta ; ce fut un véritable tournoi dans lequel il serait difficile 
de désigner le vainqueur, mais où Peyrot l'emporte du moins par le mérite 
de l'originalité, Il ne perd pas du reste l'occasion de railler un brin le froc. 
Et le capucin de répondre par un madrigal que l'on croirait volé à l'Almanach 

des Muses : 

Gracieux peintre des Saisons , etc, 

" Hélas ! le Capucin devait mordre aussi au fruit dangereux de liberté. Le 
froc, que Peyrot raillait en lui, pesait à ses ailes de poète et, quand sonna 
le tocsin de la Révolution, il se hâta de le jeter aux orties. Devenu adjudant- 
général à l'armée des Pyrénées-Orientales, il n'y déploya pas les mêmes 
talents qu'en littérature, se compromit avec quelques fédéralistes, fut destitué, 
traduit à Paris devant le Tribunal révolutionnaire, condamné à mort comme 
conspirateur et exécuté le 24 nivôse an 11 fi3 janvier 1794). 

2. Puech d'Albis était un modeste savant qui, après avoir longtemps vécu 
en Angleterre, s'adonna à l'horticulture. Au milieu de ses jacinthes et de ses 
plantes potagères, il aimait à deviser en philosophe des événements politiques, 
et Peyrot, qui a fait de son jardin, L'Ort sons porèl, une description enthou- 
siaste, le qualifie de sage persiflant les sottises de son siècle : 

. . . Persiflas los errous, los sout'isos del siècle ; 
. . . Mes un sache otobé que parlo sons possiù. 

3. Les pièces fugitives françaises de Claude Peyrot sont au nombre de 47. 
Nous les mentionnerons toutes' dans notre nouvelle édition ; mais, comme 
les éditeurs précédents, nous ne publierons que les meilleures. 



— deoint le Marseillais de l'e'poque, le type légendaire du 
Gascon baoard, hâbleur et sot. Il n'a pas v)ieilli. A sa lec- 
ture, le même rire qui a secoué nos pères nous prend en- 
core, parce qu'à distance nous y reconnaissons des ridicules 
soulignés par une observation narquoise qui est bien dans 
le caractère français m. 

Quant aux pièces fugitives patoises, elles sont au nom- 
bre de trente-cinq. Ecrites dans un style pittoresque et 
original, elles peignent aoec la plus grande fidélité les 
mœurs et les usages des habitants des campagnes au milieu 
desquels l'auteur a si longtemps v)écu, qu'il a tant aimés 
et dont il a, dans toutes ses poésies, si énergiquement 
défendu les intérêts. Nous en auons déjà mentionné quel- 
ques-unes ; les événements dont il était le témoin en 
inspirèrent d'autres à Claude Peyrot. 

La sagesse de M. de Bonald dans les temps si mouve- 
mentés de 1789, ses généreuses conceptions et principale- 
ment son projet de confédération d'honneur de toutes les 
Municipalités de France pour le maintien de l'ordre et de 
la tranquillité publique, que l'Assemblée Nationale avait 
couvert d'applaudissements et envoyé dans toutes les pro- 
vinces comme un modèle de patriotisme à imiter, avaient 
illustré la commune de Millau. Un instant, elle porta au 
front une auréole de gloire qui la fit distinguer entre 
toutes les Municipalités du Royaume. Notre commune — 
chose malheureusement trop rare à constater dans les an- 
nales des villes — ne fut pas ingrate. Fière de son Maire 
et désireuse de reconnaître l'intelligence et le dévouement 
qu'il avait mis si généreusement au service de son pays, 
la Commune de Millau donna à son premier Magistrat un 
témoignage éclatant de son estime, de son affection et de 
sa reconnaissance en lui décernant, le 3 septembre 1789, 
une couronne civique Çi). 

Peyrot s'était fait l'interprète du sentiment public en 
rendant hommage à M. de Bonald par les pièces suivantes : 



1. Annales de Millau, 



— XVIII — 

Coumplimen o Moussu de Bounal, mairo de Millau ; lo 
colo des Trobolhodous o Moussu de Bounal, et Dialogue 
entre Miquèl de Milhau et Jonou de lo Bloquièiro. Dans 
cette dernière pièce, l'un des interlocuteurs fait l'éloge de 
l'administration si prévoyante et si sage de M. de Bonald, 
fr mairo fort obillé », qui, dit-il, 

cado jour nous estouno ; 

Tout so que fo, que dis, merito uno courouno. 

Il y a, dans ce dialogue imaginaire, plusieurs traits forts 
piquants : 

A propos des revenus du Domaine royal, le poète fait 
dire à ses deui interlocuteurs : 

... Coumo lour biondo èro fort dispèrsado, 
Coliô, pèr forso mas, que fouguèsso omossado ; 

E, pormi tontes d'emplegats. 
Se n' troubabo qu'obiôu lous dets fort empegats. 

Puis, plus loin : 

Oh ! penjou be souben lo bouluro rocalho, 
iHès jomai lous grosses filous, 
Que fou lugî de pigolhous. 

Pèr ci-dobont, lo relho èro fort mespresado, 
Oquelos grosses gens, qu'oun fou d'autre mestiô 
Que de se diberti, monjà, biùre, se jaire. 

Nous counsiderabou pas gaire. 
Sons nautres, sopenden, de fon tout peririô. 

Comme on voit, la note est bien dans le goût de l'épo- 
que. On la trouve d'ailleurs dans plusieurs passages des 
Quatre Saisons, qui avaient paru huit ans auparavant. 

Si Peyrot a stigmatisé avec juste raison les abus du 
régime, il ne faudrait pas en conclure qu'il fût un révolté. 
Certes non. L'imprimeur Millavois Chanson rapporte, dans 
son Eloge historique, civil et littéraire, que M. Labro, 
ancien curé de Millau, disait un jour, en présence de beau- 
coup d'ecclésiastiques, dans la sacristie de l'église parois- 



sîale Notre-Dame de Millau, « que quelque part où il se fût 
« trouué, il n'avait jamais eu le bonheur de rencontrer un 
n prêtre aussi religieux, aussi fidèle a ses deooirs, aussi 
n charitable et aussi bon ami que le Prieur de Pradinas m. 
« D'ailleurs, fait remarquer h ce sujet L. de Santi, à 
l'occasion de la maladie de Louis xv, en 1744, Peyrot auait 
composé une ode enthousiaste sur lou "Rei recoumbolil de 
lo molbutiè qu'ojèt Metz, en foguen lo guerre. Tout y 
respire l'admiration et la fidélité d'un bon sujet ; il y parle 
même des exploits et de la oaillance du Roi... Plus tard 
encore, à l'occasion du débordement du Rhône et de la 
naissance du Comte de Prouence, en 1755, il composa un 
poème en français, les dons du Ciel el ses disgrâces sur la 
Provence, où le futur Louis xviii, 

Un tendre rejeton de la tige des lis. 

Ramène les beaux jours du siècle d'innocence. 

« Mais, — ajoute l'auteur de Débuts de la "Révolution en 
"Rouergue, — de quelle tristesse ne dut pas se sentir enoahi 
ce pauore pasteur patriote, quand il vit ses beaux rêoes 
s'effondrer, ses amis proscrits et la guillotine s'éleoer à la 
place de l'arbre de la Liberté ! w 

« Tous les bons citoyens, ceux-là même qui avaient 
pris la plus large part au mouvement libéral de 1789, 
furent traités d'aristocrates, de contre- révolutionnaires, 
dénoncés et arrêtés. 

« Les principaux amis de Peyrot, M. de Gualy et ses 
deux fils, M. et M""^ de Ve5ins, M. de Sambucy-Miers et 
M. de Sambucy de Sorgues, le beau-père de celui-ci, Peyrot 
de Vailhausy, conseiller à la Cour de Toulouse, son collè- 
gue de Julien, marquis de Pégayrolles, avocat général à la 
même Cour, Çi) et ses deux fils, le conseiller de Carbon 
et son fils, enfin M. de Mostuéjouls, jugèrent la situation 



I. Dans le deuiièmi chant des Géorgiques paioises, Peyrot fait un uif éloge 
de M., de Pégayrolles. 



dangereuse et se résolurent à rejoindre, en mars 1792, 
leurs parents et leurs amis déjà émigrés... 

« Sambucy, Gualy et Vejins, dénoncés par la Société des 
Amis de la Constitution de Millau, furent arrêtés au Puy ; 
cependant les fugitifs furent remis en liberté, à la condi- 
tion de retourner à Millau. Ils y retinrent, mais mal leur 
aduint. M. de Sambucy-Miers, pour échapper aux tracas- 
series, se réfugia à Toulouse, où il ne tarda pas à être 
emprisonné aux Carmélites ; MM. de Sorgues, de Gualy 
et de Venins échappèrent aux recherches ; mais les con- 
seillers de Carbon et Peyrot de Vailhau5y n'eurent pas le 
même bonheur. 

« Arrêtés et conduits à Paris comme membres du Par- 
lement qui auait protesté contre les décrets de l'Assemblée 
Nationale, ils furent traduits deoant le Tribunal réoolu- 
tionnaire, condamnés et exécutés le 18 messidor an 11 (6 
juillet 1794). — Enfin, le malheureux auocat-général Etien- 
ne-Hippolyte de Julien, marquis de Pégayrolles, alors âgé 
de 73 ans, traduit également à Paris comme ses collègues, 
y arrioa tellement épuisé de fatigues et de privations qu'il 
dut être transporté à l'Hôtel-Dieu, où il mourut de misère, 
le 28 octobre 1794. 

« On juge si ces exécutions et ces persécutions durent 
retentir douloureusement dans le cœur de Peyrot (1). 

« Il chanta cependant encore, car, comme il le dit dans 
une curieuse épître rimée au procureur-syndic de la Répu- 
blique pour lui recommander un certain Bertrand, l'un de 
ses compagnons de musique, il rime et il chante à 80 ans 
passés. Mais on sent que la conuiction n'y est plus : sa 
foi en la liberté est morte, et ce n'est pas sans une certaine 
mélancolie qu'il en parle maintenant. 

« Ainsi, dès le milieu de 1793, à propos de l'érection 
d'un n arbre de la Fraternité w dans la commune de Pailhas, 
il s'écrie : 



I. L. de Santi. Débuis de /a Hévolulion dans le Houcrgue, 



Aubre de lo Frotèrnitat, 
Que ses bengut dins oqueste bilache 
Pèr i mentene l'ordre e lo tronquillitat, 
Solut, ounour, joio e sontat ! 

« Mais il recommande aussi à l'arbre de ne point faire 
parade de son éléuation et de sa noblesse, car, 

...oquel titre (de senhour), autres cots ounouraple. 
Es bengut tout d'un cop to lourt, to mespresaple. 
Qu'es defendut même de lou pourta. 

« Et, en terminant, il prie le Ciel de préserver cet em- 
blème des orages qui ont déjà abattu tant d'autres grandes 
choses. 

« Plus significatif encore est le dernier de ses dialogues 
politiques. Ce sont deux femmes qu'il fait parler. Jeannette 
et Martrou. Celle-ci en gardant son troupeau, a fait la 

rencontre d'un patriote, 

... un gros oumenàs 
Que pourtabo sul col uno grondo pigasso, 

et qui l'a interrogée sur ses sentiments démocratiques. La 
pauure fille s'est enfuie, interdite, et Jeannette, qui est de 
bon conseil, estime qu'elle fera bien de ne pas trop parler 
de cette awenture : 

Pèr obeire boulgut un pauc trop libromen 
Sus oquestes trimais dire soun sentimen, 
M.ai d'uno es estado fretado. 

« Aussi le pauure Peyrot conclut-il, auec une résignation 
qui recèle bien d'amères méditations : 

. . . nous bal be mai cola, 
Que de nous faire escopoulà. 

« Ce furent d'ailleurs les seules flèches qu'il lança d'une 
plume discrète au nouveau régime de liberté u. (i) 



I. L. de Santi. Débuts de la "Rcvolulion en Tioucrgue. 



— XXII — 



C'est en 1790 que Claude Peyrot se retira à Pailhas. 
En uertu de la Constitution ciuile du clergé, on lui av»ait 
demandé le serment qu'on exigeait alors de tous les ecclé- 
siastiques. Fidèle à son deooir, Peyrot refusa ce serment 
et c'est alors que, pour éuiter les dangers auxquels sa 
fidélité l'aurait exposé, il se retira a Pailhas, che5 son ami, 
François Hugla. L'ancien Prieur de Pradinas habita dans 
cette maison jusqu'à l'époque de sa mort, qui arriva cinq 
ans après. 

Il semble que Peyrot avait très bien choisi le lieu de sa 
retraite pour se mettre à l'abri des périls qui menaçaient 
alors tous les prêtres non assermentés. Le petit village de 
Pailhas était alors beaucoup plus isolé qu'il ne l'est au- 
jourd'hui. La route départementale qui le traverse n'existait 
pas encore et le seul chemin d'accès était un étroit sentier 
qui longeait les bords du Tarn. La famille Hugla dans 
laquelle il s'était retiré lui était d'ailleurs bien dévouée. 
Grâce à ces diverses circonstances, Peyrot passa tranquil- 
ment à Pailhas cette sombre époque de la Terreur et les 
dernières années de sa vie. 

La tradition rapporte cependant qu'un jour deux délé- 
gués du Comité révolutionnaire de Millau vinrent à Pailhas 
le sommer de prêter le serment schismatique. Le bon vieil- 
lard, qui avait connu tout enfants ces deux délégués, les 
reçut en souriant. Il écouta leurs sommations et répondit 
en patois, avec sa bonhomie habituelle : « Besès. mous 
efonlous, sabe pas soulomen ce que me boules dire. Arc, 
iii sou trop bièl pèr oprene un aulre Cotechirme » {\). Les 
délégués furent désarmés par cette réponse et n'insistèrent 
pas davantage. Ils l'engagèrent même à rentrer à Millau, 



1. Fait et propos rapportés par un petit ncueu du Prieur de Pradinas, 
professeur de musique au petit Séminaire de Belmont. — Notes de M. l'abbé 
Mouriès, curé de Pailhas. 



— XXIII — 

l'assurant qu'il n'y serait nullement inquiété. Mais Peyrot 
n'accepta point, bien que la Municipalité lui eût déjà fait 
cette offre gracieuse Çi). 

« Le 8 germinal de l'an m républicain ai, c'est-à-dire 
six jours auant sa mort, Peyrot fit son testament, qui fut 
reçu par M^ Fabre, notaire à Aguessac (2). Ses disposi- 
tions nous montrent que la poésie ne l'auait guère enrichi. 
Voici en effet en quoi consistait le sixième de ses biens, 
qu'il donna à sa domestique, Catherine Lauabre : 

« Un seau sive ferrât, un petit chaudron cuiure, ensem- 
ble tous les effets comestibles, une paire linseuls toille de 
maison bons, une nape, six serviettes de bonne qualitté et 
bones, plus une autre nape, une couverture de lit couton, 
une vieille soutane, une seringue, six bonnes chemises et 
générallement tous les petits meubles ustencilliers qu'il peut 
avoir dans sa chambre, deux sacs à tenir le blé, une lam- 
pe, de même que tous ses vieux habits et guenilles qu'il 
peut avoir, déclarant que le lit dont elle se sert appartient 
à son entier à ladite Lavabre, de même que la poêle à 
frire. Et tel est son testament... m 

Claude Peyrot mourut le 14 germinal an m C3 avril 1795), 
à 3 heures de l'après-midi. Il était âgé de 86 ans. Le bon 
vieillard conserva jusqu'au dernier soupir ses facultés intel- 
lectuelles et sa bonne humeur. On rapporte en effet que, 
le jour de sa mort, des femmes étant pour lui un sujet de 
fatigue par leurs chuchotements auprès de son lit, il dit à 
sa garde malade : « Prie3; ces femmes de se taire, si tou- 
« tefois, ajouta-t-il d'une voix mourante, des femmes peu- 
« vent se taire m. Cinq minutes après, il avait cessé de 
vivre (3). 

Après sa mort, le corps de Peyrot fut revêtu des orne- 
ments sacerdotaux, dont il se servait pour dire la messe 
dans sa chambre et il fut inhumé dans le cimetière du 



I. H. Affre. Biographie Aveyronnaise. 
1. Anciennes Minutes de M' Unal. 
3. H. Affre. Biographie JJveyronnaise. 



— XXIV — 

uillage, qui se trouvait alors dans la uieille église. Ce 
cimetière a été désaffecté en 1825, lors de la construction 
de la route, et transformé en place publique. Pour cela on 
opéra un profond défonçage du sol ; on en tira tous les 
ossements et on les transporta dans le nouveau cimetière, 
situé à 5oo mètres du uillage. On reconnut très facilement 
le corps de l'ancien Prieur de Pradinas, grâce aui galons 
métalliques qui ornaient la chasuble dont on l'auait revêtu 
et qui étaient encore intacts. Malheureusement on jeta le 
tout pêle-mêle dans la fosse commune, de sorte qu'on ne 
peut même plus déterminer exactement le lieu de sépulture 
du bon Prieur (i). 



En élevant un monument à Claude Peyrot, le Comité qui 
a pris l'initiative de cette œuvre a répondu à un véritable 
sentiment public. 

Déjà en 1841 un vœu dans ce sens avait été émis. Il fut 
question d'ériger une statue au poète, avec une fontaine 
monumentale, sur la place du Mandarous. 

M. Daudé de Lavalette, avocat à la Cour d'Appel de 
Montpellier, avait même proposé l'inscription suivante, que 
nous donnons à titre de curiosité : 

A PEYROT, PRIEUR DE PRADINAS, 

LA VILLE DE MILLAU ET LE CONSEIL GÉNÉRAL DE l'AVEYRON 

ONT ÉLEVÉ CE MONUMENT 

AU NOM DES CULTIVATEURS DE l'aNCIEN ROUERGUE 

DONT IL A CHANTÉ LES TRAVAUX ET EMBELLI LE LANGAGE 

DANS DES VERS AUSSI COULANTS ET AUSSI PURS 

QUE LES EAUX DE CETTE FONTAINE. 



Ce projet ne fut pas suivi d'exécution. 



I, Notes de l'abbé Mouriés, curé de Pailhas. 



— XXV — 

L'année suivante, M. Argeliej, de Riuière, membre de 
la Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aueyron, 
écriuait dans son travail historique sur la uallée du Tarn, 
publié dans VEcho de la Bourbie, les lignes suivantes : 

« Et vous, aimables habitants de la Cité de Millau, 
n'oublie^ pas qu'il manque à l'ornement de votre ville deux 
monuments consacrés à la gloire et au génie : l'un au 
Newton de la science politique (0 (de Bonald) ; l'autre au 
rival de Goudouli (Claude Peyrot) m. 

Un autre membre de la Société des Lettres, Sciences et 
Arts de l'Aveyron, M. Advielle, avait formé un projet 
semblable. Il s'était mis en correspondance avec M., l'abbé 
Alouriès, curé de Pailhas, (village où est mort Claude 
Peyrot), et lui avait promis de faire élever, soit à ses frais 
personnels, soit avec les fonds provenant d'une souscrip- 
tion, un modeste monument. D'un commun accord, on avait 
décidé de le placer à côté de la route, sur l'emplacement 
de l'ancien cimetière où fut inhumé Claude Peyrot. Mal- 
heureusement la mort de M. Advielle est venue naguère 
anéantir ce projet, au grand regret des habitants de Pailhas. 

Lors de l'organisation de l'excursion de la Société des 
Lettres à Millau (septembre içoS), notre distingué collègue 
M. Emile Cartaillac, correspondant de l'Institut, nous fit 
part du projet qu'il caressait depuis de longues années de 
rendre un hommage public à la mémoire de Claude Peyrot, 
soit par l'érection d'un monument, soit du moins par la 
pose d'une plaque de marbre rappelant la naissance et le 
décès du poète millavois. 

Enfin, lors de cette même excursion, M. Léopold Constans. 
dont on connaît la compétence et le goût pour tout ce qui 
touche à la linguistique et aux études romanes, proposa 
la constitution, à Millau, d'une section du Félibrige pour 
la conservation du rouergat et, après avoir rappelé la po- 



1. C'est le titre qu'un illustre étranger, le prince Elim Mestchewski, dé- 
cernait à M. de Bonald. 



— XXVI — 

pularité de Claude Peyrot, proposa de célébrer solennelle- 
ment, en 1909, le deuxième centenaire de sa naissance, par 
des fêtes félibréennes et par l'érection d'un monument en 
son honneur. Ces propositions furent adoptées aoec en- 
thousiasme et il fut décidé que le groupe M.illaï)ois de la 
Société des Lettres, constitué en Comité local, s'occuperait 
de ces questions. Telle est l'origine de VÂssociation féli- 
bréenne Claude Peyrot et du Comité Claude Peyrot. 

En éleoant un monument au poète rouergat, le Comité 
a répondu, on le uoit, à un viéritable uœu populaire. C'est 
aussi pour répondre au même sentiment public qu'est pu- 
bliée la présente édition des œuures de Claude Peyrot, 
ancien prieur de Pradinas. 

Millau, le 3 septembre 1909. 

J. Artières. 



^Jl-lO, 



IN^RODUGT^ION 



E insUnto de natura 
L'amor del patrio nido. 

(AlÉTASTASEJ. 



Un des plus intéressants parmi les précurseurs des Féli- 
bres, celui peut-être qui répond le mieux, sans en excepter 
Jasmin qui se déclare son humble disciple, à l'idée que 
l'on se fait d'un poète de la terre, c'est assurément Claude 
Peyrot, plus connu dans le peuple sous le nom du prieur 
de Pradinas. Goudouli lui-même, le célèbre auteur du Ka- 
melet Moundi, que Peyrot Çi) et Jasmin reconnaissent éga- 
lement comme leur maître, lui est inférieur pour l'amour 
du sol natal et surtout pour la sensibilité et la compatis- 
sance aux misères du paysan. 



L'œuure principale de Claude Peyrot, celle qui l'a rendu 
justement populaire et lui assure une place au premier rang 
des précurseurs des Félibres, ce sont Les Quatre Saisons 
ou Les Géorgiques patoises, poème de 2,176 oers, qu'il 



I, Voye5 "Recul, Ep. 69-72 et Bèrscs l'culur de los Geourgicos potuèsos, 3-4. 



publia en 1781 (0- L^s Géorgiques auaient été précédées 
de lo Primo "Rouërgasso (le printemps rouergat), ébauche du 
premier chant des Quatre Saisons {1), qu'il aoait écrite à 
l'instigation de son ami Despradels d'Allaret, agriculteur 
distingué, qui eut l'honneur d'introduire en Rouergue le 
trèfle et le sainfoin et fit beaucoup pour l'adoption de la 
pomme de terre dans les campagnes. C'est sur les instan- 
ces de Mgr Jérôme-Marie-Champion de Cicé, é\3êque et 
comte de Rode^;, président des États de la Haute-Guienne, 
qu'il se décida à compléter l'œuure que, par modestie, il 
Ajoulait laisser dans son état primitif, et qu'il dédia à ce 
prélat ami des lettres. 

Mais il eut le tort de se laisser influencer par les récla- 
mations des personnes auxquelles l'idiome du Rouergue 
était peu familier, et de rapprocher, autant que possible, 
comme il le dit dans un /l^'S au lecteur (3), sa langue 



1. Les Q. s. ou les G. p , poème par M. P. A, P. D. P. ("M. Peyrot, ancien 
prieur de PradinasJ, bénéficier à AVillau, auteur du Recueil des poésies 
patoises et françaises imprimé en 1774. — Ces deux ouorages se trouvent : 
à Villefranche, che3 Védeilhié, imprimeur du roi; à Figeac. ehe^ Champollion, 
libraire ; à Rodej, che5 M"' Védeilhié, libraire ; à Millau, chej les D"«* 
Rainaldis, MDCC.LXXXI. -- En tête du terte du poème Cp. 11), on lit ce 
titre : Las Quatre Sasous ou les Géorgiques patoises. Pour la graphie qui 
y est adoptée, uoye^ ci-après. 

2. Publiée en tête de son recueil intitulé : Poésies diverses, patoises et fran- 
çaises, P. M. P** A. P. D. P. En Rouergue, 1774 et précédée d'une délicieuse 
épitre en »ers à son imprimeur Védeilhié, à Villefranche, signée Estèbe, pastre 
del Segolà. Le Segolà (pays du seigle) est situé à l'ouest de la région comprise 
entre l'Aueyron et le Tarn. 

3. Voici cet Avis : " Malgré les soins qu'a pris l'Auteur pour se rendre 
n plus intelligible dans cet Ouvrage, qu'il ne l'a été dans son Hecueil de 
" Poésies Patoises et Françaises imprimé en 1774, en rapprochant, tant qu'il a 
" pu, l'idiome du Rouergue des différents dialectes de nos Provinces méri- 
" dionales {'), il ne se dissimule pas qu'on y trouvera encore bien des mots 
n qu'il serait difficile de comprendre, s'il n'en donnait l'explication : c'est ce 
" qu'il a fait, par lettre alphabétique, à la fin du Poème. Ce petit vocabulaire 
" servira aussi de supplément aux notes qui se trouvent à la fin des pages 
" dudit Recueil, qui ont paru insuffisantes aux Lecteurs peu accoutumés au 
" patois. 

(*) En réalité, le bon Prieur, sous la pression de gens qui n'entendaient 



(ou plutôt sa graphie) rr des différents dialectes de nos prO" 
vinces méridionales )). Alors que sa Primo donnait une 
graphie rationnelle et presque entièrement phonétique, ses 
Géorgiques offrent un mélange barbare de formes françai- 
ses, languedociennes et rouergates, où surnagent cependant 
un assej grand nombre de mots écrits correctement et re- 
présentant la prononciation réelle de l'auteur, comme on 



que médiocrement la langue uulgairc ou qui la jugeaient trop grossière, a 
fortement francisé sa langue, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre en 
comparant la Primo de 1774 auec le Printems de 1781, qui la développe et trop 
souvient ta gâte, dans les parties conservées, en substituant à des mots 
pittoresques, mais qu'on jugeait insuffisamment nobles, des mots plus rap- 
prochés du français, ou même purement français. Pour qu'on se rende bien 
compte de la différence des deux graphies, nous allons donner, d'après les 
deur éditions, un passage où le fond est sensiblement le même. (Le texte de 
l'édition de J77^, v. 3 1-45 est en italiques) : 

Lou coucut o contât. L'Hiber bo trescoula ; 

Lou coucut a cantat ; l'Hyver va trescoula ; 

Lo biso sul "Rouergue cessât de siffla : 

Lo biso sul Rouergue es lasso de siffla : 

Bo pourta sous buffals dins lou pays de l'ourso. 

Va pourta sous buffals dins lou pays de l'Ourso ; 

Lo Primo se delargo, é coumenço so courso. 

Lou Printems se preparo à coumença sa courso. 
5 Trop long-tems omogat, lou grand astre del Cel, 

Trop long-temps amagat, lou grand astre del Cel, 

Mostro déjà lou mourre, é quitlo soun montel ; 

Quitto sa capo soumbro è son nègre mantel ; 

'El del caudet zephir déjà lo douço holeno. 

Et del tiède jephir déjà la douce haleno 

De/s rious emprisounats o foundut lo codeno. 

Des rious emprisounats a foundut la cadeno. 

Lous gels qu'ol cap des puechs semblabou de pendens, 

De lo cimo des rocs, à touto houro, en detal, 
10 Se destacou dels rocs, é formou de tourrens 

On uei se destaca de pendens de cristal ; 

Que qu'auqués cops des camps besis de los ribieyros, 

Et la neou que se fond, en laven las carrieros 

Boau, jusquos ol clobenc boloja los corrieyros ; 

Va jusques dins lour leit "treboula las riuieiros. 

E sans creigne del frech lou funeste retour. 

Sons cregne de l'hyuer lou funeste retour, 

L'omelliè se desplego o l'esclal d'un bel jour. 

L'amelliè se desplego à l'esclat d'un bel jour, 
i3 L'imprudent l n'o pas pau de Joseph lou trinquairé! 

L'imprudent ! n'a pas poou de Joseph lou trinquairé ; 



— XXX — 

peut en juger d'un côté par la comparaison auec la pro- 
nonciation moderne, de l'autre par le rapprochement auec 
la Primo, dont un très grand nombre de uers sont repro- 
duits, le poète s'étant contenté d'y apporter quelques mo- 
difications et d'y ajouter un certain nombre de uers (120). 
Le premier chant des Géorgiques paloises, naturellement 
consacré au Printemps, est le mieux wenu et aussi le plus 
riche. Il abonde en descriptions à la fois exactes et poéti- 
ques, comme celle de la fabrication du fromage de Roque- 
fort et celle des cascades de Creissels (1). On peut y lire 
un épisode tout à fait charmant, dont on ne saurait nier 
la simplicité non exempte de grâce : 

Aro, entre se lebà, lo besiado Liseto 

De Mars, en foulotren, bo culi lo floureto, etc. (2). 

Les préceptes donnés aux agriculteurs sont d'une rare 
précision : on uoit que Peyrot ne parle que de ce qu'il a 
\)u ; on v>oît aussi qu'il s'intéresse aux trauaui des champs 
et à la ï)ie si pénible des paysans, à qui il cherche à ren- 
dre agréables leurs occupations. Voye^ ce qu'il dit de la 
traite des brebis : 

Cont de lo basso-cour lou chantre se rebelho, 
Lo lochièiro se lèbo e part ombé lo selho. 
Bo quichà lou soumés, e, se rajo trop prin, 
En lou soubotegen lou met en pus bel trin. 

Quatre oers, ou plutôt deux uers lui suffisent pour 
décrire la fabrication du roquefort : 

Cont es prou sec, d'obort se despacho un messache 
Que porto o Rocofort lo fourmo de froumache : 



1. Charmant village situe à 2 kilomètres ouest de Millau, sur le Tarn. 

2. I, 121. — Peyrot s'emble s'être ici souvenu de ces vers de Boileau (^rt 
poétique, II, 1 ss.) : 

Telle qu'une bergère, aui plus beaux jours de fête. 

De superbes rubis ne charge point sa tête, 

Et, sans mêler à l'or l'éclat des diamants. 

Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornements. 



— XXXI — 



Oquî gem\s hune tens joui tranchant del coutèl 
E, pèr combla de noun, comblo tint cols de pèl. 

Et comme son esprit jouial ne l'abandonne jamais, il 
ajoute, pour expliquer la fabrication de la rebarbe : 

Se fo pèi calco drogo, ombé lo roscloduro, 
Que s'espondis sul pa coumo lo counfituro ; 
Mes oco's to pebrat que ne cal pauc serbi, 
Se l'on bol espornhà lo micho omai lou bi. 

L'Été offrait moins de ressources. Peyrot comble les oides 
par un éloge de Louis XVI, et surtout de Damon (M. de 
PégayroUes), agriculteur distingué, plein de bonté pour ses 
paysans. Il termine par une description de la fête de l'aire 
(lo soulenco), où les moeurs patriarcales de son temps sont 
décrites a\3ec exactitude et sympathie. 

L'Automne lui donne l'occasion de décrire les plaisirs 
qui attendent aux champs les citadins en vacances, en par- 
ticulier la pêche et la chasse, au fusil ou aux pièges ; et 
le tableau des vendanges est relevé par de gais épisodes. 

Enfin le dernier chant, qui débute par une pompeuse 
description du palais de VHiver, où l'auteur a un peu trop 
sacrifié au goût du jour Çi), est précieux pour l'étude des 
mœurs des paysans rouergats au xviii'^ siècle : histoires 
de revenants ou de sorciers contées à la veillée, folies de 
carnaval, fiançailles et mariage fournissent matière à des 
développements pleins d'intérêt. 

L'originalité de Peyrot est incontestable. Avant lui, il 
est vrai, le cardinal de Bernis (2), Saint-Lambert, Léonard, 
avaient chanté les Saisons (3), mais le point de vue où ils 



t. Ce morceau obtint les suffrages du Mercure de France, qui, en reuanche, 
reprocha à l'auteur tf de s'appesantir un peu trop sur les petits objets et de 
trop développer ce qui ne doit être qu'indiqué u. Inutile d'ajouter que nous 
ne partageons pas cette manière de uoir. 

2. Ministre des affaires étrangères par la grâce de M">' de Pompadour- 
Ses poésies sont l'œuvre de sa jeunesse, 1715-1794. 

3. Nous ne parlons pas de Thomson, que Peyrot n'a certainement pas connu . 



s'étaient places était complètement différent de celui de 
Peyrot. Ils voyaient la campagne de la uille et rapportaient 
tout aui citadins, pour qui ils écrivaient : le paysan leur 
reste lointain. Peyrot, au contraire, ne décrivait que ce 
qu'il voyait de près. Il ne se préoccupait guère que des 
villageois, dont il connaissait les besoins et les misères. 
On pourrait même dire qu'il écrivait surtout pour eui : 
l'idiome employé et la simplicité du style, sauf dans quel- 
ques passages d'apparat, en sont la preuve. Il a, de plus, 
l'avantage d'une sensibilité réelle sur ses prédécesseurs, qui 
montrent plutôt de la sensiblerie, lorsqu'ils déplorent les 
misères des paysans. 

Déjà La Bruyère s'était ému du triste sort de ces ani- 
maux farouches courbés vers la terre qui, quand ils se 
lèvent sur leurs pieds, montrent une face humaine. Bernis 
reproche aux nobles leur indifférence à l'égard des pauvres 
villageois : 

A la clarté de cent flambeaux (des villes) 
On ne voit point, dans nos hameaux, 
La pauvreté disputer l'herbe 
Aux plus féroces animaux. 

Ils voudraient que les riches leur laissassent une partie 
des biens que produisent leurs sueurs. Mais bientôt les 
préjugés héréditaires reprennent le dessus et il affirme de 
bonne foi que les paysans sont d'anciens esclaves : 

Le cours de nos destins prospères 
Sauverait la vie et l'honneur 
Aux esclaves involontaires 
Que le fer sanglant du vainqueur 
Ou que la bassesse du cœur 
Rendit jadis nos tributaires. 

Saint-Lambert, plus sensible que Bernis, nous émeut en 
racontant la mort d'un enfant que sa mère a dû abandon- 
ner a l'orée d'un bois pour exécuter les durs travaux de la 
corvée sous l'ordre d'un surveillant implacable. Il voudrait 



XXXIII 



les nobles plus compatissants et le paysan moins pressuré : 

Ah ! s'il n'a pas à craindre une injuste puissance, 
Un tyran subalterne ou l'aoide finance ; 
Si la loi le protège, il est heureux sans frais ; 
Auprès de la nature, il sent tous ses bienfaits, 

Mais il n'est pas entré, tant s'en faut, aussi loin que 
Peyrot dans les confidences du laboureur opprimé ; il 
soupçonne ses misères plus qu'il ne les connaît. Il n'a pas 
v»u, comme notre bon prieur, le garnisaire s'implanter dans 
la pauure cabane du paysan en retard pour le paiement 
des impôts qui l'accablent : 

Toujours siôs miseraple, omai toujours estât, 
Souben, las del trimai de touto lo journado, 
Creses d'onà monjà to soupo mitounado, 
E trobos un fourrou qu'es mèstre o toun oustal. 

(Geourg. II, 92-5 ; cf, I, 2i3-6), (ij 

« D'oquî, 

(dit le paysan à son seigneur), 

cont soun degut lou dème ôurô tirât 
(( E que de bostres drechs enbèrs bous serai quite, 
« Lou pauc que serô miù me coldrô bendre bite 
w Pèr lebà lo coustrencho e poga lous fourrous, 
« Qu'aimou tont moun oustal que loi fou corrèirous. 
« Cont ôurai fach crousà lou bintième e lo talho, 
« Ocô serô lou tout s'ai de quite lo palho. 

Cil, 188 ss,j 

Et il se plaint de tremper souuent sans sel son eau bouillie. 



I, Faurc même, le fameux prieur-curé de Celleneuve, qui ressemble par 
tant de côtés à Peyrot, semble moins que lui l'ami du paysan. Ainsi, dans 
sorf joli conte de Jan l'an près, il fait dire au Seigneur, qui uient d'auoir une 
conuersation auec le drôle, qu'il a été scandalisé d'entendre chanter en reve- 
nant d'enterrer sa femme : " Je t'ai pourtant obligation de m'auoir éclairé 
en bien des choses sur le caractère et les mœurs des paysans. Les malotrus ! 
Qui dirait que, sous les dehors de la simplicité la moins suspecte, ils fussent 
capables de la malice la plus réfléchie et la plus profonde ] jj 



— XXXIV — 

Av>ec quelle mélancolie Peyrot constate que ce n'est pas 
pour lui que le paysan élèoe ses poulets ! 

Car, de tout tens, l'usache es qu'oquel que trobalho 
Es, countro lo rosou, lou que monjo le palho, 
E que, tout ol rebèrs, lou que monjo lou fe 
Es, seloun lou proubèrbe, oquel que noun fo re ; 

(I, 421 ss,) 

ou nous peint le désespoir, puis la pieuse résignation du 
paysan dont un orage a emporté les récoltes et raoagé la 
terre ! 

Soun esprit s'obondouno o milo pessomens. 
Ccussi poga lo talho e nourri lo fomilho ? 
De que forô d'orgen pèr croumpà cauco ourdilho ] 
« i^oun Diù u, crido el olaro en regorden lou Cèl, 
« En me neguen lou blat, me doustàs lou contel. 
« Que bostro boulountat siasco dounc ocoumplido ! 

(IV, 68 ssj. 

Peyrot sent son coeur se fondre en songeant aui misères 
qu'amène avec lui un hioer prolongé : 

Que te plonhe, pogés, se duro gaire mai ! 

Il ne peut pas même uoir sans émotion les petits oiseaux 
souffrir de la faim en temps de neige et il leur distribue 
du grain : 

Que rigou de moun feple : iù nou me n' chau pas gaire. 

Cependant il n'a garde d'exciter les malheureux à la 
réuolte : s'il prêche aux riches la charité et l'aumône, qui 
enrichit celui qui donne, il prêche aux pauores la résigna- 
tion, la foi en la Providence. Il a d'ailleurs confiance dans 
les bonnes intentions du Roi et lui demande seulement de 
weiller à ce que l'argent des impôts, qui coûte tant de peine 
au paysan, ne reste pas en grande partie aux mains des 
collecteurs et des financiers, sans d'ailleurs être bien siir 
que ses vœux soient jamais exaucés (1) ! 



I. Voye3 le Biologue entre Miqucl de Milhau e Jonou de lo Bhquièiro. 



— XXXV — 

Le style des Géorgiques est généralement simple, le uers 
coulant, la langue correcte et souvient pittoresque. Les gal- 
licismes y sont asse^ rares, sauf dans les morceaux d'ap- 
parat, comme dans la description du palais de l'Hioer, 
dont nous avons déjà parlé, ou dans cette invocation au 
soleil, au début du chant second, dont on ne saurait d'ail- 
leurs contester la sobre élégance : 

Brilhent astre del Cèl, dount lo marcho ropido 
Del tens que nous escapo es lo rèclo e lou guido ; 
Tu que de lo noturo onimos lous ressorts, 
Soulel, de moun esprit redouplo lous trosports. 
Qu'o toun gront fougoirou mo Muso rescolfado, 
Posco counduire o bout l'obro qu'ai coumensado ! 

Certains passages, de ton moins éleué, mais cependant 
de forme élégante, échappent à ce reproche, par exemple, 
celui-ci : 

Cont onfi de lo nuèch lou colel orgentat 
Coumenso de brilhà d'uno dousso clortat, 
E qu'oquel triste ôusel que n'i bei pas qu'o l'oumbro 
Se delargo en miôulen de so cobèrno soumbro, 
Toutes plègou poniôs, countens de lour journal, 
E de moust bouchordats cominou dôu l'oustal. 

(III. 41 1 ss.). 

Ou encore, au chant III, ii3 ss., le fidèle et pittoresque 
portrait du chien du berger Çi). 

Les expressions frappantes, les images neuves, les pro- 
verbes concis, les pensées fortes ne manquent pas : 

Tar possabo joui pont : aro passo dessus (iv, 5i). 
Oici l'omello ris en regonhen los dens (m, 48). 



I. Du reste, il n'y a qu'à lire (p. 86-8J VOberlissomen à la t""* édition du 
Printemps (lo Primo) pour être bien convaincu qu'il tenait à ce qu'on ne le 
confondît pas a»ec les sectateurs de l'abbé Delille. S'il a cru deuoir sacrifier à 
la mode en ne bannissant pas complètement le fatras mythologique de son 
poème, il a soigneusement éuité la périphrase et recherché avant tout la 
précision et la propriété des termes. 



— XXXVI — 

Lo lato fo lo guèrro o lo nouse testudo (m, i85). 
Un ôubéspic, bodau, pot fà que d'onsonèlos Çi, 342). 
N'es de même de l'ome : uèi flouris, demà passo (m, 538). 

Les traits d'esprit exempts de préciosité, produits natu- 
rels d'une gaieté saine et sans amertume, ne sont pas rares 
non plus. Quand on ueut affubler d'une cuirasse Toni del 
Alas Jounquet, nouvellement enrôlé, il s'écrie : 

« Pèr que cal robolà jj, dis Toni, « oquel fotràs, 

« Senti que fugirai : metès-lou me detràs. m Ci, 475). 

Et après aooir déploré les abus de la coroée, qui v>ient 
d'être abolie, il apporte à ses plaintes cette correction : 

Otobé, cal tout dire, ou preniàs de lôugiè. 
Oqueles pèrpôu^ats, ombé lour roujo trounho, 
Obiôu bel bous cridà de despochà besounho. 
En meten de trobcrs lou copèl bourdat d'or : 
Degus de lo sutà (presser) noun se sentio lou cor. 

Les Géorgiques, malgré l'infériorité où les plaçait l'idio- 
me peu connu des lettrés dans lequel elles étaient écrites, 
furent généralement bien accueillies. 

Le chevalier de Rebourguil, lieutenant des gardes du 
corps de lAgr le comte d'Artois, compatriote de Peyrot, 
loue l'auteur de sa sincère naïoeté : 

Saint-Lambert en a fait des sages (des paysans), 
Fontenelle des beaux esprits ; 
Mais je ne oois qu'en tes écrits 
Le ton naïf des premiers âges. 

Le capucin Venance (i) lui adresse une épître élogieuse. 



I. Le Père Venance, qui était alors au Couuent de Notre-Dame d'Orient, 
près Saint-Sernin fAoeyronj, s'appelait Dougados et était né à Carcassonne. 
Engagé dans l'armée des Pyrénées, en 1791, il deuint adjudant général et 
périt sur l'échafaud, le 17 janvier 1794, pour avoir voulu favoriser la fuite du 
girondin Biroteau. Il est surtout connu par sa Quête du blé, ouvrage mêlé de 
prose et de vers, qui parut en 1786. Ses Poésies légères furent publiées en 1806 
et ses Œuvres complètes en 1810. 



à laquelle le bon prieur répond malicieusement en s'éton- 
nant qu'un homme aussi intelligent soit entré dans un ordre 
où la règle défend de cultiuer les muses. Un anonyme le 
met au-dessus de Gautier (i) (ce qui n'est pas beaucoup 
dire), et même de Goudouli. Le Mercure de France du 8 
juin 1782, tout en faisant quelques réserues, lui reconnaît, 
dans la peinture des travaux champêtres, « une v)érité, un 
naturel, une naïueté même qui ne peut appartenir qu'à un 
homme qui est, comme lui, sur les lieux et qui calque, 
pour ainsi dire, à la uitre les grâces de son modèle w. 

Un peu plus tard, Louis xviii se faisait expliquer le 
poème par son ancien sous-précepteur, premier aumônier 
de Madame, l'abbé de Mostuéjouls Çi) et s'en déclarait 
satisfait. En i832, un Limousin, M. Bouriaud, le traduisait 
en oers français, et plus tard, M. Nuuit, professeur au 
collège d'Aubenas, le traduisait à son tour en uers latins : 
nous ne croyons pas que cette traduction ait été publiée. 
Enfin, en 1862, M. A. Peyramale en publiait une nouvelle 
et remarquable traduction française. 

Dans la seconde moitié du xix^ siècle, La Fare-Alais 
considère les Géorgiques comme un tour de force didacti- 
que. Aluernhe (3) invoquant la muse du Ségala, la prie de 
l'inspirer comme elle a fait de Peyrot. 

« L'as guidât coumo cal e soun oubrache duro : 
« Peyrot demourorô chantre de lo Noturo ». 

L'anonyme qui a écrit l'article du dictionnaire de La- 
rousse y reconnaît un style facile, plein de ueroe et souuent 
pittoresque. « L'auteur », dit-il, « excelle surtout dans les 
petits tableaux, pleins de fraîcheur ; il a l'art de décrire 
les moeurs et les habitudes locales av>ec une grande uérité 



1. Gautier, ni à Lombej (Gers), mort à Toulouse, où il s'était fixé dès sa 
jeunesse, vivait encore en 1770. Il a surtout célébré le jus de la treille. La 
plupart de ses oeuvres sont en dialecte toulousain. 

2. Le château de Mostuéjouls est situé à trois lieues au nord de Millau. 

3. Los flous de lo Mounlogno (Rode5, 1880). 



et de rendre piquants et poétiques les objets les plus 
uulgaires w. 

« Claude Peyrot, » dit à son tour le D"" Noulet (i), 
« c'est la bonhomie unie au bon sens, sous le couvert d'une 
pointe de grosse jouialité, mais qui ne laisse jamais aper- 
cevoir que des intentions honnêtes u ... Son procédé 
« consiste à tracer au orai le tableau des pratiques cham- 
pêtres, qui lui étaient familières, dans un langage aisé, 
sans ambition, uulgaire même, mais sans une trop forte 
pointe de cette trivialité qui déshonore tant de productions 
patoises w. 

Enfin, de Gaujal (2), tout en regrettant que Peyrot n'ait 
pas eu le courage de renoncer au fatras mythologique à la 
mode, reconnaît pleinement son rriérite : « L'expression du 
chantre patois des Géorgiques, m dit-il, « est habituelle- 
ment pittoresque ; son style est constamment énergique ; 
ses vers pleins d'harmonie et souvent d'harmonie imitative ; 
ses tableaux tantôt frais et gracieux, tantôt sombres et 
terribles, comme les objets qu'ils représentent (3) ; enfin, 
ses préceptes, fondés sur l'expérience et une théorie éclai- 
rée, sont d'une évidente utilité ». 



II 



Nous dirons peu de chose des autres œuvres patoises de 
Claude Peyrot. Les plus intéressantes et les meilleures sont 
assurément VOurigino de lo forondolo, et surtout Predicciùs 
de lo Muso del Segolà sul moriache de Moussu de Sent- 
"Roumo, fil de Moussu de Coll. Dans la première pièce, il 
faut louer surtout le trait final où il émet le vœu que le 



I. Hevue des langues romanes, t. VI, p. 208 ss. 
z. Eludes hisloriques sur le 'Rouerguc, t. IV, p. 240. 

3. Voye3 en particulier la description de l'orage (II, 275J et celle du Palais 
de l'Hiuer, au début du chant IV. 



— XXXIX — 

diable, toujours a l'affût, n'ait rien à gagner à ce ff diver- 
sement, fort honnête en soi m. La seconde est une char- 
mante pastorale, où il enuoie sa Muse, sous les traits 
d'une naïue bergère du Ségala, offrir ses vœux personnels 
à M. de Saint-Rome, qui uient de se marier. Le tableau 
de l'entrée de la bergère dans le salon des nouueaui époux 
est un modèle de naïueté spirituelle : 

D'obort tout doussomen tustoràs ol pourtal, etc. 

(u\3. 44 ss.j. 

Il nous reste à dire un mot du mélange de patois et de 
français dans la bouche d'une même personne, où le xix^ 
siècle, après le xviii^ (i), a trouué une source abondante, 
et, av)ouons-le, un peu monotone, de comique. Peyrot en 
a usé incidemment dans le JSouveau Basson, dans le "Dia- 
logue entre Miquèl de Milhau e Jonou de lo Bloquièiro et 
dans Lo besprado sbubèrtouso, où il attribue à un person- 
nage prétentieux un français mélangé de mots et de formes 
rouergates ou prononcé à la rouergate. Mais c'est sur- 
tout dans Le Chevalier de la Gragnotle, seigneur des Bas- 
Fonds, pièce française, en prose mêlée de vsers, qu'il a 
montré ce qu'il sauait faire en matière de burlesque à 
l'aide de ce procédé (2). Son originalité consiste à faire pro- 
noncer le français comme le rouergat : le cheualier, qui 
s'exprime en uers tandis que le récit est en prose, rem- 
place, par exemple, \'e semi-muet par \'e fermé, et eu par 
u, et prononce le v comme un b (parfois aussi le b comme 
un v). Voici quelques oers à titre d'échantillon : c'est le 
compliment qu'il dit av»oir adressé à sa fiancée : 



i. Voyej, z.n particulier, Lou Sermoun de Moussu Sistre, de l'âbbc Faure, où 
le procédé, qui consiste à faire alterner un ou deux vers languedociens auec 
un ou deux viers français, nous semble un peu maniéré. 

2. Les pièces exclusivement françaises intitulées : 'Requête de la Sisette à 
Cornus, Le JSouveau Basson, La Vraie Hippocrène ou Le Fessier du Père Paul, 
ne manquent pas non plus de gaieté : les deux dernières sont d'une bouffon- 
nerie Rabelaisienne légèrement outrée. Quant à VHomicide Imaginaire, en 
quatre chants, il semble avoir été inspiré par Le Lutrin de Boilcau et pécher 
un peu par défaut d'originalité. 



— XL — 

Lé boici ; silence un moument ! 

« Une v)ête, Mademoiselle, 

« Qui berrait machinalement 

(( De botre œil droit lé manquement 

« Dirait que bous n'êtes pas uelle, 

« Par défaut dé discernement ; 

« Car du dit œil l'abuglément 

« N'est au fond qu'une vagatelle, 

« Lorsque l'autre y boit clairement, etc. 

D'ailleurs, tout ce que dit le Cheualier, que son inter- 
locuteur provoque habilement à raconter sa Y>ie et son 
séjour à Paris, est pétillant d'esprit et peint auec un relief 
saisissant le fantoche ridicule que la Gascogne a envoyé 
dans la Capitale pour y chercher fortune. 

Cette pièce semble auoir eu, à son apparition, un succès 
qui s'est maintenu jusqu'à ce jour. Il y est fait allusion 
dans VEpîire des enfants de M. de ;V*** en réponse à 
l'envoi que leur avait fait l'Auteur ÇPeyrot), de la des- 
cription de son voyage de Vab . . . (Vabre), qui a été insé- 
rée dans les Œuvres diverses en vers et en prose par H. 
l'abbé Peyrot, ancien prieur de Pradinas et Chanoine de 
Millau. A Villefranche de Haute-Garonne, de l'imprimerie 
de Vedeilhié, imprimeur du Roi, en octobre mdcclxxxviii, 
av>ec Permission] : 

Quelle façon de petit-maître 

Dans nos cantons s'est fait connaître ! 

Nouveau débarqué de Paris, 

Il en rapporte la science, 

L'enjoûment, les jeux et les ris, 

Et la parfaite connaissance 

Des Arts, dit-il, qu'il a chéris. 

A ce début, à ce langage. 

Qui ne connaît le personnage (i) • 

C'est toi, burlesque Chevalier (2). 



1. Gentilhomme Gascon, second tome de celui de Molière. 

2. De La Gragnotte. 



— XLI — 

Ton équipage singulier, 
Ton jargon, ton goût, tes prouesses. 
Tes beaux dictons, tes gentillesses. 
Ton air grotesque et familier 
Et ta façon hétéroclite 
Dérideraient même Heraclite : 
Aucun sujet aussi fallot 
Jadis ne fut peint par Callot. 



III 



Il nous reste a dire quelques mots de la façon dont 
nous av>ons établi notre édition, qui, uenant après tant 
d'autres qui ne sont que des réimpressions plus ou moins 
fautiues, n'aurait pas de raison d'être, si elle n'y apportait 
pas de sérieuses améliorations. 

Pour les pièces françaises, afin de ne pas grossir déme- 
surément le uolume, nous aoons dii faire un choix, repro- 
duisant de préférence les meilleures et celles qui permettent 
le mieux de se rendre compte du talent uarié de l'auteur, 
nous contentant, pour les autres, de donner le titre et 
parfois un court résumé. 

Quant aux pièces en rouergat, qui constituent, incontes- 
tablement, la partie la plus originale de l'œuore de Peyrot, 
nous n en aoons omis aucune, et nous avions essayé de les 
présenter dans l'ordre chronologique, autant que le per- 
mettent les renseignements qu'elles fournissent, et en 
donnant toutefois, en raison de leur importance, la pre- 
mière place aux Géorgiques patoises, bien qu'elles ne 
datent que de 1781. 

Et tout d'abord, constatons que ce n'est guère qu'à Pra- 
dinas, où il séjourna comme prieur de 1748 à 1765, que 
Peyrot commença sérieusement à uersifier dans son idiome 



maternel, qu'il préférait incontestablement au français (0. 
Il y composa, par exemple, le Coumplimen sus lo noubèlo 
onnado des musiciens de Frodinàs o M. Lobèrnho, coun- 
selhè de Bilofranco. Je dis « commença sérieusement u, 
car la pièce qui célèbre le rétablissement du roi Louis XV, 
Lou "Rei recoumholit de lo molbutiè qu'ogèt o Metz en 
foguen lo guerro, ne saurait être postérieure à 1744. Il 
n'avait pas, du reste, renoncé à cultioer la muse française, 
puisqu'il obtenait, en 1752, quatre ans après son arrivée 
à Pradinas, un second prix aux Jeux floraux de Rode^, 
avec son Combat pastoral sur ces paroles : Instruire et 
AMUSER, et qu'il écrivait, trois ans après, un court poème 
intitulé : Les dons du ciel et ses disgrâces sur la Provence 
ou La naissance de Mgr le Comte de Provence et le 
débordement du Phône (2). 

Revenu à Millau, son pays natal, Claude Peyrot. malgré 
sa crainte insurmontable de l'opinion publique, peu favo- 
rable aux idiomes vulgaires, s'adonna à peu près exclusi- 
vement à la poésie rouergate et ne traita plus en français 
que des facéties, où se complaisait son humeur joviale et 
légèrement rabelaisienne, encouragé d'ailleurs à cultiver ce 
genre par la société polie qu'il fréquentait. Il avait, en 
effet, trouvé un excellent accueil dans la noblesse libérale 
et la haute bourgeoisie, qui faisaient grand cas de son 
talent poétique et savaient apprécier la philosophie souriante 
et l'honnête franchise de l'ancien Prieur de Pradinas (3). 



I. Au sujet de l'amour de Peyrot pour son parler natal et de ses plaintes 
sur le mépris qu'on en faisait déjà de son temps, voyej VEpUro en respounso 
o-n-oquelo que M. de *** obû escrich o l'cuiur, v. 29 ss. et le Diologue entre lo 
Muso Houërgasso e soun mèstre sut moriache de Moussu de Sorgos, v. 43 ss. 

1. Je n'ai en vue que les pièces qui se laissent dater, car il y a incertitude 
pour la plus grande partie des pièces Rouergates et pour les pièces Françaises 
qui figurent dans le Recueil publié par Cl. Peyrot lui-même, en 1774, par 
eremple pour celles qui s'intitulent : Le Commerce et l'Esprit de Contradiction 
et qu'il nous dit avoir été couronnées (sans doute à Rode^). 

3. Voyej, en téfe du volume, la précieuse J^otice biographique de M. J. 
Artières. 



— XLIII — 



Il se lia surtout aiaec les familles de Gualy et de Sam- 
bucy, auxquelles il adressa plusieurs pièces en rouergat 
à l'occasion d'heureux événements, et aoec le grand 
philosophe M. de Bonald, maire de Millau en 1789 et 
1790, dont il fit a plusieurs reprises un grand éloge, 
comme administrateur et patriote, en particulier dans son 
"Diologue entre Miquèl de Milhau e Jonou de lo Bloquièiro. 
où l'on trouue une admiration sincère pour les réformes 
opérées par l'Assemblée nationale et où l'on sent le sincère 
attachement de l'Auteur pour les idées sagement libérales (3), 

A la suite des Géorgiques, nous donnons le Recul de 
Pouesios "Rouërgassos, publié par Peyrot lui-même, en 1774, 
sept ans auant l'apparition de son grand poème, en suioant 
l'ordre de cette première édition. Les pièces de ce recueil 
se terminent à la page 188. 

Pour toutes les pièces en rouergat, nous avons tenu, 
non seulement à donner une édition vraiment critique, 
mais encore à employer une graphie qui permît de se 
rendre compte de la prononciation de l'auteur et des formes 
qu'il employait^ Cette graphie, essentiellement phonétique, 
est exactement celle de notre Ormonac "Rouërgas (1907-1909). 
En voici les traits principaux : 

Les diphtongues au, eu, eu, bu, ùi, se prononcent en 
appuyant sur la première voyelle et affaiblissant Vu Ç= fr. ou) ; 
au contraire, dans iù, la voyelle accentuée est ù (prononcé 
ou), et cette voyelle a un son prolongé, de sorte que le 
rouergat iù ne se confond nullement avec le provençal ieu ; 
— ue, uè, ub, se prononcent oue, ouè, oub. — Nous écrivons 
Ih, nh, pour rendre 1'/ et \'n mouillées ; — n finale au lieu 
de ni, dans les mots où le t ne se fait pas sentir devant 
un mot commençant par une voyelle et dans les adjectifs 



3. Encore, en /793, il n'est pas dégoûte de la liberté qu'il chantait auec un 
si bel enthousiasme et. à l'occasion de l'érection à Pailhas, où il s'était retiré, 
d'un arbre de la Fraternité, il salue dignement cet arbre, gage de l'ordre et 
de la tranquillité, et prie le Ciel, non sans quelque mélancolie, d'écarter de lui 
les orages qui ont déjà emporté tant de grandes choses. 



où le féminin est en nto, ndo {lihromen, mongen, mais 
dounl, bolhenl, gronl) ; mais, au pluriel, toujours ns ; 
— ts, prononcé Ich, au pHiriel des noms et adjectifs en l 
précédé d'une \3oyelle, des participes passés en al, it, ut, 
et des adjectifs à forme de participe passé, et de plus, au 
pluriel des noms terminés en c ou p, précédés d'une uoyelle, 
comme pits (pluriel de pic), cuols (pluriel de cuop), etc. 

On remarque dans la langue de Peyrot, telle que l'éta- 
blissent les rimes, quelque hésitation, qui tient à ce que, 
originaire de Millau et y ayant passé le dernier tiers de 
sa uie, il a séjourné une trentaine d'années à Toulouse 
d'abord, puis à Pradinas, dont la langue présente certaines 
particularités, principalement, iè (= arium, erium) au lieu 
de ib {premiè, mestiè, Icugiè) et la non diphtonguaison de 
e bref, o bref {pèi pour pièi, lèn pour luèn, plèjo pour 
pluèjo, etc. Le nombre des rimes probantes étant nécessai- 
rement très restreint, nous auons dû faire, sur ce point, 
exclusivement état de la graphie du Recul publié par l'au- 
teur lui-même, en 1774 : celle des Géorgiques (1781) "^ 
pouuait guère, en effet, nous être de grande utilité, étant 
donné l'aueu dénué d'artifice de Peyrot (1). Nous auons 
donc écrit partout iè, considérant les rimes golhordib : 
espuisorib I, 159-60, Cobolorib : souhendrib (Primo 427), 
C. : popib Kesp. 25-26), popib : escribib Gol) 20-21, comme 
des licences. Au contraire, nous n'avons admis lèn, plèjo, 
fèlbo, que dans le "Recul et dans les Geourgicos (2), et nous 
auons proscrit complètement pèi comme suspect d'auoir été 
introduit par l'imprimeur de Villefranche. 

Notons, enfin, les rimes porlon : brilhon (p. pr. adj.) 
III, 456, où brilhon (pour brilhen) a été influencé par le 
français brillant, et platos~bandos : grandos Ort, 35-6, où 
il vaudrait peut-être mieux écrire : platos-bondos : grondos, 



1. Voir son ^cis au lecteur, p. xxviii. 

2. Il faut noter cependant pluèjo Kesp. 35, et luèn : suèn Berl. ij. ce qui 
semblerait justifier l'emploi exclusif des formes diphtonguées de Millau ; mais 
on doit tenir compte des rimes Bilcn : lèn iv, 3o3 et fèlho : bèlho iv, 345. 



et, dans un ordre d'idées un peu différent, dinlrà : fora 
(pour forb, Z^ personne du futur,) I, 96, qui est une pure 
licence, et la rime de la i""^ personne du singulier de l'im- 
parfait, GoU, 22 et 29 av»ec la 3^, 25-6, rime qui n'a rien 
que d'ordinaire à cette époque. 

4 
Millau, 3 septembre 1909. 



^g^ 



ÉDIT^IONS 
DES ŒUVRES DE CLAUDE PEYROT 



I. Poésies diverses, patolçc? et françaises, par M. 
P. A. P. D. P. En "Rouer gue 1J'J4. — Cette première 
édition est très incomplète, puisque l'auteur n'aoait pas 
encore composé ses poèmes rustiques. 

II. Les quatre Saison?» 1781. "Vilie franche, Vedeilhié, 
imprimeur du "Roi. 

III. Œuvres diverses, 1788, nouvelle édition. 'Ville- 
franche, Vedeilhié, imprimeur. 

IV. Œuvres patoises et françaises, 3^ édition (1810). 
Millau, de l'imprimerie de Chanson. 

V. Œuvre? patoiçes Gorpplètes , 4^ édition (1823). 
Millau, y. Carrère, jeune, imprimeur-libraire. 

VI. Œuvres patoises Gornpiètes, 5^ édition, (i855). 
Millau, Carrère, jeune. 

VII. Œuvres patoises GOrnpIètes, Millau, Artières et 
J. Maury (1886). 

VIII. Les Quatre Saisons, "Rodez, Carrère (1906). 

IX. L'édition présente, éditée en 1909, à l'occasion du bi- 
centenaire de la naissance de Claude Peyrot. En publiant 
cette édition, nous essayons de remplir le viœu suiuant de 
L. de Santi : « Il serait à désirer qu'un éditeur soucieux 
de notre littérature romane donnât une nouvelle et défini- 
tive édition de Claude Peyrot w. 



TRADUCTIONS FRANÇAISES 



I. Les Quatre Saisons ont été traduites en uers français 
en i832. Cette traduction, faite dans le département de la 
Haute-Vienne fut publiée sous le titre asse5 bijarre de 
Géorgiques Omnibus. Le traducteur voulait exprimer par 
là qu'il rendait commun à toute la France un ouurage qui 
n'avjait été écrit que pour une localité. 

II. Les Saisons, poème patois de Claude Peyrot, traduit 
en vers français par A. Peyramale. — Paris, A. Sorbet, 
libraire, Palais-Poyal (1862). 



"^r 



Los Gatre Sosous 



ou los 



GeoUFgiGOS potuosos 

pouèroe 



A MONSEIGNEUR 
JÉROME-MARIE-CHAMPION DE CICÉ 

ÉVÊQUE ET COMTE DE RODEZ 
PRÉSIDENT DES ÉTATS DE LA HAUTE-GUIENNE 



MOJ^SEIGJSEVR. 



Ma Muse est d'une hardiesse inconcevable , depuis qu'elle 
vous a vu sourire à ses rustiques accents. 

"Rien ne lui paraît au-dessus de ses forces : elle est si 
présomptueuse qu'elle ose s'égaler aux Nuses du premier 
rang. Ses folles prétentions éclatèrent surtout lorsque le 
Monarque, qui n'aspire qu'au soulagement de ses Sujets, 
ordonna dans la "Haute-Guienne une nouvelle forme d'ad- 
ministration dont il vous établit le chef. 

Oui, Monseigneur, cette téméraire paysanne, quittant 
alors la houlette et le chalumeau, essaya d'élever son style 
jusqu'à la sublimité de l'Cde, pour chanter la vaste éten- 
due de vos lumières, et la supériorité de vos talents, que 
Sa Majesté trouva dignes de seconder ses projets de bien- 
faisance sur cette Province. 

Mais quel fut le succès de son aveugle ambition ? "Hélas ! 
à peine eut-elle saisi la lyre, qu'effrayée de la grandeur 
de l'entreprise, elle la laissa tomber des mains ; // fallut 



— 4 — 

céder à la force de ce naturel opiniâtre qui triomphe 
toujours des efforts que nous faisons pour le repousser. Ce 
despote impérieux vint bientôt réclamer ses droits, et la 
ramener à ses humbles pipeaux. 

Elle les embouche aujourd'hui, Monseigneur, pour vous 
retracer, à sa manière, les mœurs innocentes et les utiles 
travaux des Cultivateurs de nos montagnes, cette précieuse 
portion de votre Troupeau, qui, quoique cachée au sein des 
rochers, ne vous en est ni moins connue ni moins chère. 

Daignez , Monseigneur , recevoir l'hommage de celte 
dernière production avec la même bonté dont vous avez 
honoré les précédentes, et agréer le profond respect avec 
lequel je suis. 

Monseigneur, 

De Votre Grandeur, 

Le très-humble et très-obéissant serviteur, 

PEYROT, 

ancien Prieur de Pradinas. 



^f^ 



EPITRE A M. LE PRIEUR DE PRADINAS 

SUR SES GÉORGIQUES PATOISES 

PAR M. DE ReBOURGUIL, 

Mesire de Camp de Cavalerie 
et Lieutenant des Gardes du Corps de M. le Comte d'Artois. 



La nature fut ton modèle : 
En la peignant tu l'embellis. 
Sous le plus brillant coloris 
Son tableau n'est pas moins fidèle. 
5 Tu peins sur des pipeaur légers 
Des Saisons la marche éternelle, 
Nos champs, nos uignes, nos uergers ; 
Et dans leur langue maternelle 
Tu parles auec nos bergers. 

10 Saint-Lambert en a fait des sages, 
Fontenelle de beaux esprits ; 
Mais je ne uois qu'en tes écrits 
Le ton naïf des premiers âges. 
De Paies chantre ingénieux, 

i5 De ses mœurs et de ses usages 
Législateur harmonieux, 
C'est dans tes chants mélodieux 
Que le patois de nos oillages 
Devient le langage des dieux. 

20 La nature, à ton art docile, 

Ramène encor dans nos hameaux 
La Muse riante et facile 
Qui d'Hésiode et de Virgile 
Jadis enflait les chalumeaux. 



— 6 — 

25 Pourrions-nous la méconnaître, 

Quand tu la conduis dans nos champs î 
Sa grâce n'est pas moins champêtre, 
Et ses accords sont plus touchants. 
Tu nous raois, tu nous entraînes ; 

3o Tes uers sont des lois souveraines 
Que suivra le peuple pasteur : 
Tu le consoles dans ses peines, 
Tu l'avertis de son bonheur ; 
Tu lui fais aimer ses retraites, 

35 Ses durs travaux, ses doux loisirs. 
Aux airs charmants que tu répètes. 
Depuis qu'au gré de ses désirs 
Il peut accorder ses musettes, 
Tous ses travaux sont des plaisirs 

40 Et tous ses loisirs sont des fêtes. 
Jouis du plus doux des succès ; 
Sois le bienfaiteur des campagnes ; 
Dans nos vallons, sur nos montagnes. 
Viens voir les heureux que tu fais. 

45 Le bruit y court que ce Poème, 
De tant d'agréments embelli, 
Fut inspiré par Triptolème 
Et fut écrit par Goudouli. 



LETRO O MOUSSU DESPRODELS 
Cmic de l'Ogriculturo. 



Mo Muso, cher omic, lounc-tens persecutado, 
Anfi bo rimolhà los Sosous de l'onnado. 
Li me fas entreprene un ennuious trobal 
Dount cregne, ombé rosou, que nou s'oquite mal. 
5 Lo couneisse be trop : outre qu'es poressouso, 

Jomai miolo d'Oubèrnho oun fousquèt tont quintouso. 
Omai n'as obusat : ombè to permissiù, 
Debios de so feplesso obeire coumpossiù. 
Soun pincèl es trop flac per te fa lo pinturo 

lo De tout so que dins l'on trofico lo noturo, 

Siô lo Primo ou l'Estiù, siô l'Ôutouno ou l'Ibèr ; 
Car caduno, o soun tour, se maino del goubèr. 
T'ou dise encaro un cop, molgrè tout soun courache, 
Ai pla pou qu'en mièch aste oun plonte oqui l'oubrache, 

i5 Ou qu'oun lou fasco pas o toun countentomen. 
Un orticle sur-tout me fo gront pessomen : 
Es que de so besounho ogère un jour l'ôudasso 
O nostre Mojoural d'oufrî lo dedicasso. 
De qu'un uèl lo bo beire, el qu'o lou goust tont fi ! 

2û Mes que faire ? Es tirât, nous cal biùre lou bi. 
O mo muso, d'olhurs, oquel Prélat oimaple, 
Cont benguèt o Milhau, se moustrèt fort ofaple : 



D'un sourire hounourèt sos rusticos consous ; 
Belèu boudro b'encaro cscoutà sos Sosous. 
25 E tu que, jous los flous d'uno omistat flotouso, 
Li cachos lous dongès d'uno courso espinouso, 
Guido-lo, Desprodels, ten-lo toujours pèl bras 
Se lo quito3, s'egaro, ou toumbo o cado pas. 



^^ 



LOS CATRE SOSOUS 



ou LOS 



GEOURGICOS POTUOSOS 



LOU PRI^ITE^(S 



CONT PREMIE 



lu m'osarde o birà l'escobèl de l'onnado, 
Qu'en catre tens égals es to pla portochado 
Que soun cours noun finis que cont cado sosou 
Sul même toroboul o fach soun escôutou. 
5 Dirai dounc del Printens los flours e lo bèrduro, 
De l'Estiù los colous è lo richo posturo, 
Lou dous jus de l'Outouno e sous autres prcscns ; 
Anfi del pigre Ibèr pintrorai lou mal tcns. 
Mes ol Sire OpouUoun e touto so rossado 

\o Fosquen, coumo se diù, pulèu lo copelado : 

Lou bèrs, sons soun ojudo, oun n'o ni suc ni mue. 
Gront Diù. que ses toujours ou quilhat sus un truc, 
Ou que rondoulejàs dins lous sobens trobèrses, 
Prestàs-me, se bous plai. lou molle des bous bèrses. 

i5 AVusos, de bostro foun lochàs lou roubinet : 



Bostro aigo es préférable ol boun bi fronc e net. 
Mo Muso es ol jour d'uèi talomen oiterado 
Que n'endobolorio, crese, uno semolado. 
Dounas-li'n, per pietat, bou'n prègue, un mièch goubèl. 

20 Nuople e sobent Roussi, tu qu'èros tont monèl 
Jous lo ma de Birgilo e del Tasso e d'Oumèro, 
Tu que bas ol golop cont correjos Boultèro, 
Soubent siôs pus compis qu'un ase del Mounnà. 
Pégase, oqueste cop m'ones pas reguinnà. 

25 Anfi, tontes que ses, Diùs mascles e femèlos. 
Que trebàs sus un puèch besi de los estèlos, 
Quitàs bostre pusaut, coures, despochàs-bous, 
Benès persègre omb'iù lou trin de los sosous. 
Courache ! oquel isson ben fenspirà lo rimo : 

3o Muso, omb'un tal secours, pos essojà lo Primo. 

Lou Coucut o contât ; l'Ibèr bo trescoulà ; 

Lo biso sul Rouèrgue es lasso de siflà : 

Bo pourtà sous bufals dins lou pois de l'Ourso. 

Lou Printens se preparo o coumensà so course. 
35 Trop lounc-tens omogat, lou gront astre del Cèl, 

Quito so capo soumbro e soun nègre montèl ; 

E del tiède 5efir déjà lo dousso oleno 

Des riùs emprisounats o foundut lo codeno. 

De lo cime des rocs, o toute euro, en detal, 
40 On bei se destocà de pendens de cristal ; 

E le nèu que se fount, en loben les cerrièiros, 

Bo juscos dins leur lièch treboulà los ribièires. 

Sons cregne de l'Ibèr lou funeste retour, 

L'omelliè se despiège e l'esclat d'un bel jour. 
45 L'emprudent ! n'o pas pou de Josèp lou trincaire : 

Soun terriple mortel de sous efons, pecaire ! 

O pourtant, dins leur brès. soubent coupât lou col ; 



V. 23. Hameau de la commune de Millau, où ces animaux abondent. 
3i. Approches du Printemps. 38. Fonte des glaces et des neiges. 

44. L amandier déploie ses fleurs. 



Presque cado très ons li'n fo pourtà lou dol. 
Lo figuièiro, pus sacho e pus precôuciounado, 

5j De pou que noun surbengue un retal de jolado. 
De poussa sous gourraus n'auso pas osordà. 
Cap d'autre aubre noun plus, de pou de s'escôudà, 
De soli sous bourjous encaro fo pas mino : 
Lou mendre rebiral côu5oriô so ruino, 

55 Car, seloun lou prouberbe, on n'es pas ibernat 
Que lo luno d'obriol oun n'ajo trolucat. 

Lou Pastre sopendent, en sourten de lo jasso, 
O lo pouncho del jour dôu pertout se regasso : 
Bei déjà lou pclenc, qu'èro obont ièr tont sec, 

60 Brilhà d'un bèrt surtout que l'endimerguo o plec. 
« Tont o lèu, w se dis-el, « entre èstre foro cledos, 
Eici bau fa corrà mous moutous e mos fedos, 
Ecceptat que de mèstre iù noun combie 6 mièch mai. m 
Oquel espuôr lou flato e li tei lou cor gai. 

65 Lou Bouriaire engourdit noun quitabo so caso 
Qu'un pauc sul subrejour per faire cauco raso : 
Aro, ol premiè sisclal del motinous ôusèl, 
Sauto coumo un cobrit del lièch sons cubrecèl. 
Sos calcios dejoul bras, courris o lo fenèstro ; 

jo Sono borlet, chombrièiro, efons, filhos e mèstro. 
Soun cais se barro pas qu'oun bejo pauc o pauc 
Sos gens derebeillats c solits de lour trauc. 

Cont soun mounde es lebat, tal qu'un mèstre d'ormado. 
D'un moût el douno l'ordre o touto l'oustolado : 

75 « Oncn, couratche, efons, aro es ouro d'i fa, 

« Noun pas om lou mal tems, que se coliô côufà. m 
Tout s'onimo o so buos e sounjo o soun ofaire. 
Jan margo l'oissodou, Pèire oplecho l'oraire ^ 



V, 48. Qui casse les amandes. C'est ordinairement uers la saint Joseph 
que le froid en fait périr la fleur. Cette récolte ne réussit jamais ici trois 
ans de suite. -- 60. La verdure renaît. — 63. On loue les domestiques le 
17 mai. — 67. Le fermier s'éveille au premier chant du co^. pour éveiller 
toute sa maison. - 75. Il assigne à chacun sa tâche. 



Ondriù penso sous biôus. Estèbc sous mulets : 

80 Tont l'eiemple del mèstre entoncho lous borlets ! 
O sutà lo besounho el tout premiè coumenso : 
O déjà dins un sac preporat lo semenso. 
Monjou catre côulets e bôu toutes essens 
Sus un rôstoul birat semenà lous morsens. 

85 Sou pas pulèu portits que lo maire e los filhos 
O Tort qu'ôu fousegut bôu fa los semenilhos. 
Sul bèspre tout s'ocompo, e fou lou despèrti : 
E sobès se pores qu'obiôu dinat mot» ! 
Juscos o jour folit pèi s'en bôu fa lous crèsses... 

90 Mes o porà lous prats seriô tens que soungèsses. 
Escortas-ne, coûtais, tout lou bestial menut : 
L'èrbo nais, e sons fauto oquel pople lonut 
De so goulaudo dent ne couporiô lo pouncho, 
Se, cont bous ofonàs cl comp o fa lo jouncho, 

95 Lou pastre de rescos H bous fosiô dintrà. 
Belhàs-lou, cresès-me ; car, se pot, ou fora. 
Fosès-ne tene lèn otobé lo bouïno ; 
N'i loissés pas noun plus paisse lo cobolino, 
E pèr ofi que l'aigo orrose bostre prat, 
100 Tenès lo routo libro e lou besal curât. 

Emplostras-lou surtout d'oquelo limpo grasso 
Que lo plèjo en Ibèr dins lo sompo romasso ; 
E se de los porets es toumbat cauque pas, 
De lou tourna remetre ol pulèu monqués pas... 
io5 Lo mèstro aro longuis lo fobourablo estèlo 
Per poudc semenà lo grono de lo tclo. 



V. 80. Il est le premier au travail. — 82. On va semer les blés de mars. 
— 85. Semailles du jardin. — 87. L'heure de goûter. — 8g. On va fouir 
avec la pioche aux endroits où la charrue n'a pu passer. — qu. A la 
mi-mars, on écarte tout le bétail des prés. — 95. Les bergers, malgré la 
défense, y font paître furtivement. — q<). Il faut nettoyer les rigoles, afin 
que l'eau coule librement, et y répandre le limon que les pluies d'hiver 
ont ramassé dans la mare. Il faut aussi en réparer les murailles. — 
io5. Préparation des chenevières. 



— i3 — 

Lo conobièiro es presto, ornai lou conobou ; 

Lo terrado es coufido omb'un pauc de migou. 

Que sousque encaro un briù de p6u de desfourtuno, 

MO Qu'otende que de Mars siasco roundo lo Luno. 
Que semene so grono olaro un pauc espés, 
En cossen lous ôusèls qu'oun n'i loissoriôu res. 
Qu'o lo cimo d'un pal, calque bièlho roupilho 
Boultige ol grat des bents ; oc6 lous escompilho. 

»i5 Mes lou salse es en sabo e pousso sous cotous ; 
Lou rousiè, lou lillà se cargou de boutous ; 
Déjà tout es jouial, tout ris dins lo noturo ; 
Lo terro o recoubrat so premièiro poruro, 
E lous gais ôuselets, jous de tendres romèls, 

120 Preparou lours gousiès o de councèrts noubèls. 
Aro entre se lebà, lo besiado Liseto 
De Mars, en foulotren, bo culi lo floureto 
Pèr faire uno guirlando o soun cher onilou, 
Dount lo raubo o lo nèu disputo lo bloncou. 

125 Semblo lou Printens même, oquelo postourèlo, 
Cont, en mièch des porfuns de lo sosou noubèlo , 
Souleto ombe soun chi fodejo dins lou prat. 
Cun uèl to petilhent ! Cun minois to flourat ! 
Qmb'un despièch jolous, los filhos del bilache 

i3o Regardou lo frescou d'oquel poulit bisache : 

Noun pas qu'opsoulumen lou trobou sons défaut. 
Mes, molgrè lour critico, encaro es trop fricaut. 
So que surtout los facho, es cont un jour de fèsto, 
Ombe lou soûl riban que H sarro lo tèsto, 

i35 Qmbe so cofo unido e soun blonc dobontal. 
Lise esfasso l'esclat de tout lour otiral. 
Tondis que dins los flours, ornai dins lo berduro, 
Besèn déjà lugi l'espuor de lo posturo, 
Dins l'aire e sus lo tèrro un penchent gênerai 

140 Q cercà soun poriù pousso cado onimal ; 



V. m3. Epouvantai! à cheneuière. qu'on met au haut dune perche. 
Il 5. Le saule est le premier arbre qui pousse des chatons. 



— 14 — 

Ou^èn dins lou boloun gémi lo tourtourèlo, 
OItour del golotàs bresilhà l'iroundèlo ; 
Gosoulho de plosé d'obé troubat l'oiral 
Ount èro ontan soun niù, que n'es pus qu'un cosal 

145 O lou tourna bostî besès coussi trobalho ! 

Per loucha, cont bendrô, so pichoto mormalho, 
Cèrco lous moterials tout diguen so consou ; 
Soun bec es tout-ol-cop lo tiplo e lou mossou. 
Déjà lou posserat bisito lo toupino ; 

i5o Om de borgun, de palho e calco plumo fino 
Bo gorn'i soun liéchet d'un moufle motolàs, 
Qu'o sous pichous noissens serô d'un gront soulàs. 

Filhos, de l'omouriè lou brcutou s'esporpilho, 
Metès bite o couà lous ious de lo conilho, 

i55 Que pendent quatre cops cal que mude de pèl 
Obont de s'entorrà dins soun riche toumbèl. 

De l'aubre, jordiniès, sounjàs o fa lo talho ; 
Cont l'ôurés pla purgat de touto bourdufalho, 
Costiàs on lou poudet soun trop de golhordiô : 

160 Pèl luxe de sous jets lou trounc s'espuisoriô. 
Loisàs H soulomen calcos broncos fruchièiros ; 
Lias ombé de bins los que sou trop lebrièiros ; 
E tout so que beirés de lo règlo escortât, 
01 tronchant del coutèl libras-ou sons pietat. 

165 L'aubre tout coumo l'ome es suchèt o rompogno 
Pla soubent lo bcrmino ou lo rounho lou gogno. 
Se d'oquel mal hountous lou ferre oun lou guéris, 
Lou longuimen lou mino, ansi seco e péris. 
Cal dounc cossà lou mal obont que nous ocaple : 

170 Metès aro en protico oquel art odmiraple 

Qu'en un aùbre ofronquit tronsformo un soubochou, 
Disou que per osart, autres cots, un postrou 
Fiquèt, en petossen so pichoto chôumièiro, 
Un broutou destocat d'uno bronco fruchièiro 



V. i53. On couue la graine des vers à soie. — 172. Selon Pline. 



i 



— i5 — 

175 Dins lou trounc d'un bouissou noubèlomen rcssat. 
E qu'oquel suchèt fronc, pèr lo sabo poussât, 
Dins lo fendo del souc prcnguèt uno autro bido. 
Lo monièiro d'ontà d'oqui dounc es solido. 
On onto, ocô se sap, de mai d'uno foissou : 

180 Entr'autros en troumpeto, en fendo, en escussou. 
Côu;5;issès, e molgrè lo cresenso coumuno, 
Gordàs-bous, cont ontas, dé counsultà lo Luno. 
D'oquelo bielho errou bous entestés pas pus : 
Un orne qu'o boun cap n'o descubert l'obus. 

185 Que siasco bièlho ou joube, omogado ou solhento, 
O touto obro lo Luno es fort endiferento : 
Oubserbàs soulomen que pèr oquel trobal 
Un tems dous et tronquille es tout so que bous cal. 
Pren courache, poge's, tous blats 6u bouno caro ; 

190 Déjà de lo seguiol l'espigo se declaro ; 
Mes, se n'i pensos pas, un orre mesclodis 
Omb'un aire insoulent sus tous comps s'espondis. 
Jous lo plonto estrongièiro, elas ! mièjo estoufado, 
Lo filho de l'oustal d'olimens es pribado. 

195 L'ofrount es trop songlont pèr que reste impunit : 
D'un coutèl recourbât pren-me un bostou gornit, 
E de l'escourniflaire, o cots d'oqu'elo eigino, 
Bai fa sôutà los dens jusquos o lo rocino. 
Encaro ouras prou peno ; ôuras bel lo sôuclà, 

zoo Que dise ? 6uriôs-be bel lo poultri, lo choplà, 

Que toujours dins tous comps d'oquelo bilèno èrbo 
Lou lebon molurous, molgrè tus, se counsèrbo. 
Lou soûl remèdi olaro es, cont moustro lou nas, 
De lou li tourna torse, ofi qu'oun grone pas. 

2o5 Qu'es oqueste bobau, qu'o lous uèls jous de cutos ? 
Que rondoulejo tont ol tour d'oquelos hulos 1 
Noun seriô pas eisô calque furgo-bournhou ? 



V. 184. M. di la Quintinii et autres. - 196. Le sarcloir. 206. On 

châtre les ruches. Hulos est un pur gallicisme . 



- i6 — 

Ai ! qu'es cmpoquetat ! Saique o pou del fissou. 

N'es un, me troumpe pas. Oquel lait cap de selho 
21J Omb'un brondou fumous o delouchat l'obelho. 

Lo pauro repoutègo en bechen lou brutal 

Que gasto so besounho et li euro l'oustal. 

Otal, sauf lou respec, cont l'emplegat de talhos, 

Dins uno pogesiè dintro per fa bistalhos, 
2i5 E qu'emporto cremal, forrat, oulo, poirol, 

Lo mèstro, se poudiô, li tourseriô lou col. 

L'obelho, urousomen, pot repora so pèrto : 

De milo e milo flours lo companho es coubèrto ; 

Ne poumporô lou suc dins lous comps, dins lous prats, 
2.20 E surtout dins lous orts, que ne sou bigorrats. 

D'oquelos del ginèst lo coumbo es topissado ; 

D'oquelos del bouissou lo plono es perfumado. 

Sus los costos, sus puèchs los besèn espeli : 

Pouden pas mètre en loc lou pè sons n'estroli. 
225 Cun baume per lou nas ! Cun régal per lo bisto ! 

De tous bijous, Printems. cal pourriô fa lo listo 1 

Salut, jouino sosou, maire de tont de flours ; 

Per lou plosé des uèls diùriôs dura toujours. 

Mes que me bontou pas oquelos d'un porterro 
23o Que pousso obont lou ten5 lou fournèl de lo scrro. 

Del simple noturèl qu'un sot Cresus lossat 

Exige de lo terro un serbice foursat ; 

Que pèr el lou rousiè se desplègue obont ouro ; 

Sùi pas brico embejous del plose' que sobouro, 
235 ûuont bei sus de grodins cent bases olondats 

O forso de trobal de flours toutes bondats. 

Que se pâme en bejen uno oundo emprisounado 

Per de ressorts secrets jusqu'ol cèl elonsado ; 

Per iù, certo, aime mai beire l'aigo d'un riù. 
240 Que fo soun cours sons gèino e sons ofectociù ; 

Aime mai, sus soun bort, bcirc, ombc lo biùlcto. 



V. 137. Les jets d'eau. 



— '7 — 

Lo jounquilho dôurado e lo morgorideto 
Flouri dins lour sosou, pelle e mèlle, o l'osart, 
Que lou lucce d'un ort que flairo tont o l'art. 

245 Des tournais de Creissels cont bese los coscados, 
Oun trèpou libromen los foulatros Noiados, 
De gauch, coum'un ôusèl, oquî semble embescat. 
O l'oumbro d'un poumiè, sus moun couide oclencat, 
Oquî de lo noturo iù countemple l'oubrache, 

2.50 Tondis que sus mo tèsto entendi lou romache 
D'un gai roussinhoulet que conto sos omours. 
Moun uèl mirobilhat odmiro lous destours 
D'un rojol qu'oun couneis d'autro lei que so pento 
Tantôt ol tour d'un roc besiadomen serpento, 

255 Tantôt en murmuren quito soun lièch notai, 
S'elonso e s'espondis en napo de cristal 
Qu'os roiouns del soulel laisso un libre possache. 
Olaro en formo d'arc bese foundre un nuache 
Ount brilho lou sofir, lo pèrlo, lou rubis 

260 E los autros coulous de lo raubo d'Iris. 

De lo coscado onfi que m'o chormat lo bisto 
S'encaro un bricou mai bole sègre lo pisto, 
Bese que fièromen bo pèr sauts e pèr bouns 
Ficsà dins très moulis sous escarts bogobouns. 

265 Oquî dono lou branle o lo lourde mochino 
Que del gro qu'escrucis fo rojà lo forino, 
E pièi dins bint besals, de soun pur moubemen, 
Per orrousà lous prats bo coula lentomen. 

Tondis qu'o-s-uèls besens se fleuris lo pelouso, 

270 Lou berdiè nous onounso uno onnado oboundouso. 
Cado aubre ôugan proumet soun tribut ol groniè : 
Be pourren, s'o Diùs plai, fa troutà lou poniè. 
Mes cun councèrt to bel se fo dins lou bouscache ! 



V. 245. Lieu uoisin de Millau, où l'on uoit des cascades naturelles, qui 
font tourner plusieurs meules, où les taillandiers «ont eguiser (sic) leurs 
outils : de là vient le nom de tournais. — 269. Les fleurs des \3ergers 
annoncent l'abondance du fruit. 



— i8 — 

D'un regimen d'ôusèls entendren lou romache : 
275 Oqui lou repetit, l'ôuriol, lou roussinhol, 

Jous un noissen fulhache uflou lou gorgolhol. 

Lou mèrlhe, lou pinsart, lo gribo, lo fôubeto, 

Lou gach que bol porlà, l'ogasso que coqueto ; 

Tout musicien olat fredouno o so foissou 
280 O l'ounou del Printens so pichoto consou. 

Loissen-lous s'egoià, qu'o lour aise consounou ; 

Onen beire, pogés, tous gorrics que broutounou. 

Cont lous glons sul gosoun de l'aubre toumborôu, 

Coussi tous pourcelets se n'orrigoulorôu ! 
285 Pièi, cont foras mosèl, beiràs cune solache ! 

Lo car serô pus fèrmo e forô mai d'usache. 
Onfi del mes de Mai lusissou lous bèls jours ; 

Lo companho o corgat sous pus riches otours. 

Ocô's fach : fi de nèu, de gibre e de jolado. 
290 Lo combeto del blat de dous pans s'es ôusado, 

Mes soun cap, de lo rajo un bricou trop sutat, 

Auriô déjà besoun d'estrc un pauc umectat. 

Astre, dount l'uèl perçant bei touto lo noturo, 

Tu dount cado créât oten so nourriture, 
295 De lo crùèlo fom se nous bos gorontî, 

Ajo pietat del blat, que coumenso o poti. 

L'espigo se blonchis sus so tijo olterado : 

Fal qu'i toumbe dessus uno dousso rousado . . 

Onon èstre exôusats ; oquel obille oubriè 
3ùo Bo faire dobolà d'un nuache lôugiè 

Sus blats, que lo set brullo, uno plejeto fino. 

Que lous obiùrorô juscos o lo rocino. 

Ai ! coussi plôu déjà ! Cuno benedicciù ! 

Cuno ôubeno surtout pèr lou morsenc tordiù ! 
3o5 Sourtès toutes, benès sul lundà de lo porto : 

Besès conto ne toumbo, ornai n'es pas trop forte. 



V. i85. La chair du cochon nourri de gland est la meilleure. — 3o3. j 
Rosée de Alai. 



— 19 — 

Soulel, pèr emoussà de tous darts lou fissou, 
Otal de tens en tens fai jougà l'esporsou. 

Muso, quiten lo plono, e mounten o \o binho. 

3 10 D'èstre to pousodis lou fousèire s'endrinho ; 

Longuîs despièi lounc-tens de foire ou de bina ; 
N'o rosou : de soun bras espèro lou dinà. 
Onen dounc, journoliès, metès-bous o l'oubrache : 
Lou repaus o lo souco aro foriè soufrache. 

3i5 Se bous sobès entendre en fosquen lou mercat, 
Del bigôs tirorés de liardos un socat. 
Cune boulegodis ! Tout, jusc'ol mendre drilho, 
Cargo biasso, borral, bigôs sus so roupilho. 
Del cric-crac dels esclots lo plasso retentis ; 

32Ù Bref, lou mercat se sarro e lo colo portîs. 
Pièi pendent lou trobal cal ôu5i lo godasso : 
Se cridou milo cots : « Gront bien, en prou bous fasso ! u 
Desempèi lou din'a juscos ol despèrti, 
Cont n'ogassou côucun, ah ! be lou fou pofi. 

325 Pèr rire e s'egoià, pulèu que pèr molisso, 

Li reprochou sons cèsso ocô que mai lou fisso ; 
E cal pas fa semblon oqui de se picà : 
On n'es que mai brondit, s'on au5o replicà. 
Un cop, s'èro fourrât dins lo colo un noubice 

33o Pus obille o monjà qu'o tout autre exercice. 

« Goujat, w sou li fosquèt un bièl tout grupelous, 
« De toun paire sios fil del cap jusc'os tolous. 
« Coum'el, as ol repais lo dent prou degochado, 
« E lou bras enrelhat cont cal fa lo combado. w 

335 L'ouncle, que del nebout bol prene lou portit. 

Dis : « Es bertat, moun fraire èro un bostou bestit. 
« Diù l'ajo perdounat ! Prou dégourdit o taulo, 
« Ero lent ol journal coum'uno cogoraulo : 
« Otobé soun escais èro lou pè pesuc. 



V. 32 1. Ils sont sans cesse à s'agacer les uns les autres, et les 
absents ne sont pas plus épargnés : cela les fait rire et passer le temps. 



340 " Mes iù crese o l'efon un pauc mai d'obeluc. 

« Boun, « respont lou cirous en freten sos porpèlos, 
« Un aubespic, bodaut, pot fa que d'onsonèlos. » 
Cont ou prou degoisat e sul tiers e sul quart, 
Parlou de tout ocô que lour ben per osart, 

345 De guèrro, de poulisso, e de pèrto e de lucre, 

Lou tout, coumo s'enten, pla saupoudrât de sucre. 
Tout lou manne del jour contunho oquel boral : 
Otal charmou lo peno estocado ol trobal. 
Aro es tems de porlà de pastres e de fedos, 

35û D'onhèls e de moutous, de pargues e de cledos. 
De lono, de froumache e de burre e de lach. 
Coumencen per oquel : uèi ne rajo un bel trach. 
Aies cal que Pan préside o nostro counferenso ; 
Touto oquesto motièro es de so coumpetenso. 

355 O tus qu'as suèn del pastre e del bestial menut, 
Fringaire de Sirini, floùtaire cournut ; 
Tu dount lou pè, tolhat coum'oquel de lo cabro, 
Sus lo cimo des rocs Icstomen s'escolabro ; 
Tu qu'as bostit ol pastre un costelou moubent 

36o Que lou met o l'obric de lo plèjo e del bent ; 
Tu qu'as moustrat onfi l'art de fa de borrièiros 
Pèr sôubà lou troupèl de los dens cornossièiros ; 
Diù mièch ome e mièch bouc, fort jonti soquelà, 
Porto eici tous regarts : toun nectar bo coula.... 

365 Cont de lo basso-cour lou chantre se rebelho, 
Lo lochièiro se lèbo e part ombé lo selho. 
Bo quichà lou soumés, e se rajo trop prin, 
En lou soubotegen lou met en pus bel trin. 
Sus un fioc tomperat, obont fa lo colhado, 



V. 353. Pan curai oves, oviumque magistros. fVirg.j. — 359, La cabane du 
berger. — 36i. Le parc à brebis. — 363. On sait que Pan, amoureux de la 
Nymphe Syrinr, en fut dédaigné à cause de son extrême laideur. Il auait les 
pieds de la chèure, la barbe et les cornes du bouc. — 367. La laitière ou 
fromagère donne des claques aux tetins des brebis pour en faire couler le lait 
plus abondamment. 



— 21 

Zjo Lou lach ris un moumen, e \o crèmo es triado 
Tout de suito es getat dins un gront coulodou, 
E pèr lou faire prene on i trai lou presou, 
Seloun lo contitat pleno ou mièjo culièiro. 
N'es pas pulèu colhat, que nostro cobonièiro 

375 I met per l'ocolà sous brasses retroussats ; 

E, pèr tont qu'o l'oustal lous ofàs siôu pressais, 
D'oqui boucho pas mai que s'èro estobonido : 
Souben sul coulodou l'ôu troubado endourmido. 
Dins lo foisèlo oprès estourro l'oncolat 

38o E lou met o secà luèn de l'arpo del cat. 

Cont es prou sec, d'obort se despacho un messache 
Que porto o Rocofort lo fourmo de froumache. 
Oqui gémis lounc-tens joui tronchant del coutèl ; 
E, pèr combià de noun, combiô bint cots de pèl. 

385 Se fo pièi cauco drogo ombé lo roscloduro 
Que s'espondîs sul pa coumo lo counfituro. 
Mes ocô's to pebrat que ne cal pauc serbî. 
Se l'on bol espornhà lo micho ornai lou bi. 
Coumo de dessul lach lo crèmo s'es tirado, 

390 Sus lo gaspo, o pu près, lo recuècho es lebado ; 
Onfi, dins lous founsils fou bouli de croustous 
Que sou pèr l'oustolado un bouci rogoustous. 
Cal gordà susquetout lous colibots pèl pastre ; 



V. 370. On lèwe la crème qui se ramasse sur le lait lorsqu'il commence 
à rire. — ijz. On met dans le lait la présure nécessaire. — 378. Elle 
s'endort presque toujours en pressant le lait. — 37g. Le pelit-lait 
s'écoule par les trous du chasseret. — 38i. Les caves de Roquefort, à 
deur lieues de Millau, sont taillées dans le roc ; elles sont glaciales. C'est 
là qu'on porte, de toute la contrée, le fromage sec, sans autre préparation. 
On prétend que c'est principalement à force de le racler, et d'en diminuer 
par conséquent le volume, qu'on lui donne, par degrés, cette bonté qui fait sa 
grande réputation. Il y a cependant apparence qu'il érige bien d'autres soins. 
— 385. On fait avec les pelures du fromage qu'on pétrit, et qu'on épice 
beaucoup, une composition qu'on appelle rebarbe. — 3qo. La recuite est 
une espèce de crème qui se lève sur le petit lait. Ce n'est, en tout cas, qu'une 
seconde crème bien faible obtenue par une seconde cuisson du lait déjà 
écrémé. — 393. Brins de caillé qui restent dans le petit lait. 



01 troupèl autromen orriboriô desastre. 

395 Es pla juste, en efèt, pèr qu'el n'o lou soucî, 

Que del prouduit, ôumens, H n' rebengue un bouci. 

Tondis qu'o soun trofic baco lo cobonièiro, 
De soun coustat, lo mèstro, en bouno moinochièiro, 
Sounjo o renoubelà lou founs del pouloliè. 

400 Entre toutes lous iôus que trobo ol nisoliè, 
Coulis, e joui dubet d'uno clouco escôufado, 
N'omago en noumbre empèr uno bouno escouade. 
Lou germe es onimat pèr oquelo colou, 
E dins bint e dous jours del clos sort lou poulou. 

4û5 L'oinat n'es pas noscut que lous cotèts en foulo 
Cridou déjà più-più joui bentre de lo poulo. 
Olaro de soun lièch se lèbo lo josen 
E dobont sous efons comino en cloussiguen. 
Maire tendro, o tont suon de so prougenituro 

41Û Que per l'oposturà neglijo so posturo : 

Li coupo ombé soun bec lous pus tendres boucis ; 
Per oquelo mormalho es toujours en soucis. 
Eh ! cun n'es pas l'esfrai de lo pauro golino, 
Cont bei plonà dins l'aire un ousel de ropino ? 

415 Se tourmento, s'erisso e d'un crit sôubèrtous, 
Jous l'obric de soun alo ossemblo sous pichous. 
Cont lous pouls soun grondets, lo mèstro lous copouno 
Lo biondo ol cornobal n'es pus grasso e milhouno. 
IA.cs lo tostorés pas, sons doute, pauros gens : 

420 Oimorés mai lo bendre ou ne fa de presens ; 

Car, de tout tens, l'usache es qu'oquel que trobalho 
Es, countro lo rosou, lou que monjo lo palho, 
E que, tout ol rebèrs, lou que monjo lou fe 
Es, seloun lou proubèrbe, oquel que noun fo re. 

425 Que d'autres pus letruts, de tont de diferenso, 
Que pormi sous efons o mes lo Proubidenso, 



V. 397. La maitresse de la ferme entretient le poulailler.au moyen des 
couvées. 



23 



Se cussounou lou cap per sercà lo rosou ; 

Per iù, noun ai qu'un moût : « Diùs ou bol, oco's prou, m 
Mes qu'ôu^issèn ? Toujours lo bregouso Ongleterro 
43o Forô, sons dire garo, o lo Franso lo guerro ? 

Sons doute o fontosiè de se faire estrelhà. 

Que bengue ! Obèn prou gens que sabou ferrolhà : 

D'Orbilliers e d'Estaing, o qui lo recoumonde. 

Ou seriô tont missonto, ou coldro que se ronde. 
435 Se lo loissabou fa, se dounoriô lous èrs, 

Suibant soun grais de cap, de reclà l'unibèrs. 

Ah ! forô, per lou cop, d'espèrros inutilos ; 

Déjà SOS prétendus ou reboultat los Ilos. 

Uèi soun toun mogistral pot perdre soun poïs. 
440 Trobo, disou, mèubès que de nostre Louis 

Lous boissèls sus lo mar onou tenta fourtuno : 

Qu'es plosento ! Eh ! sap pas que lo mar es coumuno ? 

En tout cas, cal qu'où sache, ornai sons gaire esta : 

Risco fort autromen de se faire fréta. 
445 Louis bol e preten, sons que degus mestreje, 

Que sus l'oiral morin tout boissèl se posseje ; 

E se Moussu l'Onglés n'enten pas lo rosou, 

Del conou de lo Franso oprendrè so leisou. 

Lous paures, sopenden, soufrèn de so molisso : 
450 Es causo que déjà troumpetou lo milisso. 

Lo pèsto, lou molur ! Eiso nous ben be mal. 

Se toutes cal morchà, cal forô lou trobal 1 

Coumissaris, oumens espornhàs lo componho ; 

Sous paures obitans, que déjà lo pou gonho, 
455 Pèl mestiè de lo guerro ou to pauc d'obeluc 

Qu'aimou mai bousigà sus lo cimo d'un truc. 

Prou de truco-touliès trouborés dins los bilos, 

Persounos ol public pèr lou mens inutilos ; 

Sus oqueles fenhans bous cal rette*clopà, 
460 E loissà de repaus lous que gonhou lou pa. 



V. 438 L'Amérique. 45o. Publication de la milice. 



— 24 — 

Cont entendriôu sounà lou tombour, \o troumpeto, 
Cun regret n'ouriôu pas o lo dousso museto 
Qu'onimèt to souben lour danso ol coumunal, 
Cont obiôu de boun'ouro ocobat lou journal ! 

465 Pastre, te soubendriôs, oltour de lo gomèlo, 
Qu'obiôs de colibots to coumoulo escudèlo ; 
Ornai belèu diriôs, en corguen lou mousquet. 
So que diguèt ontan Toni del Mas Jounquet. 
Ero toumbat ol sort ; descompo, lou bôu quèrre, 

470 Li bardou lou dobont d'uno placo de ferre. 

« Que me corgàs ? w dis-el ; « qu'es oqueste otiral 1 » 
« Ocô's, w respount l'orchè, « lo gardo del peitral. 
« Se sobios qu'es utille oquel moble en botalho, 
« Cont lou brutal murmuro, e que plou de mitralho ! 

475 — « Pèr que cal robolà, u dis Toni, « oquel fotràs, 
« Senti que fugirai, metès-lou me detràs u. 
Cun bounhur ! Diù merci, l'arpo del sort boulache 
N'o pas sosit un soûl que pousquès fa soufrache. 
Moussu lou Coumissari o sochut rosounà : 

480 Begen que tont o lèu nous coliô meissounà, 
El o fach reflecciù qu'ol trofic de lo tèrro 
Èren milhou dressats qu'ol trimai de lo guèrro. 
Obèn un autre biais, en efèt, o lôurà 
Qu'o tene lou fusil ou lou sabre o lo ma. 

485 Sourten pas de Testât oun lou penchen nous pousso ; 
Lo pèiro boulegado o peno o mètre mousso. 
Lou proubèrbe o rosou, que dis qu'un boun oubriè 
Per gonhà de que biùre o prou de soun mestiè. 

Mes, doun mens i penson, lou Printens nous escapo : 

490 D'Erigono déjà lo conhoto li japo. 

Obont d'entemenà lou trintran de l'Estiù, 
Muso, iù sùi d'obis que nous pôu^en un briù. 
O conta lou Printens te sios mièch enroucado : 
Omai n'as pas seguit tout-o-fèt so durado. 

495 Eh ! be, que s'ocoumode : o so que moncoro 
Sabe que trouboren côuc'un que supleuro. 
E cal encaro ] Un sach:, omant de lo noturo, 



Z5 



Lou curiùs Desprodèls, que de l'ogriculturo 
Ocô de Pèire-Jan bo prene de leisous. 

5oo Cent cots sus l'orchibanc, tout monjen sons foisous 
Uno Usco de tourte ocotado de crèmo, 
Ensemble ou disputât sus l'art de Triptoulèmo. 
Bejo oqui mo couciù. Belèu doutoràs pas 
Que tout noun siô pla fach, s'el i bouto lou nas. 

5q5 Oui, moun cher Desprodèls, aro oco's toun ofaire. 
Bai-te n", ocoumponhat d'oquel brabe bouriaire, 
Obont que del Soulel lous fiocs siôu trop ordens, 
Odmirà lo bèutat de l'oimaple Printens. 
Bai courre de Mountels los coumbos e los plonos, 

5\o Cont serés orribats ol dejous de Soulonos, 
Ossetats sul gosou o l'oumbro d'un nouiè, 
Colculàs lou prouduit d'un journal de bouiè ; 
Regarde dôu pèrtout, bejo lo coutrilhado 
De fedos, de moutous sul debés delorgado. 

5i5 Ou5\s lou mojoural, qu'en mièch de soun troupèl, 
Sus un tertre elebat jogo del coromèl. 
Dins lo coumbo besino ogacho lo postreto 
Bestido soulomen d'uno comisouleto. 
Qu'en gorden lous onhèls fo tournejà soun fus ; 

520 Es. cont lous bei boundi, pus fièro que degus. 

Te lasses pas de courre : entre l'oumbro èstre basso 
Bai te quilha sul truc ount se targo to jasso. 
Oqui fai-te tout uèls : pertout beiràs de blats 
Déjà to rousselets que poressou dôurats. 

525 Bejo de lo seguiol coussi lo longo espigo 
Trop couflado de gro se courbo de fotigo ; 
Bejo coussi, sons cèsso ogitado pèl ben, 
Oundejo dins lo plono uno mar de froumen. 
Porto oprès tous regarts sus los costos binousos 

53û Que Bocchus o coubert de sos grapos ôudousos ; 



V. 499. Fermier fort expérimenté dans l'Agriculture. — 5oi. Tartine 
ou ramequin. — 5o6. Tableau de la campagne aux approches de l'Eté. — 
5o9-5to. Métairies contiguës. 



— 26 — 

Beiràs couflà lou grup d'oquel sont olimen 
Que lou joube e lou bièl sablou jouiousomen. 
Cont de fes bas cridà : « Mèstre de lo noturo, 
« De tos obros, gront Diù, cal pot fa lo pinturo ! » 

535 N'as pas tout bist encaro : ogacho l'esporset, 
Lo trèflo, lo lusèrno emolhà lou prodet. 
Bai beire fresqueja sus coustals, sus trobèrses, 
Los gièisos, lous becuts, los entillos, lous èrses, 
Los fabos, lous moungils e tout l'autre legun, 

540 Sons countà lou mendit, que n'es lou rofotun. 

01 suchèt des mendits, per qu'ocô se présente, 
Te bole faire part d'uno ouresou plosento 
Qu'un cop fosquèt un pastre opelat Loiroulet. 
Obio souben pestât e jurât tout soulet 

545 Countro lou goust fodiol d'oquelo pauro grono, 
Que lou teniô couflat sèt jours de lo semmono ; 
Mes un ser que fosio paisse luèn sous moutous, 
S'i troubèt ossiejat pèr un ourache ofrous. 
Un crespe gênerai ocotabo lo tèrro ; 

55ù Lous liùses e lous trons, imaches de lo guèrro, 
Lou siflomen des bents dins lous èrs debondats, 
Lo pluèjo que del Cèl toumbabo o forrodats, 
(E, pèr molur, de grèlo èro un bricou mesclado), 
Tout pourtabo l'esfrai dins soun amo trouplado. 

555 E se metèt olaro en grondo debouciù 

O pregà Nostre-Senhe, en li diguen : « Moun Diù, 
n Counserbàs, se bous plai, lou froumen, lo poumoulo 
« Counserbàs lou legun qu'es de boun coire o l'oulo 
« Counserbàs lo moussolo, ornai lou côusegol ; 

560 « Soubàs l'ordi, lou mil, lo mesclo, lo seguiol ; 
« Preserbàs-lous surtout des trucs de pèîro frejo. 
« Se de ne fa toumbà pourtant obès embejo, 
« En fosquen grasso os blats sus lo borio espondits. 



V. 539. Edit. de lySi. mongels, édit. de iSio, mongils. — 56i. C'est le 
nom que les paysans donnent à la grêle. 



— 27 — 

« Delorgàs-ne sons ploncho, e tustals sus mendits. w 
565 Lo scèno bo chonjà : de lo flour printonièiro 

Besèn déjà soli l'obouribo cerièiro ; 

Oquel fruit sobourous, qu'es de toutes l'oinat 

E qu'éblouis lous uèls de soun rouge encornât, 

Ben gorni lous desserts ombe lo frèso ôudouso 
570 E lo frombuoso ombrado e lo grousèlho isprouso, 

Lou perou muscodèl, l'oùbricot ogrelet, 

E lo poumo jonenco e lou prunèl biùlet. 

Oco's fach : lou Printens sounjo o plegà bogache ; 

De sos flous pauc-o-pauc disporés l'estoUache. 
575 L'Estiù sur soun corriol orribo ol gront golop, 

E lo sur de Prougnè conto pèl dorniè cop. 



■<^ 



564. On a substitué le mot iustah à l'erpression du berger, qui était plus 
énergique, mais plus grossière. Le mot auquel fait allusion l'auteur (feutrais) 
a beaucoup perdu de sa force expressive . 



L'ESTIU 



CONT SEGOUN 



Brilhent astre del Cèl, dount lo marcho ropido 
Del tens que nous escapo es lo reclo e lou guido ; 
Tu que de lo noturo onimos lous ressorts, 
Soulel, de moun esprit redouplo lous trosports. 
5 Qu'o toun gront fougoirou mo Muso rescôufado, 
Posco counduire o bout l'obro qu'o coumensado. 
Cont tous premiès regarts, ol retour des bèls jours, 
Mirgolhabou lous comps de bèrduro e de flours, 
Cal ôuriô debinhat qu'oquelo bigorruro 

\o Seriô lou mogosin de nostro nourriture ? 
Omb'oquel del bestial, joui go^ou rescoundut, 
Nostre cher olimen se besiô counfoundut. 
Cun chonjomen ! 01 se de lo tèrro fecoundo, 
Aro nourrit d'un suc que to colou fecoundo, 

i5 De soun umblo coumpanho o quitat lou nibèl ; 
Aro besèn so tèsto ol cap d'un long tutèl 
S'elebà fièromen de lach touto couflado. 
Noun demondo res mai que d'èstre destetado. 
Ocabo toun oubrache. o puissent Diù del jour ! 

20 Ron lou dorriè serbice ol fruit de toun omour : 



— 29 — 

Que lou mage fissou de to regordoduro 

Toumbe o ploun sur l'espigo, e lo beiren moduro. . , 

Nostre bot es ou^it, onon èstre exôusats ; 
Phebus sus nostres comps d'espigos erissats 

25 Dardo toutes lous trachs de se fasso embrosado. 
De noubèls obitens lo tèrro es ccotado : 
Per trôuca lour estuch, mouscos e mouscolhous 
Dins un triste silenso otendiôu los colous. 
Aro tout se delargo ; entendèn dins lous aîres 

3o Murmura boundoulaus. e cousis, e ressaires. 
Amo de l'unibèrs, o l'ordou de toun lun, 
Jusc'ol founs des estons s'onimo lou grouun. 
Tout ben moulje lou se de lo maire coumuno. 
Tout generalomen, hors l'engenso impourtuno 

35 Que de rousigà l'home èurô lo focultat, 
Sons cap de distencciù de sècce ni d'estat. 

Obont que sul troupèl trop de eau bengo foundre, 
Lou bouriaire obisat monco pas de lou toundre. 
Cont lou bestial sodoul reben del postural, 

40 Lo mèstro, lo sirbento, ombé lou mojoural, 
Toutes très ossetats sul lundà de lo jasso, 
Tondis que lou mostis es enlai que s'ojasso, 
Sus lo fedo e l'oret fou lôurà lou cisèu. 
Orribo caucos fes, pèr boulé fa trop lèu, 

45 Que sul cuèr del potien s'emprimo uno 5ic5ago ; 
Mes lou corbou brisât fèrmo o l'insten lo plago. 
Otal, paure moutou. cal, pèr nous obilhà. 
De toun bestit lonut que t'onen despoulhà ; 
Otal, tendre onilou, sons te plonhe, soufrisses 

5o Pèr nous fa de copèls que coupen tous onisses. 
Cont o quitat soun aus, en mièch d'un ribotèl, 
Pèr lou loba del surge on plounjo lou troupèl ; 
En forme de monchoun pièi lo lono plegado 
Es, juscos o lo bento, ol groniè despôu^ado. 



V. i6. Naissance des insectes. — 37. Tonte des bêtes à laine. 



3o 



55 Autre tens. autre suon : aro cal fenejà. 

Cont l'èrbo dins lou prat coumenso o blonquejà, 

L'en cal traire, autromen lo mitât se n' estralho : 

Onen dounc, coumponhous, bite, otropàs lo dalho, 

Oquî n'i o prou de dich. Pèr lou mèstre onimats, 
60 Lous borlets en comiso e d'oquel ferre ormats 

Fou sôuta, sons pietat, l'ournomen de lo prado : 

Tout toumbo jous l'eigino o l'ocout osugado. 

Pièi pèr birà lous rencs ben de mounde un troupèl ; 

Olaro on bei jougà lo fourco e lou rostèl. 
65 Tondis que l'un fourquejo e que l'autre rostèlo, 

Lous dolhaires o l'oumbro ounchou lo gorgomèlo. 

Cont del fe prou secat lou ser fôu lous moulous, 

De tout lou besinat benou lous efontous, 

Juscos cl cachoniôu que sort de lo bressolo, 
70 Escolà sus lo pilo e fa lo cobrïolo ; 

S'i plasou talomen que quitou pas lou prat 

Que cont dins lo fenial besou lou fe dintrat. 
Couro pourras, pogés, rejounhe otal lo garbo ? 

Lo solibo, de gauch, te rajo sus lo barbo, 
75 Cont beses tont o lèu béni l'urous moumen 

Que diù de tont de suons te pogà larjomeYi. 

Encaro cauques jours, e lo recolto es presto ; 

Ah ! que bengo, moun Diù, que bengo, oquelo festo ! 

Lou pôuret ofomat de pa se couflorô, 
80 E lou palle usuriè de despièch creborô. 

Gracios o tous efons, preciùso ogriculturo, 

Onon dins pauc de tens regourjà de posture. 

Serion lèu morts de fom, se nous disiôu de nou ; 

Coussi dounc lour estât es tont pauc en ounou ? 
85 Lou riche poressous, que noun fo que se jaire, 

T'ogacho ombé mesprès, peniple cultibalre. 

Eh ! sent pas, lou sodoul, qu'enduroriô tolen, 

Se n'obiè que soun or o mètre jous lo den ! 

Lous sobens cauques cots ou counsocrat lurs bèlhos 



V. 55. La fenaison. — 67, Jeur des petits enfants sur le foin. 



3i 



çû O conta de toun art los utillos merbèlhos, 
Sons rëussî pourtant o chonjà toun estât : 
Toujours sios miseraple, ornai toujours estât. 
Souben, las del trimai de touto lo journado, 
Creses d'ona monja to soupo mitounado, 
95 E trobos un fourrou qu'es mèstre o toun oustal. 
Un brabe orne que t'aimo e preso toun trobal 
Me disiô dobont ièr que dins oquelo bilo 
En gens de gront renoun de tout tens to fertilo, 
Que dins Roumo, en un moût, s'èro souben troubat 
»ûû Que de bolhens guerriès, en sourten del coumbat, 
Penjabou bite ol croc lous ôutisses de guèrro, 
Per se sosi d'oquel que rebiro lo tèrro. 
Me countabo otobé qu'un prince obiô quitat, 
Pèr plontà de côulets, lo courouno e l'Estat. 
io5 Sus d'exemples porèils juchas se lou bouriaire 
Olaro èro ourgulhous de fa bolé l'oraire, 
E se pèr lou trobal se sentiô d'ofecciù, 
Cont besiô de tal mounde oimà so bocociù. 
Mes, pocienso ! oquel tens pourriô renaisse encaro. 
\\o Disou qu'o nuostre Rei l'ogriculturo es caro ; 

E qu'omb' un gront ministre ol quai se pot fisà, 
S'ocupo des mouièns de lo fobourisa. 
Déjà pèr un Edit suprimo lo courbado. 
Que l'o de sous trobals to souben desturbado. 
ii5 Sensiple o bostres mais, paures cultibotous, 

El bol que d'aro en lai bostre fais siô pus dous, 
E qu'oqueles richarts, que de lour courpulenso 
Dins de corriols dôurats permenou l'indoulenso, 
Coumo fôu des comis mai que bous aus estral, 
120 Cont lous petossorés, bous pagou lou journal. 
Ero triste, en efèt, ombé de combos flacos, 
De troutà nuèch e jour pèr rompli bostros tacos, 
E de noun gonhà res per forcî lou gresiè. 



V. 96. L'agriculture était en honneur che^ les Romains. — io3. Dioclétien. 
- ii3. Suppression de la coruée. — 116. Motifs de l'Edit. 



— 32 — 

Otobé, cal tout dire, ou preniàs de lougiè. 

125 Oqueles perpôu^ats, ombé lour roujo trounho, 
Obiôu bel bous cridà de despochà besounho, 
En meten de trobèrs lou copèl bourdat d'or : 
Degus de lo sutà noun se sentiô lou cor. 
Onsi l'ogriculturo es solido d'entrabos, 

i3o Journoliès, d'un picur serés pas pus esclabos. 
E bous aus que grujàs, lèn de bostres bossais, 
De grosses rebenguts souben lous copitals, 
Boldriô pas mai, Senhous, onà dins bostros tèrros 
D'uno foulo d'oubriès onimà los espèros ? 

1 35 Lou poijon, opuiat de bostro proutecciù, 
Sentirio pel mestiè creisse soun ofecciù. 
Un cop d'uèl, un sourire, uno poraulo ofaplo, 
Un res lour fo troubà lo peno supourtaplo. 

01 pè d'uno mountonho, oun l'aire toujours biù 

140 Bal mai que lou bentour ol pus fuort de l'estiù. 
En linge blonc se targo uno demoro ontico, 
Dount l'art o rojunit lo fossado goutico. 
Oqui Domoun s'oparo o l'ordento sosou. 
Tondis que lou boloun nado dins lo susou. 

145 Oquel sache, autres cots, pèr so grondo elouquenso. 
Se fosquèt odmirà d'uno agusto ôudïenso ; 
Tout cop que pèr porlà se Icbabo ol Porquet, 
De pou de perdre un moût de soun soben coquet, 
Presidens, cousselhès, oboucats, percuraires, 

i5o Toutes teniôu l'olé coumo de cobussàires. 
Onf» dins lou Porquet cont ojèt prou brilhat, 
Que fo ? Cargo un corpan d'ouripèl mirgolhat, 
Uno pelisso roujo e d'ermino fourrado, 
E s'ossèto pus naut sus lo bonco embluado. 



V. i3i. La résidence des bons seigneurs dans leurs terres rend ordinai- 
rement les vassaux plus laborieux. — iSg. Le Château de Castelnau de 
Pégayrolles est situe au pied de la montagne du Leuejou ; il y fait toujours 
un air »if. — 143. M. le Président de Pégayrolles. — 146. Il était alors 
Avocat Général du Parlement de Toulouse. — i5o. Retenaient la respiration 
comme les plongeurs. L'auteur en fut témoin. 



— 33 — 

i55 Sons doute ère noscut pèr pourta lou mourtiè ; 
Car sons opendrissache enlebèt lou mestiè. 
01 dire gênerai de toutes sous counfraires, 
D'un cop d'uèl soun esprit sosissiô lous ofaires ; 
Otobé se n' fosquèt talomen odmirà 
i6o Que, cont oprès un tens se boulguèt retira, 

N'ôu^ias qu'oqueste crit : « Ai ! moun Diù, cun doumache 
Qu'un tal uome nous quite o lo flour de soun ache ! 

Aro que del Polais s'es deliùrat Domoun, 
Cad'on d'oqueste tens mounto perqui-n-omoun : 
165 Oquî, lèn del rombal de lo Mogistroturo 
Noun se lasso jomai d'estudià lo noturo. 
Pèr ne sègre lo marcho ofrounto lous rojals, 
Dobalo dins lo plono, escalo sus çoustals, 
Cren pas même d'onà pèr de détours conisses 
\yo Descubri sous secrets ol founs des precipisses. 
Oquel n'o pas lou mal de tont de mièch-sobens 
Que fou, del lièch estent, lo plèjo e lou bel tens, 
Ou que del cobinet, sons couneisse l'oraire. 
Se mainou de dounà de loisous ol bouriaire. 
175 Soun tic es diferent : el n'o pas soun mièch lec, 
Cont otaco un suchèt, se noun lou pousso o p'ec. 
Souben on sous bossais aimo de fa lo ralho ; 
Cont ne trobo côuc'un ou que sèguo ou que dalho, 
Que lauro ou que s'ocupo o cauc'autre trobal, 
180 L'enterrojo sus tout, jusc'ol mendre detal. 

Un ser que possejabo (èro del tens de sègos), 
Troubèt ol prat Guilhèn que gordabo los ègos : 
n Eh be ! w diguèt Domoun, « seren riches ôugan ? ». 
« Pas oumens iij, Moussu, respoundèt lou poi5an : 
185 « Noun pas qu'oun m'i siô près de toutes los monièiros, 
« Mes iù bese o-pu-près que cinc ou sièis bolsièiros 
« Serou de mos susous lou fruit tont désirât. 
« D'oqui, cont soun degut lou dème ôurô tirât, 
« E que de bostres drechs embèrs bous serai quite, 
190 « Lou pauc que serô meu me coldro bendre bite 
« Pèr lebà lo coustrencho e pogà lous fourrous, 

3 



- 34 - 

« Qu'aimou tont moun oustal que loi fou corrèirous. 

« Cent ôurai fach crousà lou bintième e lo talho, 

« Ocô serô lou tout s'ai de quite lo palho. 

195 « Se cal pourtant nourri, lo fenno e lous efons ; 

« Cal pas èstre espelhats coumo de beligons. 

« Cont lou bentre es deju, lou bras noun jogo gaire ; 

« Pièi moun troupèl péris, fauto de sal, pecaire 1 

« De lèn en lèn ôumens li n' boudriô fa tostà ; 

200 « Mes ol près qu'es, Moussu, toutes nou n' cal esta. 

« Pla souben escullon sons sal l'aigo boulido. 

« Ah ! se lou Rei sobio coussi posson lo bido, 

« Nous plognirio sons doute : es, sou disou, tont bou ! u 

— « N'ou pot pas èstre mai, w li diguèt lou senhou ; 
2o5 n Car imogino-te qu'el souspiro e sousqueno, 

« Desempièi qu'es enstruit que soun pople es en peno ; 

« E de lou soulochà to forto es so possiù 

« Que del bostou rouial entre èstre en poussessiù 

« 01 simple necessari el boulguèt se restrenhe ; 

210 « O soun sacre otobé jurèt o Nuostre-Senhe 

« De trobolhà sons cèsso ol be de sous suchèts : 

« Oco's oqui lou but de toutes sous proujèts u. 

— « Serô dounc, w dis Guilhèn, « coumo oquel que dins 
« Bouliô que cado jour cadun metès so poulo ? l'oulo 

21 5 « Certo oco seriô trop : baste qu'ojcn de pà ! u 

— « Coussi, u respount Domoun, « crenhe de ne moncà, 
« Tondis qu'ôuren pèr mèstre un segount Honric catre ? 
« D'oquel Prince ocoumplit, dount tout èro idoulatre, 
n Louis es lo coupio ; o fach dornièiromen 

220 « Entr'autres un bel trach que mostro claromen 

« Que d'oquel gront moudèlo o déjà los entralhos. 

« Escouto : El permenabo o l'entour de Bersalhos, 

« Sons estre oquelo fes de gardos entourât ; 

« (E ! qu'oprehendo un rei de soun pople odourat 1) 

225 M Dous pôurets. d'un toun triste, omb'uno mino muorno, 

« Lous uèls bonhats de plours li demondou l'ôumuorno ; 



V. 121. Trait admirable qu'ont annoncé en son temps les papiers publics. 



35 



« Louis d'obuort sonsiple o lour situociù, 

« Pèr lo couneisse o founs lour fo cauco questiù. 

« Moussu, M li dis l'oinat, « fosèn dol de lo maire, 

2.Z0 « E soulet sons secours obèn loissat lou paire 
« Engrepesit de frech, tout ocoplat de mal : 
« N'es belèu d'oquesto ouro o soun dorniè bodal. 
« Sons crenhe d'oboissà l'ounou del diodème, 
« Lou Rei dins lour taudis se fo counduire el même. 

235 « I dintro : cun oubjèt ! Bei lou molaut tout soûl 
« Presque muort estendut sus un lièch de rostoul. 
« Oquel estât l'oflijo, e ne douno lo probo 
« En tiren del bourset tout l'orgen que s'i trobo. 
« Mes encaro pus lèn porto lo coumpossiù, 

240 « Car bol qu'o sous despens, outre l'educociù, 
« Oqueles efontets ajou penden lour bido 
« Taulo, coubert, bestit, omai bourso gornido w. 

— « Ai ! cun cor! » dis Guilhèn, « cun Rei to pietodous ! 
« Jogue que joui Soulel se n' troubèsso pas dous. 

245 « Coussi nous bon corrà tont qu'ôuren un tal paire ! 
<': Porlen aro, Moussu, del gront Countorroullaire : 
« Disou que fo so cargo ombé tont d'ofccciù 
« Que se cruso lou cap o cerca l'embenciù 
« De faire sus suchèts refourfà l'oboundonso, 

25o « E creisse en même tens del mèstre lo finonso. 
« A ! Diù bolgo. Moussu, que trobe oquel estèc ! 
« Mes trombli que quicon noun lou ronde bufèc. 
« lù tene de moun gran, (en pas siô soun ormeto), 
« Que lou Rei noun pot mètre un sôu dins so cosseto 

255 « Qu'oun siasco potejat dins catre ou cinc tripots, 
« E que d'oqui beniô lou surfai des impots. 
« Saique, coumo so biondo es tont escompilhado, 
« Pèr uno soulo ma pot pas èstre omossado, 
« Li cal pèr lo rejounhe un escach d'emplegats, 

260 « E se n' pot be troubà qu'où lous dets empegats. 
« S'essojabo de tene un pauc mens d'omossaires ? » 

— « Bous aus, u diguèt Domoun. « noun ses que de bor- 
« Se sobiàs qu'es ocô que lo cargo d'un rei, [jaires. 



36 



« Diriàs : « Bal mai serbî que de dounà lo leî. 

265 « Lou gouber d'un rouiaume es talomen peniple 

« Qu'oquel que lou poussèdo o bel fa l'impoussiple, 
« Pot pas toujours porà certèns empachomens 
« Que benou tout d'un cop de sous orrenjomens 
« Coupa, coumo se dis, lou cap e lo centeno. 

2.J0 « Lou que ten, en un moût, lo co de lo podeno 
« Es toujours de l'oustal lou pus emborrossat u. 
Guilhèn de questiouna se seriô pas lossat, 
S'uno sourdo brusou, prélude de l'ôurache, 
N'obio foursat Domoun de gonhà lou bilache. 

275 01 costèl, en efèt, o peno s'es rondut 

Qu'un torriple coumbat dins l'aire es entendut. 
Toutes lous elemens se declàrou lo guèrro ; 
Lou Ciel semblo s'ormà pèr escrosà lo tèrro. 
Per mourgà lou Soulel, de lour ouire escopats, 

280 Lous bens lous pus mutins semblou s'èstre otroupats. 
De soufre, de bitume e de nitro empestados, 
Pèr lour soufle brutal los nibouls ossemblados 
Elèbou dins lous èrs un r^doutaple fuort 
Que cacho dins sous flancs l'espoubento e lo muort. 

285 L'astre del jour, coubèrt d'oquelo capo escuro, 
Semblo pourtà lou dol de touto lo noturo. 
Jous oquel fais lugubre, estoufat de colou, 
Lou mounde e lou bestial oten dins lo froiou. 
Déjà de lèn s'enten lou sinhal del robache : 

290 L'èr siflo. lou liùs brilho, embraso lou nuache. 
Lou tron groundo, s'obonso, e sous retes esclats 
De boloun en boloun sons cèsso redouplats 
Sou precedats de luns dount lo clortat subito 
De l'uèl lou pus ordit ebranlo lo guérite, 

295 Tout tromblo, tout frémis. Estounats d'oquel bruch, 
Lous paures ôuselets bôu troubà lour estuch. 
Lou gourpàs, dount lou cont onounso lo tempèsto. 



1 



V. 275 Description d'un orage dangereux aux approches de la récolte. 



- ^7 - 

Es lou soûl que dins l'èr de plonà se fo fèsto, 
Chèro recolto, helas ! fruit de tont de trobals, 

Zoo Bas sons doute essugà de rettes petossals. 

Cuno desoulociù ! Sul pount d'èstre omossado, 
Belèu dins un moumen nous seras enlebado. 
Dins lous aires olaro, ol dire deis oncièns, 
Sus un carri brullent roullou de mogicièns 

3o5 Talomen deboulits que, seloun lour embejo, 

Podou faire oun lour plai toumbà lo pèiro frejo. 
Mes disou, per bounur, qu'oquel orre cobal 
S'embauro ol mendre bruch que se fo ensobal. 
Sus oquelo cresenso, ou l'espuor del solari. 

3io D'obor mounto ol clouquiè lou sounur mercenari 
Oqui del bon del bras, cont coumenso o trouna, 
Enquiè qu'ajo cessât, quito pas de souna. 
El sap que lo porroquio es pla persùodado 
Qu'ombc soun corrilhoun biro lo niboulado. 

3i5 En plèjo sopenden lous nuaches founduts 

Delargou tout d'un cop de tourrens suspenduts 
Qu'en se precipiten del naut de los mountonhos 
Brisou digos, porets, robachou los companhos. 
Diriàs que de lo mar l'obime es deboundat : 

Zzo On bei dins un moumen lou boloun inoundat. 
Del pus naut tèrrodou lo graisso es entrenado ; 
Per lou flus e reflus lo robino ogitado, 
Correjo sur lous comps un limou grobelous 
Que saplo lo recolto e nègo lous silhous. 

325 De tens en tens lo grèlo ôumento lou robache ; 
Lou tron pus onimat s'escapo del nuache, 
Esclato, serpentejo e toumbo sus clouquiès. 



V. 3o3. On croyait autrefois que c'étaient des Sorciers qui faisaient tout 
ce train dans les nuages, et qu'à leur tour ils étaient effrayés du bruit qu'on 
faisait ici-bas. Le peuple le croit encore. — 3o6. La grêle. — 3t3. Cette 
dangereuse pratique, qui subsiste encore dans certaines de nos campagnes, 
fut prohibée par un arrêt du Parlement de Toulouse, du 14 juillet 1786. 
Voir .Innales de Millau, p. 228. 



— 38 — 

Olaro on lours ritous toutes lous porrouquiès, 

Dins lo glèi^o ossemblats coumo lous jours de fèsto, 
33o De boun cor pregou Diù d'escortà lo tompèsto. 

Pèr lo pregario onsi lou Cèl es desormat : 

L'ourisoun s'esclorcls, l'aire es oposimat ; 

Lo biso d'un bufal o dissipât l'ôurache. 

Lo grèlo urousomen n'o pas fach gront doumache ; 
335 Lo plèjo o de sous cots omourtit lou fissou : 

Sons oquel mesclodis aurion fach lo meissou. 
D'oquel mal gorontit, gracios o Nostre-Senhe, 

Lou blat encaro risco ; encaro obèn o crenhe 

Que lo roulho l'otrape ou l'orre corbounat, 
340 Ou que d'un cop de bent toumbe o tèrro engrunat. 

Cont l'espigo surtout de so grono es namplido, 

Risco mai que jomès d'èstre desoborido. 

01 fort de los colous orribo pèr osart 

Que sul blat mièch modur toumbo un pichot broulhart 
345 S'un 5ephir omistous sus l'espigo umectado 

Noun ben pèr l'essugà jeta cauc' olenado, 

Oco's fach : lou Soulel cop sur cop reporés 

E lo susso o tal poun que n'i demoro res. 

Pèr lo mètre o l'obric d'une talo ruino, 
35ù Omb'uno longo cordo on brondis lo bruino. 

Aies lou milhou secret countro tont de molurs, 

Es de segà lous blats entre que sou modurs 
Longuigos pas, pogès, seras lèu foro peno. 

Del blat preste o coupa lo boufo es aro pleno 
355 Déjà de soun cric-cric lou gril issourdo prou, 

E lo fournise obaro ol comp fo corrièirou. 

Sus l'espigo, en conten, lo cigalo olotejo ; 

Sul prat noubèl toundut lo longousto trepejo, 

E lou bobau lusent, ol copèl estocat, 
36o Lo nuèch fo lo founciù d'un colel olucat. 



V. 349. La pratique de ce remède est si difficile que peu de gens le mettent 
en usage. — 355. Auant-coureurs de la récolte. — 36o. Les enfants atta- 
chent les uers luisants au chapeau. 



- 39 - 

Olèrto, oici Sent Jan qu'onounso lo recolto : 
Dins pauc, del blat noubèl pouiren faire uno molto. 
Segaires, ocoulats, osugàs lou boulon : 
Qu'o lo pouncho del jour demà tout prengo bon. 

365 Tout escàs de brilhà cèsso lo poulsinièiro 
E coumenso o lusi l'estclo motinièiro, 
Qu'on bei lou pogès courre on so colo ol trobal, 
E tout premièiromen toumbà sus l'ordical. 
Lo coupo d'oquel blat qu'es lo pus obouribo 

370 Li dono lou mouièn d'otendre lo tordibo, 

Parso qu'o sous oubriès, toutes tontes que sou. 
Ten lou pa sufisent jusc'oprès lo meissou. 
L'ordi n'es pas ol sol qu'ol ferre obondounado, 
De lo fièro seguiol lo tijo es ronbèrsado. 

3/5 Onfi sons esta gaire orribo lou moumen 

De possà lo fôucilho o bel tal sul froumen : 
D'oquelo eigino olaro es lo pus forto bogo. 
Pus moti que jomai tout courrîs o lo logo. 
01 lièch obont lou jour trouborias pas un cat : 

38o Semblo qu'en oquel tens de dourmi siô pecat. 
Ecceptat lou moinache encaro o lo bressolo, 
Que, tout lou jour soulet, se plouro, se desolo, 
Tout lou mounde es os comps : lous oustals sou desèrs. 
Otal, cont del tombour lou soun frapo lous èrs 

385 E que d'uno botalho onounso los olarmos, 
Cadun quito so caso e bo prene los armos : 
Lous grons e lous pichous courrou sus l'enemic ; 
Lou pus poultroun s'oprèsto o li socà soun pic. 
De mêmes ol trobal lou mens bolhent s'escrimo ; 

390 Del bras e de lo buos lou pogès lous onimo. 
L'ôu^issès, cont càucun s'au:;o un bricou pôu5à, 
Cridà coumo un obucle : « lu bese cal i fa. w 
Soun uèl de cap o founs persèc toujours lo colo ; 



V. 368. Coupe de l'orge d'hiver. — 373, Coupe du seigle. — 375. Re'colte 
du ble-froment. — 3q2. Cri ordinaire du maître, lorsqu'il s'aperçoit que 
l'ardeur des moissonneurs ralentit. 



— 40 — 

E de tontes de suons l'espuor soûl lou counsolo ; 
395 Sap qu'ôuro lèu pèr biùre e de micho e d'orgen. 

Del dina sopendent orribo lou moumen : 

O l'oumbro d'un gorric lo troupo es ossemblado ; 

Cadun de soupo o l'ai monjo une escudelado, 

Pièi toco lou fricot e lou bi del pegal ; 
400 Un coupet d'aigo fresco olaro es un régal. 

Ou mièjo oureto oprès pèr faire lo dourmido ; 

Mes o peno 6u cutat que l'ocoulat lour crido : 

n Olèrto, olèrto, efons, lou Soulel fo com'i ; 

« Lo nuèch, noun pas lou jour, es facho pèr dourmi ». 
405 Sul ser, tont que se pot, lo gobèlo liado 

Es, de pou de mal tens, en pilos orengado, 

Pièi, dins l'airo ol pulèu pourtado pel bouiè, 

Formo uno piromido opelado gorbiè. 

Mes qu'es oisô 1 gront Diù ! Crese que plôu de flamo. 
410 Lou brondou del Soulel nous coi juscos o l'amo. 

Sous fougouses chobals, de fotigo olterats, 

Bubou l'imou des comps, poumpou lou suc des prats. 

Los flours penchou lou col sus lour combo secado ; 

Del riù lou pus ordit lo courso es orrestado, 
4i5 E de l'astre brullent l'insupourtaplo ordou 

Dins soun umide obric bo grilhà lou peissou. 

Oun se tene ? Soun fioc oluco lo noturo. 

Obèn bel de lo nuèch implourà lo frescuro : 

Se mostro pas pulèu qu'o despochat soun tour. 
420 Soun crespe, entre porestre, es persat pèr lou jour. 

Sus soun corriol d'orgen e trempe de rousado, 

Lo moulhé de Titoun, cont fosio so tournado. 



V. 396. Dîner des moissonneurs. — 400. On ne leur donne pas du vin 
dans ce pays. — 401. La demi-heure du repos. — 4o3. On ne persuadera 
jamais au paysan que la terre tourne autour du soleil. — 4o5. On lie la 
javelle, on la range en piles dans les champs ; on la transporte ensuite à l'aire, 
où on la met en gerbes. — 409. Jours caniculaires. — 414. Extrême séche- 
resse. — 418. Les nuits sont trop courtes pour pouvoir rafraîchir le temps. 
— 421. L'aurore ne répand plus de larmes sur son passage. 



— 41 — 

De larmos, ol printens, orrousabo los flours : 

Uèi passo coumo un liùs sons respendre de plours. 

425 Del lun de l'unibers l'orribado trop prounto 

Lo susprent talomen que, siô despièch, siô ounto, 
Entre obère onounsat lo bengudo del jour, 
S'estrèmo, e lou Soulel es d'obor de retour. 
O peno sous roiouns des puèchs daurou lo cimo, 

43o Que lou fioc de lo bèlho o l'insten se ronimo. 
L'aire, mièjo ouro oprès, es preste o s'enflomà. 
Olaro lou troupèl, qu'es prou las de choumà, 
Quito lou postural e se n' torno o lo jasso : 
Del gront caut jous sous pès lo tèrro se crevasse. 

435 Olaro on noun bei pus un ôuselou boula ; 
Cadun jous un fulhache es iopit sons piùlà. 
Urous que dias un bosc, sus un topis de mousso. 
Pot aro del ^ephir huma l'oleno dousso. 
Ou que, pèr omourti lou brosiè de l'estiù, 

440 Se plounjo jusc'ol col dins lou cristal d'un riù. 
Molgrc lou colimas que nous fo tont de peno, 
De mounde e de bestial l'airo n'es pas mens pleno. 
Jous effors redouplats d'un pougnet bigourous 
Ou déjà sucoumbat del gorbiè lous crestous. 

445 Sus un sol mosticat d'orgiolo pla botudo. 

Os regarts del Soulel lo garbo es estendudo. 
Lo colcado coumenso, e déjà lous flojèls 
Del fabre, sus l'enclume, imitou lous mortels, 
En boten lo seguiol, qu'es de duro dessarro, 

450 Tondis que sul froumen des miols troto lo garro. 
Lou mèstre, qu'es en mièch omb'un fouet o la ma, 
Tout lou jour oltour d'el lous ouplijo o roudà. 
O forso de tustals cont lo grono es solido, 
Lo palho dins lo granjo ombé suon es cobido. 



V. 4i<). Les feur de la «cille se rallument. — 432. Inaction des troupeaux. 
— 435. Silence des oiseaur. — 441. Travaux de l'aire. — 447. On bat ici 
la gerbe du seigle aoec des fléaux ; celle des autres ble's est foulée aux pieds 
des cheuaux ou des mulets. — 453. On serre la paille qui doit seruir de pâture. 



— 4i — 

455 E lou gro, que demoro en so boufo mesclat, 
Es ombé lou rostèl en molo ocoumoulat. 
Oquel poussiè se lèbo en l'aire o cots de palos, 
Ofi que lou 5ephir lou bente de sos aies. 
Lo boufo en se trïen toumbo desà delà : 

460 On lo bei jusc'ol ciel en tourbilhouns boula. 
Cont lou bent o cossat oquelos pompolhetos 
Que teniôu en prisou los utillos gronetos, 
Obont sourtî de l'airo, ofi que siô prou bel, 
Cal que lou gro s'espure encaro ol gront curbèl. 

465 Pendent que dins l'eriè lou mèstre lou trobalho, 
Omb'un pichot romèl lo sirbento buailho ; 
Onfi, net e morchant, dins un sac bolouniè 
Se boujo e pel borlet se cbrrejo ol groniè. 
Lou fais es to pesuc que soun col se n' oclenco. 

470 Mes oici lou gront jour, lou jour de lo soulenco. 
Déjà dins lo couireto estoundejo lou ris, 
E dins l'oulo soupièiro uno garcho boulis. 
Oquel jour pèr l'oustal es une majo fèsto, 
O lo colre otobé tout lou mounde s'oprèsto. 

475 Mèstre, mèstro, goujats, chombrièiro e mojoural 
Sou déjà rebestits de l'ornes dimergal. 
Lo filho del pogès, mièjo doumoiT;eleto, 
O corgat sous ribans e so fino joqueto. 
Lo postroto o plegat soun rigot en tourtèl. 

480 Lo gran, mêmes lo gran, pus seco qu'un rostèl, 
De lo caisso o solit toutos sos onticalhos 
E de soun coutilhou resoun5at los bombualhos. 
Lou poges ol celiè bo romplî lou polhou ; 
So fenno sus lo taulo esten lou tougolhou. 

485 O lo clortat d'un lun penjat o lo trobado, 

Sul bonc qu'es o l'entour s'ossèto l'oustolado. 
Lou mèstre, que se pimpo ol cap de l'orchibanc. 



V. 457. On uanne le blé. — 463. On passe le blé vanné par un grand 
crible. — 470- Fête champêtre à la fin de la moisson. — 475. Tous se parent 
comme les jours de Dimanche. 



- 43 - 

Fourbio en orrè lo floto e coupo lou pa blonc : 
Ne tromet uno pèsso o cadun de lo troupo, 

490 Que, d'un trobèrs de det, l'oplecho pèr so soupo. 
Sul trepiè l'oulo orribo, e d'obort s'escolcîs. 
Lo fourcheto d'Odam porto ol cais lous boucis. 
Dins l'estoumac lo soupo o peno es dobolado, 
Que toutes ou de ris uno bouno sietado, 

495 Mes de ris to pebrat qu'oluco lou gousiè. 
Ou pièi, pèr ocobà de forci lou gresiè, 
De lo garcho boulido uno pleno escudèlo 
E d'oli de sirmen pèr ounchà lo corrèlo. 
Toujours pur s'endobalo, e lou tossou coumoul. 

5oo Onfi cont ou begut e trincat lour sodoul, 

E qu'oun resto pus res o mètre dins lo panso, 
Se n' bôu ol coumunal fa catre tours de danso. 
D'espigos pèr bouquet cadun porto un romèl. 
Ondriù tiro lou branle ol soun del coromèl. 

5o5 Leur joio es respendudo o l'entour del bilache, 
E lours cons entenduts de tout lou besinache. 
Saiquc, oprès lo meissou, d'oquel biais o-pu-près, 
Se fosio d'autre tens lo fèsto de Cerès. 



^^ 



V. 488. Comme le ciseau ne passe jamais sur les cheveur des paysans, ils 

sont si longs qu'ils leur couvirent la moitié du visage ; c'est ce qui les oblige 

à les rejeter à tout moment derrière l'oreille auec le pouce, pour n'en pas 

être offusques. — 494. Le ris bien épicé ne manque jamais à pareille fête. 

- 498. On entend par l'huile de sarment pa'-ler du vin. 



L'OUTOUNO 



CONT TRUOSIEME 



De sous riches trésors l'espigo es despoulhado ; 
Le garbo o rondut gorjo, e l'airo es bolojado. 
De blat ou de legun lous groniès sou romplits, 
E de palho ou de fe lous polies sou coufits. 
5 Ah ! que de l'unibèrs lou Mèstre es coritaple ! 
Tèrro, qu'o tous besouns se mostro fobouraple ! 
Sus Tome e su! bestial obaisso sous regars : 
De sous suons lous efèts brilhpu de toutos parts, 
Odouren en tout tens lo sacho Proubidenso ; 

\o AVès pèr nous aus surtout cont fo tont de despenso, 
Redouplen nostro omour en conten so bountat 
E sien recouneissens cadun dins nostre estât. 
Riche, so qu'as de trop dono ol paure, toun fraire : 
Talc es lo boulountat de nostre coumun Paire ; 

i5 E tu que pèr poti semblos èstre noscut, 

Noun murmures jomai, paure : seras poscut. 



V. 5. Soins de la Prooidzncc envers les créatures. — g. Plus on reçoit 
de biens, plus on doit être reconnaissant. — 1 3. Le superflu du riche appar- 
tient au pauvre. 



- 45 - 

Lou riche o t'ossistà trobo trop d'obontache : 
Sap que de romourniè lou Cèl es lou portache, 
E que, bien lèn de perdre, en dounen s'enrichîs. 

20 Mes, miracle ! Odejà lou bortàs fo louchis. 
Cal risco arometiù de moncà de posturo ? 
L'ogrunèl es tout nègre, e l'omouro es moduro. 
Sus l'onsonèlo esclato un rouje pus founsat, 
E del dur grato-quioul lou cuèr s'es odoussat. 

25 De frucho tont o lèu lo tèrro es ocotado ; 

Coumo dins lou bèrdiè , brilho ol comp, sus lo prado, 
Lo binho se comaio, e lou sont oliment 
Se preparo o rojà pel conal del sirmen. 
Qu'orribos o pèrpaus, sosouneto fruchièiro ! 

3o Tu siôs, ne douti pas, en dato, lo premièiro, 
E de t'ou disputa tos surs ôuriôu pla tort, 
Car n'es pas dich qu'Odam troubèsso dins soun ort, 
Cont l'ogèt bisitat del founs jusc'o lo cimo. 
Ni lou gro de l'Estiù, ni lo flour de lo Primo, 

35 Encaro mens lo nèu de l'Ibèr frejoulut. 
Se seriô be jolat, lou paùre : èro tout nut. 
Qu'i troubèt dounc ? De frucho, e de frucho d'ôutouno. 
Mes pèr molur, helas ! touto fousqùet pas bouno. 
D'un aubre defendut soliguèt un gront mal : 

40 De soun fruit nostre paire engoulèt un retal 

Que sousquèt lou lebon de tont e tont de moncos, 

Que toutes desempièi ne robolon los oncos. 

O part oquel desastre, es sons dificultat 

Qu'as sus los autros très lou drech d'ontiquitat. 

45 Outouno, orribos dounc ! Siagos lo bien bengudo ! 
Noun riscoràs jomai d'èstre mal ressôupudo. 
Liberalo sosou, nous coumblos de presens. 



V. 18. L'aumône fraie le chemin du Ciel. — 22. Les fruits des haies an- 
noncent l'arrivée de l'automne. — 27. Le raisin commence à tourner. — 
3o Le fruit défendu à Adam dans le Paradis Terrestre semble autoriser le 
droit d'antiquité qu'on donne ici à l'Automne sur les autres saisons. — 3g. 
Désobéissance d'Adam, source de tous nos mdui. 



- 46 - 

Oici l'omello ris en regonhen los dens ; 

Olai brilho l'ôubèrjo e lo pruno flourado ; 
5o Pus lèn penjo soun col lo figo bisoillado, 

E de soun pèl foulet lou coudoun despoulhat, 

Mostro so panso d'or o l'uèl mirobilhat ; 

Oici toumbo lo pero, olai lo sorbo isprouso : 

En fruits de touto espèsso onfi siôs oboundouso. 
55 Onen, filhos, efons, jous lous aubres fruchiès, 

Benés toutes rompli los descos, lous poniès. 

Obotès pèl tessou los poumos moliconos ; 

Omossàs pèr bous aus los froncos e los sonos ; 

Los que serôu pel sol coupàs-los o tolhous ; 
6û Tiras on lou coutèl tout so qu'es bermenous. 

Posés lo mémo cau^o o los peros toumbados : 

Culissès dousomen los que sou pas torados. 

Gordàs la perbesiù per faire lou perat ; 

Secàs lou resto ol four, cont lou pa n'es tirât ; 
65 E pièi, cont de tolen dôu Jonbiè tout jongolo, 

Ne métrés un chunchat o coire o lo poirolo ; 

Sul fioc pendent cauco ouro ou forés gourgoutà 

Sus bostro taulo oprès ou pourrés présenta. 

Oc6 pèr tout l'oustal serbiro de pitonso : 
yo Es bou d'i perbesi dins lou tens d'oboundonso. 

De prunos otobé secàs un brabe escach ; 

Tout es bou dins l'Ibèr per rompli lou pifach. 
N'es pas lou tout, pogés, de tene lo recolto : 

Lou comp arometiù te demondo uno bolto. 
75 Se bos que te roporte o toun countentomen, 

Lou cal bien boulegà : coumo se fo, se pren. 

Pèr l'onnado que be s'oun pensabos d'obonso, 

Riscoriôs de monjà sons micho lo pitonso. 

Curo otobé l'estaple e correjo lou fens. 



V. 48. Maturité des fruits de l'Automne. — 5<). Tranches de pomme ou 
de poire sèches, provision d'hiuer pour le paysan. — 71. Prunes sèches, 
autre provision. — 74. On commence à préparer la terre à recevoir la semence. 
— 79. On amende les champs en y portant du fumier. 



— 47 — 

8o N'esparnhes pas tous biôus : aro, coumo ol Printens, 
L'èrbo creis sul debés, oboundo dins lo prado : 
S'i pourrôu pla corrà touto lo motinado, 
De tout lou bon del cais i paisse, i rumina ; 
Mes pièi sul subre-jour lous podes pounchounà . . . 

85 Que très ou catre fes, obont los semenalhos, 
Lo relho de lo terro esquinse los entralhos. 
01 terren, sopendent, que très ons o pourtat 
Dono un on de repaus, l'o be prou méritât ; 
Es las ombé rosou d'èstre estripat, pecaire ! 

90 Un cop tont soulomen fai-li senti l'oraire : 
Dins mens de qu\n5e jours lou beiràs rebèrdi ; 
L'onilou sus soun èrbo onorô lèu boundî. 
01 biôu même, ol mulet, soun utillo bèrduro, 
Dins lous mages trobals fournirô de posturo. 

95 Lou comp d'oquel repaus serô tout recréât, 
E pièi te reforô pèr lou douple de blat. 

01 rèsto, ol fumerie que se fo dins l'estaple 
Lou que prouduis lou pargue encaro es preferaple. 
Otobé, tont que pot, lou bouriaire suonhous 
100 Fo compà soun bestial jusc'ol tens rigourous. 
Lou pargue, enbirounat de cledos soustengudos 
Pèr de polsous fourcuts que s'opèlou de gudos, 
Rebèrto oquel porquet oun, dins lous Porlomens, 
Pèr dire lours résous del Rei sièjou los gens. 
io5 Oquî touto lo nuèch chourro lo troupelado, 

E lacho soun migou dount lo plasso es fumado. 
Cont dins un même oiral lou pargue o prou restât, 
Sus oquel que seguîs de suito es trospourtat : 
Otal, de cap o founs pauc o pauc respendudo, 

iio De tout lou comp lo frendo engraisso l'estendudo. 
Dins un côstrou de cluèch que semblo un costelet. 



V. 87. On laisse de trois en trois ans en jachère les terres qui ne sont pas 
assej fortes pour porter sans relâche. — 97. Le fumier du parc à brebis est 
le meilleur de tous. • — toi. Description du parc. — 107. On le transporte 
d'une place à l'autre. — 111. La cabane du berger. 



- 4» - 

01 ras d'oquel enclaus jai lou pastre soulet. 

Un mostis fier, ordit, toujours en sontinèlo, 

Del pastre e del troupel es lo gardo fidèlo. 
ii5 Oquel chi, de bouno ouro ol monèche dressât, 

E munit d'un coular de pounchcs erissat, 

Toujours lou nas ol bent e l'ôurelho quilhado, 

Del loup e del boulur decèlo l'orribado. 

Lou ser, cont lou bestial o forso de brouta 
120 S'es pla forcit lou bentre e qu'es las de troutà, 

Lou pastre en l'essorren lou conto e mouls los fedos ; 

Tourne borrà lou pargue en ne jounhen los cledos ; 

Pièi fo soun souporèl o lo borio oprestat. 

Dobont el, lou mostis sus soun onco ossetat 
125 Fo milo countoursiùs : pes pots passo lo lengo, 

Jappo, gémis, fretilho enquiè que so part bengo. 

De soun mèstre entôulat, que fo crocà los dents, 

Marco des uèls, del nas, toutes lous moubements. 

Entre obeire soupat, obont de s'onà jaire, 
i3û Sus lou serre besi lou mojoural pren l'aire. 

O lo clartat des luns que brilhou dins lou Cèl, 

Sus lo fresco pelouso uflo lou coromèl. 

Sos consous, que redis l'ecô del besinache, 

Sus l'alo des ^ephirs bolou jusc'ol bilache. 
i35 Bouriaire, aro qu'ol comp as dounat prou foisous 

E que l'as enrichit d'un engrais solutous, 

Ombe grondo otenciù prépare lo semenso : 

Oquel suon te regardo e tiro o counsequenso. 

Tu mêmes ol gronié c6u5is sus tout lou blat 
140 Lou pus bel, lou pus gros, lou milhou curbelat. 

Fai que, neto de juèl, d'onièlo, de reboulo, 

Del pa dins tous silhous lo grono toumbe soulo ; 



i 



V. II 3. Le mâtin, ou chien de bergerie. — 119. Le berger compte ses 
brebis avant de les traire et de les enfermer. Il fait ensuite son petit souper 
apporté de la maison. — 124. Attitudes du chien pendant le repas du berger. 
- — 12g. Auant de se coucher, le berger va prendre le frais en jouant quelques 
airs de son chalumeau. — i35. Choir et pre'paration de la semence. 



— 49 — 

E pèr te gorontî del traite corbounat. 

N'i jètes pas un gro que noun siô colcinat. 
145 Sons prene oqueles suons, trimo touto l'onnado : 

Sons fauto o lo recolto ouràs de gorgolhado ; 

Mes oprès lou molur que t'orribèt onton, 

Seras pus obisat e pus prudent ôugon 

• Lou que bol o pèrpaus emplegà lo semenso 
i5o Un pauc dobont Touchons o lo jeta coumenso ; 

Car lou boun semenà (lou prouberbe es esprès) 

Es quinze jours obont e quin5e jours oprès. 

N'es pas qu'oquel trobal souben oun s'endorraire : 

Toujours ol terrodou n'es pas propre l'oraire ; 
i55 Cauques cots es trop mol, e cauques cots trop sec; 

Mes pièi, cont lou tens prèsso, on ne despacho o plec. 

lo buos del bouiè, d'un pas lent e tronquille, 

01 joue benou lous biôus oufri lur col doucille. 
Coumponhous del trobal marchou de dous o dous. 

i6ù Lou mèstre omb'un porel bo trossà lous silhous ; 

Car, pèr poude o proufit emmersà lo semenso, 

Cal d'uno rego o l'autro oupserbà lo distenso. 

Se molurousomen un drolle, un codolard, 

Sons lo sègre de l'uèl l'escompilho o l'osard, 
165 Oicî, cont es noscudo, obès uno esclorcido, 

Ount creis, en loc de blat, lo rounso e lo colcido ; 

Olaî ne nais un tros semenat trop espés. 

Que prouduirè forso èrbo, e de gro presque ges. 

Lou bouriaire endustrit e qu'o cerbèlo en closco 
\jo L'osardo pas otal : sap trop que ne bal l'osco. 

D'obort omb'otenciù li mesuro lou jas ; 

Lo jèto, oprès ocô, de tout lou bon del bras. 

Lo relho en même tens, dount el guido lo routo. 



V. 143. On prétend que la chaux vioc préserve le blé de la carie et du 
charbon. L'alun dissous dans une forte saumure est encore un bon remède, 
selon M. Bredly. On y fait tremper pendant deux jours le blé qu'on veut 
semer. — 184. Temps propre pour les semailles. — i63. Il ne faut semer ni 
trop clair ni trop épais. 



5o 



Fent lou se de lo terro e soullèbo lo mouto, 

175 Qu'en retoumben en pousso ensebelis lou blat, 
ûu'o lo premièiro imou serô rebiscoulat. 
Pel dorniè cop onfi lo glebo rebirado, 
Cacho dins lous silhous l'espuor de l'autre onnado. 
Entre obeire boujat lou sac semenodou, 

180 On espoutis lo mouto o grons cots d'oissodou. 
Cont tout es oplotit, lo lèsto bergeireto, 
Que seguissiô l'oraire en remenen so cueto, 
Se mudo e bo grujà joust un autre bouiè. 

Mes cunhes tustossals tombou sus lou nouiè ! 

185 Lo lato fo lo guèrro o lo nouse testudo, 

Que de forso ou de grat cal que sièsque obotudo. 
Dins soun tens s'omossèt tout lou fruit obouriù : 
Aro cadun s'ofono o culi lou tordiù. 

Tondis que de l'Outouno odmiron los lorgessos, 

190 E qu'i fosèn ornas de tontos de richessos, 
Que fosès dins lo Bilo, escouliès, oboucats, 
Sus libres, sus popiès nuèch e jour oboucats 1 
Quitas-lo, cresès-me ; benès o lo companho, 
Lous plosés inoucens bous i tendrôu coumpanho. 

195 Tout i ris, tout i plai, n'i serés pas pulèu, 
Qu'ouplidorès Cujas, Bortolo e lou borrèu. 
Lou Soulel, que déjà dintro dins lo Bolonso, 
O mouderat l'ordou des roiouns que nous lonso. 
Lo frescuro de l'aire un bricou niboulous 

200 O costiat pauc o pauc de l'Estiù los colous. 

Juches, pendent tout l'on lo chicono rusado, 
En bous estourdiguen de so buos enrôucado, 
Pèr bous dounà d'entrigo emplègo milo tours : 
Cont un li russis pas, o cauc'autre o recours ; 

205 Toujours per retorda trobo cauquo onicrocho ; 
Del molurous ploijaire otal euro lo pocho. 



V. 179. On ameublit la terre avec la herse ou casse-motte. - i8i. La 
hochequeue suit la charrue. — 184. Cueillette des noix. — 201. Les vacations 
des gens d'affaires. 



— 5l — 

Oui, d'un grato-popiè lou monèche crûèl, 
Rondriô, se lou cresiàs, un proucès éternel. 
Oicî degus noun plaijo, oicî tout es tronquille, 

210 E lou mens entendut cren pas lou pus obille. 
Oici, cont l'interès ben broulhà lous esprits, 
L'oncien lou pus letrut opai:;© lèu sous crits ; 
Drèsso soun tribunal sus un bonc de bèrduro : 
Soun Code es lou boun sens, so rèclo es lo noturo. 

2i5 Oquî soûl, sons uchiès, sons fraisses, sons roport, 
El juche, e d'un soûl mot met soun mounde d'ocord. 
Otal, sons s'escrosà l'on plaijo o lo componho ; 
Lo Justisso ol Polais es Modamo Loungonho. 
Benès oicî, Jùinesso, aro, pièique bocàs ; 

220 De l'escolo es be tens que fugés lou trocàs. 
Beirés pas d'un regen lo mino refrounhado. 
Ni d'un bil courrectou lo ma toujours ormado. 
N'oÙ5irés pas noun plus lou sinhal issourdous 
Que trouplo lou repaus, oquel repaus tont dous, 

225 Oquel pigre moumen, que l'escouliè sobouro, 
De quità lous lensols cont enten sounà l'ouro. 
Oicî pourrés ol lièch rouncà tout lou motî, 
Lou jour foulotrejà, sôuta, bous dibèrtî. 
Cont lou tens serô soumbre, ossetats sur l'erbeto, 

23o 01 bord d'un pichot gourp jetorés lo ligneto ; 
Pèr to pauc que trémousse, oussorés l'omessou 
E beirés ol crouquet pindoulà lou peissou. 
01 timide obiton de l'aire ou de lo tèrro, 
Bostre fusil sul col, onorés fa lo guèrro. 

235 Tantôt en sontinèlo, o lo pouncho del jour, 
Del lopin boultijaire otendrés lou retour ; 
Tantôt en orpenten lous trucs e los mountonhos 
Toumborés lo perdise en mièch de sos coumponhos. 
Se bous pren fontosiè de prene l'ousel biù. 



V, 2ig. Les vacances des Ecoliers. zxj. Amusements de la campagne. 

— 219. Pêche à la ligne. — 233. Chasse au fusil. — 235. Chasse à l'affût ; 
en patois, l'espèro. — 239. Chasse à la glu. 



— 5i — 

240 Obès plusiurs mouièns : oqueste es pèr l'estiù. 
01 bord d'un ribotèl, sus un pount de peiretos, 
Ounchados on de besc on met caucos polhetos ; 
De set mièch ogonit, entre se dejoucà, 
L'ôusèl bel l'aigo, i bolo e se ben embescà. 

245 Se boules de cordis romplî bostro boulièiro, 
Obont lous prumiès frets de lo sosou dorièiro, 
Onàs de boun moti dins un comp ôubièirat ; 
Côu5issès un cordus de bouquets entourât ; 
Que dos plumos en crous, del dubet despoulhados 

25o E pegousos de besc pèr dessus sian quilhados. 
Bous cal un mascle bièl, que sacho ropelà, 
Car lo fenno, ol besoun, tout escàs sap piùlà. 
Desempegàs lous dets on d'aigo ou d'escoupino ; 
Omogàs pla lo gabio ount conto lo cordino. 

255 Dorrè lou trounc d'un aubre onàs bous pièi poustà 
Ne possorô pas cap qu'oun bolgo ripoustà 
01 troumpaire coubit de bostre ropelaire, 
E de s'empetegà noun tordorô pas gaire. 
Pèr se deborrossà boudrô prene lou bol : 

260 Mes l'alo ounchado, odiù, lo cordino es ol sol. 
Benès, encaro un cop, obont que lo frescuro 
De lo tèrro endursido orrèste lo culture ; 
Benès-i, mogistrats, oboucats, escouliès, 
De l'art lou pus utille odmirà lous oubriès. 

265 E tu qu'as rebelhat moun penchon pèr lo rimo, 
Que m'as fach exersa sus los flous de lo Primo, 
E conta de l'Estiù lous fiocs e lous presens, 
Desprodèls, mounto oicî : nous cal toutes essens 
Escolà sus coûtais que lou pampre courouno, 

270 Pèr countemplà lou doun lou pus bel de l'Outouno. 
Onen croucà l'ulhat, e preferaplomen 



V. 245. On met ces gluaui sur les crochets du chardon en forme de croix. 
— 258. Les ailes sont accrochées par les gluaux : alors le chardonneret, ne 
pouvant plus voler, tombe sous le chardon. — 271. L'oeillat à queue rouge est 
le meilleur raisin du pays. 



53 



Oquel qu'o lo cuô roujo e craco jous lo den. 
Mes d'un fulhache espés lo nuisiplo poruro 
Lou cacho ol fougoirou que caufo lo noturo : 

275 Cont èro encaro efon, o soun tomperomen 
Ero prou counbenaple un porèil ournomen ; 
01 jour d'uèi que se sent dins lo bigou de l'ache, 
Bol ficsà del Soulel lous regards sons oumbrache : 
N'e besoun, en efèt, pèr èstre omodurat. 

zSo Del pompre trop toufut cont serô deliùrat, 
D'uno forto colou lo grapo penetrado 
Dins mens de quin;5;e jours serô touto boirado. 
On euro en otenden tinos e boulidous : 
Lo draco que se n' tiro es bouno pes tessous. 

285 Pèrque l'escomporiàs ? Cal que tout s'oproufite. 
Se cauque boisèl put, que se repare bite : 
Sent cauques cots lou buos, cauques cots lou mousit 
Onfî, cun mal que sio, del moust es lèu sosit. 
Lo fuèlho del figuiè pot guerî lo boissèlo, 

icfo Pourbu que lo mesclés omb'oquelo mouissèlo 
Que l'ordou del soulel n'o pouscut romoulî. 
Un poniè posturenc ne cal faire bouli ; 
Touto boulhento oprès dins lo pèsso obourrido 
Pèr lou trauc del boundou lo drocado es cobido. 

295 Souben on de binagre, ou d'olun, ou de sal, 
Se fo cauque engredièn que reparo lou mal. 
S'obès cap de borrico ou semai dessouclado, 
Jous lo gafo d'Ormand qu'ol pulèu sio possado. 
Lou rosin obèrtis que lou cal ocompà. 

3ûo Cont moustejo, es modur : on s'i pot pas troumpà. 
Déjà soun jus ogrado o lo goulardo gribo ; 
Per se n' ossodoulà lou mountonhol orribo. 



V. 273. On ipampre la vigne. — 283. Préparatifs des vendanges. — 284, 
Remèdes pour la vaisselle qui sent : le sel, l'alun, le vinaigre chassent aussi 
les mauvaises odeurs que la vaisselle a contractées. — 298. Armand est le- 
nom d'un bon tonnelier de Millau. -- 299. Signes de la maturité du raisin. — 
3oi. La grive aime fort le raisin. 



- 54 - 

D'oqucl que lo secado ou lo plèjo o gostat 
S'es fach lou couchùirèl d'oquesto ouro tostat. 

3o5 De moust lou tourdre ebrièic jous lo souco trontolo, 
Ou lo pelousso ol bec de bronco en bronco bolo. 
D'oquel ôusèl finet lous cossaires gourmans 
Sou tout lou lonc del jour dins los binhos errans. 
Lou mèstre mesfisent, topit dins lo cosèlo, 

3iû Pèr sôubà so bendemio o bel fa sontinèlo, 
Jous soun nas un cotèt, de gorjo rebelhat, 
Casso, en loc d'un ôusèl, uno ôuberjo, un ulhat. 

Lo bendemio es onfi pel Cossoul onounsado, 
E touto lo mountonho es déjà dobolado. 

3i5 De milo esclots forrats lou frocàs motinous 

Fo pesta dins soun lièch lou bourgés endrinhous. 
On soun poniè joui bras, cont o monjat lo soupo, 
Cadun cour o lo binho, e lous rosins que coupo, 
Boujats de soun poniè dedins un semolou, 

32Û Sou pèr un gros toulhau pourtats ol corgodou. 
Oqui dins los semais del pounhet lous escraso ; 
Pièi ben un gros golhard qu'o d'un Bochus lo fraso. 
Soun miol, que del pus lèn issourdo on soun peitral, 
Obertis qu'es menât per un mèstre coûtai. 

325 Cal beire oquel oubriè cont dintro dins lo binho : 
O l'un dis uno bourdo, o l'autre del det guinho ; 
Meno un tal bolojun que dôu pèrtout s'ôu5is ; 
Cargo, claco del fuet, ne dis uno e portis. 
Diù sap se pel comi so gourjasso n'engruno ; 

33û Roncuontro pas un cat qu'oun li n' digo caucuno. 
Dobont lou tinièirol o peno es oplonat, 
Oue l'on bei lous efons de tout lou besinat 
Oltour de los semais presque descoubèrtados 



V. 3og. La chasse aux grives sert de prétexte aux gourmands du fruit de ■ 
la viigae. — 3i3. Publication du ban des vendanges. — izo. Il faut que 1*1 
faiseur des charges soit un garçon robuste, ayant à charrier sans cesse le 
raisin au lieu où se font les charges. — 323. Train qui fait le muletier avec 
ses mulets charges de sonnettes en arrivant à la vigne. 



— 55 — 

Pèr croucà des rosins los grapos mièch foulados. 

335 Dins lo foulièiro onfi cont bùido lo semai, 
Es un charme de beire, o trobèrs Tespiral 
Ou lo penche en cinc parts egalomen fendudo, 
Lo crèmo del rosin rojà dins lo cournudo. 
Exalo un to boun fun, que s'oun n'es destournat, 

340 Lou foulaire, o rescots, ne biro un tossounat. 
Cont o colcat un briù, lo bendemio espoutido 

Es dins lou boulidou pèr lo trapo cobido 

lA'zs tournen o lo binho : ôujiren lou boral 
Que meno en trobolhen tout un pople jouial. 

345 Sons jomai se p6u5a, coupaires e coupairos. 
Los dornièiros sur-tout encaro pus borjairos, 
Countunhou lou bobil tout lou manne del jour. 
Se s'i trobo un nigau, H jogou cauque tour : 
Pèr rire e bodinà, noun pèr li faire enjuro, 

35o Omb'un plen poun de gruts li labou lo figuro. 
Lou paure sobounat, enterdit e counfus, 
Beu doussomen l'ofrount sons se n' prene o degus, 
Car bei be dins lou founs qu'oco's un bodinache. 
Mes garo, cont s'ogîs de probo de courache : 

355 Olaro un simple moût," lochat sons otenciù, 
D'essojà lous pounhets pot mena l'oucosiù : 
Temuon so qu'orribèt ol fosèire de cargos, 
Pierràs, qu'es dégourdit coumo un porel de bargos. 
Boulguèt faire o lo lucho ombe Jan lou coûtai. 

36o Oqueste, qu'es prou fier e même un pauc brutal, 

Li dis : « Béni, bodau, que trouboràs toun mèstre. m 
— « Tu, moun mèstre, folourd : beiren cal ou pot èstre. 
« Porloriôs pas to naut, se couneissiôs Pierràs. 
« Ogacho que belèu noun te saque sul nas. m 

365 Jan n'i fo pas o dous ; sus oquelo poraulo, 

Lou pren, lou fiplo ol sol, coumo on fiplo uno gaulo ; 



V. 335. La mère-goutte. — 348. Amusements des xjendangeurs. — 354. 
Badinageplus serieur, ou qui le devilent souvent, quand ils essayent leur force 
et leur adresse. 



— 56 — 

E tout lou mounde o rire, iù bous laisse o pensa. 

Doun mai Pierràs cercabo o se deborrossà, 

Doun mai Jan del ginoul sus soun bentre opuiabo. 

Zjo Pierràs, ountous e fol, de racho orticulabo 
Oquel mot to gronat que dis lou morechal, 
Cont s'escaudo o lo forgo ou qu'otrapo un mochal, 
Mot qu'entre se fissà prounounso un croco-pruno 
E que n'ocobèt pas l'escrupulous Neptuno. 

3/5 Olaro, en li tiren uno floto de piol. 

Jan li dis : « Cal es mèstre ? u e bo corgà soun miol. 
Pierràs, en releben lo floto que li penjo, 
Li crido: « Oh ! noun pas tus. Bouto! ôurai mo rebenjo w. 
Se lèbo en même tens pèr courre sul bencur, 

38û Mes un obit l'entrabo e toumbo, pèr molur. 
Teniô tout oloungat un cart de sesteirado ; 
So que mai lou piquet d'oquelo dobolado, 
N'èro pas lou tustal qu'en toumben se fiquèt, 
Mes l'ensultont ounou que cadun li fosquèt, 

385 En benguen tour o tour omb'uno gront godasso 
De l'alo del copèl li boloja lo plasso. 
Oqueles jocs pourtant qu'omusou lous oubriès, 

Fou fa, cont durou trop, longo pauso os poniès 

Penden que de soun fruit lo souco es descorgado, 

390 Lou mèstre sus sos gens ten lo bisto ficsado : 
De monjà de rosins noun pas pèr lous pribà, 
Mes de pou qu'un coubés, coumo pot orribà, 
D'un moulounet d'ulhats, dount o fach lo trialho, 
Dins uno cabo d'aubre one fa rescoundalho. 

395 Cont del mèstre es belhat, lou droUe n'au^o pas. 
Cal qu'i siasque otobé pèr traire del bortàs, 



V. 373 On appelle les tailleurs croque-prunes, parce qu'ils croquent ce 
fruit sans cesser de tirer l'aiguille. — 374. Quos ego... ced molos prccsiai com- 
penere {Inclus (Virgile, En. i, 139). — 384. Lorsque quelqu'un est tombé, 
tous courent balayer la place où il a fait la chute, avec l'aile du chapeau. — 
389. L'œil du maître doit éclairer la manoeuvre des ucndangeurs. On en a 
«us qui faisaient provision de raisin dans des cachettes. 



- 57 - 

Oumens lou dorniè jour, lo sorbo tart bengudo, 
Lou coudoun poressous e lo nèsplo borbudo. 
S'espèro ol lendemà, cal pas que siô susprés, 

400 Cont ou bendrô culi, de n'i troubà pas res. 

Sap be prou qu'uno binho, entr'èstre bendemiado, 
De lo mouisselejairo es d'obort besitado. 
Obont que del Soulel lous roussis fotigats 
Siau ol se de Thetis tout-o-fèt omogats ; 

405 Tondis que lou coûtai part pèr lou dorniè biache, 
De toutes l'ofecciù redouplo pèr l'oubrache. 
Sabou que de lo binho, obont que de porti, 
Cal rompli los semais pel lendemà moti, 
E que, pèr ocô fa, n'ôu pas de tens de rèstos ; 

410 Otobé sutoun rette e los cargos sou prèstos. 
Cont onfi de lo nuèch lou colel orgentat 
Coumenso de brilha d'une dousso clortat, 
E qu'oquel triste ôusel que n'i bei pas qu'o l'oumbro 
Se delargo en miôulen de so cobèrno soumbro, 

415 Toutes plègou poniès, countens de lour journal, 
E de moust bouchordats cominou dôu l'oustal. 
D'obor de côulets brus lo soupo es escuUado. 
Lou mèstre, oprès soupà, lour pago lo journado, 
Pièi dobalo ol tinal omb'un lun o lo ma : 

420 Ogacho d'un cop d'uèl se tout s'i passo pla ; 
Exomino sur-tout se lou pè del foulaire 
O to pla segoundat lo ma del bendemiaire 
Que cap de grup entiè noun nade ol boulidou, 
E lou tapo en loissen mièch dubèrt lou boundou ; 

42.5 Car lo forso del moust, que boulis ombe fougo, 
Pourrie be, fauto d'èr, n'espetà cauco dougo. 
Sentiriô lèu so cabo inoundado de moust. 
Mes se n'aimo lou fun, n'aimo be mai lou goust ; 



V. 397. Fruits tardifs. — 401. A peine une uigne est uendangée, que les 
grappilleuses y courent. — 407. L'usage est de préparer les charges pour 
être emportées le lendemain à l'aurore. — 417. Souper et payement des 
vendangeurs. — 418. Le maître uisite le cellier avant d'aller au lit. 



— 58 — 

Otobé, cont o bist une trasso imourouso, 

43o Pren de l'ounc pla botut lo rocino pegouso, 
Lo cunho dins lo fendo oun tronspiro lou bi, 
E lou laisso cuba juscos o Sont-Morti. 

L'interès ben, pogés, t'oufri d'autros fotigos. 
Pos creisse toun doumaine en fosquen de bousigos. 

435 Cont o forso de bras un pelenc escourgat 
De touto bourdufalho es onfi descorgat, 
Omb'oquelo brondilho on fo lo fournelado ; 
On espondîs oprès lo mouto colsinado. 
Penden dech ou douche ons sons pau50 semenat, 

44Ù Oquel torren tout nou porto uno mar de blat. 
Obon que d'Oquiloun l'olenado funèsto 
Sus l'aubre encaro bèrt bengo souflà lo pèsto, 
Lou mèstre e lous borlets, lo pigasso o lo ma, 
Pèr l'omour del bestial se n' bôu lou derromà. 

445 Cauques cots, de l'Ibèr lo molisso oustinado 

Ten un mes jous lo nèu lo companho omogado : 
Dins un to missent tens, sons oquel obotîs, 
Coussî tonquà lo fom del troupèl que potîs ? 
lAïs cun pintre noubèl embelis lo Noturo ! 

45ù Lo tèrro o bisto d'uèl pren uno autro figuro. 
D'oquel arc que pores dins l'aire niboulous 
Lo fèlho tout d'un cop o corgat los coulous. 
Ai pou qu'oquel esclat sero pas de durado : 
Sons doute, ourô lou sort de lo fenno fordado. 

455 Besès coussi poUejo, o l'ouro que porlon, 

Oquel bèrt to founsat, oquel pourpre brilhon ! 
D'oquel jaune dourat coussi l'email s'esfasso ! 
N'es de même de l'orne : uèi flouris, demà passo. 
Proubidenso odouraplo, otal de nostres jours, 



V. 429. On bouche auec de l'étoupe ou de la racine d'ormeau réduite en 
pâte, la fente d'où suinte le moiJt. — 434, Défrichements ou essarts. — 441. 
On ébranche les arbres, dont les débris seruent de pâture au troupeau, lors- 
que le mauvais temps le tient enfermé dans la bergerie. — 449. Variations de 
la feuille des arbres. 



- 59 - 

Coumo de los sosous, as mesurât lou cours 

460 Cont lou broulhart coumenso o coubrî los mountonhos, 
Que lo plèjo e lous bens obatou los costonhos, 
On bo jous costoniès ocompà lous pelous, 
E, de pou de jolado, on ne fo de moulous. 

465 D'oquel fruit nourrissent lo perbisiù secado 
Fo lo founcciù del pa lo mitât de l'onnado. 

Onfi tout es rejounch : aro obèn, Diù merci, 
Blats, costonhos, leguns, fes, palhos, frucho e bi. 
Beiren benî l'Ibèr Mes déjà nous tolouno ; 

470 Ben même obont lou tens despoussedà l'Outouno. 
Lous ôuscls, qu'où sentit lou retour des frimats, 
Bou cercà lèn d'oicî de pus dousses climats. 
Portés dounc, escouliès, oboucats, ploidejaires, 
ûu'obès dounat relacho ol trintran des ofaires ; 

475 Désertas lo companho : aro lou tens ou dis. 
Lo bilo bous opèlo ol même picodis, 

Muso, siôs del mestiè, noun sons cau50, loiado ; 
O forso de rima to beno es essugado. 
Sente que del trobal toun esprit obôu^at, 
480 Pot pas poussa pus lèn sons s'èstre repôu^at. 
Eh be ! respiro un pauc, sejourno to floquièiro, 
Obont d'oubri lou cours de lo sosou dornièiro ; 
Mes n'essouplides pas qu'oprès un court repaus, 
Sul trofic de l'Ibèr dubèn tene un perpaus. 



^f^ 



V. 460. Récolte des châtaignes. — 471. Dipart des oiseaux passagers aux 
approches de l'hiuer, — 473. Les écoliers et les gens d'affaires uont repren- 
dre leurs fonctions suspendues pendant les vacances. 



LMBER 



CONT COTRIEME 



Sus un roc tout pelât ol founs de la Citio ; 

Oun souflo nuèch e jour lou morit d'Oritio, 

S'elèbo en pa de sucre un ontique costèl 

Embegurat de gibre e mosticat de gel. 
5 Oltour d'oquelo masso on bei quatre gueritos 

Que lous bens lous pus fols ou cousit pèr lours gitos. 

Disou qu'os uèls d'Eolo. un jour lous celerats 

Fourcèrou lo cobèrno oun lous teniô sorrats, 

E que, pèr esquibà de soun Diùs lo bengenso, 
lo Oqui benguèt d'un bol se claure oquelo engenso. 

De bopours treboulat, lou gront astre del jour 

Ogacho de trobèrs oquel nègre séjour. 

De cent couchos de nèu, dempièi milo ons blonchido, 

Dins un triste repaus lo terre es ocroupido. 
i5 L'aire que l'enbirouno es trop lourt, trop groussiè 

Pèr poude pénétra sos entralhos d'ociè. 

Otobé de tout tens es biù;;o de bèrduro : 



V. 1. Description du Château de l'Hiver. 



6i 



Un fôudal de berglàs fo touto so poruro. 
D'oquel se de moirastro oun solissou jomai 

lo Los flouretos qu'olhurs parou lou mes de Mai. 
Oqui noun conto pas lo douso Filoumèlo ; 
Oqui ben pas gemî lo tendro tourtourèlo ; 
L'ecô tont soulomen des noucturnes hibous 
I repèto o regret los funèbros consous. 

25 So qu'ôumento l'ourroù de l'ofrouso demoro, 
Es un cofre porèl ol bahul de Pondoro, 
Oun s'eierso en secret de mais uno legiù 
O béni nous dounà tour-o-tour lo questiù : 
Lou rôumàs impourtun, lo gripo fotiguento, 

Zo Lou cotarri boufit, l'ongeluro prusento, 
Lo punhastro flucciù, lo rôufelouso tous, 
E milo autres rombals qu'inhorou lous Douttous. 
Fier coumo un popogai dins so raubo fourrado, 
Oqui chourro l'Ibèr lous très carts de l'onnado. 

35 Que noun pot l'orre mal l'i retene toujour ? 

Mes cad'on, lou cruel, nous mestrejo o soun tour. 
Helas ! oici l'obèn oquel moustre borbaro : 
Omb'un ceptre de ferre o renhà se prépare. 
Déjà lou jour pollis. Toutes lous elemens 

40 Onounsou soun retour pèr lours fremissemens. 

Lous bens, que del brutal sou los troupos loùgièiros, 
Déjà des bostimens destacou los goutièiros. 
L'ôuto desourdounat, de sous rettes bufals, 
Despouncho lous clouquiès, ebranlo lous oustals ; 

45 Dins l'aire tourmentât ossemblo de nuaches, 

Dount s'escapo un tourrent qu'entraino lous ribaches 
Briso dins so furou poissièiros e moulis, 
Inoundo prats, berdiès, comps, binhos e tolhis. 
Jomai n'obion obut uno to forto olèrto : 

5o Lou boloun es negat e lo plono es coubèrto ; 



V. i5. La boîte de Pandore, où étaient renfermés tous les maux. — 5o. 
Tel fut le débordement du Tarn en Nouembre 1766. 



62 



Tar possabo joui pont, aro passo dessus ; 

L'ournomen de sous bords noun pores presque plus. 

Des pibouls lous pus nauts los cimos ogitados 

S'elebou tout escàs sus los oundos enflados.... 
55 Mes acô's trop biùlen pèr poude mai dura ; 

Lou nuache o lo fi coumenso o s'estourrà. 

Lo tempèsto s'oflaco : o-n-oquel trin ourriple 

Succèdo pauc o pauc un tens dous e posiple. 

Croutat jusqu'o lo cinglo, olaro lou pogés 
60 Bo beire soun doumaine e noun ne trobo ges. 

Ombé los des besis mesclados, counfoundudos, 

Sos pèssos tout d'un cop li sou mescounescudos. 

O forso de cercà, roncontro onfi soun prat 

Crusat per la robino e joui saple entorrat. 
65 Pus lèn bei, pèr l'esfort de l'oundo mutinado. 

De l'onnado que be l'esperonso empourtado. 

Cun es soun desespuor dins lous premiès moumens ! 

Soun esprit s'obondouno o milo pessomens. 

Coussi pogà lo talho e nourri lo fomilho ? 
70 De que forô d'orgen pèr croumpà cauco ourdilho ? 

« Moun Diù u, crido el olaro en regorden lou Cèl, 

« En me negucn lou blat, me doustàs lou contèl. 

« Que bostro boulountat siasco dounc ocoumplido ! 

« Nourrisses lous ousèls : pendrés suon de mo bido. m 
75 Lou cor tout pénétrât d'oqueles sontimens, 

Lou paure se counsolo e bo, sons perdre tens. 

Traire de Tort nobets, entrefegos, rocinos. 

O boun nas : o sentit los jolados besinos. 

Tras l'ôurelho, en efèt, lou cat s'es penchenat : 
80 Sinhe qu'o l'oquilou l'aire es obondounat. 

Des puèchs déjà dobalo uno bopou groussièiro 

Que remplis lou boloun de broulharts et d'ôubièiro. 



i 

I 



V. 5i. Les vagues surpassaient le pont. — 5g. Le limon que les ra\5ines 
avaient entraîné couvrait toutes les possessions. — 73. Résignation chrétienne 
à la volonté de Dieu. — 79. Pronostic de mauvais temps, selon le peuple. 



63 



L'olé, cont respîron, fumo coumo un fournèl. 
Mes que besèn ? Lo lono aro toumbo del Cèl. 
85 Del nuache espessit lous trochèls que dobalou 
En dubet orgentat sus lo terro s'ocalou. 
Sons oquel blonc surtout, lou blat, prou mal bestit, 
Seriô belèu crebat del frech qu'ôurio sentit. 
Aro noun risco res joust oquelo flessado. 
90 Lo nèu bal o lo tèrro encaro uno fumado. 
Otal de rUnibèrs lou Mèstre pietodous 
Fo plôure d'un nuache un engrais oboundous. 

Olèrto, efons, onen : que lo mouto orroundido 
Sul coupet des possans bole e siasco oplotido ; 
95 Que pièi bengo de boulo un boulet de conou, 
Qu'en roudelen onfî groussigue de foisou 
Que pousqués oplechà dessus so masso enormo 
D'un fontome esfroient lo figuro disformo. 
Se li fourgàs un cap, de brasses e de pès, 

loû Degus noun ôu5oro beire ocô de trop près, 
Jusc'o so que, réduit en aigo treboulouso, 
Lou spectre pretendut orrose lo pelouso. 
Tont que duro lo nèu, sul gibiè frejoulut 
Lou mendre escoulièirot tiro coumo un perdut. 

io5 Del ploun qu'es councentrat dins lo traito escoupeto, 
Lo fuorso en fenden l'èr bo tûà l'olôu^eto. 
Pèr fugî l'enemic que ne bol o sous jours, 
Lo lèbre espôurugado o bel fa de destours, 
De sous pès sus lo nèu lo trasso descoubèrto 

110 Guido lou trèt fotal que bo côu^a so pèrto. 
Pèr otropà d'ôusèls contes d'autres trimais ! 
Lous uns bôu de lour crin despoulha lous chobals 
E ne fou de lossets ount se penjo lo gribo ; 



V, 84. Neige. — 88. La neige rechauffe les ble's et engraisse la terre. — 
93. Jeuï des enfants aoec les boules de neige. — 96. Colosse qu'ils bâtissent 
d'une boule de neige qui grossit toujours en roulant. — io3. Chasse aux 
oisillons dans le temps de la neige. — 107. Chasse à la piste. — ii3, Chasse 
aux lacets. 



- 64 - 

Lous autres pèr groupa lo perdise craintive, 
ii5 Dins un comp ount lo nèu soulelhado o coulât, 

Metou joust uno teulo un plen pounhat de blat. 

Lo pauro, qu'o tolen, bei lo grono, lo croco, 

E péris joui plofount qu'oppuiabo uno broco. . 

Cun bent tiède se lèbo ! Eh ! lou tens s'odoucis ! 
xzo Besèn déjà lo nèu se foundre o bèls boucis. 

De soun blonc coutilhou lasso d'èstre ornescado, 

Lo terro arometiù d'un bèrt serô porado. 
Mes del testut Ibèr crenhen lou rebiral : 

Encaro n'es pas dich qu'oun noun balhe un frétai.. 
125 Saique ôurai debinat : lo poulo s'espegoulho, 

Lo rito dins l'estonc fourfoulho e refourfoulho, 

Lou chi, que se replègo en formo de monchou, 

Biro pèr lou côufa soun raple ol fougoirou ; 

Lo belugo petilho, e lo flomo que craco 
i3o Silhouno lou cremal, serpento sus lo placo. 

Sons doute de l'Ibèr oicî lou mage esfort. 

Lou frech lo nuèch possado o déjà flombat Tort. 

Los fèlhos des côulets, de lo biso toucados, 

Os colosses jôunits penjou robostinados. 
i35 D'un gibre debourent lous aubres sou poudrats ; 

D'un pobat de cristal lous comis sou forrats. 

Lou mal tens o de l'^igo endurcit lo surfasse ; 

Un filet, tout escàs, ne coulo jous lo glasso. 

Que toun sort aro es triste, enfortunat peissou ! 
140 Crenhes pas, es bèrtat, lou croc de l'omessou, 

Ni del traite fiolat los funestos entrabos : 

D'oco siôs o l'obric, rescoundut dins tos cabos ; 

Mes engourdit de frech, e faute d'olimen, 

Jous lo bouto del gèl périsses lentomen. 
145 Couro cèssos, Ibèr, d'otristà lo noturo ? 

Helas ! tout es perdut se to molisso duro. 



V. 117. Chasse au trébuchet ou à la fossette. — 119. Le temps deuient 
un peu plus doux. — i25. Autres prétendus pronostics de mauvais temps. — 
i32. Glaces. — 139. Triste situation du poisson. 



I 



— 65 — 

Lo posturo s'ocabo, e lous paures troupèls, 
Dins lo jasso enfermats. bictimos de tous gels, 
N'ôu pas res o brouta que cauco fuèlho seco 

i5o Qu'en loc de lous nourri, lous mogris, lous endeco. 
Pèr se mètre o coubèrt d'un tens to rigourous, 
Juscos dins lous oustals benou lous ôuselous. 
Que rigou de moun feple, iù noun me n' chaute gaire : 
Cont lous bese ofomats e morts de frech, pecaire ! 

i55 Lour jète, sons reproche, un pounhat de froumen 

Qu'o mous uèls, lous pôurous, benou prene en tromblen. 
Qlaro oquel bestial, pôuruc de so noturo, 
Qfrounto tout dongiè pèr quistà de posturo. 
E baste fousquès soûl o faire oquel mestiè ! 

160 Mes sèn suchèts encaro ol quistou cornossiè. 

Pastre, touto lo nuèch as bel cridà : « Souirasso ! m 
Pos pas porà lou loup de l'entour de lo jasso. 
Toun mostîs japo prou ; mes molgrè soun coula, 
Cont lou sent trop ordit, rau5o pas ocoulà. 

165 To souben es bengut on d'urlomens sôubaches, 
Qquel bilèn cobal, juscos dins lous bilaches, 
Debourà lou bestial que toumbo jous so den ! 
Caucos fes, lou goulut, jusc'o l'ome se n' pren. 
Dins un tens to sorrat, molur os bouiochaires, 

170 Se roncountrou lo nuèch de tais ocoumponhaires, 
Que rodou lous comîs toujours o bes porels, 
En regossen lous uèls que semblou de colels. 
Olaro un coboliè n'es pas exent d'olarmos, 
Cont, coumo un miquelet, seriô tout clôufit d'armos : 

175 Se molurousomen toumbabo de chobal. 



V. 147. Les troupeaux enfermes dans les bergeries n'ont que de la feuille 
sèche pour apaiser la faim. — i5i. Les petits oiseaux se réfugient dans les 
maisons, ne trouvant rien à manger dehors. — iSg. Les loups sont alors 
fort à craindre à ta campagne. — 161. Cri des bergers lorsqu'ils aperçoivent 
le loup, — 168. Ce n'est pas sans exemple. — 169. Les loups accompagnent 
les passants qu'ils rencontrent pendant la nuit, et sauteraient, dit-on, sur un 
cavalier qui tomberait de cheval. 



66 



lù serîô pas côuciù qu'oun li n' onesso mal. 
Jaques lou menestriè beniô de majo fèsto : 
Pèr orribà ches el obiô de jour de resto, 
Mes, tout preste o porti, l'oste, pie d'otenciùs, 

i8ù Lo boutelho o lo ma li ben fa sous odiùs. 

Jaques, on oquel clas, fo pas lo sourdo ôurelho ; 
S'ossèto, e brabomen s'ofrairo on lo boutelho. 
Onfi part, cont es bouido, e lo nuèch lou suspren. 
Un gros loup o sous uèls pores dins lou moumen. 

i85 Lous pèlses, dins d'obort, sus soun cap se dressèrou ; 
Pèr onà pus obont los combos li monquèrou. 
Crei beire l'onimal preste o lou debourà, 
E n'o que soun hautbois pèr se poude oporà, 
Pauc o pauc, en efèt, lou loup dôus el s'oprocho, 

190 Ben ombé soun musèl li soulfinà lo pocho, 
Marco qu'o pla tolen e que cèrco o fripa. 
Jaques, qu'èro munit d'un contelet de pà. 
D'un quinhou de froumache e d'un tros de fougasso, 
Trai tout premièiromen lo micho o lo souirasso, 

195 Que l'ojèt engoulado en dous ou très mochals, 
E pièi, pèr omusà sous robustes coissals, 
Li jèto lo fougasse, ornai pièi lou froumache : 
Res noun pot rossosià soun coumponhou de biache. 
« Oco's dounc fach, w dis cl, « mo bido es ois abois! 

200 « Tiren, pel dorniè cop, un aire de Vhautbois. u 
Moulho l'enche, lou plasso, e d'uno ma tromblonto, 
Jogo, ol milhou que pot, l'aire de lo couronto. 
Urouso descoubèrto ! Entr'entendre oquel bruch, 
Lou loup espoubentat descompo : encaro fuch. 

2o5 Jaques, que bei de lèn so bilèno coumpanho 
O passes redoublats orpentà lo companho, 
Li crido d'un toun rauc : « Adiù, tros de goulard ! 



V. 177, Histoire »3critable d'un joueur de hautbois, qui rencontra un loup, 
en revenant d'une fête wotiue où il auait été appelé. — i85. Frayeurs du 
ménétrier. — 2o3. Pouvoir singulier de la musique. — 207. Lorsque quel- 
qu'un est enroué, on dit ordinairement qu'il a vu le loup. 



- 67 - 

K Cont t'ai to pla serbit, sobiô pas que moun art 
« Ogèsso lo bertut de te dounà lo casso : 

zxo « Que t'ôuriô be gordat lo micho e lo fougasso ! m 
Pièique sus Menestriès es toumbat lou pèrpaus, 
Counbenguen, Desprodèls, que toutes sou pas baus. 
Lou Fabre, que serbîs ol noutari de clèrgue, 
E qu'es be to soben coumo cap del Rouërgue, 

2i5 Countabo qu'autros fes un certèn Orioun, 
Musiquiè coumo un autre opelat Omphioun, 
01 mouièn de soun art s'èro tirât d'ofaires. 
Ero dins un boissèl ombe cauques coumpaires 
Dount lo mino onounsabo un prou michon boulé. 

220 Orioun ol bourset pourtabo d'or tout plé : 
Obiô de sos consous tirât un gront solari, 
E l'obiô counserbat, cas estraourdinari. 
Oqueles orpolhans, que sentou lou trésor, 
Sons fa semblon de res, per jouï d'oquel or, 

225 Coumplotou de negà lou mèstre de lo bourso. 
De cont de cruôutat l'oborisso es lo sourso ! 
To lèu dich, to lèu fach. Sosit pèr un maraut, 
Lou chantre de Lesbos bo fa lou dorniè saut. 
Lou paure infourtunat, qu'es oqui sons defenso, 

23o Bol ôumens de soun art esproubà lo puissenso : 
« Permet, w dis ol bourrèu que lou ten suspendut, 
« Qu'encaro obont mourî fasco tindà moun lut. m 
Phebus ront talomen so pregario eficasso 
Que de soun ossossin ouptcn oquelo grasso. 

235 Jouguèt olaro un aire e to tendre e to dous 
Que, toucat de so peno, un dôufî pietodous, 
Coumo onabo toumba dins lo plono solado, 
Lou recossèt en l'èr sus so croupo escolhado. 
Mes qu'es oisô 1 L'Ibèr noun finirô jomai 1 

240 Que te plonhe, pogés, se duro gaire mai ! 



V. 22i. Les joueurs d'instruments ne sont pas ordinairement soigneur de 
conserver l'argent qu'ils gagnent. — 226. Quid non morialia pectora cogis, auri 
sacra famés 1 Virgile, Enéide, ni, 57. — 235. Voyea; la fable d'Arion. 



— 68 — 

Cado jour, cun regret ! To journado es pèrdudo. 

Lou gèl de toun doumaine ocupo l'estendudo, 

E \o tèrro gemîs jous un fais de bèrglas ; 

Coussi lo trobolha 1 Tondis qu'o cado pas 
2.45 Tous biôus sus lou grésil foriôu l'escorlimpado, 

Tu quitoriôs, de guerp, l'estebo e lo gulhado. 

Ah ! nou, crei-me : l'oraire es aro hors de perpaus 

Cauque jour^ s'o Diù plai, cessorô toun repaus. 
Que dise ? Cont lou tens es to dur, to sôubache, 
2.50 Sons se trop escorta l'on trobo prou d'oubrache. 

Pos, pèr sôubà toun ort del musèl del tessou, 

I faire uno poret to pla coumo un mossou. 

Otrapo lo destral, pren lous cuns e lo masso : 

D'un aubre qu'o périt bai fendre l'escobasso. 
255 Cèrto del longuimen lou que se bol desfà, 

Même ol fort de l'Ibèr, trobo quicon o fà. 

Aro ol copusodou, lou prudent oplechaire 

Repasso ombe otenciù tout l'ornés de l'oraire. 

O de suèns diferens s'ocupou lous boilets : 
260 Jan penso pèr sous biôus, Pèire pèr sous mulets ; 

L'un petasso d'esclots, l'autre orrengo d'esquilos. . . 
Ocô bous fo pietat, gens qu'obitàs los biles ? 

Bous cal penden l'ibèr toujour joc, taulo ou bal ? 

Nautres, pecaire ! oicî penon, e be bou'n bal. 
265 Eh ! que foriô sons pa touto bostro richesso ? 

Qu'ouriàs l'estoumac flac, se bibiàs de nouplesso ! 

Pèr nostre estât, Messius, ouriàs mens de mesprès. 

De so que bous reben se couneissiàs lou près. 
N'es pas que pèr ocô lous dimenges, los festos, 
270 Cont oprès lou serbice obèn de tens de rèstos, 

Noun prenguen caucos fes de plosés inoucens : 

Jous l'orme de lo plasso onon toutes essens ; 

Jougon cauco boutelho ol briscon, o los quilhos ; 



V, 247. Suspension des travaux champêtres, — 248. Petites occupations 
auxquelles on peut vaquer dans le temps le plus rigoureux, — 269. Amuse- 
ments innocents des paysans aux jours de fête. 



- 69 - 

Tondis qu'un pauc pus lèn porlufejou los filhos, 

275 Soulos, car des gorsous se se triabou pas, 
Lou Ritou lour foriô del mesclodîs un cas ; 
Ornai crenhou d'olhurs que lo maire, obertido, 
Entr'estre dins l'oustal lour baile lo brondido. 

Cont lo nuèch jous so capo o rescoundut lou jour, 

280 E que del postural lou pastre es de retour, 
Monjon nostro soupeto ossetats sus lo bonco, 
Pas coumo lous Moussus, mes soulomen d'uno onco. 
Nostro pitonso ensuito es un boucî de lart. 
Cont cadun dins lou bentre o rejoungut so part, 

285 Que l'oulo es despochado e l'escudèlo neto, 
Donson uno sôutairo ol soun de lo museto ; 
E pièi penden mièjo ouro, en rount ol tour del foc, 
De cabro, sios-tu cabro 1 onon faire lou joc. 
Des dimenges otal se passo lo belhado, 

290 Es lous jours de trobal autromen emplegado. 
L'un bostîs de poniès, l'autre de polhossous. 
Los filhos, tout fiolen, fou petà de consous ; 
De soun tens lou bièl gran nous counto los gonduosos : 
Lo mèstro, en petossen, nous debito sos pruosos. 

295 Nous fosquèt creire un ser qu'obiè troubat lou Drac 
Déguisât en chobal que fosiô pototrac, 
E qu'un jour li monquen cauco ôuberjo o lo binho, 
Per descubrî lou laire onèt o lo debinho. 
Lo masco, en mormouten, l'emmeno ol golotàs : 

Zoo Dis très mots, e très cots fo roudà lou sedàs. 
Tout escàs o finit lo truosièmo represo, 
Que li te dis lou noun d'oquel qu'o fach lo preso. 
Lous sourciès fou, sons doute, un patte on lou Bilèn 
Pèr n'ouptene lou doun d'i beire de tont lèn. 



V. 282. On ne «oit presque jamais les paysans entièrement assis à table. 

— 287. Veillées des dimanches et fêtes. — 290. Veillées des jours ouvriers. 

— 293. Sornettes ou contes de «eille. — 295. Le Lutin. — 298. La devi- 
neresse, — 3o3. Un paysan timoré croirait jurer s'il prononçait le mot Diable ; 
il lui substitue celui de Vilain, qui lui paraît moins effrayant. 



— 70 — 

3o5 Lo moirino, ol contou, des pichous entourado, 
Oquesto nous boilèt, en biren so fusado : 
« lù sùi, coumo sobès, beuso dempièi trente ons. 
n Lou nostre, en trespossen, me loissèt cinc efons. 
« Tout cop que me n' recorde, o l'uèl me ben lo larmo. 

3io « Lou paure ! en se muden (dobont Diù siô soun armo) 
« O l'entour de soun lièch nous fosquèt romossà ; 
ïf E nous diguèt, belèu mièjo ouro obont posaà : 
« « Ou5ès : bous recoumonde, en pleguen mos côuquilhos, 
« « De traire pas trop lèu de Trou5sit los entilhos ; 

3i5 « « Ougon ou réussit : n'ôurés mai d'un plen sac. 
« « Que pèr denontourà los gièisos del Lorjac 
« « Lo crento de lo grèlo oun siô pas un pretèste : 
« « Lou boulon ol legun encaro es pus funeste ; 
" « E que l'ase surtout se sone ol mes de mai m. 

3io « Cuto oprès oquel moût pèr toujours e jomai. 

« Mes un ser, coumo ol lièch iù benio de me mètre, 
« Soun armo ol foun des pès me benguèt oporetre. 
« De froioù joui lensol iù fourrère lou cap, 
« Car saique un gro de mil m'ôuriô serbit de tap. 

325 « L'armo olaro me crido : « Escouto, Cotorino, 
« V N'ai pas restituât un bouissèl de forino 
« « Que se mesclèt onton on lo miùno ol moulî : 
« « Bai lo rondre, e sul cop de peno iù bau soli u. 
« Iù, pèr lou sotisfà sul cas que me perpau^o, 

33o « Li dise : « Onàs en pas, pèrque ses bouno causo, 
n « Pierres ; segàs tronquille : ocô sero rondut ; 
« « Déjà même ou seriô, s'ères pus lèu bengut. 
« « Sons fauto o bel demà beirai lo moulinièiro. m 
« L'armo olaro en sourten per lou trauc de l'oguièiro, 

335 « Pèr me fa sous odiùs crido très cots : « Roucou. » 
« Sons doute èro bengut en formo de pijou. m 
Otal porlèt lo bièlho. Ouriàs bist l'ossemblado 



V, 3io. Testament d'un nommé le Moreau, en trois articles. — 3i4-3i6. 
Troussit, Larijac : terroirs où il aoait semé ces légumes. — 32i. Conte d'un 
revenant sous la forme d'un pigeon. 



— 71 — 

O soun triste récit immoubilo, estounado, 
E de froioù tronsits, très paures ongelous 

340 De lour maire, en plouren, tene lous coutilhous. 

« Un ser, u dis lou coûtai, « ol bel clar de lo luno, 
« Mo gran, que prou souben ne debito côucuno, 
« Begèt lou gron sourciè que trebabo ol Costèl 
« Pèr se rondre ol sobat soli per lou fournèl u. 

345 Lou councièrge ojustèt que l'obiô bist lo bèlho, 

Cont s'ounchabo de grais, en diguen : « Pet de fèlho. u 
— « Pèr iù, u dis lou bouiè, que porlèt o soun tour, 
« Uno nuèch d'un dimenge, escuro coumo un four, 
n Del prat, ombé mous biôus, coumo me retirabo, 

35o « Te bese un loup-gorou que dôus iù cominabo : 
« Sobès se me triguèt d'èstre bite o l'oustal ! 
w Sons doute dins so bido obiô fach forso mal, 
« E jous lo pèl d'un loup ne beniô pourtà peno : 
« Otobé robolabo uno retto codeno. » 

355 Cont lo belhado cèsso ou qu'es presto o fini, 
Sèn souben regolats d'un tossounat de bi. 
Cont onfi del colel lo flomo trombloutejo, 
E qu'en biren soun fus lo chombrièiro copejo, 
Onon fa lo pregario e nous joucon ol lièch : 

36o Tronquilles, sons remorts, oqui posson lo nuèch. 
Talo es coumunomen tout l'Ibèr nostro bido : 
Mes nous cal beire fa cont côucun se morido ; 
Olaro tral coupet trosèn lous pessomens ; 
Fosèn troutà lo garro è penchenà los dens. 

365 Guiral e Fronceseto onton se boulountabou : 
En tout be, c'est-à-dire en tout ounou s'oimabou. 



V. 341. Conte du sorcier. — 346. Il est reçu che; tous les paysans que les 
sorciers prononcent ces mots après s'être oints de graisse, en passant par 
le tuyau de la cheminée pour aller au sabbat. — 347. Conte du Loup-Garou. 
— 352. Les gens de la campagne sont fermement persuades que les loups- 
garous sont des hommes qui, ayant mené une vie fort criminelle, reviennent 
de l'autre monde pour faire pénitence, en traînant, sous la peau d'un loup, 
une grosse chaîne. — 365. Projet de mariage entre Guiral et Françoise. 



— 72 — 

Toutes dous de même ache e mémo coundiciù, 

Entr'eles de se prene èro déjà questiù, 

Talomen que lou bruch courrissiô pel bilache 
Zjo Que dins lou cornobal se foriô lour moriache : 

Ero mêmes ol grat de forso brabos gens, 

Mes moncabo un sinhet de lo part des porens, 

Lou paire de l'efon troubabo lo berquièiro 

Que pourtabo lo filho un bricou trop lôugièiro. 
3/5 Lou paire de lo filho ol countrari disiô 

Que suiban soun estât trop d'odot H fosiô ; 

Ôutont ne disiô l'ouncle e lo tanto e l'ôujolo. 

Fronsoun, que pel coquet bal un mèstre d'escolo, 

Cont sentis oprouchà lo fi del cornobal, 
38o Omb'un aire picat se n'bo troubà Guiral : 

« De bous, » sou li fosquèt, » iù sùi desobusado ; 

« Bese que ses un traite e que m'obès troumpado. 

« Ogochàs pèr oc6 se cal estre couquî ; 

« Se bonto de me prene, e pièi me plonto oquî. » — 
385 « Que bos] » respoun Guiral 1 « te n'cal prene o moun paire : 

« Trobo que n'as pas prou ; mes bouto, laisso faire. 

« El boudriô que prenguèsse Isobèls de Boulsons, 

« Pèr ofi qu'es lou dich que li fou milo frons. 

« Mes que lous garde ! Ai ! Ai ! semble pas qu'uno engrolo. 
390 « Pièi l'uèl botoul, pel mens, li n' garo uno pistolo. 

« Qu'el lo prengo, se bol, pèr iù noun n'ai que fa. 

— « Sopendent, m dis Fronsoun, « lou cornobal se n' ba. 

— « Eh bé ! M respoun Guiral, « ajo pocienso encaro ; 
« Foren ombé lou tens so que fosèn pas aro m. — 

395 « Ai pla pôu, u dis Fronsoun, « que bous fosès lou fi : 
« Mes iù, sons esta mai, boli faire uno fi. 
« Coupen palhos, onen : cresès qu'on se n' soucite ? 
« Pèr bous oporomen n'obèn pas prou mérite ! 
« Lo borlho, qu'es pus richo, es ocô que bous cal ! m 



V, 373. Le père de Guiral ne trouve pas la dot de Françoise assej consi- 
dérable. — 378. Adresse de Françoise pour engager Guiral à exécuter 
promptement sa promesse. 



- 73 - 

400 — « Jomai tourne monjà, » dis olaro Guiral, 

« Se pèr autro que tu moun cor jomai souspiro ! 
« Que que digo moun paire, iù sabe de que biro. 
« Qu'iù quitèsso Fronsoun pèr lo borlho Isobèls ! 
« Oh ! nou : lo que prendrai, bole qu'ajo dous uèls. 

405 « E lous tiùs, Fronsouneto. . . 01 rèsto, lo bossibo. 
« Que besion ièr de là boundî sus lo frochibo. 
« Met-lo dins toun troupèl pèr gâche de mo fe, 
« E remetèn l'ofaire ol cornobal que be. m 
Fronsoun, en otenden l'efèt de lo proumesso, 

410 Bo quèrre lo bossibo, e caimo so tendresso. 
L'autre onnado coumenso ombé lou cornobal, 
E res nou pot fléchi lou paire de Guiral. 
Onfi ben pèr bounur un murmur de milisso 
Que lou fo counsentl molgrè soun oborisso. 

415 Lo porentat s'ossemblo, e tout es orrestat ; 
Tout l'orgen de lo dot sus lo taulo es countat. 
Lou noutari grifouno uno longo escrituro. 
Cadun, seloun l'usache, estreno lo futuro : 
D'un cofre lou poirî li fosquèt un presen, 

420 E lo gran proumetèt que cont seriô josen, 
Li trometriô lou brès ombé los menudalhos 
Que gordobo ol pusaut dempièi sos ocouchalhos. 
Tout onfi pèr lo nosso es déjà preporat ; 
Très semmonos oprès ben lou jour désirât. 

425 Paires, maires, porens, omits on lo liùrèio. 
Toutes ocoumponhon lous nobis o lo glèio. 
Guiral obiô soun pèl toursegut en trenèls, 
Fronceseto sous dets toutes bondats d'onèls : 
Nautres. sons bontociù, tenion prou bouno mino. 



V. 400. Terrible serment que fait Guiral à Françoise. — 4o5. Présent que 
fait Guiral à Françoise pour gage de sa foi. — 41 3. Le père de Guiral, crai- 
gnant que le sort de la milice ne tombe sur son fils, sacrifie ses intérêts et 
consent au mariage. — 415. On passe le contrat. — 418. Présents des noces. 
— 4i4' ^^ jour des épousailles. — 425. Cortège joycur et bruyant qui 
accompagne les fiancés à l'église, où ils «ont recevoir la bénédiction nuptiale. 



- 74 — 

43o Lou tombour o lo tèsto ombé lo cholomino, 
Fosion, tout cominen, petà lou pistoulet, 
E d'un polhou ponsut flutaben ol golet. 
Toujours en même trin e mémo simfounio, 
Tournon birà cosaco oprès lo cermounio. 

435 Déjà flairo de lèn lou fun d'un gront régal : 
Dins un toupl coufis lo clouco ombé lou gai ; 
Dins lo couireto coi lo mitât d'uno fedo, 
Lo tufo e lous gorrous de l'obilhat de sedo, 
Un petossal de leùno, un cun de combojou ; 

440 O l'aste se tournejo un cortiè de moutou ; 
E de ris sofronat l'oulo es touto romplido. 
Juchas on tout ocô se fosquèren lo bido. 
N'obèn pas tont lou sièis, ni lou premiè de l'on, 
Cont mèstres e boilets pèr tour nous regolon. 

445 Eren dèch coumponhous coubidats o lo fèsto 
Que ne toumbèren be catre conous pèr tèsto. 
Los filhos, cal tout dire, ou preniôu pus d'o pas, 
Mes pèr ocô, besès, cap l'escupissiô pas. 
Entre obeire remplit jusc'ol gousiè lo panso, 

450 Per fini los ounous nous metèren en danso. 
Cont se fosquèt tordet, cadun se retirèt, 
E soulo ombé Guiral Fronceso demourèt. 

Bouno siè l'ouro ! Onfî l'olé de l'âuro rousso 
O dounat o lo glasso uno retto secousse. 

455 L'Ibèr fo sous odiùs. Noissès aro, onilous ; 
Benès pèr ronfoursà lou troupèl des m.outous. 
Mes cun destin cruel pèr baùtres se prépare ! 
O peno ses noscuts que, d'uno ma borbaro. 
L'orne, obide de lach, bous tire del soumés ; 

460 Perdes souben lo bido obont d'obure un mes. 
Toumbàs en polpiten joui coutèl escourgaire. 



V. 435. Grand festin au retour de la cérémonie. — 443. Le premier jour 
de l'an, le maître rcgale les domestiques, et ceui-ci régalent le maître le 
jour des Rois. — 446. On appelle ici " canon » la mesure du uin. -- 
455. Naissance des agneaux. 



75 



Tondis qu'ol postural bostro doulento maire 
Debinho bostro pèrto, e, pèr sous bialomens, 
Sus bostre triste sort marco sous pessomens. 

465 Aro es lou cop, pogés, de reprene l'estebo, 
Aro n'ajos pas pou de mourfoundre lo glebo : 
Lo pos birà sons crento. E bautres, binheirous, 
Osugàs ol pus lèu lous coutèls poudodous : 
Es tens o lur tronchant d'obondounà lo souco, 

470 Que se bol descorgà d'un tais que lo sufouco. 
Des sirmens obotuts obont fa de gobèls, 
Pèr fa de cobussats coulisses lous pus bèls. 
Que l'obit, de soun lounc couchât dins uno ournièiro, 
One soli lou nas pèr uno cotounièiro. 

475 Oqui creis, met de barbo, e cont es fier, golhart, 
Demescouneis so maire, e fo fomilho o part. 
Otal, cont de bielhesso ou de frech es crebado, 
Pèr sous joubes efons lo souco es romplossado. 
Ouriàs bel sopendent faire de cobussats, 

480 Se de nourri lous jets lous soucs erou lossats, 
Beiriàs o cado pas un bùide, uno escloirido. 
Cont o forso de tens lo binho es obourrido, 
Lou pus court es, per-moi, de lo faire sôutà ; 
E, cont s'es prou pôu5ado, on lo torno plontà. 

485 Tout coumo d'èstre endrés cont lous oustals sou lasses, 
Bal mai lous rebosti qu'i mètre de pétasses. 
Cont un binhople en pauso o restât très printens, 
De trouplà soun repaus, binheirous, es pla tens. 
Prenès dounc lou bigôs pèr ne doundà lo tèrro, 

490 Jusc'o tont que siô souplo onàs li fa lo guèrro ; 
Trosès-ne sons pietat aubres grons e pichous ; 
Pièi, pèr guida lous rens, trossàs-i de silhous. 



V. 465. Ouverture des trauaur champêtres. — 467. Taille de la vigne. — 
471. Provins. — 481. On doit arracher la vigne lorsqu'elle est trop vieille. 
— 487. Après trois ans de repos, la vigne peut être replantée. — 49'. Tous 
'es arbres doivent en être arrachés. 



- 76 - 

E loissàs os molhols, qu'aimou fort lour oi^enso, 

De l'un o l'autre ou mens catre pans de distenso. 
495 Cont de l'ôubret binons ôurés crusat lou jas, 

Couchàs-l'i de foisoù qu'oun mostre que lou nas. 

Otal, dempièi lou founs juscol cap de lo binho, 

Renjorés bostre plant toujours en drecho linho ; 

E n'essouplidés pas qu'obès un jouine efon 
5oo Qu'o besoun de cultiù très ou catre cots l'on. 

N'ojés pas pessomen que d'oquelo culturo 

Pièi dins Tache modur, noun bous pague omb'usuro. 

Aro o cots de destral récuras l'omelliè ; 

Flourîs, coumo sobès, en despièch de febriè. 
5o5 Souben un poredou jous lou torren sucoumbo : 

Cont o prou ponsejat, se fendilho, onfi toumbo. 

Descorgàs-lou del fais, se lou boules sôubà : 

Tout-o-fèt, aùtromen, lou codriô relebà ; 

Sons doute pèr ocô se fôu los torrejados, 
5 10 Ou pus lèu pèr côusà los soucos descornados. 

D'oquel biais s'oplonis lou torren ofoisat, 

E pèr lou plus puissent lou feple es ronfoursat. 

Prenès gardo otobé que, sons uno borrièiro. 

Pot sôutà dins lo binho uno cabro lebrièiro : 
5i5 Lo dent d'oquel bestial es mourtalo os bourjous. 

Que s'embouisoune ou mens oprès los fousesous. 

En otenden, sus borts d'uno pèiro trôucado, 

Dins cado oustal l'omello ou lo nouse es trincado. 

Per pogà lous impôts l'omellou se bendrô, 
520 E l'oli pèr lou lun del nougal rojorô. 

D'otristà lo noturo onfi t'Ibèr se lasso : 



V. 493. Manière de distribuer le nouveau plant. — 490. Culture qu'érige le 
jeune plant. — 5t)3, On élague de bonne heure l'amandier, étant le premier 
arbre qui fleurit. — 5o5. On allège un mur de soutènement, trop surchargé, en 
faisant des levées de terre. — 5i3. Hallier ou haie de buissons pour défendre 
au bétail l'entrée de la uigne. — Sig Le produit des amandes paye une grande 
partie des impôts, lorsque la récolte en est abondante, ce qui est fort rare. — 
521. Fin de l'hiver. 



— 71 — 

Floro dins pauc de tens bendrô prene so plasso 
Lo nuèch s'es rocoursido, e lou jour o crescut ; 
O soli de soun trauc s'oprèsto lou coucut. 



525 Otal mo Muso Rouërgasso 

O l'illustre CicÉ contabo los Sosous, 

Tondis qu'o l'Onglés ourgulhous 
Un brabe Rouërgas bolhabo lo repasso. 



^fx 



V. 528. La maison de Al. le Comte d'Estaing est originaire du Rouergue. 
Cet ouvrage s'acheuait dans le temps que ce héros faisait la conquête de la 
Grenade. 



ï^ecul 



de 



pouesios Rouërgasços 



^f** 



RECUL 



POUESIOS ROUERGASSOS 



EpiTRO 



EMPRIMUR O 



Uno Muso del Rouërgue, 
Que tout escas o bist lou jour, 
Cher ■" ', bous ben faire so cour : 
01 noun de Diù, li sias par reguèrgue. 
5 Bous aimo tont e mai : pogas-lo de retour. 
Pot pas jomai tori sus los omistoulensos 
Que li fosiàs ol Segolà, 
Cont en public, molgrè bostros instensos, 
Escassomen bouliô porlà. 
10 Bous recourdàs be prou qu'olaro èro estourdido, 
Soto, inoucento e talomen timido 



t. Le recueil, qui contient des pièces en français à la suite des pièces en 
rouergat, est intitulé : Poésies diverses Paloises et Françaises p. n. p * a. p. d. p. 
En Rouërgue, 1774. Il est probable qu'il est, comme l'édition des Quatre 
Saisons de 1781, l'ceuvre de Vedeilhié, imprimeur du Roi à Villefranche : du 
moins, je n« vois pas de différence dans les caractères . 



6 



82 



Qu'ol mendre bruch s'embôurabo d'obort : 
Mes certes uèi be s'es plo degourdido. 
Onàs jucha se cal que siago ordido. 
i5 Bol o tout perdre (oisô trouborés fort). 

Bol, ois èls del public espondi so rimalho, 
Qu'oicî siô dich, n'es que de rofotalho. 
E sopenden lou mounde n'es curious : 
Ocô lo flato, ocô fo que trobalho 
2ù Sus de suchèts de pauro ôumalho. 

Onfi, coumo jomai noun fo res de serious, 
O ton de gens qu'aimou quicon de droite 
Cal to souben qu'où baile pèr escrich 
Que lo pigro me ten de dich 
25 Qu'es obenado d'oquel rolle. 

Encaro n'i ses pas : mesclô dins soun pèrpaus 
Que bous poudès, Moussu, pèrcurà soun repaus 

En jeten so bermino ol molle. 
N'o pas trop mal guinhat, car, pèr oquel estèc, 
3ù Bous foriàs be lo barbo ol pus obille Grec. 
Tout ocô qu'emprimàs se legis sons lunetos : 
S'entent, cont los uèchos soun netos. 
De cauque biais ou sobès oplechà 
Que semblo fach pèr ogochà. 
35 Mes s'ogis pas d'oco : s'ogis, cont ôurés lèse, 
De li me faire oquel trobal : 
Serô pèr elo un tal régal 
Que se n' coufloro coumo un rese. 
Mes me dires (que m'es obist qu'où bese) : 
40 « Oquelo Muso es un ouriginal : 

« De bôugièiro cal que sio pleno 
« Pèr 6u5à moustrà soun bel nas. 
« Ornai qu'es de to bouno meno ! 
« Soun recul noun es qu'un fotràs 
45 « D'un trasso de jorgou postràs 

« Que de legi bal pas lo peno. 
« Per iù, noun bole pas estrolhà moun mestiè : 
« Ocà serio degolhk de popiè, 



— 83 — ,. . 

« Que d'emprimà lous prouduits de so beno. 
5o « Un tal escrich nou serbiriô 

« Que pèr plcgà de pebre ou fréta lo podeno. 
« E sobès pièi qu'orriboriô 1 
« D'elo e d'iù tout se truforio. m. . . 
lù pense coumo bous : mo Aluso es un pau fado, 
55 E sus SOS pretenciùs l'ai souben brobejado ; 

Mes n'obonce pas res : m'escouto e pièi se n' ris. 
Pèr so respounso 6u5ès so que me dis : 
« Se se trufou, que se trufou ! 
« Se me bufou, que me bufou ! 
6û n AVe n' chautc pas : lou mete o faire pis : 

« Se sou trufats de tont d'autres, 
« Que boliôu be mai que nautres ! u 
Es pla bertat, moun cher, e bous ne coumbendrés 
O tout ôutur uèi bol cercà querèlo 
65 Lo filousoufio noubèlo, 

01 sobent coumo ol mal-oprés : 
Siô proufane ou socrat, ocô n'i fo pas res ; 

Tout es suchèt o so racho cruèlo. 
Me troumpe, pcr oco : cresi que jusc'oici 
jo Soun fuct n'o pas clopat sul Goscou Goudouli, 
Saique morcés o soun lengache : 
L'ourgul filousoufal ne mespreso l'usache. 
Mes, ecceptat oquel, tout ou passo ol curbèl : 
Lou Turc e lou Crestiô met ol même nibèl ; 
75 Trato lou fat coumo lou sache. 

Ocô n'es pas lou tout : o lou feple courache 
De se cobra countro lou Cèl : 
Me semblo beire un joubencèl 
Ombe un joian faire o lo lucho. 
8j Uèi lou mendrc cscouliè, lou pus sot mormousèl, 
Qu'o legit dins un libre emberenat de fèl, 
Au:5;o se n' prene o Diùs, bol soundà so counducho 
E lo soumetre os trats de soun pincèl. 
Mes fo pietat, del biais que l'espelucho ; 
S5 O so que li desplai saco un cop de coutèl ; 



- *4 - 

O so que coumpren pas respoun, d'un toun gonèl. 
De grons termes tescuts de cauco fonforlucho 

Que fo bodà cauque comèl ; 
O de pauros rosous cargo un riche montèl. 
90 Mes, cont finalomen cauco bouno copucho 
Li rebiro un pauc soun clobèl, 
Opp'olaro s'i fo ! Pèsto coumo un ôusèl 
Que bei que lou senîs li ben monjà so frucho ;. 
S'erisso, bat de l'alo, enracho dins lo pèl, 
95 Fo jougà lou renée, o recours o l'enjuro. 
Ornai, s'es de besoun, s'ojudo de l'ourduro. 
£ digàs que siô pas bertat ! 
I lAcs que fau ? perde lo cerbèlo ? 

De moun suchèt me siù rette escortât 
100 En porten d'oquelo doun^èlo 

To fièro de so libertat 
Qu'oun pot soufri ni bast, ni sèlo. 
Tournen bite o nostres moutous. 
Nou, dins lou Lengodoc, en Rouërgue, en Goscounho, 
io5 Se bei pas d'emprimur pus industrit que bous : 
Que diriô lou countrari, iù li foriô lo mounho. 
Bejàs dounc arô, o part toutos foisous. 
Se pourrés faire sons bergounho 
Oquelo trasso de besounho. 
xiû E cerqués pas d'autros rosous, 

Cont porloriàs milhou que toutes lous Douctous. 
Mo Muso, se sobiàs, es une pelerino 

Que bous foriô missonto mino. 
Se li disiàs encaro un cop 
ii5 Que de so trasso de bèrmino 

Forôu lou cas qu'on fo d'un bièl csclop. 
Que risco dins lou founs ? D'estre un pauc criticado 7 
E be ! qu'où siô, ni tout de bou 
Li benguèsso uno romossado 



V, iiS. Editions de 1774 et de i8iu : so pauro bèrmino. Nous suivons la 
leçon de 4'cdition de 1814, i^ui rétablit la mesure du vers . 



— 85 — 

iio Que H lobcsso 1o bugado ! 

Mes noun serô res, cresès-ou : 
Li foriôu pas oquel ounou. 
Onfi, bous ses prudent e sache : 
Juchas bous même oquel oubrache, 
tî5 Testas s'i monco pebre ou sal. 

Per iù, que sabe o pu près so que bal, 
Me gordorai de dounà moun sufrache, 
Quoique becho, oprès tout, qu'ocô's un bodtnache 
Que pot pas autromen o res pourtà doumache. 
i3o E que, se fo pas be, foro pas un gront mal. 
Sus oquelo rosou (car oisô's oict l'ai), 
Se bous déterminas o ne fa cauque usache 
E que de l'emprimà bous sentes lou courache, 
Me mondorés [dej que bous cal, 
t35 Boli dire cont de mitralho, 

Per claure dins un libre oquelo bourdufalho ; 
Car belèu sérias pas prou fat, 
Per tont qu'oici bous donc d'ences, 
Per ou faire o bostres despenses : 
t4o Belèu [ij sérias otropat. 

Ornai bous obertisse, iù siù pas to pressât 
Pèr que, s'ères trop car, nou me sache desdire : 
Que mo Muso bresene o soun aise, iù me n' bire î 
M'entendès-be ? Saique aro oqui n'o prou : 
145 Siù toujour bostre omic e bostre serbidou, 

EsTÈBE, paslre del Segolà, 



^JiLiiv 



V. 134. La correction de que, qui rétabli! la mesure, est dans l'édition 
de t8î4 . 



OBERTISSOAIEN 



Presque toujour un outur, 
Per omiedà lou Lectur 
E de sufraches fa recolto, 
En debuten pren cauco birobolto : 
5 Fort moudèste d'obort, pièi se bonto o rob», 
En mespresen lou plat qu'es chormat de sèrbl. 
Aies o bel faire le grimasse : 
L'uèl del Lectur. que se regasso, 
Distingo lèu l'aigo del bi. 
lo Car, coumo dis Boileau. « dins uno umblo Prefasso, 
Un ôutur o ginouls o bel demondà grasso, 
Se soun oubrachc engendro longuimen, 
N'es pas mens regetat, molgrè soun coumplimen. m 
Per iù, bende pas cat en pocho : 
t5 O los gens trofegats lo counsencio reproche. 
Sons tontes de bistours. sons tout oquel trofic, 
Desplègue simplomen me drogo 
Toute nudo ois uèls del Public. 
Se l'espelucho rie o rie, 
20 Sabe be prou que n'ôuro pas gront bego ; 

Mes me counsole, oce's moun tic. 
Per mous omits golois, qu'aimou los bôugièirados, 

Ai fach oquelos rimolhados. 
N'ou rist ou fach semblon : aro bole osordà 
25 O d'autres brabos gens de los faire ogroda. 
Se côuc'un los legis, l'obèrtisse d'obenso 
Qu'i trouborè belèu lo rimo e lo codense, 



- 87 - 

Mes pèr de pouesio, ho ! H n' responde pas : 
Cap de pensado nobo oun i mostro lou nas. 
3o Encaro mens qu'i cèrque de poruro : 

N'i trouborô que lo simple noturo. 
Eh ! coldrio b'èstre pla comèl 
De corgà sous escrits d'un peniple ôuripèl, 
Oprès ocô qu'orribo ol paure obat Delilo ! 
35 Obio susat o plec per rebesti Birgilo 

D'un riche obilhomen tolhat sul goust froncés ; 
De soun esclat tout lou mounde susprés, 
Tont o lo Cour qu'o lo Bilo, 
Cridabo : « Ay ! lou bel ruse ! qu'es leste ! qu'es pla 
40 Cent tout d'un cop sus lo sèno pores près ! » 

Un onticaire uflat de billo, 
Que dis que lou tolhur es un gront mal-oprés, 
Qu'o fach, pel mens, de besounho inutillo, 
E qu'oquel sartre de Fourés 
4S Debiô loissà Birgilo ount es, 

Sons lou tira de so couquilho 
Per l'ofuplà d'une pauro montilho, 
E que so coupo noun bal res. 
Li reproche que, cont trobalho. 
5û O pôu^à lou goloun, l'estralho, 

Que ne met trop ount ne coldrio pas ges 
E trop pauc ount lou cal espés ; 
Onfi qu'oquel pourpoint, pus flac que de tripalho 
Ou de tofetas d'Obinhoun, 
55 Del Geourgicaire o desoundrat lo talho 

E qu'o fach d'un sobent un Norcisso, un minhoun. 
Sabe pas trop se so critico 
Es toujours juste e sons repliée : 
Mes oquel pencheniè me semble be prou roun. 
60 Que que ne sic, me Muse es trop oi^ado 

Pèr mountà jomai sus un toun 



V, 44. Sartre. Rapiéceur, du pays de Forés. — 47. Edition de 1774 
mondillo. — 5i. Pas ges, point ; l'employé mal- a-propos. 



— 88 — 

Que U pèrcure uno talo brobado. 
O de pichots suchèts s'es toujour omusado : 
Se ten luènho del bel, de pou de lou solli ; 
65 E cont fo tont que de faire espeli 

Cauco belugo de pensado, 
Se gardo be de lo gaire embeli, 
Pèr so que s'es persuodado 
Que, pourbu qu'une fraso un pauc engôu^ilhado 
jo Escloirigo lou frount d'un mourre regonhat 
Juscos o lou coustrenhe o fa lo poscolado, 
Ombe oco soûl o prou gonhat 
E que so peno es pla pogado. 
D'olhurs, cal rosounà : pot-on finalomen 
75 Eiijà qu'une postroto. 

Que pèr countentà so moroto 
En longache poiral rimo tont soulomen, 

Place fort juste un ournomen 
Del goust pincat, qu'ol jour d'uèi Aroto 
8û Inhoro trop porfètomen 

Lou precious rofinomen 1 
Coumbenès dounc que seriô mai que soto 
De se dounà d'inutille turmen. 
Oprès oquel obist, se lou Lectur s'otrapo, 
85 Per moi ! tont pis per el : iù ne rirai jous capo. 
Mes lou remèdi es prount : se l'essach li desplai, 
Que plonte oqui lou libre, ou que lou saque olai. 



x/JlXV 



V. 79, Au lieu de Aroto, il faut peut-être lire lo pôurolo, ce qui rétablirait 
le sens et la mesure : la note de Peyrot (du goût pincé, épuré) est muette 
sur Arolo . 



LO PRIAIO ROUERGASSO 

en formo de geoupgicos 

POUÈME 

Moussu "Desprodèls, omic de l'Ogriculturo 



Dins lou cap, Desprodèls, m'obiôs mes lo pensado 
De descriùre en potuôs los sosous de l'onnado : 
Toutes catre o derec los coliô repossà. 
D'un torriple trigôs m'onabc emborrossà : 
5 S'ogissio pas de mens que de fa lo pinturo 
De tout so que dins l'on nous oufris lo Noturo, 
Siô lo Primo ou l'Estiù, siô l'Outouno ou l'Ibèr ; 
Car caduno, o soun tour, de l'on o lou goubèr. 
Coumo ocô lou trobal jomai noun los ofaisso : 
to Entre uno lo quità, l'autro pren lo modaisso ; 
E l'on noun es finit que cent cado sosou 
Sul même toroboul o fach soun escôutou. 
Dins lo Primo es questiù de flours e de bèrduro, 
Dins l'Estiù de meissous, de lono, de posturo, 



V. 7-8. Cf. la lettre dédicace de Los calre sosous au même, v. 11-12, où, 
au lieu de : de l'on lou goubèr. on lit : se maino del g. . 



— go — 

i5 Dins rÔutouno de frucho, e surtout de rosins, 
E ribèr deboutis so qu'on o mes dedins. 
Ogacho que de suèn dounabos o mo beno ! 
Jomai me n' série bist, per tont qu'ogès près peno. 
Pièi, pigre coumo sou, que que sio me ront las. 

20 Essogère pourtant, pèr te dédire pas : 

IA.C metère d'obort o l'oubrache ombe fresso ; 
Mes, entre débuta, modamo lo Poresso 
Ben d'un aire loiat, d'un pas ogroumoulit ; 
lAc tiro per lou bras e me dis : « Estourdit, 

25 " De que te siôs corgat ! Sabes so que bas faire ? 
« Bejo qu'oquel trimai t'ouro lo pcl, pecaire ! 
« O moun ribal, ingrat, me bas socrificà î 
« Bal pas mai dins toun lièch jusc'o mièch jour rouncà 
« Que d'onà fa, nigaut, sus los sosous de tèmes ] 

3o « Sôurôu pas prou sons tu se coundure elos mêmes ? 
« Omai pièi per rima siôs un obille Grec ! u 
Oquel pèrpaus pèr iù fouguèt un bado-bèc, 
E mo dibinitat se n' tournèt sons respounso. 
Mo muso sopenden, reben o lo semounso : 

35 n Coussi ! que tendriôs pas poraulo o Desprodèls ! 
« Pèr lou pus gront bobart possorios o sous èls. 
« Se los catre sosous te costou trop d'escrimo. 
n Fai toun poussiple ou mens per li conta lo primo. » 
Onf'i l'o t'ai rimado en gros, coussi-coussi. 

40 Legis-lo talo qu'es, moun cher : bejo l'eici. 



^JlXV. 



V. 23. Logal, de. l'édition, est une faute d'impression pour loyat : il ne 
faut pas songer au languedocien laguiat, loguiat. — Ogroumouldil est encore 
une faute d'impression, pour ogroumculit . 



LO PRl^lO 



lù conte lo sosou que ront o lo noturo, 
Oprès lou triste Ibèr, so premièiro poruro. 
Noun que bolgo pintrà sous charmes en detal, 
Desprodèls : soulomen n'ôuràs cauque retal. 
5 Mes ol siro Opoulloun e touto so rossado 
Foguen, coumo se diù, pulèu lo copelado : 
Lous bèrses, sons ocô, noun ou ni suc ni mue. 
Gront Diù, que ses toujours ou quilhat sus un truc, 
Ou que rondoulejàs dins lo double coulino, 

\o Fosès me trobolhà de possaplo bèrmino. 
Musos, de bostro foun lochàs lou roubinet : 
Uèi préfère bostro aigo ol boun bi fronc e net. 
Ai ! se sobias coussi mo beno es ossorgado î 
Lin' me n' coldriô, per moi, mai d'uno semolado : 

i5 Dounàs lin', pèr pietat, ôumens un plen goubèl. 
Noble e sobent roussi, tu qu'èros to monèl 
Jous lo ma de Birgilo e del Tasso e d'Oumèro, 
E que bas ol golop cont correjos Boultèro, 
Souben sios pus compis qu'un ase del Mounnà, 

2.0 Pegaso, se te plai, n'ones pas reguinna. 

Onti, tontes que ses, Diùs mascles e femèlos. 
Que trebàs sus un puèch besî de los estèlos, 



V. 7. Synonymes populaires qui expriment la non-valeur d'une chose, — 
18. Quand (graphie constante) . — 19. Lou Mounnà. Lieu proche de Millau, 
où il y a grande quantité d ânes. 



— C}1 ( 

Ojudàs-me, bou'n' prègue en grondo debouciù. 

Se ne-s-ouplide cap, countro moun entenciù, 
25 Bous demonde pèrdou, trop respettaplo engenso : 

Un trasso de rimaire o besoun d'endulgenso. 

Dobolàs dounc d'omoun ; benès sons perdre tens 

Soustene moun olé per conta lou Printens. 

Courache ! Oqucl isson quito lo doublo cimo : 
3o Bç-n pcr nous cspirà. Muso, oplcchen lo Primo. 

Lou coucut o contât : l'Ibèr bo trescoulà. 

Lo biso sul Rouërgue o cessât de siflà : 

Bo pourtâ sous bufals dins lou poïs de l'Ourso. 

Lo Primo se delargo e coumenso so courso. 
35 Trop lounc tens omogat. lou gront astre del Cèl 

Mostro déjà lou mourre e quito soun montèl ; 

E del côudet 5efir déjà lo dousso oleno 

Dels riùs emprisounats o foundut lo codeno. 

Lous gels, qu'ol cap des puèchs semblabou de pendens, 
40 Se destacou dels rocs e formou de tourrens, 

Que cauques cots des comps besîs de los ribièiros 

Bôu juscos ol clobenc bolojà los corrièiros ; 

E, sons crenhe del frech lou funeste retour, 

L'omelliè se desplego o l'esclat d'un bel jour. 
45 L'emprudent ! N'o pas pou de Josèp lou trincaire ! 

Se diùriô soubeni qu'o sous efons, pecaire ! 

Pla souben dins lou brès o toursegut lou col, 

Pièi que mêmes onton li n' foguèt pourtà dol. 

Lo feguièiro, pus sacho e pus precôuciounado, 
5o Encaro boucho pas : cren cauco rebirado. 

Cap d'autre aubre noun plus, de pou de s'escôudà. 

De se dounà lou bon n'au:;o pas osordà. 

Enquiô que del Soulel lo colou bibo e puro 

Ajo rebiscoulat tout-o-fèt lo Noturo. 



V. 45. Lou trincaire. Qui casse les amandes : c'est vers la Saint Joseph 
qu'elles périssent ordinairement par suite des gelées tardives . 



- 93 - 

53 Car, suibent lou proubèrbi, on n'es pas ibèrnat 
Que del gisclous Obriol lo luno oun n'ajo onat. 

Lou pastre sopendent, qu'en sourten de lo jasso 
O lo pouncho del jour dôu pèrtout se regasso, 
Bei déjà sut pelenc, qu'èro obont ièr tout sec, 

6j O so sotisfocciù, pounchejà l'èrbo o plec : 

« Oici, w sou se dis el, « entre èstre foro cledos, 
« Bendrai faire corrà mous bossiùs e mos fedos, 
« Ecceptat que de mèstre oun combièsso o mièch Mai. » 
Oquel espuor lou flato e li ten lou cor gai. 

65 Lou bouriaire opigrit, qu'oun quitabo lo caso 
Qu'otal, sul subrejour, pèr faire cauco raso, 
Aro, ol pus premiè cont del motinous ôusèl, 
Sauto sons esità del lièch sons cubrecèl. 
Los calcios o lo ma courris o lo fenèstro ; 

■jo Sono boilet, chombrièiro, efons, filhos e mèstro : 
N'o ni pau^o ni fi qu'oun bejo pauc o pauc 
Sos gens foro lo palho e solits de lour trauc. 
Cont soun mounde es en drés, tal qu'un copiol d'ormado, 
Se targo e dono l'ordre o touto l'oustolado : 

75 n Onen, m sou dis, « efons, aro es ouro d'i fa, 
« Noun pas ol fougueirou cont se coliô côufà . . . » 
O so buôs tout s'onimo, ornai sons esta gaire. 
Juôn margo l'oissodou, Pèire oplecho l'oraire, 
Ondriù penso lous biôus, Estèbe lous mulets : 

80 Tont l'exemple del mèstre entoncho lous boilets. 
Es otobé pèrtout lou premiè que coumenso : 
O déjà dins un sac obormit lo semenso. 
Monjou quatre côulets, pièi bôu toutes essens 
Sus un rostoul birat semenà lous morsens. 

85 D'eles mêmes lous biôus benou d'un pas tronquille 
Jous los cinglos del joue courba lour col doucille. 
Ondriù lous met d'obont jounches de dous o dous. 



V. 66. Que otal 



— 94 - 

Lou mèstre ombe un porel bo trossà lous silhous ; 
Car, pèr poude o proufit emmersà lo semenso, 

90 Cal d'uno rego o l'autro oupserba lo distenso. 
Se molurousomen un noubice, un plonsart, 
Sons lo sègre de l'uèl l'escompilho o l'osart, 
Oici, cont es noscudo, obès uno escloirido 
Ount creis, en loc del blat, lo rounso ou lo colcido 

95 Olai besès un floc semenat trop espés, 

Que prouduiro prou palho e de gro presque ges. 
Lou bouriaire endustrit e qu'o cerbèlo en closco 
Lo perdrô pas otal : sap trop que ne bal l'osco. 
El même o bisto d'uèl li mesuro lou jas, 
too Lo jèto oprès ocô de tout lou bon del bras ; 
Lo relho d'aussitôt, dount el guido lo routo, 
S'espinto dins lo terro e soullèbo lo mouto, 
Qu'en retoumben en pousso ensebelîs lou gro, 
Qu'o lo premièiro imour se rebiscoulorô. 

io5 Tout escàs sou portits, que lo maire e los filhos 

Otricou déjà Tort pcr fa los semenilhos, 

Tout s'ocompo sul ser pèr fa lou despèrti. 

Cuno tolen ! Diù sap, obiôu dinat moti. 

Juscos o jour folit aro bôu fa lous crèsses. 
\\o Mes o porà lous prats seriô tems que soungèsses, 

Coûtais : escortàs-ne tout lou menut bestial ; 

Dubrissès lo rigolo e curas lou besal. 

L'èrbo nais : ogochas qu'oun li coupou lo pouncho. 

Lou pastre, dins lou tens que fosès une jouncho, 
ii5 Pourriô be d'escopado i mena lous moutous : 

Lou pendart, se poudiô, n'i foriô pas o dous. 

Mèstro, aro longuissès que l'estèlo siô bèlo 
Per poude semenà lo grono de lo tèlo : 
Lo conobièiro es presto, omai lou conobou ; 



V. 104. Humour . — 109. Bôu fa lous crèsses. On \>a fouir autour d'un arbre 
ou d'un roc où la charrue n'a pu passer. 



- 95 ~ 

1ZJ Lo tcrrado es coufido omb' un pauc de migou. 
Soucàs, se me cresès, de pou de desfourtuno, 
Jusc'o tont que de Mars tenguen lo pleno luno. 
Semenàs bostro grono olaro un pauc espés, 
E cossàs lous ôusèls, que n'i loissoriôu res. 

125 Plontàs ol cap d'un pal uno bièlho roupilho 
Que boultige sons cèsso : ocô lous escompilho. 

Mes lou salse es en sabo e pousso sous cotous ; 
Lou lillà, lou rousiè sou corgats de boutous. 
Déjà dins lou boloun gémis lo tourtourèlo. 

i3o O l'entour des pusauts ben roudà l'iroundèlo : 
Gosoulho de plosé, cont recouneis l'oiral 
Ount èro onton soun niù, qu'uèi n'es pas qu'un cosal. 
O lou tourna bosti besès coussi s'ofano : 
Coumo lou quiù d'un lun pèr fourmà so cobano, 

i35 Correjô lou cimen en diguen so consou ; 

Soun bèc es tout ol cop lo tiplo e lou mossou. 
Déjà lou posserat besito so toupino : 
De palho, de borgun, de cauco plumo fino, 
' Bo gorni soun lichet d'un moufle motolàs 

140 Qu'o lo frucho o béni serô d'un gront sôulas. 

Filhos, de l'omouriè lou broutou s'esporpilho : 
Metès bite o couà lous iôus de lo conilho, 
Que pcnden catre cots cal que mudc de pèl 
Obont de s'entorra dins un riche toumbèl. 
145 De moumen en moumen disporés lo frescuro ; 
Lo terro se cubris d'un topis de bèrduro. 
Déjà lous ôuselous, sus de tendres romèls, 
Ossajou lours gousiès o de councèrts noubèls. . . 

Mes qu'es oquel bobau mountat sus de floùtos, 
i5o Qu'o lou cap dins un sac e lous uèls jous de cutos 1 
Noun seriô pas oiso cauque furgo-bournhou ? 



V. 141. Bouto, faute d'impression . — i5o. Ceux qui tirent le miel des 
ruches se couvrent le visage de peur de l'aiguillon. 



- 96 - 

Qu'es empopoulhounat ! Saique o pou del fissou ! . . . 
N'es un, me troumpe pas. Oh ! d'oquel cap de selho ! 
Omb'un brondou fumous n'o poun cossat l'obelho ] 

i55 Lo pauro repoutègo en bejen lou brutal 
Que gasto so besounho e li euro l'oustal. 
Otal. sauf lou respèc, cont l'emplegat de talho 
Dins uno pogesiô bo fairo lo bistalho 
E qu'emporto cremal, forrat, oulo, poirol, 

i6o Lo mèstro, se poudiô, li tourserio lou col. 
L'obelho, urosomen, pot reporà so pèrto. 
De milo e milo flours lo companho es coubèrto : 
Ne poumporô lou suc dins lous comps, dins lous prats, 
Surtout dins lous jordins, que ne sou bigorrats. 

i65 D'oquelos del bouissou lo rondo es courounado ; 
D'oquelos del ginèst lo coumbo es ocotado. 
Sus lo plono, sus puèchs los besèn espeli : 
Poudèn pas faire un pas aro sons n'estroli. 
Ai I cun baume pel nas ! cun charme pèr lo bisto ! 

\yo Cal s'6u5ori6 bontà de ne faire lo listo 1 
Pèr iù, de los countà me foriô pessomen : 
De miliouns o mous pès ne nais o tout moumen ! 
Que nou me parlou pas de los flours des portèrros. 
Que pousso obont lou tems lou fcurnèl de los sèrros. 

175 Del simple noturèl qu'un sot Cresus lossat 
Exige de lo terro un oumache foursat ; 
Que per el lou rousiè se flourigue obont l'ouro, 
E que joungo o soun aise, ol plosé que sobouro 
Cont bei sus de grodins sous bases obondats 

180 E de nenes estrons de grons teatres boundats, 
L'espettacle chormant d'uno aigo emprisounado 
O forso de destours jusc'ol cèl elonsado : 
Pèr iù, certo, aime mai beire l'aigo d'un riù. 
Que serpento sons gèino e sons ofectociù ; 

185 Aime mai sus sous borts beire, ombé lo biùleto, 



V. 134. On fait aussi de la fumée pour écarter les abeilles. 



— 97 — 

Lou simple boutou d'or e lo morgorideto 
Naisse dins lour sosou pelle e mèlle o l'osart, 
Que lou lucce d'un ort que flouro tont o l'art. . . 

Pendent que tont de flours brilhou sus lo pelouso. 

190 Lou berdiè nous onounso uno onnado oboundouso. 
Cado aubre nous proumet de frucho un plen groniè 
Mos, pourren oqueste on fa troutà lou poniè... 
Mes cun poulit councèrt se fo dins lou bouscache ! 
D'un frami d'ôuselets entende lou romache : 

195 Oqui lou repetit, l'ouriol, lou roussinhol, 

Jous un noisent fulhache uflou lou gorgolhol. 
Lou mèrlhe, lou pinsart, lo gribo, lo fôubeto, 
Lou gach que bol porlà, l'ogasso que coqueto, 
Lous menestriès de l'èr, toutes, grons e pichous, 

100 En conten lours omours, bolou de dous o dous. 
Loissen lous egoià : qu'o lour plosé fredounou. 
Onen beire, pogés, tous roubes que broutounou : 
Que de socats d'oglon jous aubres toumborôu 
E coussi lous tessous se n' orrigoulorôu ! 

205 Pièi, con foras mosèl, beiràs conhe solache : 

Lo car serô pus fèrmo e d'un milhour usache . . 
Onfi l'astre brilhent, que countunho soun cours, 
Sus l'alo dels 5efirs o menât lous bèls jours. 
Oco's fach : pus de nèu, de gibre, de jolado. 

210 L'obouribo seguiol es gairebé 'spigado. 
Tont o lèu l'ordical, que benèn de sôuclà, 
Pressât per lo colou. coumenso de s'usclà. 
E tu, paire del jour, amo de lo Noturo, 
Que nous dounos l'espuor d'oboundà de posturo, 

it5 Soulel, de tous befachs t'ones pas repenti : 
Ajos pietat del blat, que coumenso o poti ! 
O l'ordou de tous fiocs so combo es mièch secado : 
Fai qu'i tombe dessus uno dousso rousado ! 
Pogés, siôs erôusat. Oquel obille oubriè 

220 Bo faire dobolà d'un nuache lougiè 

Sus tous comps olterats uno pluejeto fmo. 



9» 



Qu'obiùrorù tous blats juscos o lo rocino. 
Ai ! mos, toumbo déjà ! Cuno benedicciù ! 
Cuno ôubeno surtout per lou morsenc tordiù ! 
225 Sourtès toutes, sourtès sul lundà de lo porto : 
Besès coussi lo boujo, omai n'es pas trop forto. 
Soulel, te remerciôn d'uno talo fobou : 
Otal, de tens en tens, moudèro toun ordou, 

Aro que lous efons ocompou los bouchingos ; 
zZo Sus trucs l'opouticaire omasso sos poutingos : 
N'esprimorô lou suc o forso de trobal, 
Que, dounat o prepaus, guerirô de tout mal. 

Aluso, quiten lo plono e mounten o lo binho. 

D'èstre to pôu^odis lou fousèire s'endrinho : 
235 N'o rosou ; lou repaus dono pas o dinà. 

Benès dounc, brabes gens, courache ! onen bina, 

Lo maire del rosin de bourres es cubèrto ; 

Lou bel tens bous coubido e lo logo es dubèrto. 

Se bous sobès entendre en foguen lou mercat, 
240 Lou bigôs gonhorô de liardos un socat. 

Cune boulegodis ! Tout sort de so côuquilho : 

Cargo biasso, borral, bigôs sus so roupilho. 

Del cric-crac dels esclots lo plasso retentis ; 

Bref, lou mercat se sarro e lo colo port'is. 
245 Ah ! mes sul subrejour cal ôu^i lo godasso ! 

Cont de cots bôu cridà : « Gront bien, en prou bouj 

Entre obère dinat, ou fach lou desporti. [fasso ! 

Pièi s'otacou côuc'un, ah ! be, lou fou poti ! 

Li retrassou sons cèsso ocô que mai lou fisso ; 
25û Souben lou pus golous es lou que mai s'otisso. 

Cont ou de ma de mèstre estrelhat lous presens, 



V, zi5. Edition de 1774. l'undo, édition de 1781, lunda . — 219. Bouchin- 
gos, plante laiteuse qui croît dans les prés au Printemps et que les enfants 
mangent. — 233. Mounten. Presque toutes nos vignes sont plantées sur des 
hauteurs. — 240. Liardos. La manière de calculer leur gain est de compter 
par pièces de deux liards. 




— 99 — • 

lù bous donc o pensa se tocou lous obsens ! 
Tout dins un gront detal es possat en rebuo : 
Res noun es espornhat del cap jusc'o lo eue. 

255 Toujour me soubendrai c'un biache, o Coùssibols, 
Entre eles pèr osard se porlabo de bols : 
n Oquel ponèt oiso, l'autre ponèt lou rèsto ; 
« Un tal uno cosaco, un tal autre uno besto. » 
E lou noun de cadun escullat sons foisous. 

260 Olaro se quilhèt un bièl tout grupelous : 

« Bautres porlàs oquî de bols, de bourdufalho : 
« lù bou'n bau dire, efons, un que n'es pas de palho. 
« Lo pèsto ! Es estât fach per un riche boulur. w 
Tout de suito lou conto, e noummo lou Moussur. 

265 De rire, en roÙ5iguen, touto lo colo esclato : 

« Soun paire, m diguèt un, « en jouguen de lo pato, 

« Diù l'aje pèrdounat ! foguèt un boun oustal ; 

« Mes lou fil, per mo fu6, lou cresi pas otal. 

— Boun, « respount lou cirous en frètent sos porpèlos, 

270 « Un ôubespic, tobô, pot fa que d'onsonèlos. m 
Pièi, cont 6u prou medich e del tiers e del cart, 
Parlou de tout oc6 que lour ben pèr osart. 
De poulisso, d'impôts, e de pèrto, e de lucre : 
Lou tout, coumo s'entent, pla soupoudrat de sucre. 

275 Tout lou manne del jour countunho oquel boral : 
Otal charmou lo peno estocado ol trobal. 

Fennos, rebelhàs-bous : lo combe se fo nauto ; 
De tèlo un plen oustal countàs qu'ôurés sons fauto. 
Se pot, sons desobièn, beire los borgosous. 
280 Efons, l'èrbo se seco : oicî los fenosous. 
Es ouro aro-metèu de fa jougà lo dalho. 
Car del fe trop modur lo mitât se n' estralho. 
Filhos, per lou brondi prenès fourco e rostèl ; 
Pièi, cont l'ôuren birat, toucoren lou contèl. 



V. 268. Edition de 1774, foï . — 170. Oubespic. Buisson dont on forme les 
haies, qui porte un petit fruit rouge que mangent les cochons. 



'Oniver> . 

BIBLIOTHtCA J 



285 Coidriô b' aro porlà de pastres e de fedos, 
D'onhèls e de moutous, de pargues e de cledos, 
De toundesous, de lono, e sus que tout de lach. 
Tonquen-nous sus oquel : uèi ne rajo un bel trach. 

lo pouncho del jour, cont tout se derebelho. 
290 Lo cobonièiro ol pargue orribo ombé lo selho. 

S'espeltiro ol soumés per lou faire rojà, 
E, se rajo trop prim, lou sap soubotejà. 
Cal que sus un fioc clar, obont d'èstre en colhado, 
Lou lach rigo un moumen ; e lo crèmo es triado. 
295 Oprès, lou cal jeta dins un gront coulodou 
E, tout lou remenen, i traire lou presou. 
N'es pas pus lèu colhat qu'un petossal de filho, 
Que n'o d'autre souci qu'oquel de lo mongilho, 

1 bo plontà dedins sous brasses retroussats ; 
3ùû E, pèr tont qu'o l'oustal lous ofàs siau pressats, 

D'oqui boucho pas mai que s'èro estobonido : 
Souben sul coulodou l'ôu troubado endourmido. 
De lo foisèlo onfi cont es trach l'encolat, 
Bo secà lentomen. luèn de l'arpo del cat. 

3û5 Quont es sec o prepaus, se despacho un messache, 
Que porto o Rocofort lo fourmo de froumache. 
Oqui, dejous un roc, diù gémi joui coutèl 
E, pèr combià de noun, combià bint cots de pèl. 
Pièi se fo cauco drogo, ombé lo roscloduro, 

3jo Que s'espondis sul pa coumo de counfituro. 

Mes d'oquel coumponache oun cal gaire serbi : 
Fo bourra trop de micho e pintà trop de bi. 
Coumo de dessul lach lo crèmo s'es tirado, 
Sus lo gaspo, o pu près, lo recuècho es lebado ; 

3«5 E pièi, dins lous founsils fou bouli de croustous, 
Que sou, pèr l'oustolado, un bouci rogoustous. 



V. 306-7. On le porte à Roquefort, dans des cabanes (sic) taillées dans le 
roc ; c'est là qu'on l'apprête en le raclant beaucoup. — 309-10. Des raclures. 
on fait ensuite une pâte fortement épicée. qui sert de pitance. 



I 



Mes qu'oÙ5issèn ? Gront Diù. cuno tristo noubèlo ! 

Coùc'un o nostre Rei boudriô cercà querèlo î 

Sap pas dounc qu'o prou gens pèr défendre l'Estat, 
320 Ah ! que bengo, parbiù ! serô pas mal frétât. 

Quioppé ! Mes pèr ocô disou que lo Justisso 

O déjà ressôugut l'ordre de lo milisso. 

Lo pèsto lou molur ! Sèn be mal o chobal. 

Cado on, d'oqueste tens, obèn oquel rombal ! 
325 Coumissàris, oumens esporgnàs lo componho. 

De pastres. de boilets, que déjà lo pou gonho, 

Boules que de lo guèrro opréngou lou mestiè 

E qu'ajou prou de cor per tùà sons cortiè ? 

De missons gornimens monco pas dins los bilos, 
33o Persounos ol public, per lou mens, inutilos : 

Sus oqueles fenians, Messiùs, bous cal clopà 

E loissà de repaus lous que gonhou lou pa. 

Helas ! cont entendriôu lou tombour. lo troumpeto, 

Coussi regrètoriôu lo posiblo museto 
335 Qu'onimèt font de cots lour donso ol coumunal, 

Cont obiôu de bouno ouro ocobat lou journal ! 

Pastre, te soubendriôs, ol tour de lo gomèlo, 

Qu'obiôs de colibots to coumoulo escudèlo. 

Ornai belèu diriôs, en corguen lou mousquet, 
340 So que diguèt un cop Togne del mas Rouquet. 

Ero toumbat ol sort : se n' fugis. lou bôu quèrre ; 

Lou bardou per dobon d'uno placo de ferre : 

« Que me corgàs, » dis el, « qu'es oquel otiral ? 

— T'essage, w dis l'orquiè, « lo gardo del peitral. 
345 « Se sobios que fo gauch dins un jour de botalho, 

« Cont lou solpètro groundo e que ploù de mitralho ! 

— Pièi que cal robolà, m dis Togne, « oquel fotràs. 
n Sente que fugirai : socàs lou me detràs. m 

Mes boun ! Tout o tirât sons que lou sort boulache 



V. 340. Edition de 1774, 'Rauquet. Il faut certainement lire Houquet (nom 
d une ferme, près Millau). La 2« rédaction donne : Toni del mal Jcnquet, 
faute d'impression pour mas Jonqucl . 



102 



35o Siô toumbat, Diù morcés, sus degus del bilache. 
Moussur lou coumissàri o fach tout coumo cal. 
Embliden oquel laï e tournen ol trobal. 

Jous lo bobou de l'aus lou bestial se bo foundre : 
Pren los toulouiros, Juon ; bejo que lou cal toundre. 

355 Obèn besoun de lono, onen lou descorgà : 
Beiren pas tont o lèu que nous codrô segà. 
Déjà sul prat toundut lo longousto sôutilho, 
Lou riquet fo : cric ! cric ! lo cigalo bresilho, 
E lou bobau lusent, ol copèl estocat, 

36o Lo nuèch, fo lo founcciù d'un colel olucat. 

Olèrto ! Eicî Sent Jan qu'onounso lo recolto : 
De forino otobé n'obion pas qu'une molto. 
Aro es ouro : ocoulats, osugàs lou boulon. 
N'ôuren pas prou groniès per lo claure oqueste on. 

365 Lou gro se descufèlo, e lo fournise obaro 
O fa sas perbesiùs odejà se preparo. 
Pogés, as pla trimât ; mes aro t'es be dous 
De tene jous to ma lou fruit de tos susous. 
Lou gro tont désirât uèi fo to recoumpenso. 

370 Ah ! qu'entre gens e gens métro de diferenso ! 
Del paure rossosiat lo joio esclotoro, 
E lou riche usuriè belèu se n' penjorô. 



Mes, mo Muso, oun penson ? Sons sourti de lo Primo, 

Sus ofàs de l'Estiù fosèn troutà lo rimô ? 
375 Oh ! laisso-lou m' olai : serion hz prou countens, 

S'obion pla descutit oqueles del Printens. 

Mes n'i pode pas mai : n'ai dich tout so que sabe ; 

E, s'oco sufis pas, que côucun mai l'ocabe... 

Que côucun mai l'ocabe ? Eh ! cal seriô prou fat 
38o Pèr reprene lou fiol d'un oubrachc moncat ? 

Cal ?.. lou tenèn. Un sache omant de lo Noturo, 

Lou curiùs Desprodcls, que de l'ogriculturo 



— io3 — 

Ocb de Pèire-Jan bo prene de leisous, 

E que sus l'orchibonc, tout monjen sons foisous 
385 Uno lisco de tourto ocotado de crèmo, 

Li fo milo questiùs sus l'art de Triptoulèmo. 

Oquel l'ocoborô, ne siù be pla segur ; 

Car el se preso pas, suibont qu'es un Moussur, . . 

Oui, moun cher Desprodèls, aro ocô's toun ofaire. 
390 Bai te n' ocoumponhat d'oquel brabe bouriaire : 

De l'oimaple Printens que t'ai prou mal contât, 

Gountemplo de tous uèls lou charme e lo bèutat. 

Bai courre de Mountels los coumbos e los plonos ; 

E cont seras mountat jusc'ol plo de Soulonos, 
395 Sus un bonc de gosou, o l'oumbro d'un nouiè, 

Colculo lou prouduit d'un journal de bouiè. 

Regasso-te partout : bejo lo coutrilhado 

De fedos, de moutous, sul debés delorgado. 

Ôu^îs lou mojoural, qu'en mièch de soun troupèl 
400 Fo, dejoust un sourbiè, petà lou coromèl. 

Dins lo coumbo besino ogacho lo postreto, 

Bestido soulomen d'uno comisouleto. 

Que gardo sous onhèls, en tournejen lou fus : 

Es, cont lous bei boundi, pus fièro que degus. 
405 Te lasses pas de beire : entre l'oumbro èstre basso, 

Bai te quilhà sul tertre ount se targo to jasso. 

Oquj fai-te tout uèls : pèrtout beiràs de blats 

Odejà to roussèls que semblou de ducats ; 

Bejo de lo seguiol coussi lo longo espigo, 
410 Trop couflado de gro, se courbo de fotigo ; 

Bejo coussi sons cèsso, ogitado pel ben, 

Oundejo dins lo plono uno mar de froumen. 

Ai ! coussi bas trouba qu'uèi lo Noturo es bèlo ! 



V. 383. Pierre-Jean. Fermier fort expert dans son art. — 393. Mounlels. 
Grand domaine, appartenant à M. de Carbon, conseiller au Parlement. — 
394. Souîonos. Autre domaine contigu, appartenant à M. Peyrot, conseiller à 
la Chambre des Comptes de Montpellier. — 406. M. Despradels a dans son 
doniaine un monticule en pain de sucre, où il a fait bâtir une bergerie, 



— to4 — 

Laisse toujours tous ucls courre lo potontèlo : 

415 Ogacho lo lusèrno, ogacho l'esporcet. 
Pèr te fotigà pas, pièi monto d'oposset, 
E beiràs fresquejà sus coustals, sus trobèrses, 
Los gièisos, lous fobous, los entilhos, lous èrses, 
Lous pesés, lous becuts. onfi tout lou legun, 

4io Sons countà lous mendits, que sou lou rofotun. 
De lo bigno o bèls pans beiràs creisse lou bourre 
E déjà del rosin se desplegà lou mourre : 
Lous celiès serôu pies d'oquel sent olimen 
Que lo pauro Aloruoto oimabo unicomen. 

425 Pèr fini moun prepaus, s'ai prou bouno memorio, 
01 suchèt des mendits, te bau counta l'istorio 
D'un certèn Loiroulet de lo Coboloriô : 
En tout cas, Restôurant, segur. se n' soubendriô. 
Oquel pastre, sodoul d'oquelo pauro grono, 

4^0 Que lou teniô couflat set jours de lo semmono. 

Un ser que dins lo jasso obiô claus sous moutous, 
S'i troubèt retengut pèr un ôurache ofrous. 
Toutes lous elemens entre elses obiôu guerro ; 
Lous liùses e lous trons fosiôu tromblà lo terro. 

435 Lo tempèsto, lous bens dins lous èrs debondats, 
Lo pluèjo que del cèl toumbabo o forrodats, 
E lo grèlo surtout que déjà s'i mesclabo, 
Pièi l'ourrour de lo nuèch : tout ocô l'esfroiabo. 
El se metèt olaro, en grondo debouciù, 

440 O pregà Nostre-Senhe ; e li disiô : « Aloun Diù, 
« Counsèrbàs, se bous plai, lou froumen, lo pôumoulo 
« D'ordi, de blat groussiè que l'airo siô coumoulo : 
« Counsèrbàs lou legun, lo mesclo, lo seguiol ; 
" De cibado otobè qu'oun se perde pa'n piol : 



V. 428. "Restôurant. M. Peyrot-Rcstaurant raconte cette histoire avec tous 
ses agréments, sans omettre une syllabe, de la prière du berger. — 429-30. 
Son maître était un avare, qui lui faisait manger continuellement de ce 
légume, qui gonfle l'estomae. 



— io5 — 

445 « Gordàs-ou tout de mal. surtout de pèiro frejo. 
« Mes de ne fa toumbà, moun Diù. s'obès ebejo, 
« Que fourbie ou mens lous blats sus lo borio espondits : 
« Pièi, que tombe o soun aise, e tustals sus mendits... m 
Tustals ! Lou terme es flac e disounro lo fraso : 

450 Lou qu'i metiô lou pastre o bel cop mai d'omfaso ; 
Es pus fier, pus rounflant, oco's be pla segur, 
Mes me semblo o l'ôurelho uno menrobriô dur. 

Finiguen : otobé lo Primo o fach so courso : 
D'Erigono déjà lou chi brullent l'ocourso. 
455 Obèn fach prou besounho : es tens de se poÙ5à. 
Siù countent, Desprodèls, se te pot omusà. 



^JllLV 



V. 445. Pèiro frejo. C'est ainsi que les paysans appellent la grêle. — 448. 
Grands coups. Le mot du berger était plus tranchant, mais plus grossier. 
Il s'agit du mot fouirais, qui est devenu depuis, sinon moins grossier, du 
moins tellement usité qu'on n'en est nulleitient choqué 



LOU REI REGOUAIBOLIT 



DE LO MOLOUTIE QU OJET O METZ, EN FOGUEN LO GUERRO 



ODO 



Qu'es tout oquel troutachc 
Que pel poïs ôu5issèn 1 
Cado jour to cauque ôurache : 
Oquo n'onat. pcrissèn. 
5 Lous fiots del Cèl se destacou : 
Tout tromblo des pets que sacou. 
Lou tron broun:5;is o soun tour. 
Sai pas iù que bolou faire ! 
Jomai s'es bist tont d'esclaire : 
lo Lo nuèch rebèrto lou jour. 

Ah ! boun ! aro descoubrisse 
Qu'es causo de tont de bruch : 
Lous Bibe le "Roi ! qu'ôu^isse 
Me n' disou prou ; mo pou fuch. 

i5 Louis benquis tont d'oustacles : 
Fo talomen de miracles, 
Tont en gucrro coumo en pas, 
Que, de temounhà so joio, 
Lou Froncés de bouno boio 

20 Saiqu'oun se lossoro pas. 



— \0J — 

Otobé cal pourrie creire, 
01 mens d'èstre o sous coustats, 
L'ogofetat qu'el fo beire 
Pèr lou be de sous Estats ! 

25 Coumo lou milhou des paires, 
El counduis nostres ofaires, 
El bei tout e tout ou sap. 
Juchas be que cap noun baisso, 
Cont d'uno talo modaisso 

3o Un tal mèstre tei lou cap. 

Desempièi qu'es o lo guèrro, 

Oh ! tout ou fo benî fol. 

Dins touto l'estronjo tèrro, 

Noun s'entent que brons de dol. 
35 Cap de bilo ni de plasso 

Noun tendre : tout ou frocasso. 

Eh ! que bol que ne foguen 1 

Parbluro ! mes qu'oisô dure, 

Crese pas iù, jomai jure. 
4û Qu'oun lei nous espondiguen ! 

Colen-siau. Que sobcn nautres 1 

Louis fo tout coumo cal. 

Aro ne bol cobi d'autres 

Sons nous bercà nostre oiral. 
45 Car, pèr el, noun se'n chaut gaire 

De be, pèr el, n'o que faire : 

Es un prou riche pogés. 

Mes s'olongo l'estrebièiro, 

Oco's pèr fa lo berquièiro 
5o 0-n-oqueles que n'ou ges. 

Ou^ès dounc, gens de remarco, 
Que ses joust so proutecciù, 
Loissàs-li mena lo barco, 
Pièi qu'el es bostro couciù. 



— io8 — 

55 El soûl, cont touto lo tèrro 
Bous declororiô lo guèrro, 
Bous sôurô mètre o l'obric ; 
Mes qu'el bous faguo esquinetos, 
Coumo un ordal d'olôu^etos, 

60 Beirés fugi l'enemic. 

Mes d'oquel mal qu'empoungono 

Louis es opoussesit : 

Mogronage lo morrono 

Que l'o tout debolou^iit ! 
65 Lo traito, que tout degalho, 

Lèbo pour» déjà lo dalho î... 

Tonco-te ! pas tônt de bon ! 

Saique cresiôs, perfochièiro, 

Coumo un plen poun de folguièiro, 
jo De nous lou mètre dobon ] 

Pèrmoi ! pèr oqueste biatge, 
Oubrièiro, n'ôuràs mentit ; 
Car Louis repren courache : 
De tos arpos es grontit. 

75 Be nous as dounat lo gèrdo ! 
Mais onfi, fosiôs to pèrdo ; 
Car, se tu countabos pla, 
Beirios qu'esporgnen so tèsto, 
N'ouras de miliouns de rèsto 

80 Qu'el te forô 'scopoulà. 



Qu'es ocô, Comardo 1 Plouros, 
Cont te doustou lou bouci ? 
Bai-me toumbà sus Pondouros. 
E tei-te luènho d'oici, 
85 Lourdasso, ornai to figuro ! 
Coucî. que pèr to posture. 
Lour cuèr n'es pas prou louial 1 
Saique, tros de dolicado. 



— 109 — 

Pèr èstre desossorgado, 
90 Te colio de sonc rouial ? 

Se n'as pas d'autre poutache, 
Pos mètre lo lengo ol croc. 
Louis, mes que se moinache, 
Tendrô ferme coumo un roc. 

95 Lo bèrtat es que s'espauso 
E que n'o ni fi ni pau50 
Que noun se trobe pèrtout. 
lù li diriô be, s'ôu;5;abo, 
Que soun espaso es trop brabo 

100 E que de glorio es trop glout. 

Ochilo, pie de courache, 

Soi bouliô pourtant dura ; 

Cont coliô courre ol topache, 

Se loissabo espeltirà. 
io5 Sobio qu'uno falso lamo 

Poudiô delorgà soun amo 

En li trôuquen lou tolou. 

Qu'oun fago otal nostre mèstre ! 

Mes, obus î toujour bol èstre 
MO 01 pus fort de lo colou. 

Quicon encaro remeno : 
Se me cresès, fourbiàs-bous. 
Jo-pardi ! se noun bous meno 
Coumo un troupèl de moutous, 
m5 Enemics, bostre pus quite 
Serô de requiùlà bite, 
E tout court de bou'n' tourna. 



V. 101-7. Achille ctait inuulnérable par tout son corps, excepté au talon, 
par où le tenait sa mère Thctis en le plongeant dans le Styr, pour le rendre 
tel ; et comme l'oracle auait prédit qu'il périrait à la guerre de Troye, il n'y 
fut pas sans craindre pour son talon. 



S'encaro li cercàs brego, 
Beirés dins conho petego 
120 Bous onorés enfourna ! 

Cresès-me, fugès l'ôurache. 

Se seguissès moun counsel, 

Recercorés l'obontache 

De bous faire omic omb'el. 
i35 En luoc de trouplà lo Franso, 

Fosès omb'elo olianso : 

Que lo fo, se n' trobo pla ; 

Mes que l'otiro o sos troussos, 

Es brondit coumo los poussos 
»3o Qu'en l'èr lou ben fo boula. 

Gront Rei, s'oun n'au5e entreprene 

De countunhà to lôu^ou, 

Oco's per so que counprene 

Que te fau pas lo rosou. 
i35 Pèr escriùre tos merbèlhos, 

Tos bolentiôs sons porèlhos, 

N'ôuriô pas prou de popiè : 

Uno de tos motinados 

Emplegoriô los onnados 
140 Del pus obille grefiè. 



^^^ 



COUlAfhllAEfi 



DEL BOSSIBIO DE LOS OUMIEIROS O MODAMO DE GOLl, 

DESPIÈI PAUC NOUMMADO 

O l'oBODIÔ ROUIALO DEL MOUNOSTÈRI, JOUST ROUDÉS 



Miquèl, que gardo o los Ôumièiros, 
Porlen pèr respèc, lous bossiùs 
Omoun en mièch de los folguièiros, 
Modamo, emblido sos founcciùs, 
5 Cont el sounjo dins so memorio 

O lo gront biondo, o lo gront glorio, 
Que bous orrapou pel coulet, 
Tout diguen bostre chopelet ; 
E s'ôu^abo, coumo tont d'autres, 

10 Bou'n' fa soun coumplimen sut nas, 
Pel segur n'i moncoriô pas. 
Mes seriô trop d'ounou per nautres : 
Sèn pas fâches que pèr fa chut. 
Pèr ocô, mos, ai tout sochut, 

i5 Pèr uno droUo d'obonturo 

Dount pourrés faire lo lecturo. 
Lou fil del Mèstre es un oubriè 
Que, se sobiàs, bal un greffiè 
Pèr saupre orrenga l'escrituro : 



V. i. Los Oumièiros. Domaine de M. de Gali. frère de M"" l'Abbesse. 



zo Oquel ou m'o mes sul popiô ; 

lù li dictabe. el escribiô. . . 
D'obont-ièrc iù te delorgabo 

Mous bossiùs, joui roc de Goli : 

Lo rajo beniô d'espeli ; 
25 Déjà l'oigonhal s'estourrabo, 

Tout moun bestial s'oposturgabo, 

Que t'èro uno benedicciù. 

Lou codèl se josiô près d'iù ; 

De moun lounc iù m'espotorrabo, 
3ù Ou, se boules, fosiô de cuèrs, 

Coumo fo Jocou de Lounguèrs. 

Douncos doun milhou me boulcabo, 

Que de tout biais me rebirabo. 

En troguen los combos bol Cèl, 
35 E que risiô coumo un bedèl, 

Mos, te bail beire dous cossaires 

01 dorrè d'un paure lopin, 

Que fosiô troutà l'escorpin 

E qu'èro mal dins sous ofaires : 
40 De courre èro talomen las 

Que s'omourrabo o cado pas. 

Lous cos ne seguissiôu lo pisto, 

Cont iù lou perdère de bisto ; 

Mes pèr ocô l'ogèrou pas. 
45 L'ogen pecat, mos gens benguèrou 

0-s-iù tout drech, e me diguèrou : 

« Que tu fais-là ? digues, couquin, 

« Ount il est tiré lou lopin ? — 

« Je sais poun, messieurs, ount il être, u 
5û Lour diguère tout tremoulon, 

« L'ai bis trescoulà bas obon. 

« Des Oumieyros je suis le petre, 

« Que moussu de Goli n'est maître. — 



V. 3i. Jocou de Lounguèrs. Berger d'un domaine voisin. 



— ii3 — 

f( Qu'est-ce çà ? a diguèt lou pus gront 
55 « Calo : toun parlement me fiche, 

« E doune bitomen la miche, a 

Lo lour balhe sons pus porlà : 

Lo prenou ; mes, ormîs d'où beire. 

Modamo, ouriàs peno d'où creire : 
60 Lo me pellebèrou to pla 

Que cujèrou s'estrongoulà. 

Pièi s'ossètou, parlou de casso, 

E de bous e de bostro rasso, 

E ne porlabou pas en mal : 
65 De lo Franso lou Mojoural 

Bous o, sou disiôu, pla poussado, 

Que de biondo ses orrosado ; 

Qu'ôuriàs toujours lou folset pie. 

Ob'ocô, jurabou lo fé 
jo Que bous obio fach ebesquesso, 

Qu'ôuriàs lo crous d'or sul peitral 

E qu'o Pascos contoriàs messo ; 

Que sérias dins un bel oiral ; 

Qu'o lo glèio ôuriàs los ourguinos ; 
75 (Q Millau ne boudriou be prou : 

Mes, sons dessorrà lou pôutou, 

Qn n'o pas d'oquelos èiginos) ; 

Onfi, pèr guimpos e beguinos 

E tene lou gresiô sodoul, 
8û Qu'ôures d'escuts un sac coumoul. 
Otal disiôu ; certo, Modamo, 

Ocô me cousserguejo l'amo, 

E coldriô be èstre pla brutal 



V. 76. Lou pcutou. La main. L'auteur faisait alors la quête pour Torgus 
de la Paroisse, et voulait engager indirectement Madame l'Abbesse à contri- 
buer à cette oeuvre, qui fut heureusement conduite à sa perfection. Ceci 
nous donne la date approximative (avant 1774) de l'installation des orgues à 
l'église Notre-Dame de l'Espinasse, à Millau . 



M4 



Pèr n'èstrc pas couflat de joio 
85 Del be que lou Cèl bous emboio ; 

Eh ! siù pas iù bostre bossai 1 

Serbisse pas iù pèr l'oustal 

Que bous bechèt o lo bressolo, 

Cont semblabes pas qu'uno ongrolo ? 
90 Dounas-me dounc lo permissiù 

De bous dire so que sentisse : 

D'aro en lai, touto mo possiù 

Es que jouïgués un bel briù 

Del riche e poulit bénéfice 
95 Dount onàs prene poussessiù. 

Countabes be, cont ses bengudo, 

Qu'ôuriàs de poulits coumplimens 

De lo part de los grosses gens. 

Qu'où lo lengo to pla pendudo : 
\oo E Diù sap se bou'n' ou socat 

Del larg. del lounc e del lecat, 

Coumo sabou que ses letrudo ! 

Mes, bous seriàs-bous otendudo 

O tont de marcos d'ofecciù 
io5 D'un goujat de mo bocociù ? 

Ocô's ordit, iù ne coumbene ; 

Mes, pèr moi ! n'ai pas pouscut tene. 

Se ne ses fochado, pèrdou : 

Siù bostre paure serbidou. 

MlQUÈL, 

Bossibiè de los Oumièiros. 



^Ji-U-V 



— it5 



EPITRO 



EN RESPOUNSO 0-N-OQUELO QUE M. DE OBIO ESCRICH 

O l'oUTUR, Qu'oBIO OBUT UNO PICHOTO FOCHORIÔ. 



Bous siù fort oublijat de bostre soubenl. 

Lo bèrtat es oquelo : ai cujat ogoni. 

Gairebé de fiolà Lochesîs olossado 

O so sorre Otropos lochabo lo fusado. 
5 Porlen un pauc pus clar ; n'èro pas godolous ; 

Tout lou cors me prusiô coumo oquel d'un golous. 

Eolo en discreciù louchabo dins moun bentre ; 

Des bens moun estoumac semblabo èstre lou centre 

Coumo de brais lutins i teniou lou sobat. 
10 De lour empertinensô ocô que m'o sôubat, 

Es lo grono d'onis e l'estrèt de genèbre. 

Mes ocô n'es pas tout : pièi modamo lo fièbre 

E soun triste morit, moussu lou mal de cap, 

M'orrapou pel coulet, m'ôurejou, Diùs ou sap. 
i5 Ombe uno medecino e cauques bouillous d'erbos, 

Me n' siù pourtant solit om lo pel e los quèrbos. 

Me soubeniô pas gaire olaro d'OpouUoun, 

Ni del sobent roussi, ni del douple boloun. 

Un esprit treboulat pèr oquelo rocalho 
20 N'es pas gaire deglende ol joc de lo rimalho. 

Ai moncat, ne counbene, o bou'n' escriùre un moût 

Mes n'obiô pas lou bon, qu'autromen ne siù glout. 

Ornai cal que sochés que mo muso es compisso : 



— ii6 — 

Cônt H ben pas de biais, es talomen conisso 
25 Qu'a forso de susà, noun ai pas piol essuch 

Pèr lo fa courre oprès uno rimo que fuch ; 

E pièi, pèr tout régal, cent lou fissou lo burgo, 

Mai que mai lo pinhastro ocoucho d'uno murgo. 

Onfi, diguen-5-ou tout : nostre môudit potuès 
3o Es talomen groussiè, qu'uèi lou pus sot motuès, 

Cont lou m'entent porlà, se sougonho e me bufo ; 

Lo chombrièiro ne ris, e lou locai se n' trufo. 

Lou bouiè, dins un grach, en trocen sous silhous, 

Se pico de porlà lo lengo des douttous. 
35 Tout se pousso ol froncés, en un mot, tout s'escrimo, 

E déjà lou pogés sap oplechà lo rimo. 

Jan, quilhat sus un truc, en gorden soun troupèl, 

De tene un olfobèt se couflo dins lo pèl. 

Tout lou mounde es letrut, o lo glorio del siècle : 
40 Dintràs dins un estaple, i trouborés l'Espiècle. 

O coustat de l'estrelho, ombe Richart-sons-Pur, 

Beirés un olmonac, Cortoucho lou boulur, 

Lo bèlo Mogolouno e Pèire de Proubanso. • 

Tout, jusqu'ol mormitou, cont o remplit lo panso, 
45 Sus un libre sobent bo fa lo digestiù. 

Lous pastres autres cots porlabou tout coumo iù ; 

Los Nimfos, ombé Pan, s'omusabou pes chèstres ; 

M.ès uèi, que lous esprits se sou fach pichot-mèstres, 

Lou lengache postrenc es pas pus counescut ; 
5ù Es mort, tont ou bal dire : o so plasso es noscut 



V. 40. L'Espiècle. L'Espiègle. C'est le nom (entré depuis dans la langue) 
sous lequel a été traduit plusieurs fois en français, dès le xvi* siècle, le 
recueil de contes et facéties, en bas-allemand du xiv' siècle, intitulé Eulens- 
piegel (miroir des chouettesj, dont le héros, Tyll Eulenspiegel, semble bien 
avoir existé réellement. — 41. Hichart-sons-Pur. Richard-sans-Peur. Le 
poème sur ce prince (3» duc de Normandie), mis en prose au xv» siècle et 
imprimé sous une forme rajeunie, était devenu très populaire au xviii' siècle, 
grâce à la Bibliothèque bleue. — 43. Pierre de Provence el la belle Maguelone. 
Roman en prose du XV siècle, fort intéressant, qui faisait aussi partie de la 
Bibliothèque bleue. 



— \\J — 

Un borroguèn colhol : n'es ni moussu, ni pastre. 

L'uèl biù de Morgoutou, te dirôu qu'es un astre ; 

Qu'Isobèl lo roussèlo o lou rigot dôurat ; 

Que lou mourre d'Onneto es uno flour de prat ; 
55 Onfi, dins cado fon, uno filho es negado ; 

Joust cado rusco d'aubre uno autro es omogado. 

Besou pas cap d'obenc oun noun trèbe quicon 

Qu'o de combos de bouc : me fôu béni lou son. 

Un riù n'es pas un riù, mes un cristal, un beire. 
60 Oisô's be pus coirat ; me boudriôu poun fa creire 

Que joust un pissollièch un ome es rescoundut, 

Qu'uno baujo se pion dins un roc tout toundut ? 

E se bole coupa de brouts d'uno lôurièiro, 

Me disou que derrabe un tros de lo crinièiro 
65 D'uno que boulountabo un certèn Opoulloun. 

Del bi même, ogochàs, corobirou lou noun ; 

Lou botejou nectar : conho droUo de pruoso ! 

Per iù, son trop m'otendre o lour folo gonduoso, 

Cont ai lou goubèl pie d'oquel sont olimen, 
jo Trobe qu'es de binet qu'obale brabomen. 

Otalos, ou fosiô lo pauro R ; 

Otalos, otobé, fo Mortrou, lo cutairo, 

Douncos, pèr rebeni sus moun premiè prepaus, 

Iù seriô be comèl de troubla moun repaus, 
75 Pèr me forci lou cap de sobentos fodesos ! 

Iù disi un cat un cat, sons me fa de belesos ; 

Car iù sabe, oprès tout, coumo sabe lo Cruos, 

Qu'un riù noun es que d'aigo, un aubre que de buos. 

Moun lengache, es bertat, serô pas o lo modo ; 
80 Mes serô prou poulit, se pot plaire o . . . . 

El sap dempièi lounc-tens que res noun m'es ton dous 

Que de me poudre dire un de sous serbidous. 



V. 77, 'Lo Cruos. L'alphabet des enfants. 



u8 



GOUA^PLI^IEJ^ 

SUS LO NOUBÈLO ONNADO, 

DES MUSICIENS DE PRODINAS 

O M. LOBÈRNHO, COUNSILHÉ DE BILOFRONCO, 

QU'OBIÔ BOTUT LO MESURO LOU JOUR DE S*-OMANS, LOUR POTROU 

E QU'OBIÔ ESCRICH O l'ÔUTUR 

QU'ÈRO ESTAT MIROBILHAT DE LOUR SAUPRE-FA. 



Lo musico del Segolà, 
Lou premiè jour d'oquesto onnado 
Bouliô be prou bous regolà, 
Moussu lou Mèstre, d'uno ôubado, 
5 Seguido d'un bel coumplimen. 
En formo de remerciomen, 
De bostro bouno soubenenso ; 
Car lou nostre Priù, qu'oimàs prou, 
(Ornai, per moi ! n'obès rosou, 

to Pièi qu'o bous nuèch e jour el pense), 
Nous o fach beire per escrich 
Tout so qu'obès pensât et dich 
De coumplosent e d'ogreaple 
Sus nostre pichot saupre-fa 

i5 En fèt d'ut, ré, mi, fa, sol, la. 
Mes degus noun fouguèt copaple 
Tout d'obort d'où fa dinhomen. 
Nous dounèren be prou tourmen ; 



119 



Onèren o lo cominado ; 

20 Oqui tenguèren l'ossemblado, 
En presenço de nostre Priii, 
Que louèt fort nostro ombiciù. 
Jocàs, lou cap de lo modaisso, 
Bouno suco, e milhouno maisso, 

z5 Se lèbo e dis tout automen : 
« O notre mèstre de musico, 
« Qu'o porlat tont ounestomen 
n De l'ounour de nostro protico, 
« Nautres debèn be pauromen 

3o « i^orcà nostre ressentimen. 
« S'ogis de ne fa lo percuro 
« O lou qu'o lou mai de lecture ; 
« Nou'n" sourtirion pas autromen. 
« Onen, moustren quai s'obonturo ? u 

35 Oqui foguèt lou pessomen. 

Tout fouguèt mut coumo uno sardo. 
Lous pus letruts de Prodinàs 
Obiôu pôu de toumbà de nas. 
« Obèn lou molur sus lo fardo, » 

40 Crido olaro lou gront copàs. 

n Couci, que degus noun s'osardo ? u 
Mes o bel mena de trocàs : 
Se propou^a degus noun au;50. 
Dins lou chogrin que nous obau^o ; 

45 Onon toutes pregà lou Priù, 
Que se côufabo o lo cousino. 
De nous faire un pauc de bèrmino 
Pèr segoundà nostro entenciù. 
N'ogèren pas sotisfocciù : 

5o Nous respoundèt, pèr desencuso, 
Qu'èro broulhat ombé so Muso. 
Cadun dounc se n' tournabo otal, 
Triste, counfus, o soun oustal, 
Cont tout d'un cop, pèr obonturo, 

55 Se presento un oncièn recors, 



— 120 — 

Forcit d'esprit, puissant de cors. 
Surtout sobent o l'escrituro : 
01 rèsto, gront home de Diù 
Fousquèt toujours, omai li duro. 

60 Cont bènio de qualco founcciù 
Un pauc fochouso o los esquinos, 
Se counsoulabo om los Motinos, 
Qu'entreteniôu so debouciù. 
Obiô otobé tont de cerbèlo 

65 Que, pèr pauc qu'uno coumissiù 
Fouguèsso suchèto o couciù, 
Pèr ebità touto querèlo, 
D'obort ousabo lo semèlo : 
N'oimabo pas lo discussiù. 

70 Dounc, oquel brabe persounache, 
Que de lo plumo obiô l'usache, 
Moussu, pren lo resouluciù 
De bous morcà, dins un oubrache, 
Lo recouneissenso e l'oumache 

75 Que bous debèn dempièi bel briù, 
Pèr lo bountat qu'obès obudo 
De faire o nautres otenciù. 
Es bèrtat qu'es un pauc tordiù ; 
lAcs n'es pas tart cont Diùs ojudo. 

80 Certo, ou cal dire tout de bou : 

Lou jour qu'obion mes tout en banco 

Pèr sègre de nostre milhou 

Lo musico de Bilofranco, 

E que rondèren tont d'ounou, 

85 Oprès Diùs, o nostre potrou, 
Couneguèren o bostro mino 
Qu'obiàs l'ourelho rette fino. 
Cont dounabes lou bon ol bras, 
Se nous escortaben d'un pas. 



V. 62. Motinos. Livre des Heures Canonicales. - 88. Conl dounabes lou 
bon ol bras. Quand »ous battie'5 la mesure. 



9û D'un cop d'èl nous escoumenjabes ; 
E se lèu nous remetion pas, 
Gens de Diùs ! déjà renegabes. 
Entendes bien oquel mestiè ; 
Pèr ocô bous gostàs pas gaire : 
95 N'ou bèses poun tout sul popiè 1 
Nautres, miseraples, pecaire ! 
Noun obèn pas de to boun fa, 
Car noun poudèn saupre cap d'aire, 
Qu'o forso de l'ôu^î conta. 

loû Belèu dires, bal mai n'esta : 

Ocô, Moussu, bous fo boun dire. 
Nostre Priù, couci que tout bire, 
Bol qu'entounen ré, mi, fa, sol, 
Mal ou be : semblo, autromen, fol. 

io5 E boules que l'onen dédire ? 
Ah ! se besiàs conte trobal, 
Cont orribo un gront festenal ! 
Ouriàs, per moi ! peno 0-5-ou creire 
Mais noun ou pousquères poun beire. 

110 Pèr célébra nostre potrou, 

Nous foguèt be jongoulà prou. 
Ombe lo corno e lo troumpeto 
Fosion musico, fals-bourdou. 
Diù morcés, b'èren pla de beto, 

ii5 Coumo èro juste, ou jomai nou. 
Es bèrtat que nous ojudères 
Om lous très que fosiôu ^in-^oun 
Sus lo basso e sus lou biùloun. 
Mes pièi, sons bontociù, diguères 

120 Que bous sérias pas otendut 
Ûu'ogèssen obut lo protico, 
Sons couneissse un moût de musico. 
De fa sourti de nostre embut 



V. lîi. Edition Po/riquo' 



Vt, re, mi, fa, sol, la, si, ul ; 

125 E jurabes coumo un perdut, 
Qu'ocô sentissiô lo mogio. 
« Dounc, cauc'un ne serô pendut, » 
Dision toutes, « oco's toundut. 
« Baste qu'oun siô qu'en efigio ! u 

i3ù Pèr bostro letro, oben oprés, 
Que ne debion pas crenhe res, 
Qu'ol countrari nous odmirabes, 
E qu'o touto ouro nous prounabes. 
Bous obèn forso oubligociù : 

i35 Codriô obure un cor de Jusiù, 
Ou de Judas lo bilèno amo, 
Per n'èstre pas tout fioc e flamo 
O l'egart d'un mèstre to bou, 
Que nous coumblo de so fobou. 

140 Otobé fosèn lo proumesso 
Que tolèu que coumondorés, 
Toujours prestes nous trouborès 
O bous conta Bespros e Messo ; 
E que, siô de jour, siô de nuech, 

145 Per bous plogniren pas lous passes. 
Que calgo trouta pèr bortasses, 
Pèr coumbo, pèr plono, pèr puèch, 
De bous sèrbi seren pas lasses. 
Countunhas-nous bostro omistat 

i5o Pèr oqueste on e pèr lous autres, 
E bejàs so que poudèn nautres : 
Foren tout de nostre coustat. 
Onfi, bous suèton longo bido, 
Ombe sontat fresco e flourido, 

t55 Toujour joio e jomai souci, 
E que tournés cad'ons eici. 



Jl^ 



— iz3 



O AlOUSSU DE GOLil, 

sus LO NOUBÈLO ONNADO. 



Lou toroboul de l'on que ben d'èstre escôutat 
Pèr lo gracio de Diùs, godolouses nous laisso. 
Otal pousquen birà, cadun de soun coustat, 
Sons nous c sons romboul, lo noubèlo modaisso 



>/Jiiv 



124 



PREDIGGlUS 

DE LO MUSO DEL SEGOLA 

SUL MÛRIACHE DE MOUSSU DE SONT-ROUMO, FIL DE MOUSSU 
DE GOLÎ. 



Muso, despacho-te ; bai quità le sorguino ; 
Pren lo joqueto nobo, uno comiso fine, 
Lous sobotous roussèls e lou poulit foudal 
Que cargos d'ourdinari cl pus gront festenal ; 
5 Dins lou prodèl besi bai culi lo biùleto, 
Lou souci, lo jounquilho e lo morgorideto. 
Beiràs dejoust tous pès espeli milo flours 
Que se prèssou de naisse ol retour des bèls jours. 
Aro que lou ^efir o cossat lo frescuro, 

lo Que fosio pourtà dol o touto lo Noturo, 

Floro fo pounchejà sous douns o-:5-uèls-besens. 
Enrôu5èlo tour» se de sous douces presens ; 
Estaco-ne ol rigot om lou riban ceriso 
Qu'ogèros per liùrèio o les nossos de Liso. 

i5 Courbo-te ol bort del riù, regardo d'un cop d'uèl 
Se tout es orrengat, sons corgà trop d'ourguèl. 
Car s'ogis pas oici de faire trop lo fado, 
Mes milhou que jomai te cal estre ornescado, 
Proupreto, blonco, neto e sons ofectociù, 

2û Mètre oco de pus bel, suibant to coundiciù. 

Mes bejo, encaro un cop, pren gardo o lo bôugièiro 
Soubengo-te toujour que noun siôs que bergièiro. 



— 125 — 

Se me dises : « Per que me tont endimergà, 

« E joust tont d'otifets mo pôurièiro omogà ? » 
25 Te dirai qu'o Milhau s'es fach un gront moriache, 

E qu'es de toun deber que lèi fagos un biache. 

Couneisses-be lou fil del generous Licas, 

Que de nous fa de be jomai se lasso pas. 

Oquel golhart moussu, que semblo fach per plaire, 
3ù Rebèrto Cupidoun, n'o l'embounpoun e l'aire. 

Benus mêmes, un jour, sou disou, s'i pequèt ; 

Lou sounèt : « Moun efon ! u enquiè que remorquèt 

Que n'obiô pas, coumo el, detràs, lo traito eigino 

Que del corps lou pus fier ronfèrmo lo rouïno. 
35 Bejo oquî lou morit de lo joube Philîs 

Sacho coumo Pollas, bèlo coumo Cipris. 

Bai dounc, pèrdos pas tens, qu'es déjà motinado : 

Lo moulhè de Titoun s'es déjà delorgado, 

E l'ôusèl rebestit d'un plumache colhol 
40 O déjà per très cots uflat lou gorgolhol. 

O fa toun coumplimen seras pas lo premièiro. 
Oquel jonti porel locho o lo Gront'Corrièiro : 

Oqui lou trouboràs dins un poulit oustal. 

D'obort. tout doussomen, tustoràs ol pourtal ; 
45 Cont lou t'ôurôu dubert, demondoràs ôudiencio ; 

Foras o lo coumpanho uno gront' reberencio ; 

Olaro, tout d'un cop, de toun fron lo roujou 

De toun amo sons fart moustrorô lo condou. 

Côucun dirô belèu : « Bouillasso ! qu'es comèlo ! 
5ù « Dobalo del Lor5ac, oquelo postourèlo ! w 

Qu'ocô t'estoune pas ; respoun sons te troubla : 

« Perdounàs-me, moussu, que sùi del Segolà ; 

« Mais oco's be toutù ; sùi pas ocoustumado 



V. 1-j. Licas. M. de Gali : l'Auteur en auait reçu plusieurs seruices. — 
33. Le carquois rempli de flèches. — 39. Le coq, dont le plumage est 
bigarré. — 42, lo Gront'Corrièiro, à la rue Droite. — 5o. "Del Lorzac. Le 
Lar^ac est une étendue de terrain (sic) sauuage et inculte, bon seulement 
pour le pâturage. 



— 126 — 

« O me beire en bel mièch d'uno talo ossemblado : 

55 « Besèn pas en-omoun, en gorden lou troupèl, 
« Que folguièiro ou ginèst e cauque postourèl. 
« N'6u5èn pas, coumo eici, lous biùlouns, los troumpetos ; 
« Dejoust un tech dôurat lèi tenen pas lou bal, 

6ù « Coumo bautres fosès, mes dins lou coumunal. 
« Tout ocô m'estourdis, que sabe pas que dire, m 
De to simplicitat tout lou mounde bo rire ; 
Mes Licas, que d'obort beirô toun emborras, 
Bendrô pèr te n' soli ; te prendre per lou bras, 

65 E t'onorô plontà, noun pas sus uno sèlo. 

Mes sus un bel fôutur, coumo uno doumoi5èlo ; 
Omai, se cal ou fa. te dirô de doussous. 
Olaro, pren courache e d'un aire jouious, 
Os joubes moridats dis-me oquesto oroscopo : 

•jo « Tal es bostre destin, que lou tems, que golopo, 
« Pèr bautres onoro lou pas tont soulomen, 
w Pèr faire mai dura bostre countentomen. 
« Biùrés un siècle ensemble, e bostre dous coumèrce 
« Jomai serô suchèt o res que lou trobèrse. 

75 « Lo Parco, ocoustumado o fa de bilèns tours, 
« Ombé de sedo e d'or, fiolorô bostres jours. 
« En mens d'un on, Filis, qu'o lo talho to fino, 
« Bendrô coumo estroupico e sounoro Lucino. 
« Lo deèsso. bendrô lèu fini sous tourmens ; 

80 « Li rondrô so bèutat e sous ogreomens. 
« Elo olaro, de gauch d'èstre bengudo maire, 
« Poutountounejorô lou fil semblable ol paire, w 
Cont ocô serô dich, oufrîs-lour. sons foisous, 
Lou prcsen del legun que creis o Riùpèirous. 

85 Mes s'oprès l'oroscopo ou lo bouno obonturo, 
Côucun te dis sul nas que siôs uno menturo. 



V. 78. 'Lucino. Déesse qui préside aur accouchements. -- 82. Poutountounejorô. 
Baisera, caressera, fera sauter son petit entre ses bras. Peyrot mêle à tort le 
sens de poutounejà avec celui du verbe dérivé de poulounto " poupée u, qui 
vient d'ailleurs de poutou. 



— 127 — 

Diras : « Escusàs-me, qu'où tene del mièch-drac, 
« Que fosiô lou chobal, un ser, chès Proudejac. 
« Dis lo bertat. boutas ; car es un debinhaire. 
90 « Touto oquesto possado, ah ! se l'obiàs bist faire ! 
« Chormat de bostre imèn, ne pot pas prou porlà ; 
« N'issourdo lous echôs de tout lou Segolà. 
« O tort ne doutoriàs, pièi que esprès sèi m'emboio 
« Per bous ossegurà que ne nado de joio. » 



^JiXV 



V. 87-8. On dit que le Lutin aime les chevaux : on a fait mille contes 
là-dessus. L'Auteur en faisait un, un soir, che? M. de Prodejac, Commis- 
saire des guerres, où il fallait imiter le galop du cheual. 



— 128 



LOS BERTÈLOS, 

ESTRENO DEL PRUMIÈ DE L'ON 

O MOUSSU LOU RITOU DE MILHAU, GERMÔ DE l'ÔUTUR, 
QUE DEMOURABO OLARO O TOULOUSO, PREBENDIÔ O SONT-SORNÎJ 



Tout escàs l'on possat beniô de trescoulà, 
Que d'un pichot presen bous bouliô regolà. 
M'onère soubeni de bous obe ôu^it dire 
Que, d'èstre pla brogat, es un plosé de sire. 
5 lù coumbene otobé qu'ocô tei lor cor gai. 
M'imoginère dounc que bous oimoriàs mai 
(Poraulos pudou pas) un porel de bertèlos 
Que crestos e truquets, que ribans e dontèlos. 
Qnfi, courre os Tournurs, los croumpe ; e mes, couss 

10 Los bous faire trometre 1 Qcô's tout moun souci. 
Dins oquel emborras, se troubèt, pèr fourtuno, 
Que, l'endemà-moti, lou fraire de lo Luno, 
Un rette poustilhoun que sap toutis comîs, 
Debiô, comi foguen, beire bostre pois. 

i5 Douncos, pèr proufità d'oquel coumessiounari, 
Solisse dobont jour, sons crenhe lou cotarri 
Que l'ôubièiro e lou gèl semblablou m'onounsà, 
Sons obé soulomen pou de m'enrôumossa. 
En l'esperen, pourtan, lou frech mé jongibrabo : 

20 Mes, onfi, pauc-o-pauc l'aubo se declorabo. 

Toutes lous luns del Cèl èrou presque escontits, 
Lou corriol otolat, lous roussis obormits. 



— 129 — 

Ornai forrats de fresc, pèr poudé milhou courre. 

Dins noun res espelis lou Diùs o double mourre, 
25 Uno cosaco d'or, lusent coumo un mirai, 

Que s'i quilho dessus e repren soun trimai. 

Be me digàs coussi lou golhart se corrabo ! 

Mes entre obeire bist que l'esperou jougabo, 

Solisse lou presen que bous bouliô monda, 
3o E d'un cop de coirèl lou H bouliô getà, 

Cont cauco malo bosso, ombe un coutilhou nègre, 

Lou me benguèt coubrî : juchas s'iù fosiô pebre ! 

Cridère d'aussitôt o plec de gorgomèl : 

« Horro causo, locai, poquet, porto montèl, 
35 «Quequesiàs,fourbiàs-bous!... Oilconhomalboulencio! i> 

Mes saique oco's quicon qu'oun n'o ges de counsencio : 

M'escoutèt coumo 'n co que roundino de luèn. 

Al'o colgut sopenden tourna prene lou suèn 

De faire desempièi de recèrcos noubèlos 
40 Pèr bous fa pèr côuc'autre otenhe los bertèlos. 

Mes oun los tenès poun ? Ombe ocô fisàs-bous 
. Que noun ôurés jomai los bragos sus tolous. 

lù suote que cent ons los bous tengou rejounchos 

E que, tout oquel tens, ogés los maissos ounchos. 



^X^v 



i3o — 



GOUAIPLIAIEN DE GOUNDOUliEENSO 

L'ONNADO D'OPRÈS 

OL MÊME RITOU, SUS LO DEBOLÔUZIDO Qu'o'BUT, QUE d'ARO- 
EN-LAI LI DÛSTO LOU SOUPA PÈR ORDRE DEL MEDECi. 



Pèr un boucî d'endigestiù. 

Que bous tourmentèt cauque briù, 

Bous, bous bermoriàs lo pitanso ! 

Metriàs lou cais en desoubranso ! 
5 O bostre aise : foriô pas iù ; 

Prendriô pas tont de precôuciù. 

Es pla gordat so que Diù garde. 

Coumensàs dounc, ol noum de Diù, 

De romplî d'un frami de fardo 
\o E soutano e subrepelis, 

Pèr rebertà pas uno sardo ; 

Car, pel segur, serès pla lis. 

Beirés lèu boissà lo coudeno, 

Cont tendres pas lo panso pleno ; 
t5 Ornai pièi, s'ou fosès otal, 

Jomai n'ôurés cap de besito : 

Bous coldrô, coumo un paure ermito, 

Biùre soulet dins bostre oustal. 

Eh ! cal boules que lèi bous bengo, 
20 Se nous ôusàs lou rosteliè, 

Se clobàs oufice e celiè î 




i3i 



Noun pas Jan-Glaudes, Diù me prengo ! 

Moun bentre n'es pas un polie 

Que rejoungo de biondo o faisses, 
25 Mes li cal pèr jour dous repaisses : 

Pèr to pla qu'el ajo dinat, 

Cont l'oumbro ben cossà l'esclaire 

E que cadun, de pôu de laire, 

Met tras so porto un codenat, 
3o Be me digàs coussi roundino ! 

Oun que me trobe, ocô n'onat : 

D'aussitôt cal birà l'esquino 

Pèr onà jounhe lo cousino. 

Oqui l'opitarre, Diù sap ! 
35 Dempièi lou founs juscos ol cap : 

Otal opai^e soun murmure. 

Pèr ocô, fosen joc que dure. 

Disou que, pèr dourmi segur, 

N'i o res de tal qu'un bentre dur : 
40 Noun pas pèr espetà los tripos, 

(Seriôu be pièi de pauros nipos), 

Mes toujours li fau lo rosou, 

E pièi li dise : « Oquî n'o prou. » 
Otal, cousi. debès, bous, faire, 
45 Se sèi boules demourà gaire ; 

E boulèn que sèi demourés 

Enquiô que bous cussounorés. 

Douncos, per pla possà l'onnado, 

Qu'obèn despièi pauc coumensado. 
5o Cresès-me, bubès de boun bi, 

Tenès couflado lo bedeno, 

Metès en bon aste e podeno 

E trufàs-bous del medeci : 

Lo cibado fo lou roussi. 



V. îi, Jan-Glaudes. Nom de baptême de l'Auteur. 



l32 



LO JAORT DE FRONGESOU 



ODO 



Soulel, cstobonîs ; Luno, combio de caro ; 
Terro, cargo lou dol : Froncesou biù pas pus ! 
Sons cap de coumpossiù, lo dolhairo borbaro 
4 Lou tei joust un tolus. 

Oqui, brutalomen, oqui lou chicounejo ; 
Li gourgoulho lou cuèr, lou cussouno o bel tal : 
Dins pauc, noun restorô de so corcasso frejo 
8 Pas lou mendre retal. 

'Rossonno ! Otal toun cais, pus rette qu'une limo, 
Mochugo empunomen lou lugar de Lunsou ! 
Choumarro, poudiôs pas c6u5i 'n'autro bictimo, 
\z E loisà Froncesou ? 



V. i. Mendiant imbécile, dont tout le monde aimait à imiter la voii et les 
manières singulières ; il était bien reçu et fêté partout. — 5. Chicounejo. Tous 
les mots soulignés sont autant de ses termes, qu'on a affecté d'employer. 
Par celui-ci, il entendait " caresser quelqu'un tt. ^C'est plutôt " déchiqueter u. 
V. Mistral, Trésor du Félibrige, s. v. chicoutà, auquel renvoie cbicounejà. — 
9. Hosionno ! Il faut peut-être lire : Houssono ! Ce serait alors un augmentatif de 
rosso.] — 10. Lunsou. Lieu de sa naissance, à deux lieues de Millau. Sans doute 
corruption de Lusonsou, fr. Luzençon, commune de St-Georges-de-Lu;ençon, 
canton de Millau. — 11. Choumarro " brutale u, au sens propre " jumart tt . 




i33 



Qu'èro soun crime ] Elas ! tout tenguen lo folquièiro 
E toujours d'uno ma lous dets espotorrats, 
El troutabo, en riguen, de corrièiro en corrièiro 
i6 O passes mesurats. 

Demondabo de micho ombe un pauc de pitanso ; 
El contabo, el donsabo, el èro debouciùs ; 
Conhe tolen qu'ogèsso, obont d'uflà lo panso, 
20 Disiô lo "Verbom Diùs. 

Dunses cots. es bèrtat. cont quicon lou fissabo, 
Cont cauque oste impourtun, pèr trop de coubesio, 
De so pèl fosiô estral, lou paure se grotabo, 
24 Morcé que se prusiô : 

Mes autromen, jomai noun ogèt de molisso ; 
Jomai el noun foguèt cap d'esquièrs o degus ; 
Jomai noun s'osôubrèt ol peitral d'un Ulisso, 
28 Coumo foguèt Irus. 

Gregori, ount ères, bous, cont o birat los batos 1 
Elas ! ères tibat ; onsi n'obès pas tort : 
Sons doute qu'autromen l'auriàs trach de los patos 
32 De lo crùèlo Mort. 

Lo Falso l'o groupât ol pus bel de so bido. 
El poudiô libromen trebà dins cado oustal : 
Troubabo taulo meso e lo soupo escolsido, 
36 Omai lou soboural. 



V. i3. Tenant d'une main la ceinture des culottes. — 20. Prière rimce 
qu'il disait toujours en demandant l'aumône. Corruption de Verbum Dei. 
— 28. Irus. Voye; l'Odyssée, j Irus, mendiant glouton et violent, qui voulut 
empêcher Ulysse d'entrer dans son palais, à Ithaque. Ulysse le tua d'un 
coup de poing . — 29. Gregori. Autre mendiant uieur, qui s'était constitué 
le mentor de Francésou, et qui faisait ses chour gras en cette qualité. 



i34 



Jomai ne solissio qu'om lo barbo bouchardo. 
Onfi, tout n'èro fol : lou se coliô ponà. 
Ah ! qu'èro, el, récurât, cont oquelo comardo 
40 L'es bengut esconà ! 

Lous ecôs de Lunsou n'ôu gémit dins lours baumos 
Toutes lous combirous robalou l'ofUcciù ; 
E lo Nimfo del Tarn ront pas pus que de flaumos 
44 Dins se desoulociù. 

Mes o tu, sus que tout, Froncesou fo sufrache. 
Milhau : cont tu l'obiôs, de joio èros forcit. 
Aro, triste, estounat, semblos pas qu'un bilache : 
48 Toun lun s'es omourcit. 



,/JlXV 



t35 — 



RESPOUNSO 



OL COUMPLIMEN DE MOUSSU FOJOU, 

QU'OBIÔ FELICITAT l'ÔUTUR DES PRÈSES QU'OBIÔ ROMPOURTATS 

o l'ocodemio de TOULOUSO. 



Bous, bous plonhès, Fojou, que lo fon d'Ipoucrèno 
Rajo pas o mièch lèc, e que del douple puèch 
Uèi lous ofàs bôu din, don, don, don, don, don dèno. 
Ocô m'o fach possà lo pus crûèlo nuèch. 
5 En iù mêmes disiô : « Febus, nostre boun mèstre, 
« Se seriô despitat ? Mes ocô pot pas èstrc : 
« Eh ! cal ôuriô pouscut li faire oquel despièch ] m 
Otal iù rosounabe, oloungat dins moun lièch, 
Cont, tout d'un cop, pèr un trauc de lo bitro, 
\o Bese lou jour. Reprene bostro epitro, 

Qu'obiô legit bint cots, sons jomai me lossà. 
Que de bèrses, gront Diù ! cuno soxobelado ! 

Certo, mos bous foriàs ôusà. 
De m'obure dounat uno talo birado : 
i5 O bous ôu^i, tout semblabo perdut, 

Bostro ploncho déjà m'obio tout mourfoundut. 
Eh ! digas-me, conhe lutin bous meno ? 
Que roundinàs ] Dises que bostro beno 



V. i3. Ed. m'o bous 



— i36 — 

N'o pas troubat, per se desossorgà, 
20 Ges d'aigo dins lo fon de lo douplo mountonho ? 
Tont se seriô ! Colas : Pegaso se regonho. 
Cont, tout bostre sodoul, bous i laisso engourga, 
Petounejàs ! Lou boules dounc mourgà ! 
D'un cop de pè bous pourriô be corgà. 
25 Mes nou, d'oquel roussi crenhès pas lo ruado : 
Sobès be que bous aimo trop 
Pèr bous faire cap d'encortado, 
E que, cont lou mountàs, de gauch prent lou golop, 
Surtout cont o monjat so rociù de cibado ! 
3o Dise pas res qu'oun siô bertat. 

Sobèn pièi, d'un autre coustat, 
Que d'OpouUoun bous ses l'efon gostat. 
Eh ! bous coumbé de li faire lo mino, 
Cont bous dicto, Moussu, de poulido bermino, 
35 Cont foscs dins so cour lo pluèjo e lou bel tens ! 
Meritoriàs que bous moustrès los dens. 
Mes bous fisàs que los sorres sobentos 
O bous serbi toujours fort bigilentos, 
S'en cas metiô lou bounet de trobèrs, 
40 Bous sôuriôu mètre o l'obric del rebèrs, 

Ornai foriôu touto lo coutrilhado. 

Bous oimèt entre èstre noscut, 
E juroriô qu'ol brès bous o poscut 
Om de poulses ou de ponado ; 
45 Car, pèr de lach, jomai n'o porescut 

Que cap n'ogès de touto lo rossado. 
De lour fobour otobé bous fenhès : 
Ses urous, ornai bous plonhès. 
Un autre cop, segàs pus sache, 
5o Car coumbenès qu'oqueste biache 

Bous fochàs sons cap de rosou. 



V. ai. TEd. laisse. — 29. Ce vers, qui manque à l'édition de 1774. se 
trouve dans celles de 1824, de i83S et de 1886. — 33. Ed. couhe , 



- i37 - 

M'obès mondât un fort poulit oubrache, 
Tout petilhent d'esprit e de gai bodinache. 
Cado moût porto so frejou. 
55 M'o cujat fa crebà de rire : 

Tonto de sal metès o so que boules dire ! 
Coumpaire, o so que me pores, 
Loua bèrses noun bous coustou res : 
Crese que lous getàs ol molle. 
60 Certo ocô seriô be trop droUe. 

S'es bèrtat, tenès bous jouious ; 
Mes n'i foren pas ombé bous. 
Permoi ! nous pourriàs be fa lego ! 
Nautres serion dins lo petego, 
65 E i^oussu pla se corroriô ! 

Pèr bou'n tene, be ne coldriô ! 
Crese pas iù de boulèga lo brego. 
Otobé, cont ai bist qu'o bostre coumplimen 
Pèr forso me coliô respoundre, 
70 Me siù cujat onà rescoundre. 

Oprès ocô, finalomen. 
Ai pressât mo Muso de poundre, 
Pèr bous fa moun remerciomen. 
Coussi-coussi, s'es be ocouchado, 
75 Mes ôuriô mai bolgut que se fougues pôu^ado, 
Que de me fa de to paure moinat. 
Que, coumo lou Rebecinat, 
O mestiô, pèr morchà, d'un porel de bequilhos, 
Cont lous bostres. Moussu, sou drechs coumo de quilhos. 
80 Pèr iù, permoi ! coumprene pas 

Coussî pourrôu moustrà lou nas, 
Dobont bostro letrudo suco, 
Mos rimos de truco-peluco. 
Dires be qu'oco's un fotràs ! 



V. 77, Lou Hebecinai. Carillonneur boîteur. 



— i38 — 

85 Otobé n'ai pas lou courache 

De remercia nostro cour, 
De lo part que dises que prent o l'obontache 
Que me siù pèrcurat de croucà cauco flour. 

Boulgàs dounc èstre moun messache : 
Digàs-li, sons cap de destour, 
Que moun trioumfe es soun oubrache, 
E que so qu'ai gonhat, ou dube o sos leisous. 

Aro bous quite sons foisous, 
De lo cour, coumo cal, counduisès lous ofaires 
95 E soufres que delargue oisô per lous coufraires 
Qs efons d'QpouUoun, solut, joio e sontat. 
Rentre toujours forcit, gorjo de bat en bat ! 



^JlU-V 



V. 86. J^oslro cour. C'était une Société musicale et littéraire que plusieurs 
jeunes gens avaient formée et dont l'Auteur avait l'honneur d'être niembre. 



139 - 



L'ORÏÏ^ SONS PORÈL 

CULTIBAT PÈR M. PUÈCH d'alBIS, 
ONCIÈN OPOUTICAIRE DEL REI d'oNGLETÈRRO. 



En bèrmino potuoso au5e conta toun ort, 
D'Albis : tout i russls, tout i ben o boun port. 
Sus que tout so que nais de lo semenso ongleso : 
Diriàs qu'es escopat de lo Terro Proumeso. 
5 On i bei d'ortichaus grosses coumo lou cap, 
Qu'ol pus gront boulidou pourriôu serbi de tap. 
Pèr fa coire un côulet, te cal uno peirolo, 
E pièi, pèr l'odoubun, cal sap so que te n' colo î 
Tous porres sou trop forts pèr de suspousitous. 

10 Tos sebos e tous als rebèrtou tous melous : 

Sou douces talomen que semblo, Diù me prengo ! 
Qu'ogés, cont lous monjàs, de sucre sus lo lengo. 
Res noun fresquejo tont coumo tous espinars ; 
Tous plonsous, en tout tens, sou rettomen golhars : 

i5 Dins ribèr, jous l'obric d'uno bouno flessado, 
Pounchejo, creis, blonchis lo cardo e l'ensolado ; 
L'ogreto, lou cressou, lou cerful, lou jôubèrt, 
Mostrou, molgrè lo biso, un mourre toujours bèrt. 
Es be mai : cont lo nèu des trucs poudro lo cimo, 

2o Toun ort es to poumpous coumo èro dins lo Primo. 



V. 3. Semenso ongleso. M. d'Albis avait porté bien des graines de Londres, 
qui lui réussirent beaucoup mieux que celles du pays. 



140 



Nou, jomai noun s'es bist res de to bèrturious ; 

Fo de rafés to bèls que semblou cobirous. 

Pèr un fiol i besès penjà lo goujo fronco ; 

Lo baujo, un pas pus luèn, s'ojasso sus uno onco. 
25 S'iù bouliô pèr escrich mensounà tout so qu'i ô, 

Me coldriô, pèr ou dire, un frami de popiô : 

Corroto, bledo-rabo, e tont d'autros rocinos, 

E de boncals entiès semenats d'èrbos finos ; 

De fabos, de becuts, as uno boulisou ; 
3o Forso pesés, surtout, de bouno cousesou. 

Tout i creis o bès pans sons te douna gront'peno. 

De coucoumbre un soûl pè te n' porto une centeno ; 

Pièi d'aubres tont e plus, jusc' os ogrimouUès, 

De frucho trop corgats, courbou lous espoliès. 
35 Benguen aro o los flours : dedins los platos-bandos 

Be n'as un brabe escach, de menudos e grandes. 

L'uèl es mirobilhat de lour richo coulou, 

E lou nas embôumat de lour bouno sentou. 

Cal los pourrie countà ? Morgorido, biùleto, 
40 Pobot, roso, biùliè, tulipo, cossouleto, 

Tebruso, boutou d'or, girouflado, souci. 

Be ne pos oplechà de bouquets, Diù merci ! 

Car sons countà muguet, renounculo, omoranto, 

Encaro brabomen n'i n' trouborion cincanto. 
45 Que dise ? mai de cent : entr'autros, moun cher Puèch, 

Lou lire, l'onemono e lo bèlo de nuèch, 

Lou lillà, lo minhardo e lo qu'es renoummado 

Del fat que se neguèt per faire uno brossado. 

E pièi conhe plose, coumo ol mes de julhet, 
5o De culî. pèr Nodal, lo jounquilho e l'ulhet ! 
Mes loissen aro Tort ; porlen de lo cosèlo ; 

Es, s'ou cal dire tout, pus coumodo que bèlo. 

Oqui, luèn del boral, on pot porlufejà, 

Dourmi, fuma, legi, rire, biùre, monjà. 



V. 23. Goujo fronco. La citrouille longue et blanche : la uerte est toujours 
couchée. -- 48. Narcisse. 



— 141 — 

55 Saique ombé Scipioun, cont dintràs sus lo bruno, 
Se ses de bouno umou, ne dises be côuc'uno ? 
Cont noummc Scipioun, parle pas del brutal 
Qu'estèrminabo tout : lou tiù fo pas otal. 
L'autre obimèt l'Ofrico om lou sabre e lo dago ; 

60 Pla différent d'oquel, lou tiù semeno, osago, 
Plonto, en lioc de destruire, oplono lous comis, 
Mesclejo lo terrado e lo passo ol tomîs. 
Tu sabes, en un mot, qu'oun cèrco qu'o te plaire : 
Otobé bous trotàs coumo de fraire o fraire. 

65 Dounc, ombe oquel omic, cont as lou bentre pie. 
Bai fa lo digestiù, car ocô s'enten be. 
Pièi trobolhàs un briù ; cadun fo so pèrcuro : 
L'un coutralho un ôubret, e l'autre uno bourduro. 
Mes cont, sul mièch del jour, lo rajo fisso trop, 

yo D'obort o l'oustolou, courrès ol gront golop ; 
Otropàs, en dintren, cadun uno codièiro ; 
Oquî ne deguosàs de lo bouno monièiro. 
Ombé lo libertat que se douno l'Onglcs, 
Possàs tout en rebùo e n'espornhàs pas res. 

75 Persiflas los errous, los soutisos del siècle ; 
Cap noun pot escopà, car tu siôs un espiècle. 
Mes un sache otobe, que parlo sons possiù. 
Toujours en gênerai, sons fa d'oplicociù. 
Pièi, sul bèspre, onàs beire ocô que coi dins l'oulo. 

80 Otal bous omusàs, otal lou jour s'escoulo. 

Ah ! dins oquelo uniù pousqués dura lounc-tens, 
E, sons cap de souci, fa penchenà los dens ! 



^^Xv 



V. 55. Scipioun. Ami inséparable de M. d'Albis. 



142 



COT^RIN EH BOUTS mjAJkWS 



COUNTRO UN RIMUR QU OBIO LOU MAL DE lU 



Toujours tu romporàs coumo uno .... cogoraulo : 
De tous bèrses sons suc tout lou mounde es... sodoul. 

Del groniè d'Opoulloun pos boissà lo codaulo ; 

Mes trouboràs, Rimur, tras lo porto un... bourroul. 



^JlXV 




,43 



SOUNET^ EN BOUTAS RI^IAT^S 

SUL DESPART DE CREISSEL 

PÈSSO Qu'l O LOUNC-TENS QUE n'eS PAS PUS DE MODO 



Onfi, louât siô Diùs ! birado es lo. . . . modaisso ; 

Déjà lou longuimen m'orropabo ol peitral. 

Eh ! que faire o Creissel, cont lou frech bous ocaisso, 
E que l'Ibèr bous suto ombé soun meneiral 1 

5 « Besès u, dire côuc'un, « se pion de trop de graisso. u 

« Los Musos, cado jour, oici tenou fièiral. m 

Obbé ; mes lour trigôs d'o begados m'ofaisso. 

Se sobiàs qu'es conîs ! Mos tourne o moun... oiral. 

Oqui, tont que des riùs l'aigo pourtorô . . crousto, 

10 Enquiô que de sôuta coumenso lo longousto, 

Me tendrai près del fioc, ferme coumo un . . . tôuliè. 

Oqul me birorai de lo micho o lo gourdo, 

Pèr m'oporà, se pode, o lo bilèno Lourdo ; 

Que dalho bèrt e sec pèr rompli soun polie. 



O'JlXV 



— 144 — 



AUïï^RE SOUJ^ET^ 



SUR LOS MEMOS RIMOS, 



ROMPLIT PER MOUSSU DE GOLl O L OUCOSIU DEL PRUMIE DE L ON. 



lù me semble que l'on finis lèu so modaiso 

Lou tens fo soun comi sons singlo ni peitral 

D'oun pus bite courris, d'oun milhou nous... ocaiso 
Ne bo coumo un bourdet que fouito un . . meneirai 

5 Cado jour, sons pietat, nous pialo, nous., degraisoj 

O peno sei poudèn beire cauque ficirall 

Cont i sounjon lou mens, lo mochino s'ofaiso 

E cal, pèr un jomai, que quiten nostre ôira^ 

Ornai l'ome, en susen, oici gonhe so croustoj 

10 E siago pas souben pus gras qu'uno longoustoj 

Sèi bouldriô demoura ferme coumo un tôulii 

Que forio ? De boun bi s'obiô so pleno. . . gourd( 

Uno fenno o l'oustal que fouguèsso pas lourde 

E se poudiô .toujours monjà coumo un polie 






— 145 



LO J^IAIPO DEL SEGOIiA 



ELEGIO SUS LOU DESPART DE MODAMO DE 



Temuons de mous regrets, mos fidèlos coumponhos, 

Echos, plouràs omb'iù sus oquestos mountonhos. 

Lo bergièiro Filis o mudat sous cotous 

01 poïs des ulhats, de mo glorio jolous. 
5 Tont qu'elo sèi trebèt, mo cour èro goloio ; 

Despièi qu'o fach un sièis, oco's fach : fi de joio. 

01 rosteliè penjats, lous tristes coromèls 

Noun fotigou pas pus l'olé des postourèls. 

D'un rette longuimen los postouros côuflidos, 
\o Coumo de bièls porgans ou los gautos rofidos. 

Lou fioc des coumponhous es gaire be escontit ; 

Lou pus ressôusilhat semblo un bostou bestit. 

Dejoust l'èrbo des prats mièjo robostinado, 

Lo timido biùleto es toujours omogado. 
i5 Sus aubres lous ôusels, toutes engrepesits, 

Rondou, en rôufelejen, de souns embèrbesits. 

Lo biso bufo frech de soun oleno brusco ; 

Des costonhès jolats estelhouno lo rusco. 

Dins un trauc de poret, coumo lou posserat, 
10 Lou repetit tronsit es rejounch coum'un rat. 



V. 4. Vlhats. Le raisin qu'on appelle à Millau Œillat est d'un goût exquis. 
— 6. Lespièi qu'o fach un sièis. Depuis qu'elle est partie . Cette expression 
signifie ordinairement " partir sans dire adieu u. 

10 



— 146 — 

Lous riùs, empetegats en bel mièch de lour courso, 

Ou lou cuèr endurcit coum'os climats de l'Ourso ; 

Lo glebo, deis onhels escorraunho los dens ; 

Lo fedo, lou moutou, se seco o-s-uèls besens. 
25 Onfî, tout o cbrgat uno mino estequido, 

Tout péris, desempièi que Filis es portido. 

Ah ! tournas ensomoun, ournomen de mo cour ! 

Trop oimaplo Filîs, sutàs bostre retour ! 

Benès un pauc sonci lo burèlo bruièiro, 
3o E faire quatre sauts sus lo bèrdo folguièiro. 

Cont, dins lou coumunal, forés petà cauque èr, 

D'obort lou roussinhol se mctrô del councèrt 

Fugissès, cresès-me, lou trimai de lo bilo ; 

Pes chèstres, pes coudèrcs, serés be pus tronquillo. 
35 Olaro tournorôu lusî nostres bèls jours ; 

Tout se rossemblorb pèr reprene soun cours. 

Olaro, de plosé, lo bedèlo besado 

Forô, dins lou prodet, mai d'uno coumpissado ; 

E l'oret ourgulhous, corgat d'un lusent aus, 
40 De trop de golhordiô forô cent milo sauts. 

L'Ibèr serô to dous que semblorô lo Primo ; 

Un ben tebés des trucs foro flouri lo cimo. 

Obb'olaro ôuren gauch d'onà floirà bostre ort ! 

Que de flours. gens de Diùs ! i noisserôu d'obort ! 
45 Oqui s'ossemblorè mo cour desonisado : 

Dempièi lou jour fotal que l'obès desèrtado, 

Noun n'o ni suc ni mue. Ou tourne mensounà : 

Qu'ocô siago prou dich, sounjàs o sèi tourna. 

Omai même esperon que noun bendrés pas soulo. 
50 Oicî se dis, pèr moi ! que ses mai que sodoulo, 

Que debès faire un nene : oi ! que serô poulit ! 

Nous trigo rettomen de lou beire espelit, 

Diù bolgo qu'oquel fil semble soun brabe paire, 

E qu'ajo los bèrtuts de soun oimaplo maire ! 



V, 39, '^Edition : ourgouilhus c. d'un luisent aous. 
sodoulo. On parle ici de votre grossesse. 



— 5o. Que ses mai qi 



147 — 



ROAÎBOI DEL PARASOL 

PERDUT E TROUBAT. 



O MOUSSU DE 



Lou Parasol pèrdut s'es troubat pèr tolastre ; 

Se se fougues morrit, moun Diù, conhe desastre ! 

Lo rajo ôuriô be usclat de trop fricaus musèls. 

Déjà, pèr lou cercà, cincanto gorgomèls 
5 Fosiôu dins lou pois uno retto fonfaro, 

En cridén l'estrumen que counsèrbo lo caro. 

Mes se calque boulur l'obiô mes o l'obric, 

Seriô 'stat brobejat e frétât o l'omic : 

Aurio obut, pel segur, los esquinos ounchados, 
10 Noun pas de grais d'orquet, mes de grais de gulhados. 

Onfi, lou bous enboie, oquel paro-soulel ; 

N'i o pas, iù ne counbene, un moble coum'oquel. 

Bous cal pas, pèr ocô, mespresà lo bertèlo, 

Pèr que, sons bous fochà, ni bous cercà querèlo, 
i5 Coumo lou parasol elo fo so founcciù : 

Se l'un rejoun lou nas, l'autre omago lou quiù. 

Begen que ne dirô lo jontio doumoijèlo 

Que demà, sou dises, met lou siù sus lo sèlo : 

Que s'esplique, c d'obort finira lou débat, 
xo Cun de dous aimo mai loissà de bat en bat ? 



V. i3. Pour engager l'Auteur à lui envoyer, à l'occasion du parasol, 
quelque badinage patois, M*'** lui rappelloit, dans sa lettre, celui des 
Bretelles. Voy. p. 128.^ — 18. M"* sa soeur devait partir le lendemain. 



— 148 — 



RESPOUNSO O A^IOUSSU FAîJOS 



Escuso, nostre omic, s'ai tordat o respoundre, 
Mes mo Muso n'es pas toujour d'umou de poundre 
De rimos e de pès lou lengache erissat 
Li put mai, cauques cots, que lo ramo ol foursat. 
5 lù counbene otobé que souben, cont breseno, 
N'o pas tout-o-fèt tort. Lou mestiè douno peno ; 
Lo cal loissà coumo es. As-tu bist, per osart. 
Un pastre, ombe so micho e soun bouci de lart, 
Cont, quilhat sus un truc, tout lou lounc de lo maisso| 

\o Pus ofomat qu'un loup, fo dobolà lo graisso ? 
As bist cont un efon, ol tour del sesteiral, 
Fo roudà soun bourdet o cots de meneiral ? 
As bist de conhe bon, cont biro de cerièiros. 
Une fenno de Paulhe orpento los corrièiros ? 

i5 As ôu5it mensounà lo fièrtat d'Ortoban 1 

E pos obeire bist soun segount, qu'es Moldan ? 
Cont onèt ol Bobrés pèr cercà lo musico, 
Dinèt très cops obont d'orribà o Sent-Ofrico ; 
E pièi, cont lo menèt, tont en magre qu'en gras, 

20 Pus glout qu'un coumissari, ou metiô tout o bas. 



V. 14. Paulhe. Lieu fertile en cerises. On connoit, à l'air gai des femmes 
qui les portent à Milhau, que la récolte est bonne. — i5. Fier coumo Ortoban 
est un proverbe encore en usage, qui montre quelle popularité ont eu les 
romans de cheualerie . — i6. Controlleur des Actes qui, député pour aller 
inuiter les musiciens de Vabre dans une occasion brillante, fit une dépense 
exorbitante pendant ce court voyage. 



I 



— 149 — 

As bist un ocoulat que lou trobal ofaiso ? 
Conhe plosé n'o pas, cont lou soulel s'obaisso ! 
As bist coussi se carro uno cabro dins Tort ? 
Coussi ris un piloto orribat o boun port ? 

25 As bist cont un bilhet douno bocanso os Carmes. 
Lous sauts deis escouliés 1 as ausit lours bocarmes î 
As bist cont un fousèire o finit soun journal 1 
Oqui prou de pourtrèts ; cèrquen l'ouriginal. 
Un home del Alounnà, que ben de lo fourniiho, 

3û Cau^o pas tont de joio o so pauro fomilho, 
Cont oluco lo teso, e qu'en despièch del fun, 
Fo lusi'n floc de tourto e mièch-cart de ronsun. 
Nou, tout ocô n'es res près de so qu'iù sentisse, 
Cont milo e milo cots legisse e relegisse 

35 To letro, que me dis que debridos to pla 

Que res dins toun gousiè noun se pot orrestà. 
Ocô me surpren pas : sabe qu'uno ostodeto 
De cinc ou sièis pijouns te toco pas l'uëto. 
Fais-ou toujours otal ; forcis pla lou gresiè, 

40 E d'un bi petilhent destrempo lou mourtiè. 
Gardo-te, sus que tout, de faire lo foulio 
De corgà lou tesic de lo meloncouliô. 
T'ones pas noun plus mètre ol cap lou pessomen. 
Que d'un diùte jomai noun fo lou pogomen. 

45 Aro te bole dire uno drollo noubèlo : 

Lo semmono possado, un morchant de cerbèlo, 
Pichot-mestre élégant (ocô bol dire un fat), 
Tirât o quatre piols, o lo grèco couifat, 
E golounat surtout en morquis de Goscounho, 

5o Se troubèt borboulhat d'uno lourdo besounho : 
Te bau countà lou fèt. D'el-mème fort counten. 



V. 26. Les Grands Carmes ont à Millau le Collège royal : le Maire ou les 
Echevins leur font donner vacances quelquefois. — ig. Edit. fourmilla : 
faute corrigée dans l'édition de 1810 . — T)el Mounnà. Lieu qui n'a d'autre 
ressource pour viure que de charrier, avec des ânes, des buis et d'autres 
broussailles, uniquement bonnes à chauffer le four. — 32. Edit. htsi un. 



— i5o — 

Quoique fougues belèu prou desonat d'orgen, 

Oquel leste Morquis troutabo los corrièiros ; 

Beniô de dou lou Pont, dintrabo o Peiroulièiros ; 
55 E coumo se roncountro ol pas lou pus destrech, 

Orribo uno correto olaro ol même endrech : 

Oqu'èro des colhets lo pudento buoturo, 

Que de cauque pribat correjabo l'ourduro. 

El s'orruquèt be prou, pèr lo loissà possà ; 
6û Mes, molgrè tout ocô, pèr moi ! colguèt solsà. 

Tout d'un cop, del corriol se destacou dos posses, 

Que laissou deboundà cauco biondo sons osses, 

Qu'emplastro del Morquis lo figuro e lou ruse. 

Oh ! cèrto d'oqui en lai sentissiô pas lou musc. 
65 Un frotèr ouficious, que béjèt so fotigo, 

Ben, lou pren pèr lou bras, lou meno o so boutigo, 

E se met en deber de lou desobilhà. 

Lou Morquis, que crenhiô de se despèitrolhà, 

(Omai n'obiô rosou, sobiô de que birabo), 
jo Pèr se desempeitra, poulimen remèrciabo. 

Mes lou frotèr, que crei qu'oco's un coumplimen. 

Rite ol paure mèrdous dosto l'obilhomen. 

Conhe moumen cruel ! obbé oquesto, qu'es griso ! 

L'home tont golounat se troubo sons comiso ! 
75 Soulomen cstocat ombé quatre boutous, 

De lo mancho penjabo un porel de morgous. 
Coumo èro es, autromen, lo bilo de Toulouse : 

Prou seco dins l'estiù, dins l'ibèr pla fongouso. 

Adiù, cher Goujouli, debes cstre segur 
80 Qu'oun cessorai jomai d'èstre toun serbitur. 



V. 54. Rue des Chaudronniers. Aujourd'hui rue Peyrollerie . — 79. 
Goujouli. Corruption de Goudouli. nom du fameui poète Toulousain (iS/g- 
1649), dont les œuures ont été traduites en italien et en espagnol et mises 
en latin par le P. Vaniére. Sa ville natale lui a élevé, l'année dernière, un 
magnifique monument. 



i 



— i5t — 



LOU PROUBÈRBE BERTODIÈ 



O MOUSSU R ■ ", O UIOUN. 



Noun jurés pas jomai de res, 
Car sobès pas so que forés. 
Pla bertodièiro es lo sentenso : 
Richart n'o fach l'eiperïenso. 
5 Forcit d'esprit, orrosat de tokns, 

De toutes lous défunts que fouguèrou sobens 
Cultibabo lo couneisenso. 
Sons cèsso offomat de scïenso, 
Ornai n'ojèsso soun sodoul, 
10 01 cobinet, ferme coum'un pecoul, 

Fosiô so majo residenso. 
Es bèrtat que, sul ser, pèr li tene soûlas, 

Cont de trobal e d'estudie èro las, 
Beniô d'omics triats uno bouno troupeto. 
i5 Oqui, pèr s'omusà, possabou pel curbèl 

Tout so que, cado mes, de rare e de noubèl 
Porto ol public l'ombulanto gojeto ; 
Omai, pèr moi ! de lo floureto 
Sobiôu lèu distingà lou soulide e lou bel. 
lo Omb'oquelo bando côu:5ido, 

Richart, sons trop de pessomens, 
Possabo doussomen so bido. 
Estimât e chérit de los hounèstos gens. 
Ocô soûl que lou chifounabo, 
25 Ero cont des porens l'omistat lou pressabo 



t52 — 



De countroctà certèns engochomens 
Countro lous cals soun goust se reboultabo 
El respoundio qu'encaro oun se n' chôutabo, 
Que seriô be toujours o tens 
3o O se pèrcurà de tourmens 

Dins un boulountari esclobache ; 
Que rimèn èro un estourdit ; 
Que, pèr mal colculà lous detals d'un meinache, 
Ne fo souben de mal ourdit ; 
35 Mes que, pèr el. n'èro pas prou ordit, 

Sons i pensa lounc-temps, d'osordà l'obonturo, 
Pèr so qu'o l'esfournà se n' fo l'emboioduro. 

D'oqui lou poudion pas tira. 
L'Imèn el-mème, un jour, boulguèt s'obonturà 
40 De li faire cauque coussèrgue : 

O sous désirs lou troubèt tont reguèrgue 
Que, de despièch, se n' metèt o pleura. 
Onfi, quoique foguès toujours mémo respounso, 
O tout moumen rebeniô lo semounso ; 
45 Talomen pla, que, loiat d'oquel trin, 

Per tronchà court e ficsà soun destin, 
Cujèt fa tout d'un cop lou sermen temerari 
De jomai noun respoundre : Amen 
O cap de poncarto d'Imèn 
5o Escricho de ma de noutari. 

Encaro n'obiô pas oprés 
Qu'oun cal jomai jura de res. 
Sopenden soun ouro oprouchabo ; 
Quicon trebabo ol couben naut, 
55 Que sourdomen lou menossabo 

De lou réduire o fa lou saut : 
L'Imèn, picat de tont de resistenso, 
Noun pot pas supourtà l'oufenso. 
Portis coumo un furiùs e bo troubà l'Omour : 
60 « Bene, m lis dis. « implourà to puissenso 

« Countro un mourtèl qu'o l'insoulenso 
« De se trufà del joue que l'on porto o mo cour. 



153 



« Sons doute qu'o legit lo letro sotirico 
« Qu'o fourjado countr' iù lou Jubenal froncés. 
65 « Mes qu'es ocô ? Bei be, lou mal oprés, 

« Qu'obèn, molgrè Boileau, Diù merci, prou protico 
« E pourtant o lou torse ai perdut moun loti : 
« Toujours es preste o lo replico. 
" Ogacho tu de me lou coumbèrti ; 
70 « Car o tal poun uèi soun refus me pico 
« Que cal qu'iù crèbe, ou qu'el fago uno fi. 
— Praire, m li dis l'Omour, « te boutes pas en peno 
« Laisso-me fa, seras benjat : 
« Dins mens d'un mes, joust to codeno, 
75 « Beiràs lou rebelle renjat. m 

Cont oco's dich, l'efon, que n'es pas gruo, 
Monto ol couben per i faire recruo ; 

Ojèt lèu guinhat lou sujet 
Oue li coliô pèr romplî soun proujèt. 
So Debinhèt même o l'aire, oquel pichot espiècle, 
Qu'ôuriô mai d'obeluc pèr lou trimai del siècle 
Que pèr lou repaus del couben : 
E lou rusât s'i troumpo pas souben. 
Oprès ocô, fisàs-bous o lo Faplo. 
85 Que sousten que toujours soun uèl 

S'ocutourbo joust un bendèl ! 
Sus oquel fèt, pèr moi ! n'es pas cresaplo. 
Mes que te fo pièi lou pendart ] 
Pus fi, pus traite qu'uno cato, 
90 Que, pèr bous osorpà, bous flato, 

01 porluor, coumo pèr osart. 
Tout d'un cop fo troubà Richart : 
Oqui lou bouliô lou coumpaire, 
Pèr benjà l'ounou de soun fraire. 
95 Cèl ! cun oubjèt s'oufris o soun premiè regart ! 
Que bo debenî nostre sache ? 
O déjà bist, o trobèrs un grilhache, 
Coumo un espèsso de lugart 
Beluguejà sus un bisache 



154 



loo To fricaut e to rebelhat 

Que soun uèl n'es mirobilhat. 
Mos, serô près oqueste biache, 
Coum'un ôusèl ol trebuchet, 
Ou coumo l'onguilo ol crouchet. 
iû5 Trop sotisfach de lo figuro, 

Nostre home de l'esprit bol soundà lo tournure : 

Car oquel pount pèr el es impourtent. 
Oh ! cèrto, bèromen, be ne fouguèt countent. 
Onf», Richart o Lobideto 
tio (Car arc es tens de lo noummà) 

Foguèt senti cauquo floureto 
Qu'endebenguèt o lo chormà. 
Lou Diù nenou, que lou pèrt pas de bisto, 
Dis en el-mème, en lous regorden fa : 
ii5 « Courache, Imèn, bas trioumfà. 

« Te fau bou de dous cors que groussirôu to listo. m 
L'Orquïè menut coulis olaro un dart 
Dins oquelo diantro d'oigino 
Que porto toujours tras l'esquino, 
120 E lous trauco de part o part. 

w Lou cop es fach, » dis olaro lou drilho : 
« O tu lo balo, fraire ! Onen, béni dounc lèu 
« Pèr lous possà joust toun dropèu. i> 
L'Imen, ol grat de lo fomilho, 
ii5 Orribo, oluco soun flombèu. 

Lou noutari fo so pèrcuro. 
Lou tombour bat, lou solpètro broun^is. 
Lou nobi, sons autre sursis, 
O l'outèl counduis lo future. 
i3ù Lou cepelô lous benesis. 

Penden touto lo cèrmounio, 
D'equel jonti porel une dousso ormounio 
Exalte leu bounur e lou ceuntentomen. 
Lou pus tendre robissomen 
1 35 Sosiguèt lo noumbrouso e brilhonte ossemblade, 
Cent bejèt l'ocoumplissomen 



155 



D'oquelo uniù to desirado. 
Dins l'ecstaso d'oquel moumen, 
Besiàs de gauch plourà lou pèro ; 
140 Tont ne fosiôu lo sur, lou frèro, 

Car s'aimou be to tendromen 
Qu'oun n'ôu qu'un même sentimen. 
Que diren de lo bouno chèro 
Que desempièi troto tont o l'oustal 
145 Que semblo lou louchis del goulaut cornobal ? 
T'ai pas tout dich encaro, espèro : 
Pièi lous fiocs d'ortifice e lou joc e lou bal, 
E tont de pople, onfi, que courris o lo fèsto, 
Coumo los fedos o lo sal. 
i5o Ocô's be, me dires, un torriple boral. 

Un trigôs issourdous, un rette casso-tèsto : 
Es pla bèrtat, mes toujours rèsto 
Que, dins un porèl festenal, 
D'ocô, de l'autre, ou cal be faire otal. 
t55 Onfi, Richart embèrs l'Imèn es quite : 

Omb'el lounc-tems obiô founhat, 
Aies obio be rosou de fa lou regonhat, 

Pèr qu'en l'escouten pas to bite. 
En luoc de perdre o bel cop mai gonhat : 
160 O près uno moulhé romplido de mérite. 
De gront cor iù l'en félicite. 
Ocô's aro qu'o pla coumprés 
Que toujours, couci que tout bire, 
Lou proubèrbe es en drech de dire 
165 Qu'oun cal jomai jura de res. 



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156 



EpiTRO O AIOUN 0^lIG 



Lou que fo porlà lo mochino 
Qu'en potuôs opelon l'ourguino, 
Lou brabe Ogar, bostre omic e lou miù, 
M'es bengut dire, moun cher Priù, 
5 Qu'en benguen de Roudés, obiô fach un possache 
O bostre oustal, Qunt bous troubèt pla biù, 

Omb'un pan de flour sul bisache. 
Sons bous senti del tesicun de Tache. 
Ah ! posco ocô dura boun briù I 
\o Que dise 1 encaro obès, sou m'o dich, lou ccurache 
De bou' n' onà, tout soulet, cado jour, 
Bous possejà deforo lou bilache 
E pèr lous mases d'olentour, 
Souben même ol delà de bostre besinache. 
i5 Ocô me fo forso plosé : 

Sons m'ou fa renegà, sons doute, ou creirés-be : 
De menti siù pas dins l'usache. 
Couserbàs-bous, ol noun de Diù, 
Pèr bous d'obort, e pièi pèr iù ; 
2o S'onabes en obal, trop me foriàs soufrache. 
Item, m'o dich que bostres cats, 
Qu'obès talomen educats 
Qu'oun lour monco que lo poraulo, 
Dobalou pas jomai de taulo 
25 Que cont, coum'un mirai, ou fach lugi lous plats. 
M'o dich, onfi, qu'obiàs lo coumplesenso 
De me gordà toujours dins bostro soubenenso. 



- 157 - 

Counfourmomen o nostro coumbenciù. 
Otal bous die : countàs sur mo recouneisenso. 
3o Aro, ombé bostro permissiù, 

Bau dire un moût sus mo sitùotiù. 
Ai lous ginouls nousats, los combos enrelhados, 
Lous pès enredenats, los solos enclobados. 
Dins lo combro, tout soûl pode pas faire un pas, 
35 Sons riscà de toumbà de nas ; 

E cont marche dins lo corrièiro, 
Cal toujours, coum'un efontou. 
Que me menou pèr lo brossièiro ; 
Autromen, del bras drech me tene sul bostou, 
40 E del gauche m'orrape ol bras de lo chombrièiro. 
Omb'ocô, l'estoumac es bou : 
N'es pas pigre, digèro prou. 
E mes dens, cont fou l'exercice, 
S'oquitou pas mal del sèrbice : 
45 Encaro torsou lou croustou. 

Mes bous pode pas onà beire : 
M'es pla de fèr, ou poudès creire. 
Ogochàs de sèi dobolà, 
Bous qu'encaro o chobal. sou disou, mountàs pla, 

Ai ! cun jour de rejouissenso 
Per iù qu'ai to lounc-tens potit de bostro opsenso ! 

Un soûl moumen que boralhe ombé bous 
M'opetissorô mai qu'un plat de postissous. 
Qu'aurai plosé de bous entendre dire 
55 Oqueles colombours que font noïbomen 
EscuUàs, o cado moumen, 
Omb'un seriùs que fo crebà de rire ! 
Benès dounc, cher omic, benès sons tordà mai. 
Toutes dous nous fosèn en-lai : 
6ù N'espérés pas qu'oquelo Comordasso, 

Dount lou noun soûl romplis d'esfrai, 
E que despièi lounc-tens bèlho nostro corcasso. 
Nous fago dire odiù pèr toujours e jomai. 



— i58 — 

DIOLOGUE 
ENTRE LO MUSO ROUÈRGASSO E SOUN MÈSTRE 

SUL MORIACHE DE MOUSSU DE SORGOS. 



LOU MESTRE 



Dins lou tens que tout Milhau crido : 

« Bibo SoRGOs e soun imèn ! u 

Que fas, tu, Muso embèrbesido ? 

Diùriôs ou mens respoundre : « Amen, u 
5 As pôu de t'espounhe, pecaire ! 

Se te colio mena l'oraire, 

Ocô seriô be quicon mai. 

Onen, olèrto ! se te plai. 

Oplecho uno douplo guirlande 
\o Pèr oqueles saches ornons : 

Belèu de fa porèlho oufrando 

Serô pas lou cas de dech ons. 

LO MUSO 

Boules fa fi de mo cèrbèlo ] 
Cercàs toujours noubèl trobal ! 
i5 Pèr moi ! ses un ouriginal. 

Couneisès pas lo doumei5èlo 
Que SoRGOS meno o soun oustal ? 
Pintràs bous-mème oquelo bèlo. 

LOU MÈSTRE 

Nou : n'ouriô pas prou boun pincèl ; 
20 M.CS pode dire que lou Cèl 



i59 



L'o facho csprès pèr lo fomilho 
Ount de tout tens lo bèrtut brilho ; 
E qu'i bo pourtà de so sur 
E lo bèlo amo e lou boun cur, 
25 Omb'un brabe escach de romilho. 

LO MUSO 

Oh ! sons ocô laissou lo fillo ? 

LOU MÈSTRE 

Fi dounc ! Oquel proubèrbe es bas. 
De lo berquièiro on fo pas cas 
Dins un oustal que d'or fourmilho, 

3o SoRGOs cercabo uno mitât 

D'obort romplido de pietat, 
E pièi mens richo qu'oimopleto ; 
E bèrtut, richesso, bèutat, 
Tout ou roncountro en so beleto. 

35 Qu'o pla fach de l'onà côuji 

01 nis que troubèt Bolhôu5i ! 

LO MUSO 

Guinhèt pas mal, l'en félicite. 

LOU MÈSTRE 

Mes dema ben de Mounpelic : 
Se debèn conta soun mérite, 
40 Courriguen bite o l'otelié. 

LO MUSO 

Alèstre, tont bal que bous ou digo 
Ocô's pèr iù trop de fotigo. 
Pièi, bostrc potuos rouërgàs, 
Qu'o cauques-us tont desogrado 
45 Qu'ofectou de l'entendre pas, 

M'o rettomen descourochado ! 
Pèr qu'oun opreniàs lou froncés ? 
Dins bostre jouben, Diù morcés, 



\6o 



Bous tenguèrou be prou de mèstres ; 
5o Aies saique oimabes mai, pes chèstres, 

Del bouriaire ôu^i los leisous 
Ou del mojoural los consous. 
Bous, cresès pas qu'où sachou dire 1 

LOU MÈSTRE 

Eh be ! pièi, cresès qu'iù me n' bire 1 
55 Eles sabou pas mos rosous. 

O mous bèrses ai bist sourire 
Lous Golis e lous Rebourguils : 
Lour sufrache me diù sufire 
E m'ormà countro lous bobils. 
6o Courache dounc, béni, mo Muso ; 

Cèrques pas pus de desencuso, 
Oisô serô pel dorniè cop. 
Béni, te retendrai pas trop ; 
Segoundo l'ordou que m'onimo. 



65 Fort pla. De bielhun trontoulàs, 

E boudriàs courre oprès lo rimo, 
Coumo fosiàs dins bostro primo ? 
Colàs-siau, besès que rebàs ! 

LOU MÈSTRE 

Calo-te, tu, tros de bobardo ! 

70 01 nas me mounto lo moustardo, 

Cont me parlos to sotomen. 
Se m'escoutos grociÙ5omen, 
Coumprendràs qu'esten de lo bilo, 
Poudèn pas gaire, bounomen, 

75 Tene nostro lengo immoubilo 

Dins uno tont bèlo oucosiù. 
Oprès ocô, te siù côuciù, 
Ou pos creire sus mo poraulo. 
Que jomai noun t'emplègue pus : 

80 Del mestiè couneise l'obus. 



— i6i - 



Seriô pla tens, bièlho codaulo, 
Qu'obondounèsses un trimai 
Que bous seco coum'un cremal. 
Aies lou mendre efon bous enjaulo ; 
85 N'obès pas cap de tenesou : 

Toujours rimorés pauc ou prou. 

LOU MÈSTRE 

Qu'as pla lou doun de me desplaire ! 

Ou mens, se bos pas res pus faire, 

Bai lour dire oiso simplomen : 
90 « Joubes chormans, esprèssomen 

« Oici moun bièl Mèstre m'emboio, 

« Per bous faire part de lo joio 

« Qu'o de bostre countentomen. 

« Bibès d'ocordi loungomen ; 
95 « Que de bostro dousso codeno 

« Res n'enromboulhe lo centeno ! 

ff Que lo tramo de bostres jours 

« Siago fiolado peis Qmours ! 

« E que lo traito que nous trousso 
ICO « Ne benguo pas troubla lour courso 

ff Enquiô qu'ojés mièch pan de mousso ! » 



^JiXv 



M 



102 — 



EPITRO OL PÈRO BENANSO, 



COPUCHIN O NOSTRO-DAMO D OURIENT, PRES SENT-SORNl. 



i5 



Omic, o lo focillitat 
Ombé loqualo fa3 tous bèrses, 
On bei quz siôs l'efon gostat 
Del Mèstre des sobens trobèrses. 
Que bei suossanto-seche ibèrs, 
Noun pot se flotà de H plaire : 
E, pèr molur, ocô's moun cas. 
Escuso dounc se pode pas 
Te faire uno longo rimalho, 
Pèr respoundre o toun coumplimen, 
Que pel segur n'es pas de palho. 

Pèr qu'i sèn, un pauc coqueten 
Sus un suchèt que mz trobalho : 
Digos-me, noun coumprene pas 
Coucî, tont joube, tont oimaple, 
Pouguèros, gront tolibournàs, 
Sons beire pus luèn que lou nas, 
Te coubri d'un copouchounàs, 
D'uno cordo, d'un bolondràs 
E de tont d'autres orïàs 
Que, pèr mo fe, fou pou ol diaple. 
Porlen pauc e que siago bou : 
Que dises, cont contos Motinos î 
Nojilhos coum'un loup-gorou ; 



— i63 — 

25 Pièi creses de faire milhou 

En te grotilhen los esquinos 
Ombé cauque tros de bùisou ! 
lù crese que fas doussomen. 
Ouriô de tu pla pauro idèio 

3o Se disiôs que, pèr cnà '1 Cèl, 

Se cal mètre coum'un curbèl, 
Ou nègre coumo chiminèio. 
Omic, fiso-te [n'] o bièl cat : 
Fai cauque cop, dedins l'olcobo, 

35 Cauque poulit bèrs d'omogat. 

Se jomai lou gordien lous trobo, 
Digos-i, d'un toun de pietat : 
« Pèro gordien, Âve Maria ! u 
El boudrô pas [cap] d'autro probo 

40 Car iù sabe que, chez bous aus. 

Un pichot aire d'ipoucrite. 
Un uèl boisât, un dous pèrpaus, 
Ten lioc de tout autre mérite. 
Lou tens me coupo lou siflet. 

45 Ouriô boulgut pèr te respoundre, 

Te fa quicon de poulidet, 
E pièi l'ôuriôs pouscut refoundre, 
E ou conta sul flojoulet : 
Mes, pèr molur, l'ache m'empacho. 

5o Tu portos pas lou piol-foulet, 

E iù porte griso moustacho. 
Escuso dounc, se, simplomen, 
E tout pie de recouneisenso. 
Te déclare sincèromen 

55 Que siù fier de to couneisenso. 



^Ji^cv^ 



164 — 



RÉPONSE DU PÈRE VENANTE 



i5 



Gracieux peintre des Saisons, 

Heureux émule de Virgile, 

O toi, dont la Muse facile 

Chanta les oergers, les moissons. 
Sois mon guide, Peyrot, et ma Muse animée, 
En t'imitant, pourra célébrer les Troupeaux, 
Les amours des Bergers, leurs combats, leurs traoaui. 

Et le partage de l'année ; 
Peut-être alors, fameux dans les hameaux. 

J'égalerai ta renommée. 

Tel on voit un cep tortueux 

Languissamment ramper sur l'herbe ; 
Mais, appuyé sur un tilleul superbe. 
Le cep et le tilleul s'élèvent jusqu'aux Cieux. 

Docile aux lois de l'austère sagesse, 
C'est d'elle que tu tiens ta lyre et ton pinceau. 

Au ton badin de Ducerceau, 

Tu joins la force, la noblesse 

De Despréaux et de Rousseau. 
Dans leurs écrits, tu puises l'élégance, 
Les deDoirs du Poète, et ceux du Citoyen, 

L'amour du v»rai et la décence. 
Ils furent ton modèle, et tu seras le mien. 



^Jjîiilv 



i65 — 



COUjA-pLlfAEJi O AlOUSSU DE BOUNALi, 



MAIRE DE MILHAU 



Bous que del Mèstre Copeirou 

Fosès lou pus louaple usache, 

Oicî sèn, Miquèl e Jonou, 
Pèr bous pregà de soufrî nostre oumache : 

Boulgàs nous faire oquel ounou. 

Sèn de lo classo lo pus pauro, 

Oco's bèrtat ; mes sobèn prou 
Que, s'estimàs l'ounèste orne senhou, 
Mespresàs pas noun plus lou brabe orne que lauro. 



^JiXv 



— i66 



OURIGIJ^O DE LO fORONDOLO 



i5 



25 



Olèrto, olèrto, coumponhous ! 

Cal dégourdi lous combojous ; 

Lo forondolo onuèch se donso. 

E bautros, filhos, otobé , 

Ornescàs-bous coumo coumbé ; 

Cal, dins uno ouro, èstre en codonso. 

E bous obèrtisse d'obonso 

Que lou sol es rette fongous '• 

Se fourbiabes pas lous tôutasses, 

Degolhoriàs lous sobotous, 

Omai croutoriàs lous debasses. 

Mes, me dires : « Es pla fochous 

« Qu'onuèch fago pas ges de luno ! 

« Cal nous beiro, cont donsoren ? 
" E se nous besou pas, cun suc i trouboren ? m 
Oh ! tronquilisàs-bous, onàs-lèi sons roncuno ; 

Car bous proumete que cadun 
Metrô, pel mens, o so fenèstro un lun, 
Pèr poude distingà lo bloundo de lo bruno. 

Onen dounc ! quitàs lou mirai, 

Onàs ronfoursà lou boral 

Que se meno ol tour de lo plasso. 

Déjà pleno coum'un fièiral. 
Ocô n'es pas so que bous emborrasso : 

Ses prou fachos o lo godasso. 

Aies o pèrpaus, cont n'es questiù, 



— 107 — 

Disou qu'un certèn mèstre Ondriù, 
Qu'oimabo rette \o boumbanso, 
E qu'èro lent o fa lo digestiù 
3o Cont obiô trop forcit lo panso, 

Imoginèt oquelo poucessiù, 
Que d'un pigre estoumac précipite l'occiù. 
En efèt, oquel exercice 
D'une purjo pot fa l'oufice, 
35 Pèr deborrossà lou tripou. 

Cont serîô pie coum'un bournhou. 
Que l'istuoro siô falso, ou que siô bertodièiro, 
Oco's égal : es ou mens pla bèrtat 
Que de lo debouciù lebrièiro 
40 Lo junesso de tout estât 

Es toujours presto o sègre lo bonièiro. 
Entr'ôu5l batre lou tombour, 
Siago de nuèch, siago de jour, 
Un moinache, un filhou que sort de lo bressolo, 
45 Un nossou retroussât, un robossou de drollo, 
En courset blonc, en jupoun court, 
S'ofrairo d'un cotèt, siago poulit ou lourt, 
Qu'ombé lou moucodou, que serbis de brossièiro, 
Lo trigosso en souten de corrièiro en corrièiro, 
5û Enquiô que de sôuta siô trempo coum'un gourp. 
Ou que de se roussà l'un e l'autre siau lasses. 
Lou molur es que, dins lou tens 
Que brondissou lours pessomens 
En tournen cent cots sus lours passes, 
55 Lou bilèn, oquel fi cotas 

Que bol pèrtout mètre lou nas, 
Pèr poude fa sous côulets grasses, 
De lous sègre n'es jomai las. 
Mes, luèn d'oici, bièl goulordàs ! 
60 Sèi foras trop magre poutache ; 

Car tout lou mounde serô sache, 
E degus t'escoutorô pas. 
Otal siô. 



— i68 — 



DIOLOGUE 



ENTRE MIQUEL, DE MILHAU, E JONOU, DE LO BLOQUIEIRO, 
ONCIÈNS COMORADOS DE BOUTELHO. 



MIQUEL 

Ai ! Jonou, siôs oici ?. . . Bounjour ! 

JONOU 



Adiù, Miquèl. 



MIQUEL 



Coussi te n' bo ? 

JONOU 

Fau prou jougà le maiso. 
E tu que fas 1 

MIQUÈL 

Croustilhe lou contèl, 
Surtout cent es ounchat omb'un bricou de graisso. 

JONOU 

5 E n'as pas ouplidat d'estourrà lou goubèl ? 

MIOUÈL 

Pèr n'i lôisà pas res, ause lou cap bol Cèl, 

JONOU 

Otal te dich ; mes me n' boutou pas gaire : 



— 169 — 

Cal se n' pot uèi sorrà d'oquel sont olimen ? 
Pèr n'obeire un conou cal un plen poun d'orgen, 
tù Fouche ! ocô del Jolous pèr pauc qu'iù m'endorraire 
(Car d'usses cots on es pus olterat). 
Me n' tourne o lo Bloquièiro om lou folset curât. 

MIÛUÈL 

Lou paure tens pèr un pintaire ! 

JONOU 

Surtout pèr tu que siôs pas botejaire. 

MIQUÈL 

i5 Ni tu noun plus, siôs pas ôigossejaire. 

JONOU 

Pas malomen. 

MIQUÈL 

Cun ben soi t'o poussât ? 

JONOU 

Encaro qu'ojen fort o faire, 
Coussi quicon me siù deborrossat, 
Pèr béni fa colsà los ègos, 
io Qu'èrou pè-nudos dempièi sègos. 

MIQUÈL 

Ocô's pia fach. Que loi se dis de nôu ? 

JONOU 

Te dirai pas d'autro noubèlo, 
Souncos que dobont-ièrc loi tromblaben de pou. 
Oh ! pèr mo fc l'ojèren bèlo : 
i5 lù t'ère ol comp ombé lou mojoural, 

Pèr mudà lou pargue d'oiral ; 
Obont que de claure los fedos, 
Coumo correjaben los cledos, 
Pus pallo que lo mort, lo fenno loi benguèt : 



\J0 



3o « Sèn perduts, Jan, sou me diguct ; 

« De beligons uno bando crûèlo 

« Es oici pèr nous ossoumà. — 
« Calo, baujo, » iù li dise, « as perdut lo cerbèlo. m 
Quite pourtant lou ccmp, pèr milhou m'infourmà : 
35 Troube, en efet, lous uns que noun fôu que bromà, 
D'autres que courrou s'estrema 
Dins cauco baumo ou dins cauco cosèlo. 
S'oqui n'obiô, Miquèl, pèr s'olormà ! 
Bautres oici n'ojères pas l'olèrto ] 



40 L'ojèren pas ? oh ! si fait, certo ; 

Ornai soun boun sodoul que cadun ne teniô, 
Cont dôu pertout nous rebeniô 
Qu'oquel desterminat courtèche, 
Que metiô tout o sonc, o fioc, 
45 Tout coumo l'orro causo obiô lou pribilèche 
De se troubà pèrtout sons se fa beire en Hoc. 
Se pot ocô. digos, sons sourtilèche 1 
Que que ne siague, oquel toundut monèche 
Al'esfroièt talomen, que, porlen pèr respèt, 
5o (Entre n'autres siô dich) lo fùiro m'otropèt. 
Morcès os suèns d'un maire fort obille, 
Dins un biral de ma Milhau fouguèt tronquille. 



Loi menas, pèr ocô, me semblo, un gront boral ; 
Cado jour ôu^èn dire : « Ou courounat Bounal. w 
55 Couci tontos d'ounours o lo mémo persouno 1 
Digos-me, se te plai, qu'es tout oquel trobal ? 



Parso qu'oquel crestio cado jour nous estouno : 
Tout so que fo, que dis, merito uno courouno. 

JONOU 

De deque los li fai ? Saique d'or ou d'orgen 7 



— 17' — 

MICUÈL 

60 Quioppé ! H n' tcndridu pas, ne gonho trop souben. 

JONOU 

De dcque dounc ? 

MIQUÈL 

De brabes brouts de roube ; 
Escobosson pèr el lou bièl ornai lou joube. 

JONOU 

Oh ! bai, folourt ! certo, lou bel presen ! 

MICUÈL 

Creis-ou, me trufe pas : suiban lo modo ontico, 
65 Se diù fa d'oquel buôs lo guirlande cibico, 
Qu'otal s'opèlo. 

JONOU 

Ai ! mous paures gorrits ! 
Oqueste rebiral be lour sacou de pits ! 

MIQUÈL 

Lo pigasso sul col, onon toutes pes bosses, 
E flic et flac, lous piolon toutes jusc'os osses. 
yo N'obèn pas sounco pou qu'o forso de tustals, 
De SOS ounours cont foren lo soulenco, 
Noun loi trouben que de mojenco. 
Mes, en tout cas, pèr li fa de rodais, 
Ouren de faises de secals. 
75 Jomai pèr oquel orne on ne sôuriô trop faire, 
Pièi qu'en tout e pèrtout se mostro nostre paire, 
E que belho sons cèsso ol bounur del public. 
Saique tout autre qu'el ne debendriô tisic. 
Es bèrtat. cal tout dire, o de bouns odujaires ; 
80 Mes d'oquelo modaisso el tei toujour lou cap. 

JONOU 

Cal pourtant qu'oquel ome ajo uno retto suco. 



\^^ 



MIQUEL 

Suiban qu'es joubenàs (car porto pas porruco), 
Te cal imoginà que sap e reire sap. 
Belèu pla luèn d'oici se n' trouboriô pas cap 
85 Qu'oun s'estimèsso urous d'opèrtegà ses sobres. 

JONOU 

Counto-me dounc côucuno de sois obros. 

MIQUÈL 

Ombé plosé ; mes, digos. n'as pas set ? 

JONOU 

Nou, qu'entr'èstre orribat n'ai begut un coupet. 

MIOUÈL 

Toun set es obouriù, Jonou ; touto to bido, 
90 As crenhegut rettomen lo pipido. 



Nous reprouchen pas res ; pèr fet d'oquel regart, 
Sobèn be que jomai siôs pas gaire en retart. 



Loissen ocô ; tournen sus oquel jour d'olarmos 
Ount, tout embobouchit, cadun preniô pèr armes 
95 Tout so que li beniô dobon : 

Lou sabre, lou fusil, le dalho, lou boulon, 
Lo destral, lou biges, e l'aste, e lo ficheuire. 
Que diriôs qu'erribèt dins oquelo bouldouiro ? 
Morchaben deus o dous, lou nople om lou bourgés, 
100 L'ortisan ombé lous pogés, 

Sens distincciù, sens preferenso, 
Cont, tout d'un cep, sus un mal-entendut 
De beuco en bouce respendut, 
Nous ben cauque soupsoun, dintron en mesfisenso : 
io5 Bai-te fa querre, oco cujèt 

DeboHsà toute lo troupe 



- t73 - 

E nous faire toumba l'un l'autre sus lo croupo. 
Mes que te fo Bounal, cont opren lou suchèt 
Que fosiô murmura touto lo poupulasso ] 
MO Se bo quilhà sus lo crous de lo plasso : 

Sul bûunur de lo pas oqui to pla porlèt 

Que, dins d'obort, tout lou bruch s'ocolèt. 
Bejo, Jonou, de cuno counsequenso 
Es d'obeire pèr maire un orne de prudenso : 
ii5 Sons el, belèu, sus lous dits et redits 

Que nous escôufabou lo bilo, 
01 lioc de courrî sus bondits, 
Onaben embrondà lo bilo. 

JONOU 

Ero prou dongièirous. 

MIQUÈL 

Escouto oqueste trèt, 
12.Û Que gostorô pas lou pourtrèt. 

Ecceptat peis impots dount l'ôu subrecorgado, 
Jusqu'oici nostro bilo èro fort inhourado : 
Lo preniôu presque pèr un mas, 
Parso que lo counèisiôu pas. 
125 Mes cèrtos uèi b'es to pla renoummado : 

Bounal, del crus de soun cerbèl, 
Ben de faire espeli cauque oubrache noubèl 
Qu'o fach rodmirociù de lo grondo ossemblado 
Deis ofàs del rouiaume o Poris ocupado. 
i3o Cal be, finalomen, que l'aje troubat bel, 

Pèr que bol que pèrtout serbigo de moudèle 
D'un juchomen modur, de prudenso e de 5èle. 

JONOU 

Ocô's be fort ! cal ou t'o dich î 

MIOUÈL 

Te n' bende pas : lo cau50 es pla seguro. 
i35 Pardiù ! l'Ebesque ou marco pèr escrich ; 



- ^74 — 

Lou Rei mêmes, lou Rei. que n'o fach lo lecturo, 
N'es estât to counten qu'où mondo pèr esprès. 
Cal ôu5orô de Alilhau fa mesprès, 
Oprès uno talo obonturo, 
140 Dount cado citouièn sentis l'escloboussuro î 



Me n' dises prou, Miquèl... En roullen lou poïs, 
Se côucun me disiô : c Dont tu biens, camarade ? >i 
Coussi U respoundriô, lo tèsto pla lebado : 
(( Dont je biens, mé dis-toi... î Dé Millau, que j'en sis. — 
145 rr Dé Millau, qu'il est-il 1 un trace dé bilage. — 

ff Trace toi-même, mal appris ! 
« Il est bile d'hounur, qu'on lé dit à Paris. 

(( Qu'est-ce ça... ton ficut parlage... ? 

(( Passe ton chemin, je té dis. 
i5o ff Si tu contugnes dabantage, 

(( Je té descare lé bisage. w 

MIQUÈL 

Fort bien ! s'uèi sèn pas fiers, n'ou seren pas jomai. 

JONOU 

Ah ! qu'où serion be'ncaro mai, 
S'èro bèrtat ocô que me sou loisat dire. 

MIQUÈL 

i55 Eh ! que t'ôu dich, moustrou 1 

JONOU 

Sons doute bouliôu rire. 
M'ôu dich que d'aro en lai pogon pas ges d'impôt. 

MIQUÈL 

Pèr ou creire, Jonou, saique siôs pas prou sot. 
Tout pes boilets, e res pel mèstre 1 
Beses be prou qu'ocô noun pot pas èstre. 
j6o Te bau dire so qu'es bèrtat : 

Lou Rei, toujours pie de bountat, 



- 175 - 

Bol pas nous impôu^a cap de noubèlo cargo ; 
Mes lous cncièns impots, lous li pogorion pas ? 
N'escoutes pas oquel mounde que bargo. 
i65 Lou Rei se trouboriô dins un gront emborràs, 
S'èro pribat d'uno talo ressourso : 
Uèi cal que pague de so bourso 
Lous diùtes de sous dobonsiès... 

JONOU 

Èrou dounc de grons despensiès ? 

MIQUÈL 

\jo Ornai, coumo lour biondo èro fort dispèrsado, 
Coliô, pèr forso mas, que fouguèsso omossado ; 

E, pormi tontes d'emplegats, 
Se n' troubabo qu'cbiôu lous dets fort empegats. 

JONOU 

E lo penjabou pas, oquelo bregondalho ? 

MIQUÈL 

175 Oh ! penjou be souben lo bouluro rocalho, 
Mes jomai lous grosses filous. 
Que fou lug'i de pigolhous. 

JONOU 

Digos aro que fo lo Combro nociùnalo ] 

MIQUÈL 

Bol que toutes lous bes, sons n'ecceptà pas un, 
180 Pagou lo talho generalo ; 

Ocô rondrô d'orgen un fun. 
E d'un autre coustat, lous copelès, lous noples, 
Pèr ojudà lou Rei, bendou jusc'o lours moples. 
Tont d'autres, otobé, sons counta lour degut, 
185 Oufrissou de lours founs lou cart del rebengut. 
Talomen que, belèu, possat oquesto onnado, 

Nostro tacso sero bèrmado. 

Se sabes qu'i sèn en fobou ! 



— \j6 — 

JONOU 

Baste, Miquèl ! Res de tont bou ! 

MIQUÈL 

190 Pèr ci-dobont, lo relho èro fort mespresado, 

Oquelos grosses gens, qu'oun fou d'autre rnestiô 
Que de se diberti, monjà, biùre, se jaire, 

Nous counsiderabou pas gaire. 
Sons nautres, sopenden, de fon tout peririô. 



195 Es be segur, to mal lour onoriô ! 

Nostre ritou, l'autre jour, me disiô 
Que lou Rei d'un pois que s'opèlo lo Chino 
Estimo talomen del lôuraire l'ôigino, 
Qu'el mêmes pren l'estebo e n'es pas bergounjous 

2.00 De rebirà lo tèrro e trossà de silhous. 



Aro, se bos, bau reprene l'istuoro 
De nostre Millobés que s'es coubèrt de gluoro. 

JONOU 

Pas d'aro. un autre cop : es tart, me n' cal ona. 
Déjà lo rajo es trescoulado ; 
2o5 Serô be jour folit, obont que d'oplonà. 
Se tordabe trop o tourna. 
Me foriô brobejà de touto l'oustolado. 
Mes so que me n' as dich lou me fo tont oimà 
Que, pèr n'oprene mai, soi tourne oprès-demà. 



210 E be ! t'espère ; ôuren uno lebado. 

Que del milhou cal que siague orrousado ; 
E se lo fenno. o soun ocoustumado, 



V. it)5. Ophnà, arriver au plateau, sur le Lar^ac. cù est situé le hameau 
de La Blaquière, qu'habitait Jonou . 



— 177 — 

Nous crido : « 01 diaple lous gourmans, 
« Que sou toujours ôicî seans ! w 
21 5 N'esculloren uno grondo rosado, 

E li diren : « Santé, pauro descobestr'^-'ri ! 

w N'escouton pas d'uno saumo lous brons : 

M Oici sèn dous brabes efons 
M Que nous trufon de lo mal moridado. m 



220 Boun ! Se los boulion escoutà, 

Tout escàs l'ôujorion tostà ; 
Lo nostro oqui dessus èro desourdounado : 
Gracio o cauques tustals, aro s'es osegado. 

MIQUÈL 

Tont pis ! cal rire e noun pas lo tustà. 
225 Mes sons trincà, Jonou, possà mièjo-journado ! 
Ocô's ountous ! ou mens te n' ones pas bontà. 

JONOU 

Bouto ! nous reforen, omai sons gaire esta. 



^XXv 



li 



,7» - 



GOU^IPLIA^EN 



D UN FRONC POTRIOTO O L AUBRE DE LO LIBERTAT 



Aro dounc te tencn, oimaplo Libèrtat, 

Que to souben, en grond'poumpo onounsado, 
Noun poressiôs que de glissado, 
Parso que, sus toun drech {quoique pla décrétât), 
5 Entre moustra lou nas, èros countroriado. 
Oqueste cop, onfi, belèu serô bèrtat 

Que pèr toujours ôicî t'ôuren ficsado, 
E que, dins tous trobals, seras pas pus joinado. 
D'oquelo qu'odouron l'ogusto mojestat 
lo Ben d'estopli soun trône ol bel mièch de la plasso, 
Dount beirô d'aut en bas tout ocô que se passo : 
Sons cesso te tendre toujours o soun coustat, 
Ofi d'èstre tout preste o bolhà lo repasso 
01 premiô qu'ôu5ori6 soulomen essojà 
i5 De te benî trocossejà. 

Solut, aubre puissent, dount los bèlos rocinos 

Del lac de Coroun sou besinos, 
E dount lou bounet rouje es presque de nibèl 
Ombé los plonetos del Cel ! 
zù Sèn toutes bien chormats de to grondo prestenso. 
Déjà tout es en moubomen, 
Pèr te morcà so joio e soun countentomen. 
Déjà lo forondolo o toun ounou se donso : 
Cadun, pèr fa lo roio, o douplat so pitonso. 



— 179 -^ 

i5 E milo gorgolhols fou sons cèsso en corus, 
Del fomus Ça ira rounflà lous iatus. 
Que benès o pèrpaus orrestà lo licenso 
ûu'o. joui noum de to filho, ougut l'impèrtinenso 
De faire impunomen sous criminels trofics ! 
3o Aro es tens, ou jomai, que ne tires benjenso : 
Fico-li me de brabes pits. 
D'un bosc socrat, autres cots, lous gorrits 
De Jupiter rondèrou lous ouracles. 
Tu foras uèi lou pus gront des miracles, 
35 Se, sonsiple os malurs que desolou l'Estat, 
Sabes troubà lou biais d'escortà lous oustacles 
Qu'empachou lou retour de so tronquillitat. 
Te suète, en otenden, joio e prousperitat. 



>/JlXV 



- i8û 



LO GOLO DES TROBOLHODOUS 



O MOUSSU BOUNAL (l) 



Saique cresiàs, Moussu lou Mèstre, 
D'aro en lai, sons soucî, de bous golominà î 
Toncàs-bous : ol goubèr bous obèn bist trop dèstre, 

Pèr qu'otal bous loissen onà. 
Boudriàs trop lèu bous descopèirounà. 

N'ojc's pas de talos pensados. 
Car, pèr lou mens, encaro dos onnados, 
01 même picodîs, per moi ! bous cal tourna ; 

E s'omb'ocô ne ses pas quite, 

Prenès-bou'n'om bostre mérite. 



^jiX\^ 



(0 Cette pièce est de lygu, ce qui explique la suppression de la particut 
devant le nom de AV. de Bonald, alors maire de Millau. 



i8i — 



GOUMPliI^lEJ^ 

FACH O L'AUBRE DE LO FROTÈRNITAT. 

PÈR LO COUMUNO DE POLHAS, LOU 29 DE JUIN 1793. 



Aubre de \o Frotèrnitat. 
Que ses bengut dins oqueste bilache 
Pèr i mentene l'ordre e lo tronquillitat, 
Solut, ounour, joio e sontat ! 
5 Toutes, tontes que sèn, de tout piol, de tout ache, 
En porfèto councordo e bouno boulountat, 
Bous benèn oufrî nostre oumache 
E dep6u5à, joust bostre oumbrache, 
Tout lebon de roncuno e d'onimousitat ; 
\o Morcés que, sons lo coritat, 

Que del solut es lou pus ferme gâche, 
01 dire del douctou de lo jontillitat, 

Cont, coumo nostre sent Potrou, 
\5 De los flamos sul gril endurorion l'ordou, 
Jomai noun ôurion part ol céleste eritache. 
Nople gean, bous demondon pèrdou, 

Se, molgrè bostre gront coursache 
Nous sentèn pas sopenden lou courache 
20 De bous trotà d'aut e puissent senhou. 

Oquelo colitat suplimo, 
E dount lou nople es to jolous, 
Quai lo meritoriô, bel aubre, mai que bous. 



l82 



Pèrqué de Soulo-Croup onàs touca lo cimo, 
25 E que n'obès qu'o faire un jet de plus 

Pèr èstre de nibèl om lou roc de Quèilus ? 

Mes oquel titre, autres cots ounouraple, 
Es bengut tout d'un cop to lourt. to mespresaple, 
Qu'es defendut même de lou pourtà. 
3o Bous serô pus glourious de bous poudé bontà 
D'èstre lou proutectou d'oquesto poupulasso, 
Que crido o bostre entour, o plec de gorgomel : 
n Gront Diù ! bous que del naut del Cèl 
« Besès tout so qu'oici se passo, 
35 « Prenès suèn, se bous plai, del Citouièn noubèl 
« Que presido lo pas, quoique mut, sus lo Plasso. 
« Que los arnos, jomai, noun traucou lou bounet 
« Que li coubris soun blount toupet, 
« E que, de cent ons, lo pigasso 
40 « Noun li toumbe sus lo corcasso ! 

« Otal, belèu, tont que biùrô, 
« Da so missiù l'oubrache durorô. 
« Otal sio. w 



>/JlXV 



i83 — 



LO BESpRADO SOUBÈRT^OUSO 



DIOLOGUE ENTRE JONETO E MORTROU, DE POLHAS. 



JONETO 

D'oun loi bcnes, Mortrou 1 Siôs touto esfolenado. 

MORTROU 

Nou, jomai pus, Joneto, uno talo birado. 
Met-me \o ma sul cur ; bejô coussî me bat. 

JONETO 

Ai ! semble un botorèl. De que t'es orribat ? 
5 Cauco fedo t'es estoufado, 

Ou lou loup lo t'o correjado ? 

MORTROU 

Nou, mo chèro, oco's quicon mai. 
Que m'o côu5at un tal esfrai 
Que ne siù pas encaro romoi^ado. 

JONETO 

10 Digos dounc qu'es oco ; me fagos pas poti. 

MORTROU 

Osseten-nous joust oquesto bolsièiro ; 
T'ou bau countà de post o fi. 
Obal, ol bort de lo rebièiro, 
Ossetado sus l'èrbo, en gorden moun troupcl, 



- )84 — 

i5 Que se corrabo o plec en mièch d'uno rostoulho, 
lù coumensabe o gorni mo counoulho ; 
N'obiô pas ocobat d'espesî lou trochèl, 
Que, de detràs uno bicasso, 
Te solis un gros oumenàs 
2û Que pourtabo sul col uno grondo pigasso, 

E que, d'un toun brutal, me ben dire joui nas : 

f Que tu fais là, digo, droullolo 1 — 
« Fau paisse moun bestial, coumo besès, moussUr. 
ff "Et n'es-tu bouno patriote 7 — 
2.5 « Obbé pla bouno, pel segur. — 

ff Et, toute seulo oyci, tu n'as pas pur ? — 

« De qu'ôuriô pou ] siô poun moucrato ? - 
« Brabb ! brabb ! Se n'êtiés istoucrato, 
(( Tarlasamblu ! cette destral 
3o ff Té saquerait la tête à bal. . . m 

Certo olaro lo pou m'o talomen sosido 
Que, sons respoundre mot, me n' siù bite enfugido. 
En ogochen toujours se me beniô detràs. 
Urousomen m'o pas seguido. 
35 Se l'obiôs bist, oquel lourdàs, 

Saique séries estobonido : 
Obiô lo caro d'un Judas. 



As be pla fach de li replicà pas : 
Ôuriôs riscat d'èstre ôurejado. 
40 Cal tene lou bec claus, oquesto rebirado : 
Pèr obeire boulgut un pauc trop libromen 
Sus oquestes trimais dire soun sentimen, 
Mai d'uno es estado fretado, 

MORTROU 

Boulhasso ! eh ! que foren, se poudèn pas porlà ? 
45 Uno filho, gront Diù ! coundonnado ol silenso !.., 
Cun juche o pouscut rendre uno talo sentenso ? 

Oqui n'o pèr se desoulà. 
Coussi que, cont lou loup bendrô fintà lo jasso, 



i85 



Nous serô pas permés de H crida : Sùirasso ! 
5o Nous mentissio dounc, Bourtoumiù, 

Cont nous disiô que, dins lou libre 

Qu'opèlou lo Countestociù, 

Obiô legit qu'arometiù, 
De dire so c'on bol cadun seriô pla libre. 

JONETO 

55 Forso autres ou m'ôu dich : cal be que siô bèrtat. 

MORTROU 

E couro diù porestre oquelo libertat, 

Dempièi tont lounc-tens onounsado ? 



Que dises ? l'ou poun puplicado î 
Te souben pas qu'onton un mai fousquèt plontat 
60 O l'ounour de soun orribado 1 

E que, tont de nuèch que de jour, 
01 soun del pifre e del tombour, 
Lo sautairo fouguèt donsado 1 



Aro lou me ropèle, oquel jour pus jouial 
65 Qu'un dorriô jour de cornobal. 

Lôudat siô Diùs ! mo lengo es recreado. 
Ai ! que bo mena de boral ! 



Ogacho pèr ocô de ne pas faire estral. 

Coumben toujour que siago mouderado : 
jo Pot côu^a de molurs, cont es descobestrado. 
Porlen deis ofàs de l'oustal ; 
Porlen de pargues e de cledos, 
De bacos e de biôus, de moutous e de fedos ; 
O lo bouno ouro, oquî n'o pas de mal. 
75 Mes jomai noun porlen, ou porlen coumo cal, 
De tout so que se fo dins lo grondo ossemblado 



i86 



Del sort de lo potrio o Poris ocupado 
Que que nou' n' coste, onfi, nous bal be mai cola, 
Que de nous faire escopoulà. 

MORTROU 

80 Pardi ! lou crese... Ai ! biro-te, Joneto : 

Me troumpe pas, oiso's be mo Muceto ? 
Lo pauro ! Lasso de biolà, 
Pèr me cèrca sul serre es bengudo escolà. 
Béni me faire un poutounet, menudo. 
85 Pecaire ! as obut pou de m'obeire perdudo ? 
Pèr pago de toun ofecciù. 
Te bau faire un couliè roiat o lo nociù... 
Mes, Joneto, en porlen, me siù fort retordado ; 
Es ouro de nous seporà : 
90 Dempièi lounc-tens, lo rajo es trescoulado, 

Moun bestial es sodoul -, adiù, lou bau sorrà. 



E be ! boun suer, Mortrou, pèr que mal noun te bengo, 
Douno, tont que pourras, de relâche o lo lengo. 



^,:::-i:-v 



.87 - 



G O U Al p li I Al E N 



O UN PRIU, OUTUR. 



Pèr un autre que bous se rojabo Ipoucreno, 

Essojoriô de tira de mo beno 
Un coumpUmen pèr bous, moussu lou Priù. 

Ôuriô bel fa, iù seriô toujours iù. 
5 Me cal dounc countentà, sons perdre tont de peno, 
De me dire unimen bostre umble serbitou. 



>/JlXV 



«88 



BÈRSES 



O l'ÔUTUR de LOS GEOURGICCS POTUÈSOS (t) 



Jonti Peirot, que toun lengache 
Es élégant, dous e bodin ! 
Jomai Gôutiè ni Goudoulin 
N'egolèrou toun bodînache. 
Un bièlhart qu'opèlou lou Tens, 
Pauc-o-pauc dalho om so ropièiro 
Lou gront renoun d'oqueles gens : 
Oquel gourmant, o cots de dens, 
Rousigo lour bèutat premièiro. 
Cont o lo tiùno, durorô 
Tont quel poi:5;an cultiborô. 



^f^ 



(t) L'auteur de ces ucrs est inconnu. 



poésies françaiçes 



f* 



191 - 



LE CHEVALIER DE LA GRAG^OT^TE 



SEIGNEUR DES BAS-FONDS 



Nous soupions che^ M. l'Archidiacre de N..., lorsque 
cet inconnu entra subitement dans le salon, sans s'être 
fait annoneer. Nous fûmes d'abord frappés de son accou- 
trement gothique et de la façon singulière dont il se 
présenta. Feu Molière en aurait tiré bon parti. 

Il était si mal fagotté 
Du talon jusqu'à la crinière ; 
11 laissait pendre a son côté 
Une si traînante rapière, 
Qu'il ne lui manquait presque rien 
Pour figurer monsieur Viuien 
De la Chaponardière. 

Il acheva de lui ressembler par les expressions risibles 
avec lesquelles il expliqua le motif qui l'avait amené : 

Boici, Messiurs, un von bibant, 
Qui donne vien un coup dé dent. 
Le Chibalier de la Gragnotte, 
Pardon dé mon empressement 
Dont j'entre sans quitter la votte. 
Dieu mé gagne ! on m'a dit qu'ici 
La casserole aujourd'hui trotte ; 
Et moi que j'ai von ne^ aussi, 
Je biens mé mettre a table-d'hôte. 



— 19* — 

Après ce début, qui nous annonça une scène amusante, 
il alla saluer tous les conuiAjes l'un après l'autre, av>ec des 
contorsions si grotesques, que nous le prîmes pour un fou 
qui courait le pays. Cependant M. l'Archidiacre lui répon- 
dit qu'il lui faisait beaucoup d'honneur et qu'il souhaiterait 
aooir de quoi le régaler. Il continuait à lui dire des poli- 
tesses, quand notre homme s'asseyant brusquement à table, 
lui dit d'un ton le plus caualier : 

Tranchons bite les complimens ; 
Ça né fait que tarder la chose. 
Dé bien manger je mé perpose 
Et languis dé jouer des dents. 

Effectivement, il en joua si bien, qu'il ne faisait que 
tordre et aualer ; au point qu'un morceau peu mâché, 
s'étant embarrassé dans son gosier, faillit l'étrangler. Alors, 
se tournant du côté d'un jeune garçon qui servait, il lui 
demanda à boire en criant : 

Aïe ! Aïe ! lé morceau m'estrangole ; 
Porte-moi dé bin, petit drôle ! 

Ce petit accident donna lieu à M. de N... de le railleri 
un peu sur sa voracité. « Mâche^, mâche5 bien, lui dit-il, 
monsieur le chevalier ; rien ne vous presse, la table n'est j 
pas louée, m Le goinfre, qui crut qu'on le pressait de 
manger, répondit la bouche pleine : 

Comment ! que je né mange pas ? 
Eh ! j'ai pur dé manger l'assiette ; 
Regarde^ : elle est toujours nette. 
Quand je rencontre un von repas. 
Je fais hounur à tous les plats. 

Tout le monde riait sous la serviette de la façon dont 
il se servait de la fourchette. Il coupait d'abord la viande 
avec le couteau, de la main droite, la prenait de la 
gauche, l'enfourchait, l'apportait ensuite à la bouche avec 
toutes les deui, et la poussait de l'index jusqu'au gosier. 



- 193 - 

Mais nous ne pûmes plus nous empêcher d'éclater, lors- 
qu'il se mit à rire lui-même de toutes ses forces, croyant 
que l'air enjoué qu'il remarqua sur tous les uisages pro- 
venait du plaisir qu'il faisait à toute la compagnie, ce qui 
lui fit dire d'un ton niais et satisfait : 

Bibe d'être un peu dégordi ! 
iHessiurs, je lé bois bien, pardi, 
Vous rise5 dé ma uonne grâce. 
Dé ça n'en soye5 point surpris : 
J'ai resté six mois à Paris, 
Et, dans cette grande billasse 
Quand, comme moi, l'on s'est appris, 
Parblure ! il faut bien qu'on se fasse. 

Pour faire durer cette plaisante conuersation , M. de 
N... lui fit les questions suivantes : M. de la Gragnotte 
arrive donc de Paris ? Trouvait-il ce séjour agréable ? S'y 
plaisait-il î 

Perqué ! fort ce pays est veau, 

Toujours s'y fait réjouissance ; 

Et puis après, pour la mangeance, 

Dé buf, dé mouton, dé védeau. 

On fait plus meilleure bonvance, 

Cadédis ! qu'à notre château. 

Ah ! c'est, ma foi ! sans comparence. 

Et dans quel quartier était logé monsieur le Chevalier î 

Tout dé contre la velle place. 

Où boulie5-bous dounc que lougeasse 

Un houmé dé coundition 1 

Coume ma grande passion 

Sont les chibaux, sauf votre grâce, 

Proche eux j'étais en pension, 

A plein pied d'une salle basse. 

Où l'on tenait lur ration 

Et d'où l'on boit tout ce qui passe. 

Je bis un jour Sire lé Roi 

t3 



194 



Qui marchait dédans sa carosse 

Dé huit chibaui, qu'aucun, ma foi ! 

Né paraissait pas être rosse. 

Comment wous amusie5-v)ous à Paris ? Voyie^-oous di 
monde ? Vous n'étiej pas tout le jour seul auec les cheoaui 

Pardi non ! que j'auais l'hounur 
D'auoir toujours pour compagnie 
Lé maître-d'hôtel d'écurie. 
Quand il était dé uoune humur, 
Il caquetait comme une pie ; 
Il abait tant lu dans sa bie, 
Qu'il sabait l'almanach par cur, 
Jean-dé-Paris, Richard-sans-Pur, 
Et d'autres libres dé science, 
Dont j'écoutais la piendisance. 
Ça m'a donné l'élèbement 
Et la tournure d'élégance 
Que se montrent présentement 
En face dé botre présence. 

Il me paraît, Monsieur le Cheoalier, que oous aoej biei 
profité à cette école ; mais uous ne vous bornie5 pas, sani 
doute, à la société des cheoaux et de leur maître-d'hôtel 
v)ous fîtes bien d'autres connaissances, et un grand nombr^ 
d'amis ? 

Des counaissances 1 des amis ? 

Moi ? J'en abais tant que, sandis ! 

Je né sabais pas où mé mettre, 

Que je n'en bisse nuf ou dix. 

Quand je coumençais à paraître. 

Notre boisin le sabétier, 

Aussi quatre garçons du maître, 

Criaient à force dé gosier : 

n Boici Monsiur lé Chibalier ! u 

Dès aussitôt, pour mé counaître. 

Bous entendiez tout lé quartier 

Dire, en sourtant à la fenêtre : 



— 195 — 

« Béne5 boir la oelle façoun 

« Dé ce gentilhoumé gascoun ! u 

Et tous les passants dé la rue, 

En entendant noummer mon noum, 

Dé moi bénaient aboir la bue. 

Cela n'est pas surprenant, Monsieur le Cheoalier : oous 
étie5, sans doute, magnifique en habits, en équipages ; 
vous uous faisie5, d'ailleurs, remarquer par votre figure 
intéressante et votre air noble 1 

Perqué ! j'abais l'habillement 

Que fit moun père au régiment. 

Aussi sa beste galounée 

Que lé tailleur m'abait tournée. 

Mais, pour dé boiture, néant : 

Ça mène un bruit trop turbulent. 

J'ai ma jambe asse^ dénouée ; 

Quant à ma figure, braiment, 

Elle n'est pas mal façounée ; 

Je crois même qu'en ce moument, 

Elle est asse^ illuminée. 

Ça né serait pas surprenant : 

J'ai pinte coume un Allemand. 

M. votre père a servi, dites-vous. Peut-on vous deman- 
der, sans être curieux, en quelle qualité ? 
Il était un chibal-léger 
Dessus les baisseaux dé la mer, 
Dans une guerre dé vataille, 
Qu'il y risquait un grand danger ; 
Car il n'abait d'autre bitaille 
Que quelque biscuit pour manger. 
Ils étaient après si méchants. 
Tous ces bipères d'Allemands, 
Qu'ils tuaient tout par grand'malice ; 
Mais moun père qui eut von sens, 
Détrompa toute leur caprice 
En faisant coume l'écrébisse. 



I 

aurau 



— 196 — 

Quel cœur devait avoir M. votre père ! On ne lui 
pas fait impunément la moustache ? 

Fourqué ! s'il en abait dé cur ! 

Un soldat, pour lui faire pur, 

Lui vailla par trop d'imprudence, 

Un soufflet même en sa présence. 

D'abord, mon père, enbénimé. 

Sort son épée en diligence, 

En lui disant : « Bilaine engeance, 

« A présent que je suis armé, 

« Rébiens mé faire l'insoulence ; 

« Je té larderai d'importance, u 

Quand il lé bit tant animé, 

Lé drôle fuit tout alarmé ; 

Il counut bien la counséquence, 

Voyant qu'il né faisait pas von 

Abec un tel cur dé lion. 

Qui lui boulait trouer la panse. 

Quelles étaient les occupations de M. le Chevalier, à 
Paris ? Il y faisait apparemment les exercices qui 
conviennent aux personnes de sa qualité ? 

Pour se bien dégager les vras, 

Aussi les pieds, rien que la danse, 

Je té sabais faire ces pas 

Dé bourraye et dé contre-chats. 

Et toute l'autre manigance, 

Que j'aurais pu tenir lé val. 

Je jouais aussi du chibal, 

Et dé l'épée à l'admirance. 

M. le Chevalier, vous ne nous dites rien de la musique 
de Paris ; on dit qu'elle est si belle : raimie5-vous î 
l'avej-vous apprise ? 

Ah ! j'aimais fort lé bioulon. 
Quand il sounait du faux-bourdon ; 
Aussi l'instrument dé guitarre, 



— '97 — 

Celui-là qui fait drin, dran, dron, 
Entre les wouches du menton ; 
Je sabais tout l'air dé fanfare 
Dé mirontaine, mironton. 

C'est la romance de Malborough dont uous uoule5 
parler. Employâtes-uous bien du temps à l'apprendre ? 
Vous eûtes sans doute un bon maître : il n'en manque 
pas à Paris, mais ils sont chers. Combien v>ous en 
coûtait-il î 

Rien ; je né suis pas dans l'usage 

Dé payer pour un uadinage. 

Je mé l'appris d'un uon garçon, 

Qui se gagnait un joli gage 

Chej un monsiur du boisinage, 

Rien que pour tenir un cordon 

Par derrière son équipage ; 

Son nom s'appelait Picardon. 

Comme il jouait dans un uouchon, 

Abec d'autres faisant la bie, 

Moi, j'entre dédans sans façon, 

Et mé mis a lur coumpagnie. 

Picardon, qui bit mon enbie. 

D'entre dents sortit la chanson ; 

D'aussitôt je sus ma leçon, 

Il faut awoir les dispositions que oous aue^;. Monsieur 
le Chevalier, pour auoir appris tant de choses en si peu 
de temps. Que de talents ne réunisse5-ïious pas ! Vous 
êtes à la fois bon danseur, habile écuyer, grand escrimeur, 
excellent musicien, et par-dessus tout, poète admirable ! 
Depuis que oous êtes entré ici, v>ous ne nous av>e5 parlé 
qu'en wers, sur-le-o-hamp et sans préparation : il paraît 
qu'ils ne vous coûtent guère ] 

Oh I pour ça, je les fais, les bers, 
Coume un foundur fait les cuillers. 
Cadédis ! je sabais les faire 
Dépuis lé bentre dé ma mère. 



— 198 



Quel dommage que uous aye^ resté si peu de temps 
Paris ! Auec tant de génie, vous aurie5 fait des miracles 
mais peut-être commencie^-uous à uous y ennuyer ? 

Non, que j'y serais plus resté ; 
Mais n'en coûtait trop dé dépense : 
Dix sols par jour ! en bérité, 
C'était trop fort pour la mangeance. 
Je mé plure, quand je m'y pense ! 
Ah ! si je n'abais pas quitté, 
Mon père dit en ma présence, 
Que, dans un an, j'aurais été 
Un grand prodige dé science. 

Voilà pourquoi il eut grand tort de v»ous en retir« 
sitôt, voyant les progrès étonnants que oous y faisiez 
Ce n'était pas le cas de regretter la dépense, surtout 
v)ous êtes fils unique. L'êtes-Y)ous, en effet 1 

Je lé serais sans une sur 

Qui se rencontre par maihur 

Natioe dé notre famille. 

Elle est sujette à la bapur 

Dé né bouloir pas rester fille. 

Nous la tenons dans un coubent 

Pour la pousser réligiuse : 

Elle né coûterait pas tant 

Et serait cent fois plus huruse. 

C'est ce que ma mère lui dit 

Pour son salut et mon profit. 

Mais elle est si capriciuse, 

Dé sa tête et dé son esprit, 

Qu'elle persiste à bouloir faire 

La même fin qu'a fait ma mère. 

11 faut espérer cependant qu'elle deviendra plus raison- 
nable : elle aurait trop mauvaise grâce de ne pas se 
prêter aux arrangements de la famille. Mais peut-être 
a-t-elle quelque inclination : il faudrait tâcher de la 
découvrir, pour y mettre obstacle. 



— »99 — 

Je sais. . . Non, je né lé sais pas ; 

J'ai scupçon dé quelque tendresse. 

Boilà pourtant un enuarras 
Pour une affaire qui mé presse. 

Cette obstination est fâcheuse. Vous songe^ sans doute 
à faire un établissement uous-même ; et, pour le faire 
plus aoantageur, uous uoudrie5 auparauant déblayer un 
peu la maison, n'est-ce pas ? 

Justement. Entre nous, démain. 
Je m'en bais renoourser chemin, 
Pour épouser en mariage 
Dé notre endroit un uon parti. 
Qui se troube dans lé bubage 
Par lé décès dé son mari. 

Oh ! ceci s'éclaircit ; je m'en doutais bien. Aue^-vious 
déjà passé le contrat de mariage î 

Nous n'abons que pouliçonné ; 
Mais c'est coume la même chose, 
Car dans la poulice on perpose 
Que lé countrat sera sinné : 
Je m'y fis mettre cette clause ; 
Et, si Dieu but, judi prochain, 
Monsiur lé curé, uon matin, 
Complettéra notre entreprise. 
Jugej, dans lé château, quel train ! 
En nous rétournant dé l'église. 
Nous trubérons la nappe mise ; 
Pleine dé chair et force bin. 
Dont ma «elle sera surprise. 

Nous sommes très persuadés, Monsieur le Cheualier, 
que rien ne manquera à uotre noce. Mais uotre future 
est-elle bien faite, riche, jeune ? 

Elle est un pu uorgne d'un œil ; 
Mais que ça fait 1 l'autre y boit sul. 
Je mé la prends par fantaisie 



— 200 — 



Sur la suie physionomie. 
Elle a d'adot dii mille francs 
Et dit aboir trente-six ans. 
Moun père dit qu'il faut cet âge 
Pour countraindre les junes gens 
Qui sont d'un naturel boulage. 
Boule^-bous boir lé coumpliment 
Que je l'y fis dé ma cerbelle, 
Débant sa face, en l'auourdant, 
Pour mé faire counaitre d'elle ? 

Très-vjolontiers : si oous av)e5 la complaisance de nous le] 
dire, nous l'entendrons auec grand plaisir. 

Lé boici. Silence un moument. 

Une uête, Mademoiselle, 
Qui berrait machinalement 
Dé botre œil droit lé manquement, 
Dirait que bous n'êtes pas uelle. 
Par défaut dé discernement ; 
Mais moi, que j'ai du jugement, 
Je maintiens que oous êtes telle 
Du soumet jusqu'au foundément ; 
Car dudit œil l'abugtément 
N'est au fond qu'une wagatelle. 
Lorsque l'autre y boit clairement. 
Aïe ! Aïe ! lé drôle, en ce moument, 
Dé l'arsenal dé sa prunelle, 
Dans moun cur lance une étincelle 
Qui lui cause un embrasement. 
Je puis donc dire hardiment 
Que lé souleil, aussi la lune, 
Ni que des étoiles aucune. 
Né dardent pas tant dé clarté 
Qu'en erhale botre ueauté. 
Lé grand point est, charrnante brune. 
Que bous boulie;; bouloir dé moi : 
Si bous dites oui sans rancune. 



Sans tourtillage et sans remboi, 
Je bous lâche à l'instant ma foi, 
Moun sort, ma bie et ma fortune. 
Et oien, Messiurs, c'est-ii uien dit ? 
C'est à Paris qu'on prend d'esprit. 

Il faut avouer, Monsieur le Cheualier, que oous y en 
av>e5 fait une bonne prooision, ou plutôt que v»ous av)e5 si 
bien cultioé celui que uous y apportâtes, que peu de 
personnes acquerraient, dans dix ans, les connaissances 
que vous y av)e5 acquises dans six mois. En uérité, uous 
êtes un phénomène. On est surtout stupéfait de 
l'étonnante facilité auec laquelle uous faites les uers : on 
dirait que uous tene^ à uos gages le maître du Parnasse, 
et qu'il n'attend que uotre commandement pour v)ous 
inspirer. Certes, vous ne deoej pas regretter ce qu'il 
wous en a coûté pour apprendre un métier où tant 
d'apprentis échouent. 

Que dites bous ? Quoi ! ça s'apprend ] 
Je n'ai jamais eu point dé maître : 
Ça mé bient naturélément ; 
Et bous poube^ uien lé counaître, 
C'est un doun du tempérament. 

Heureux tempérament ! don précieux que la nature ne 
fait qu'à ses plus chers fauoris ! Nous ne nous lasserions 
jamais de dous entendre. Monsieur de la Gragnotte ; 
mais il est déjà tard, et oous deï»e5 vous lever matin 
pour voler à l'objet qui vous a charmé. Alle^ prendre un 
peu de repos : nous vous souhaitons l'accomplissement de 
tous vos désirs. 

Cet original se leva aussitôt, prit un verre de Malaga, 
but à la santé de tous les convives, l'un après l'autre, et 
alla se coucher. Nous apprîmes de l'aubergiste que notre 
homme était parti au lever de l'aurore, monté sur un 
descendant du fameux Rossinante. 



ELEGIE GROTESQUE 



GHEYAlilER DE LA GRAG^OTTE 



A M"* DU CENDRON 



Fourmilière d'amours, de grâces et de ris, 
Jardin resplendissant de roses et de lys, 
Magasin de beauté, pépinière de charmes. 
Ne seras-tu pour moi qu'un réseruoir de larmes 1 
Oteras-tu toujours à ma fidèle ardeur 
L'espoir d'escalader les remparts de ton cœur ? 
En uain mes soupiraur, dans l'accès qui m'oppresse, 
Pour toi laissent couler des :5;éphirs de tendresse ; 
Qu'ils sortent en cachette, ou bien avec fracas, 
Insensible Philis, tu n'en fais aucun cas ! 
Ah ! puisque mes tourments sont sans espoir de trèoc. 
Que tout sache du moins le dépit qui me crèue ! 
Ours, lions, sangliers, arbres, rochers massifs. 
Déserts inhabités, et uous, antres oisifs 
Qui ne bouge5 jamais de la place ou oous êtes ; 
Forêts qui renferme^ toutes sortes de bêtes, 
Chantres mélodieux aux gosiers emplumés 
Qui chante^ ou siffle:;; sans en être enrhumés. 
Collines et wallons, marche-pieds des montagnes. 
Près, uignes, champs, guérets, coteaux, plates campagnes, 
Ruisseaux qui murmure^ sous un uert falbala. 
Que tout se taise, enfin : allons, silence là ! 

Or, aux quatre quartiers du monde sublunaire, 
A tout être existant et même imaginaire. 



— zo3 — 

A tout mâle et femelle il est fait à savoir 
Que, si je suis en pleurs et dans le désespoir, 
C'est que j'ai des raisons qui m'empêchent de rire. 
Et l'on en contiendra si l'on me laisse dire. 

Un jour de l'an passé, dans l'un des dou^e mois, 
De Philis à mes yeux uint s'offrir le minois. 
Et uoilà que mon cœur en deuient idolâtre : 
Il bat à triple croche, il fait le diable à quatre. 
Ce n'est pas surprenant, cette rare beauté 
Semble un phosphore, un astre, une divinité : 
Son oisage, son teint de couleur de noisette, 
L'ébène de ses dents en forme d'épinette. 
Sa peau de maroquin, sa taille de fuseau. 
Son oeil bordé d'anchois et v'xf comme un pruneau. 
Son œil, dis-je, saillant dans un lointain d'optique. 
De ses cheueui gluants le blond odorifique. 
De son front rétréci l'éclat majestueux, 
De ses ongles crochus les appas dangereux, 
Sa bouche de cristal qui s'unit aux oreilles. 
De son ne^ aplati les grâces sans pareilles. 
Tout en elle conspire a subjuguer un cœur. 
Le mien s'y laissa prendre, hélas ! pour son malheur ! 
Philis, qui fut toujours une de ces rusées 
Dont le ne^ est entré dans le cul des pensées. 
Quand les autres à peine en ont vu le museau. 
Comprit que dans ses lacs elle prendrait l'oiseau. 
Pour peu qu'elle feignit de devjenir sensible : 
On sent que le succès n'était que trop possible. 
La perfide, en effet, pour commencer son jeu. 
Darde, à brûle pourpoint, de sa prunelle un feu 
Qui pénètre à l'instant les replis de mon âme. 
J'ai beau crier : a l'eau ! pour éteindre la flamme : 
L'incendie a gagné. Mon cœur, déjà rôti. 
Ne sachant plus que faire, enfin, prend le parti 
D'être mis en hachis, en sauce, en marmelade. 
Au beurre blanc ou noir, en friture, en grillade, 
A la pistache, à l'ail, au persil, à l'oignon. 



— 204 — 

Pourvu que ma bergère ouore son bec mignon, 
Pour dire en ma faveur un seul mot de tendresse. 
Elle le dit, ce mot ! O torrent d'allégresse ! 
Quel scribe, dans mille ans, en eût-il le loisir, 
Pourrait sur le papier retracer mon plaisir ! 
De ma rate aussitôt tous les battants s'ouvrirent. 
De joyeui sifflements mes boyaux retentirent ; 
En un mot, dans mon cœur, s'il eût été fendu. 
On eût vu le plaisir à foison répandu. 

Mais, ô revers ! ô crime ! ô fortune cruelle ! 
De la perfide, hélas ! l'inconstante cervelle 
Tourne et me plante-là comme l'as de carreau ! 
Ma bile ne peut plus tenir dans son fourreau ; 
Et d'en mourir peut-être il m'aurait pris envie. 
Si les morts en mourant ne perdaient pas la vie. 
Mais aussi l'appelai-je au fort de ma douleur, 
Cœur de roche, serpent, crocodile trompeur. 
Inutile clameurs ! Dès ce jour, la tigresse 
Fait, sans aucun remords, faux bond à ma tendresse ! 
Serments, larmes, soupirs, rien ne peut la toucher, 
Que le soleil se lève, ou qu'il s'aille coucher, 
Que la lune soit vieille, ou qu'elle rajeunisse. 
Vers elle tous mes pas sont des pas d'écrevisse. 
Ah ! puisqu'à ces excès mes maux sont parvenus, 
Sorte5 de mon cerveau, torrents trop retenus. 
Pour noyer, s'il se peut, l'ingrate avec sa ruse ! 
Débonde5-vous, mes pleurs, et forcej votre écluse. 
Que bientôt une mer. . . Mais, non : reste^ dedans. 
Loin de nous chagriner, rions à ses dépens. 
Quoi ! la barbare ainsi jouirait de ma peine ! 
Ah ! bravons-la plutôt en sortant de sa chaîne ! 
De tes attraits, Philis, si je fus chatouillé. 
J'en fais cas aujourd'hui comme d'un clou rouillé. 
N'attends pas qu'à tes pieds jamais je me ravale : 
J'aimerais mieux cent fois être en proie à la gale. 
De tes fausses douceurs je reconnais l'abus. 
Adieu, Philis, adieu ; le temps passé n'est plus. 



2û5 



LE NOUVEAU BASSOJ^ 



Le frère de l'Auteur venant d'essuyer la petite «érole, fut uisite par un demi- 
bourgeois, qui. après lui avoir fait compliment sur sa convalescence, fit 
un tour dans la chambre, remarqua quelques instruments et quelques 
papiers de musique sur la table, et au-dessous, il aperçut une seringue qui 
venait fraîchement de servir. Il crut d'abord que c'était un nouvel instru- 
ment que l'Auteur avait acheté ; il le saisit, le mania longtemps. Le 
convalescent et un domestique qui était auprès de son lit, faisaient 
beaucoup d'efforts pour s'empêcher de rire ; mais voyant, enfin, qu'il 
le portait sur ses lèvres, ils ne purent plus tenir : ils éclatèrent ; ce qui 
fit apercevoir au visiteur que ce n'était pas un instrument à vent. L'auteur 
traita ce quiproquo de la manière suivante : 

Le Lundi-Saint précisément, 
Nous répétions tranquillement, 
Pour Pâques, certaine musique. 
Quand tout d'un coup notre Serpent 
Fut attaqué de la colique. 
Effet du maigre apparemment. 
Quoi qu'il en fût, un lauement 
De cette subite disgrâce 
Le déliera bénignement. 
Au bruit de cet éuénement, 
Arriue une antique tignace (i) 
Un magister, auec la face, 
L'encolure et l'accoutrement 



(0 Vieille perruque. 



— 2ù6 — 

D'un précurseur d'enterrement : {i) 

« Qu'est tout ceci 1 u dit-il ; « peut-être 

« Le drôle aura pris trop de bin ? 

« Pour la vouteille, c'est un maître. 

— Vous pourrie^ bien être devin, 

« Lui dit-on ; lorsqu'il est en train, 

rt II s'en donne, à ce qu'on publie. 

« Mais ce n'est rien : un anodin 

« A calmé l'ardeur de la lie 

(( Qui lui picotait le boudin. — 

— Tant mieux, dit-il ; oh ! la poutinguc 
« Dont vadinent les innorans, 

« Fait des miracles surprenants, u 

Voyant ensuite une seringue 

Qui, venant depuis un moment. 

De fouiller dans le fondement, 

Ne sentait pas le Saint-Domingue. 

Ni le Clérac certainement : 

« Oh ! oh ! dit-il, noubelle emplette ! 

« Quel est ce noubel instrument ? 

« Le sounera-t-on à la fête 1 

« Ceci m'a l'air d'être un vasson ; 

« Boyons : estuflons quelque son. » 

En disant ces mots, la ma5ette 

Vous l'embouche fort proprement. 

Mais quel est son étonnement ! 

Soudain, de la canule humide 

L'orifice, encore fumant. 

Exhale une vapeur perfide 

Qui l'excite au vomissement : 

« Ouf ! dit-il, quel soullèbement ! 

« Cette anche pue d'étrange sorte ! 

w Le joueur de cet instrument 

« Doit avoir l'haleine bien forte ! w 



(2J II était v)êtu grotesquement. 



— i-o-j 



LE PRIEUR DE PRADI^AS 

AU PROCUREUR SYNDIC DE MILLAU 



Supplément proso-poétique. 
A la trop succintc supplique 
Que j'adressai directement 
Au Syndic de la République, 
Comme je le fais maintenant, 
Pour mon cher et féal Bertrand. 

Monsieur, votre crédit est grand 
Ce premier point est sans réplique. 
Si le second l'était autant, 
Je ne viendrais pas si souvent 
Vous offrir indiscrètement 
Une requête pathétique 
En faveur du susdit client. 
Mais, je l'avoue ingénument. 
Ce dernier est un peu critique. 
Non que je craigne aucunement 
D'être éconduit honnêtement 
Par quelque raison sophistique : 
Oh ! non ; vous êtes trop galant 
Pour faire une réponse oblique. 
Comme le ferait un Normand. 
Permette5 donc que je m'explique. 
Je voudrais, pour cet aspirant, 
Obtenir un emploi décent. 



— 208 



Plus lucratif qu'honorifique. 
Mais, s'il n'en est point de oacant, 
Adieu l'espoir du postulant î 
Car peut-on raisonnablement 
Présumer, en bonne logique, 
Qu'un possesseur, encor uioant, 
Pour calmer l'ardeur famélique 
D'un trop empressé prétendant. 
Voudra descendre au monument ? 
Ce dénouement serait comique, 
Et uoilà l'inconoénient 
Que je redoute uniquement. 
Je vais oous dire, en attendant, 
En style caractéristique, 
Ce que c'est que le sieur Bertrand. 
Ce sujet que je uous indique 
Peut s'employer utilement. 

C'est un jeune homme intéressant. 
Bon à tout, pour peu qu'il s'applique 
Je puis en parler saoamment, 
Connaissant son fonds de boutique. 
Il est adroit, intelligent : 
Je oous le dis sincèrement, 
Et le redis plus amplement. 
Du pôle arctique a l'antarctique, 
Il n'est pas de meilleur enfant. 
Il a du goût, du jugement, 
De l'esprit, du discernement. 
Et connaît plus d'une rubrique. 
Toujours gai naturellement. 
Et, lorsqu'il le faut, flegmatique. 
Il regarde d'un œil stoïque, 
Le plus funeste événement. 
Il fait des v>ers facilement, 
Même dans le genre héroïque ; 
Mais, comme il est bon catholique, 
Et qu'il se règle sagement. 



— log — 

Il s'abstient scrupuleusement 
Du trop commun genre lubrique, 
De l'impie et du satirique, 
Dont les produits impunément, 
Sous un privilège authentique. 
Nous inondent comme un torrent 
Auec une audace cynique. 
Il parle aussi chrétiennement 
Le langage philosophique ; 
D'écrire sans faute il se pique. 
Orthographie exactement, 
Et ponctue admirablement. 
Il sait grammaire, rhétorique. 
Géographie, arithmétique. 
Déjà même assej de tactique 
Pour manoeuvrer passablement ; 
En un mot, en tout art en ique 
Soit libéral, soit mécanique, 
Il est instruit suffisamment. 
Il faut l'auouer cependant, 
Mon factotum de l'hydraulique 
Ne connut jamais la pratique : 
C'est qu'il redoute extrêmement 
L'usage du fade élément 
Qui tend la peau de l'hydropique. 
Il a, d'ailleurs, le cœur si grand. 
Si noble, si patriotique. 
Qu'il irait, en mineur ardent. 
S'il le pouvait légalement. 
Dans les carrières du Mexique, 
Se saisir de l'or suffisant 
Pour payer la dette publique, 
Qui ua faire notre tourment 
Jusques au jour du jugement. 
Si Dieu, miraculeusement. 
Ne nous envoie un spécifique 
Pour guérir radicalement 



H 



— Hù 



L'État du mal épidémique 
Qui s'accroît à chaque moment. 
Mais retenons de l'Amérique. 
Enfin, quoique l'ami Bertrand 
Soit digne d'un panégyrique, 
De défauts il n'est point exempt. 
Pour être en tout point uéridique. 
J'en oais citer un, en passant. 
Qui, peut-être, n'est pas l'unique 
Il a du goût pour la musique, 
Qui lui sert de délassement 
Après un trauail accablant. 
Qui le rendrait mélancolique. 
Jusque-là c'est bien canonique ; 
Alais, hélas ! malheureusement 
Il chante aussi déootemcnt 
L'ariette que le cantique. 
Ce qui n'est pas édifiant. 
A cela près, fort sagement 
Et sans profaner son talent. 
Dans la marche grave et lyrique 
De notre légion cioique, 
Il fait raisonner le serpent ; 
Mais de ce terrible instrument. 
Capable de rendre asthmatique 
Le poumon le plus excellent. 
Qui donne accès à la barrique. 
On ne tire qu'un son étique, 
Sans quelque peu de revenant : 
C'est ce qu'éprouve bien souvent, 
Celui dont je parle à présent. 
Pour corriger le sort inique 
Qui le traite trop durement. 
Veuille^; le camper promptement 
Sur quelque escabeau permanent 
De nationale fabrique ; 
Car il est las, finalement, 



De n'être qu'un clerc ambulant. 
Au reste, il n'est pas exigeant : 
L'émolument le plus modique, 
Dans son ménage domestique, 
Peut faire un heureux changement. 
Enfin, Monsieur, probablement. 
De sa besogne méthodique 
Vous aurej lieu d'être content. 
Voilà ce que uous pronostique. 
Sans aooir le don prophétique, 
Peyrot, votre humble suppliant. 
Qui porte sur sa croupe antique 
Le poids de quatre-uingt-un ans. 
Sans compter trois mois d'excédent. 



^JiXV 



A L'HONNEUR DE LA VIERGE 



PREMIER SONNET QUI REMPORTA LE PRIX 



Descende^ du séjour de l'immortalité. 
Anges ; wenej orner le char de uotre reine. 
Marie expire. Enfin son âme en liberté 
Vole à l'objet dioin où son penchant l'entraîne. 

Ton amour pour un Dieu que tes flancs ont porté, 
Plutôt que le trépas, Vierge, a rompu ta chaîne. 
Hâte-toi, dans le sein de la Diuinité, 
D'un exil rigoureux ua terminer ta peine. 

Mais, que dis-je ? déjà le monarque des cieui 
Te reçoit dans ses bras ; il étale à tes yeux 
Les plus riches trésors de sa magnificence. 

Rien ne s'oppose plus à tes chastes désirs : 
Tu bois dans le torrent des célestes plaisirs. 
Telle est de tes uertus la digne récompense. 



Fortis est ut mors dilectio. 



(Cant. Cant. 8) 



— 2l3 — 



DEUXIEME SONNET QUI REMPORTA LE PRIX 



iHère de l'Éternel et uierge toujours pure, 
Astre dont la splendeur ne s'obscurcit jamais, 
Chef-d'oeuvjre qu'ont formé la grâce et la nature ! 
Que tout ce qui respire eialte tes bienfaits ! 

De l'Ange séducteur la jalouse imposture 
Et du fruit défendu les funestes attraits 
Sur nos premiers parents et leur race future. 
De la réuolte, hélas ! imprimèrent les traits. 

Enfants infortunés, héritiers de leur crime, 
Pour apaiser du Ciel le courroux légitime, 
D'holocaustes en vain nous chargeons les autels ; 

Notre perte, Marie, était irréparable. 

Si ton sein n'eût porté la oictime adorable 

Dont le sang a fourni la rançon des mortels. 

llla percussil, ista sanavil. 

(S. Aug.) 



— 214 — 



TROISIEME SONNET 



Esclaoes malheureux d'un tyran détestable, 
Sorte3, il en est temps, de la captivité ; 
Par uos chants célèbre^ le moment faoorable, 
Où le Ciel contre oous cesse d'être irrité. 

Enfin il a paru, cet enfant adorable, 
Qui doit porter le poids de notre iniquité. 
Bénis soient à jamais, ô Fille incomparable, 
Tes flancs qui l'ont conçu dans ta virginité. 

Alais, tendre mère, hélas ! un étrange spectacle. 
Bientôt d'un saint uieillard (i) vérifiant l'oracle, 
Va réduire ton âme aux plus tristes abois : 

Tu verras ce cher fils, meurtri, chargé de chaînes. 

Pour sauver l'univers, répandre sur la Croix 

Tout le sang que ta chair a transmis dans ses veinesj 

Tuam ipsius animam perlransibil gladius. 

(Luc. î.J 



(i) Siméon. 



it5 



QUATRIEME SONNET 



N'espérej plus, mortels, que le Ciel s'attendrisse. 
Vous deoe^ tous périr, l'arrêt en est porté. 
En v»ain uous égorge^ le bouc et la génisse : 
De quel prix est l'encens qu'offre l'iniquité ? 

Hâte-toi donc, Seigneur ; achève leur supplice... 
Mais, non, suspends ta foudre, ô terrible Equité ! 
D'un Être souverain bientôt le sacrifice 
Expiera le forfait dont ils ont hérité. 

L'esprit-saint, dans les flancs de l'heureuse mortelle 
Que la grâce à tes yeux rend si pure et si belle, 
A préparé le sang qui doit couler pour nous. 

C'en est fait, elle est mère, et tu v»ois ta victime. 
Arme-toi, Dieu vengeur, frappe, confonds le crime : 
Le seul fils de Marie est digne de tes coups. 

"Holocauslum et pro peccato non postulasti, lune dixi : 
Ecce venio. 

(Ps. 39.) 



^j:-^:x. 



— 2X6 — 



COfABJk^ PASTORAL 

QUI REMPORTA LE PRIX 

Sur ces paroles : INSTRUIRE ET AMUSER 



Sur ces bords, où Syrînx, en roseau transformée, 
Trompa du Dieu des bois la poursuite enflammée, 
Corydon et Tityre, au retour des jéphirs. 
De la jeune saison goûtaient les doux plaisirs. 
Déjà d'un trop long deuil délivrant la nature, 
Phébus auait aux champs redonné leur parure. 
Déjà les papillons sur les fleurs voltigeaient. 
De rameaux renaissants les arbres se chargeaient. 
Et les chantres de l'air, sur de nouveaux feuillages. 
Faisaient de leurs amours retentir Us bocages. 
Daphnis n'était pas loin : au son du chalumeau. 
Sur leurs pas ce berger conduisait son troupeau. 
Il les rencontre assis sur un lit de verdure. 
Et s'arrête avec eux au bord d'une onde pure. 
« Que CCS lieux ont d'attrait ! dit Tityre enchanté 
« C'est ici que Lycas et Mirtil ont chanté, 
n Avec moi, Corydon, à l'ombre de ces hêtres, 
« Où luttèrent cent fois ces deux habiles maîtres, 
« A de pareils combats voudrait-il s'amuser î 
« Je sens tout le péril où j'ose m'exposer. 
« Au rapport des pasteurs de toute l'Arcadie, 
« De vos chants, autrefois, la douce mélodie 



— 217 — 

« Attendrit les rochers, entraîna les forêts ; 

« Fit, au temps des frimas reverdir nos guérets, 

« Arrêta les torrents dans leurs courses rapides, 

K Rendit les cerfs hardis et les lions timides. 

n On dit même qu'un jour, leur charme fut si fort, 

n Qu'ils se firent entendre au séjour de la mort, 

w Et rendirent, enfin, Palémcn "a la oie. 

« N'importe, uos succès irritent mon env>ie ; 

n Passons donc à chanter les moments du repos 

« Que, dans la plaine unis, nous laissent nos troupeaux. 

— Berger, m dit Corydon awec un doux sourire, 

n Pourrais-je me flatter de surpasser Tityre 1 

« Du Lycée au Ménale {x) il n'est pas de pasteur 

« Qui puisse se uanter d'être ootre vainqueur. 

« Je sais qu'on uous compare au cygne de la Thrace. (2) 

<t Ce défi cependant excite mon audace : 

« Je l'accepte. Daphnis, de grâce, juge^-nous. 

« Si Tityre y consent, le choix tombe sur vous. — 

« Je le ueur, » dit Daphnis ; « mais il faudrait d'a\3ance 

« Du plus heureux rival fixer la récompense, m 

A l'instant un bélier de festons couronné. 

Est, d'un commun accord, au vainqueur destiné. 

Muse, raconte-moi quels ravissants ramages 
Charmèrent les échos de ces heureux rivages, 

Tityre, le premier, fait entendre sa voix : 
Il chante la fraîcheur, le silence des bois, 
Le murmure des eaux, les doux présents de Flore, 
L'émail des prés, formé des larmes de l'Aurore, 
De la robe d'Iris les diverses couleurs ; 
Il dit enfin. Écho, le sujet de tes pleurs. 

Après lui, Corydon, qu'une savante fée 
Instruisit autrefois des plus beaux sons d'Orphée, 
Sur un ton élevé, mais d'un air gracieux. 



fi) Montagne d'Arcadie. 
(2) Orphée. 



2l8 



Chanta d'abord le Dieu qu'on adore en ces lieui ; 

Il dit les tendres soins qu'il prend de la houlette, (i) 

Ensuite il exalta les doux parfums d'Hymette. 

Sur ce fertile mont, de rosée et de thym 

L'abeille, au point du jour, fait un riche butin. 

Il dit l'art que Cérès apprit à Triptolème ; 

D'Hécate il célébra la puissance suprême ; 

Il décrivit son cours, ses phases et ses feux. 

Et toi, père du jour, dont le char lumineux, 

Dans un cercle embrasé, sortant du sein de l'onde, 

Vient apporter la oie et la lumière au monde. 

Tu fus aussi chanté : tes fécondes chaleurs, 

Ame de l'Unioers, font éclore tes fleurs. 

Chers présages des fruits que la riche Pomone, 

A l'aide de tes feux, nous prodigue en Automne. 

« C'est asse5, w dit Daphnis ; « bergers, uos doux accents, 

« D'un charme inexprimable ont pénétré nies sens. 

« Je dois, jeune Tityre, un éloge à ta i^use : 

n Elle est tendre et naïv»e, elle plaît, elle amuse ; 

« Mais ton riual l'emporte ; en plaisant il instruit ; 

« Il unit les deux points où tout l'art se réduit. 

« C'est trop peu d'amuser, il faut encore instruire ; 

« Sans cet accord parfait, l'un et l'autre peut nuire. 

« A tes uers, cependant, j'adjuge le bélier. 

« Jeune berger, un jour, tu sauras allier 

« L'utile à l'amusant, les ris à la sagesse : 

« Le goût doit te conduire à cette heureuse adresse. 

« Pour toi, chantre dioin, dit-il à Corydon, 

« Quitte, dès ce moment, les rives de Ladon ; (2) 

« Vole vers ces climats où des juges séuères, 

« Qu'Appollon associe à ses plus hauts mystères, 

« Exempts de préjugés, la balance à la main, 

« Des ouvrages d'esprit décident le destin. 



(i) Pan curât oves oviumque magisiros. Virg. Egl. 

CiJ Fleuue au bord duquel la nymphe Syrint fut métamorphosée. 



— 219 — 

« Va receuoir, berger, la digne récompense 

« Que ce fameux Parnasse au mérite dispense. 

« Dédaigneux ennemi des friooles chansons, 

« Il ueut qu'en amusant on donne des leçons : 

« Qui remplit son objet à ses dons peut prétendre, a 

C'est là que le berger alla se faire entendre. 
Des charmes de sa voix ces sages sont épris : 
Un oeillet immortel de ses chants fut le prix, (i) 

Omne tulit punctum qui miscuil utile dulci, 
"Lectorem delectando, pariierque monendo. 

(Hor.) 



^JiXv 



(i) Prii de l'Académie de Rode^. 



— 220 



LES DO^IS DU GIEL 

ET SES DISGRACES SUR LA PROVENCE, 

ou LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE COMTE DE PROVENCE {\] 
ET LE DÉBORDEMENT DU RHÔNE EN l 755 



Du père des saisons, au retour de Borée, 
Le char plus tempéré brillait sur la contrée 
D'où le Rhône rapide entraîne, aoec ses eaux, 
La Durance et l'Isère au sein des uastes flots. 
Sous ce riche climat, une moisson fertile 
Aux tranquilles plaisirs offrait un doux asile. 
« Lieux chéris, » dit le dieu qui répand la clarté, 
« L'unioers envùera uotre félicité, 
n Oui, d'un astre nouveau la Provence éclairée, 
« Verra le règne heureux de Saturne et de Rhée. 
« Puisse-t-elle, en goûtant cette insigne faveur, 
« De l'époux d'Amphitrite ignorer la rigueur 1 » 
Il dit, et ses coursiers poursuivant leur carrière, 
Dans le sein de Thétis vont plonger la lumière. 



(ij Louis XVIII. 



221 



Des riues de la Seine aussitôt mille ooix 
Font entendre en tous lieux que du sang de nos rois 
Jupiter a fait naître un Comte à la Prouence. 
Soudain la joie éclate aoec magnificence ; 
Le salpêtre s'enflamme et sillonne les airs ; 
Chaque instant offre aux yeux des spectacles dioers : 
Les fifres, les tambours, les hautbois, les trompettes. 
Et les clairons guerriers, et les tendres musettes. 
Exaltent a l'enoi cet enfant précieux, 
Qu'aux \3Œux les plus ardents ont accordé les Cieui. 

Tandis qu'à témoigner la plus oioe allégresse. 
Par mille jeux brillants, la Provence s'empresse, 
Le Rhône, de la joie admirant les transports, 
Et frappé d'un éclat inconnu sur ses bords, 
Oublie en ce moment que le destin séuère 
Du monarque des mers le rendit tributaire. 
Il hésite, il serpente, il ralentit son cours ; 
Il semble de Dédale imiter les détours. 
La Discorde l'obseroe, et médite sa perte, 
n Enfin à ma «engeance une uoie est ouverte, 
« Dit ce monstre cent fois enchaîné par Louis. 
« Quoi ! uerrai-je toujours tous les yeux éblouis 
« De la prospérité d'un roi qui me déteste ! 
« La tige des Bourbons, à ma gloire funeste, 
« De ses rameaux nombreux couvrant tous les Etats, 
« Rendra donc toujours vains mes plus fiers attentats ! 
« Aujourd'hui même encore, au bord de la Tamise, 
ff Par mes conseils, l'orgueil, la fraude, la surprise, 
« Contre les lys tramaient les plus hardis complots. 
« Mais à peine Albion, sur l'empire des flots, 
« Etale les projets de sa haine implacable, 
« Qu'aussitôt Richelieu, d'une ardeur indomptable, 
« Gravissant au travers des rochers escarpés, 
ff S'empare de ses ports sur l'Ibère usurpés. CO 



i) Mahon. 



« Ne puis-je renoerser ce trône inébranlable ? 

« Ah ! que du moins le Rhône, à mes yeux trop coupable, 

« Ressente les effets de mon dépit jaloux ! 

w Contre lui de Neptune excitons le courroux. » 

En prononçant ces mots, la furie infernale 
Fait briller dans ses mains cette torche fatale 
Qui des murs d'Ilion fit un triste bûcher ; 
Et grimpant au sommet d'un aride rocher. 
Elle appelle à grands cris le souverain de l'onde : 
n Quel sommeil te retient dans ta grotte profonde ? 
« Dit-elle ; éueille-toi, Dieu du frêle élément ! 
« Un fleuve audacieux te braue impunément, u 

— Achète, M dit le Dieu ; « nomme-moi ma uictime. » 
• — Le Rhône : il te refuse un tribut légitime. i> 

— Le Rhône ! juste ciel ! Tai-je bien entendu 1 

« Quoi ! l'ingrat porte ailleurs l'hommage qui m'est dCi ! 

« Un déluge nouveau punira cette offense. 

« Autans, déchaînej-uous, uolej à ma vengeance ; 

« Sur ce fleuve rebelle épuise^; vos fureurs ; 

« Du siècle de Pyrrha retrace:^ les horreurs, a 

A cet ordre soumis, les fiers sujets d'Éole 
Volent comme un éclair de l'un a l'autre pôle ; 
Des plus noires vapeurs leur souffle impétueux 
Forme au milieu des airs un amas monstrueux. 
Le soleil éclipsé sous ce voile funèbre, 
Annonce à l'Univers un désastre célèbre. 
La Discorde applaudit au présage fatal. 
Mais à peine Neptune a donné le signal, 
Que, des flancs ténébreux de la nue homicide. 
Sur les champs provençaux tombe une onde perfide. 
Qui submerge à la fois et jardins, et vergers, 
Et plaines, et vallons, et troupeaux, et bergers. 
Du plus faible roseau suivant la destinée, 
Le chêne est entraîné par l'onde mutinée. 
Ainsi que les hameaux, les superbes cités 
Sont les tristes jouets des torrents irrités. 
On voit flotter, au gré de leurs efforts rapides, 



— 223 — 

L'olioe de Mineroe et l'or des Hespérides. (i) 

Fuyant sur les coteaux, le pâle laboureur 

Voit la uague emporter les fruits de sa sueur. 

Aux flots impétueux, enfin, le Dieu du Rhône 

Est contraint de céder et sa couche et son trône. 

Leur fureur rompt ses ponts, ses digues, ses remparts. 

On en voit les débris flotter de toutes parts. 

Le Rhône de ses bords ua pleurer l'infortune. 

« Dieu du trident, u dit-il, embrassant ses genoux, 

« Que la pitié t'engage à retenir tes coups ! 

« Auant que d'assouuir la haine qui t'anime, 

« Daigne entendre du moins ce qui causa mon crime. 

« Sur ces champs fortunés que ta rage a flétris, 

« Un tendre rejeton de la tige des lys 

« Ramenait les beaux jours du siècle d'innocence : 

« Tout respirait la joie et la reconnaissance ; 

« Des feux purs et brillants s'élevaient dans les airs ; 

« Jusqu'au séjour des Dieux de ravissants concerts 

« Portaient l'auguste sang du plus grand roi du monde. 

« Te l'auouerai-je enfin, puissant maître de l'onde ! 

« De mes eaux cette pompe a suspendu le cours. 

« Si c'est un crime, hélas !... w Neptune, à ce discours. 

Dans son cœur apaisé sent expirer la rage, 

Et, loin de condamner ce qu'il crut un outrage. 

De son courroux aueugle il blâme les accès ; 

Et, pour en réparer les funestes effets, 

A jamais loin du Rhône il bannit les tempêtes. 

La Prouence aussitôt recommence ses fêtes. 



^Jiicv^ 



(0 La Prouencc produit quantité d'oUuiers et d'orangers. 



224 



LE GOAIAIERGE, 



POEME QUI REMPORTA LE PRIX 



Les mortels dans les bras de l'oisioe mollesse, 
Lâchement sous leurs toits renfermaient leur adresse ; 
Contents de se nourrir des plus sauuages fruits, 
Tant de leurs propres biens ils ignoraient le prix. 
Le Souverain des Dieux, du haut de l'Empirée 
Voit la triste indolence où la terre est liorée ; 
Il appelle Mercure, et lui tient ce discours : 
n Les besoins des humains demandent ton secours. 
« Descends chej eux, mon fils ; leur profonde ignorance 
« Leur cache les trésors que ma main leur dispense. 
« Apprends-leur qu'ils ont droit à tous les biens dioers 
« Dont ma magnificence a rempli l'Unioers. 
n Trace-leur, je le ueux, le chemin des richesses ; 
w Que pour eux le Commerce assemble mes largesses ; 
« Et qu'un échange heureux des plus lointains climats, 
« Leur procure des biens qu'ils ne connaissaient pas. a 
Il dit. Du Tout-Puissant le ministre fidèle, 
A la uoix de son père obéit plein de 5èle, 
Quitte le haut Olympe, et, plus prompt que l'éclair. 
Le caducée en main fend les plaines de l'air. 
Déjà le messager du maître du tonnerre 
Voit le calme honteux qui règne sur la terre. 
Et les mortels en proie à de pressants besoins ; 
A les en délivrer il applique ses soins. 



— 225 — 

« Accours, s*écria-t-il, père de l'abondance ; 

Commerce industrieux, viens chasser l'indigence ; 

D'un trop profond sommeil romps le charme fatal 

Et wenge l'Unioers d'un partage inégal. 

Il paraît : ô prodige ! à l'instant tout s'anime ; 

Tout s'eicite au travail : le repos est un crime. 

Chacun auec ardeur se range sous les lois 

Du Commerce honoré des Sages et des Rois. 

De la faveur des Dieux dans ce nouvel ouvrage. 

Dit le fils de Maïa, reconnaisse5 le gage ; 

Mortels, à leur désir ne vous refuse^ pas, 

Le bonheur vous appelle ; il germe sous vos pas : 

Hâte5-vous d'en jouir... Au reste, un nouveau monde 

Vous offre de trésors une source féconde ; 

Si vous ose^, bravant mille périls divers, 

Vous frayer un passage au sein des vastes mers. 

De vos biens superflus le précieux échange 

Fera couler che5 vous le Pactole et le Gange. 

Il est temps. Commencej vos utiles travaux : 

Je veux être témoin de vos serments nouveaux. 

Peuples, que cette foi si saintement jurée, 

Che5 vous, chej l'étranger vous soit toujours sacrée ; 

Et que jamais l'appas d'un bonheur criminel 

Ne puisse rompre un nœud qui doit être éternel. 

C'est la fidélité, mère de l'assurance. 

Qui doit faire régner l'aimable confiance. 

D'elle seule, ô mortels, dépendent vos succès : 

Qu'elle soit désormais l'âme de vos projets ; 

Tandis que vous fuire^ la fraude et l'artifice, 

A vos justes desseins le Ciel sera propice, m 

En achevant ces mots, l'interprète des Dieux 

Se couvre d'un nuage et vole dans les Cieui. 

Cependant du bonheur la flatteuse espérance 

Redouble dans les cœurs l'active diligence. 

Déjà le vaste sein des célèbres cités 

Regorge de marchands venus de tous côtés. 

Commerce glorieux, digne du rang suprême, 



15 



— 220 — 



^ 



Tyr ooit sur tes enfants briller le diadème ! Çi) 

Poursuis. Du monde entier fais mouooir les ressorts 

Ciel ! quels bras oigoureur font, par d'heureui efforts, 

Rouler avec fracas des montagnes chenues 1 

Les cèdres orgueilleux, les pins uoisins des nues. 

L'art en construit des nefs ; c'est sous ces toits flottants. 

Destinés à brauer la fureur des autans, 

Qu'à de nouvelles lois asseroissant Neptune, 

D'intrépides mortels uont chercher la fortune. 

Déjà pour conquérir une riche toison, 

Aux riues de Colchos descend le fils d'Eson ; (2) 

Et par l'essor hardi de son vaisseau rapide, 

Colomb est transporté loin des bornes d'Alcide. 

En uain le Dieu des mers, jaloux de ses succès, 

A tenté d'enchaîner ses glorieux progrès : 

D'autres «ont parcourant les plus lointaines plages, 

Des tristes habitants de ces climats sauoages, 

Où règne l'ignorance et la férocité. 

Former un peuple utile à la société. 

Intrépides nochers, rien ne les intimide : 

Ils voient à leur gré sur l'élément perfide, 

Du rivage de l'Inde aux bords Américains, 

Des champs glacés de l'ourse aux sables Africains. 

Chère patrie enfin, quand ta voix les rappelle. 

Tu revois tes enfants, pour toi brûlants de jèle. 

Au travers des écueils conduire dans tes ports 

De la terre et des mers les plus rares trésors. 



>/X^v 



(1) Cujus J^egocialores Principes, Institores ejus inclyli Terra:. Isaïe. 
(1) Jason. 



227 



L'ESPRIT^ DE GONïï^RADIGT^IOJ^ 



EGLOGUE COURONNEE 



Est-ce toi, cher Licas ? Dieux, quel est mon transport ! 
Mille songes affreux m'alarmaient sur ton sort, 
Trois fois des aquilons écartant la froidure, 
Zéphire a sur nos champs ramené la oerdure, 
Depuis que de Licas le tendre chalumeau 
Ne se fait plus entendre a l'entour du hameau. 
Quelle joie en ces lieux v>a causer ta présence ! 
Mais dis-moi le sujet d'une si longue absence. 



Le soin de mon repos, Rappelle-toi, Tircis, 
Qu'un soir sur la bruyère ensemble étant assis. 
Je te fis entrevoir le projet de ma fuite. 
J'ai, te dis-je, Damon toujours à ma poursuite ; 
Auec cet importun on ne peut uiure en paix : 
Je oais quitter ces lieux pour ne les ooir jamais. 



Tu m'en fais souvenir. Il est orai qu'auec peine 
Tu souffrais son humeur pointilleuse et hautaine ; 
Te plaignant qu'aoec lui le plus court entretien 
Faisait naître, à coup sûr, des débats sur un rien. 
Mais, berger, tu oeux rire ! Un sujet si friwole 
T'aurait déterminé ! . . . 



— 228 — 



Crois-m'en sur ma parole, 
Lassé depuis longtemps de tes fâcheux propos, 
Je fus chercher ailleurs le calme et le repos. 

TIRCIS 

Abandonner ainsi ces campagnes charmantes. 
Ces wallons, ces coteaux, et ces plaines riantes ! 
Quoi ! Nos prés, nos gajons... 

LICAS 

Ne t'en étonne pas. 
Ce séjour a pour moi perdu tous ses appas, 
Depuis que de Damon la fatale présence 
En a banni les jeux, la paix et l'innocence ; 
Depuis que cet esprit inquiet, chicaneur. 
D'y désapprou\3er tout se fait un point d'honneur. 

TIRCIS 

Il est orai que Damon se plait à contredire ; 
Je lui connus ce goût aux noces de Thémire, 
Quand, même de l'aueu de ses rioaux surpris, 
Licidas à la course y remporta le prix. 
De ce jeune berger dont nous chantions la gloire, 
Damon, le seul Damon, contestait la victoire. 
Mais enfin 



Quel fléau pour la société 
Qu'un esprit faux, chagrin, turbulent, entêté, 
Et, sur la moindre chose, ardent à la dispute ! 
Ecoute un peu ce trait. Un jour que sur la flûte 
En gardant mes agneaux à l'ombre d'un buisson. 
Je disais à l'écho cette belle chanson 
Que Pan même, dit-on, apprit à Galatée, 
Et que tous nos pasteurs ont tant de fois uantée. 
Cet indiscret m'aborde, et d'un ton dédaigneux. 
Cesse, dit-il, cet air : Ciel, qu'il est ennuyeux ! 




— 22-9 — 

Il anime pourtant nos bergers a la danse, 

Lui dis-je. Eh ! sauent-ils ce que c'est que cadence ! 

Ils ont, ajouta-t-il, le goût trop dépraué. 



Je crois que de sa v>ie il n'a rien approuvé ; 
En toute occasion son naturel se montre. 



Voici ce qu'il me fit dans une autre rencontre, 
Sur un tertre embaumé de lauande et de thym. 
Nous étions a goûter la fraîcheur du matin. 
D'un rossignol caché sous un épais feuillage. 
Jusqu'à nous les ^éphirs portaient le doux ramage. 
Ah ! quels sons, m'écriai-je ; ils charment tous mes sens. 
Je gage néanmoins, dit-il, qu'à ces accents 
D'autres préféreraient ceux de la tourterelle. 
Moi qui le ois en train de me chercher querelle, 
Je ne répliquai plus de peur d'autres défis. 

TIRCIS 

En mille occasions j'ai fait ce que tu fis. 

LICAS 

Cependant, ce mortel bigarre, acariâtre. 
De ses faux jugements toujours plus idolâtre, 
Partout impunément pourra donner le ton. 
Soumettre à son caprice et bon sens et raison ! 
Quel changement de mœurs ! rioes infortunées. 
Faut-il qu'à tant de maux v)ous soye5 condamnées ! 

TIRCIS 

Ne t'abandonne pas à de uaines terreurs : 
L'exemple de Damon ne peut rien sur nos mœurs. 

LICAS 

Quoi ! Tircis 

TIRCIS 

Je t'entends : il est orai, ces contrées 



— 23û — 

A la séduction s'étaient un peu livrées, 
Lorsque cet étranger sous l'habit de pasteur, 
De la Ville y porta le langage imposteur. 
Bientôt par ses conseils nos bergers, nos bergères 
Parurent négliger nos bois et nos fougères. 
On uit dans leurs discours, autrefois ingénus, 
Se mêler certains mots jusqu'alors inconnus. 
On \)it même, au mépris de la simple nature, 
Quelquefois éclater les soins de la parure. 



Ajoute que l'esprit de contradiction 
Y fit régner le trouble et la dissension ; 
Qu'aux paisibles transports qu'excitait sous les hêtres 
L'adresse des vainqueurs dans les combats champêtres,! 
Succédèrent des bruits, des cris tumultueux. 

TIRCIS 

Perdons le souvenir de ces temps malheureux, 
Le calme est rétabli dans ces belles retraites ; 
Nous y coulons nos jours dans des douceurs parfaites. 
C'est trop longtemps les fuir : reviens-y, cher Licas. 
Ne crains rien ; de Damon on n'y fait plus de cas ; 
Et même d'y primer perdant toute espérance. 
Il va, dit-on, revoir les lieux de sa naissance. 
Reviens, encore un coup, reviens, charmant berger. 



Non, mon dessein est pris, rien ne peut le changer. 

Je regretterais trop ma chère solitude 

Où je vis à l'abri de toute inquiétude. 

Je l'ai quittée exprès, cher Tircis, pour te voir ; 

Mes vœux sont accomplis. Je repars dès ce soir. 

TIRCIS 

Ah ! c'est trop de rigueur, et j'ai lieu de m'en plaindre. 




23 1 



LICAS 

Tes efforts seraient uains ; cesse de me contraindre. 
Adieu. Le soleil baisse ; et déjà les troupeaux, 
D'un pas lent et tardif regagnent les hameaux. 
Puisse le Dieu qui ueille au soin des bergeries 
Défendre tes brebis, dans ces vastes prairies. 
Du charme, du poison, des serpents et des loups. 
Et t'épargner l'ennui de tout censeur jaloux. 



Que Paies (puisque enfin tu quittes nos rivages), 
Conduise ton troupeau dans ces gras pâturages. 
Où d'un fils d'Apollon, les bienfaits enchanteurs, 
A de doctes combats animent les Pasteurs ! 

Fcenum hahel in cornu, longe fuge. Hor. 



^:il^V 



— 23z — 



LE TAHH DOAIPTÉ 

PAR M. l'abbé LACOSTE, (l) CHAPELAIN ET ÉCONOME 

DE l'hôpital général DE MILLAU (sous le îiom de DamonJ. 



Depuis la fameuse sentence 
Rendue en sa faoeur par un Juge Royal (2), 
Le Tarn uoulant jouir en Prince Oriental 

D'une absolue indépendance, 



(i) Il s'agit de la construction d'une chaussée en face l'hospice, par M. 
l'abbé Lacoste. — " Plusieurs fois, dit à ce sujet M. de Tauriac, le Tarn et 
la Dourbie se sont creusé de nouveaux lits, ont formé des îles et dentelé les 
rivages. Le génie d'un humble prêtre a su diminuer, annuler même leur 
colère. Aidé seulement de quelques enfants adoptifs de Saint-Vincent-de- 
Paul, il construisit, en 1782, une digue d'un kilomètre de développement. 
Emportée deui fois par les flots indomptés, cette chaussée fut reprise avec 
une patience admirable ; malgré les sarcasmes ironiques de l'ignorance, elle 
obtint un succès durable. Ces travaur eurent pour résultat de forcer le Tarn 
à couler de nouveau sous six arches du pont vieux, restées à sec du côté du 
faubourg, de sauver de la destruction des champs où le pauvre trouvait le blé 
nécessaire à sa subsistance, et la ferme entière de la Maladrerie, où nos 
pères séquestraient les infortunés lépreux. Ils donnèrent naissance à une 
belle forêt de peupliers, créée au profit de l'hospice de la cité. Cette conquête 
paisible, qui se change peu à peu en prairie, reste le seul asile où l'on puisse 
respirer le calme et la solitude, au milieu du bruit et des tracas des affaires. 
On l'appelle encore de nos jours U rivage de l'abbé Lacoste. »(i844). 

(i) Elle fut, dit-on, rendue par un Juge de Compeyre qui donna à la 
Rivière ample liberté de passer partout où elle voudrait. On ne manqua pas 
de citer cette plaisanterie, pour tourner en ridicule l'entreprise de ce digne 
Ecclésiastique. 



233 



Résolut de franchir son antique canal, 

Enflé d'orgueil aussitôt le brutal 
Se débordant, mine, ébrèche, raoage 
Les vignes, les guérets de tout le voisinage. 
Il ose, qui pis est, en despote infernal. 
Entamer ceux de l'Hôpital. 
Daman avec douleur voit sa rage inhumaine 
Des pauvres, ses enfants, dévaster le domaine, 

« Eh quoi ! » s'écria-t-il avec un saint dépit, 
« Impunément ce fleuve sacrilège 
ff De dépouiller le pauvre aurait le privilège ! 

« Non je le forcerai de rentrer dans son lit : 
« De l'hospice de l'indigence 
« Il sortira des bras plus nerveux qu'il ne pense... 
De son projet partout on rit, 
Bien loin d'admirer son courage : 
« Nous allons voir, m disait-on en raillant, 
« Un nain lutter contre un géant. » 
Peu frappé de ce verbiage, 
Damon met la main a l'ouvrage : 
Et déjà du fracas que fait le lourd mouton 
En tombant sur les pieux retentit le vallon. 
Bientôt s'élève une énorme chaussée. 
Qui, repoussant les torrents destructeurs. 
Réprime les accès de l'onde courroucée ; 

Le Chapelain triomphe et rit de ses rieurs, (i) 
Sage Économe, ainsi ta confiance héroïque, 

Bravant les traits de l'aveugle critique, 
A sauvé des fureurs d'un fleuve audacieux 
Les biens qu'à l'indigence ont laissé nos aïeux. 
En rappelant son onde errante et fugitive 
Et la reconduisant dans son humble berceau, 
Quel bien n'as-tu pas fait, cher Damon, à Millau ! 



fi) Ils furent déconcertés en voyant le succès complet d'une opération si 
étonnante, exécutée avec les seules ressources du génie de l'Entrepreneur 
et de la manoeuure des pauvres. 



- 234 - 

Dans les moulins la meule oisioe 
Depuis trente ans ne broyait plus le grain : 
A la remettre en jeu l'art travaillait en uain. 

Tu dis : « Je ueux la rendre actiwe. » 
Le Tarn, docile à ta uoir, vint soudain ^ 
T'amener de ses eaui le secours salutaire, 

Et la meule reprit son train. 
Quel heureux changement I Ce fleuve, qui naguère 
Par ses fougueux et nuisibles écarts 

Eut le malheur de te déplaire, 
Semble vouloir aujourd'hui te refaire, 
En t'apportant de toutes parts 
Tout le bois qui t'est nécessaire 
Pour réchauffer les débiles vieillards 
Et les enfants des pères anonymes. 
D'un amour criminel innocentes victimes. Çi) 
Il fait bien plus encor, ce Fleuve officieux : 

Il enrichit des pauvres l'héritage 
En charriant sans cesse un limon précieux 
Créateur et soutien de ce riant bocage. 

Qui domine sur son rivage. 
Je le vis l'autre jour avec ravissement, 
Ce lieu délicieux, ce bocage charmant 
Dont le site, l'aspect, le silence et l'ombrage 
Des bosquets de Tempe me retraçaient l'image : 
Je vis tes peupliers recourbés en berceaux, 
Que le Tarn plus tranquille abreuve de ses eaux ; 
Je goCitai la fraîcheur de leur épais feuillage. 
Sous lequel rassemblés des millions d'oiseaux 
Faisaient retentir l'air de leur tendre ramage. 

Tandis que Pan, au son du chalumeau. 
Sur le ga5on fleuri d'un fécond pâturage (i) 



fi) Tout le bois que le Tarn entraîne au temps des inondations, s'arrête 
à la chaussée ; et c'est au profit de l'Hôpital. 

{i) Sous les arbres de ce bois, qui, comme par un enchantement, se sont 
éleuès tout d'un coup à haute-futaie, les troupeaux de l'Hôpital trouvaient 
un pacage immense. 



— 235 — 

Voyait bondir et paître son troupeau, 
Et que les Faunes, les Driades, 
Sur les bords émaillés d'un limpide ruisseau. 
Folâtraient aoec les Naiades. 
Pour le chanter, cet aimable se'jour, 
J'allais saisir mon luth, hélas ! octogénaire ; 
Lorsque Pan me cria : « Fuis, vieillard téméraire : 
« Tes accords glaceraient les Nymphes de ma Cour.u 
C'est, cher "Daman, dans ce bois solitaire 
Que tu uoles au point du jour. 
Souvient même auant que l'aurore 
De l'astre radieux que l'Indien adore 
A rUniv»ers annonce le retour ; 
C'est là qu'assis sur un lit de verdure, 
En bénissant l'Auteur de la Nature, 
Tu contemples le fruit de tes heureux travaux. 
Qui, de l'aveu de tes rivaux. 
Ont mérité la couronne civique. 
Mais ton ^èle patriotique. 
Qui n'aspira jamais aux honneurs d'ici-bas, 
De cette pompe chimérique 
Sans doute eut fait trop peu de cas ; 
Tu sais qu'une palme immortelle 
Est promise aux tendres élans 
De la charité fraternelle. 
Et c'est d'en haut que tu l'attends. 



J^L^ 



— 236 — 



éUGE^EfiW' 



PORTÉ PAR " LE MERCURE DE FRANCE " 
SUR LES QUATRE SAISONS OU GÉORGIQUES PATOISES {\) 



EPITRE A MA MUSE 



Quitte les bois, Muse champêtre, 
Viens te produire au plus grand jqur. 
Désormais tu pourras paraître 
A la v)ille et même à la cour, 
On t'annonce dans le Mercure. 
Du périodique Journal 
Le Rédacteur impartial 
D'abord, (et c'est de bon augure). 
En a dit quelque peu de mal. 
Parmi les défauts qu'y remarque 
Ce judicieux Aristarque, 
Voici quel est le principal : 
« De ce Poème Géorgique 
« L'Auteur pèse, m dit ce critique, 
« Sur des détails minutieux : 
(f Jaloux de faire la peinture 
« De tout ce qui s'offre à ses yeux, 
« Il est prolixe outre mesure, 
« Et prend trop de soin d'expliquer 
« Ce qu'il ne faudrait qu'indiquer. 



(i) L'Auteur rapporte ce Jugement presque mot pour mot. 



— zij — 

n En cela suioant la manière 

« Des Anglais et des Allemands 

« Qui chargent de trop d'ornements 

« La moins importante matière : 

« Comme eux il laisse son pinceau 

« S'appesantir sur le tableau 

« D'un caillou, d'une fleur obscure, 

« D'un vermisseau, d'une masure, 

« D'un brin d'herbe, d'un moucheron, 

n Défaut ordinaire à Thompson. 

« A cela près, dans son Poème, m 

Dit le Juge changeant de ton, 

« On trouve de l'inuention, 

« Du naturel, du naïf même. 

« On aime sa description 

« De l'Hiuer à la face blême, 

« Couché dans son lit de glaçons ; ■ 

« Et l'on doit dire à sa louange 

« Qu'on prend plaisir à ses chansons, 

« Lorsqu'il célèbre la vandange, 

« Les semailles et les moissons ; 

« Qu'il chante bien cet art utile 

« Dont un berger fut l'inventeur, 

« Art si cher au cultivateur, 

« Qui fait d'un sauvageon stérile 

« Un arbre franc, en fruits fertile ! 

« Enfin, w ajoute le Censeur, 

« Cet amant de l'agriculture 

« Peint si bien la simple nature 

« Telle qu'à ses yeux enchantés 

« Elle s'offrit loin des cités, 

« Qu'il semble calquer à la vitre 

« De son modèle les beautés, w 

Du sort de mes Saisons l'arbitre 

Renvoie ensuite le lecteur, 

A qui ton patois ferait peur, 

A cette gracieuse Epitre 



— 238 — 

Qui du Poème et de l'Auteur 

Fait un éloge trop flatteur. 

Muse, ce début magnifique, 

Fait de la main de la critique. 

Sans doute a de quoi t'enchanter ; 

Certe, on n'y peut rien ajouter ; 

Mais n'en prends pas trop d'auantage, 

De la sentence entends la fin. 

Qui t'annonce un triste destin : 

tt Nous donnerions, selon l'usage, 

« Dit-on, quelque extrait de l'ouorage, 

« S'il ne se trouvait pas écrit 

« Dans un idiome sauoage 

« De la société proscrit. . . 

Le sens-tu, Muse incorrigible, 

De ce censeur le coup terrible. 

Qui met au néant ton patois ? 

Hélas ! je te l'ai dit cent fois. 

Parle un langage intelligible ; 

Laisse-là ton uilain jargon 

Qu'on ne peut entendre ni lire : 

Aujourd'hui c'est de mauoais ton, 

De le parler ou de l'écrire. 

Tu riais et me laissais dire ; 

Et bien loin de le rejeter. 

Tu faisais son apologie ; 

Tu ne cessais de me uanter 

Son ton naïf, son énergie. 

Et d'autres prétendus attraits 

Qu'à la oille on n'y wit jamais. 

Tu le \3ois enfin, misérable. 

Tout le monde est las comme moi 

De ton baragouin détestable. 

D'être plus longtemps sous ta loi 

Je serais trop inexcusable. 

Adieu 1 Va rapporter aux champs 

L'ennui de tes rustiques chants. 



i 



— 239 — 



EpITRE 



DES ENFANTS DE M. DE N... 

EN RÉPONSE A l'eNVOI, QUE LEUR AVAIT FAIT l'auTEUR, 

DE LA DESCRIPTION DE SON VOYAGE DE VABRES 



Dans cette Epitre gracieuse 

Où votre Aluse ingénieuse, 

Semant des fleurs à pleine main, 

En embellit uotre chemin, 

Où par l'aimable Poésie 

Elle nous peint, elle v»arie 

Les ornements de ce wallon, 

Par les jeux de la fiction 

Le moindre objet s'y multiplie 

Et s'agrandit par la magie 

Du microscope d'Apollon. 

Dans cette Epitre si jolie 

Nous retrouvions, charmant Prieur, 

Les sentiments de uotre cœur. 

Vous uoulej, par ce badinage, 

Ouurage du goût et de l'art. 

Dissiper le sombre nuage 

Qui uint obscurcir ce riuage 

Au moment de ootre départ. 

Et c'est ainsi qu'en uotre absence 

En égayant tous nos moments, 



240 — 



Vous nous rende5 les agréments 

Qui font chérir ootre présence ; 

Auec nos coeurs d'intelligence 

Vous uoule^ encore une fois, 

Ami, sur la reconnaissance 

Vous acquérir de nouveaux droits 

Par un excès de complaisance. 

Pour v)ous prodigue de ses dons, 

De Phébus la Cour immortelle, 

Au lieu du pinceau de Chapelle, 

Vous prêta ses légers crayons. 

Oh ! si, pour nous aussi propices. 

Les Dieux des Vers formaient nos sons. 

Bientôt oous aurie:; les prémices 

Et le tribut de nos chansons. 

Moins animés par la manie 

De converser auec esprit 

Que guidés par la douce enoie 

De wous parler dans cet écrit, 

Nous peindrions la ueroe brillante 

Qui, s'exerçant sur mille objets. 

Ici sublime, là riante, 

Se montre sur divers sujets 

Sous une forme différente. 

Tantôt de la Reine des Cieui 

On lui vit célébrer la gloire 

Par des Sonnets harmonieux 

Qui mériteront la victoire ; 

Du Commerçant industrieux, 

Tantôt nous traçant la richesse, 

Elle répand avec adresse 

Des trésors bien plus précieux. 

Marqués au coin du vrai génie. 

Ainsi ses écrits enchanteurs 

Se virent à l'Académie 

Couronnés de lauriers flatteurs. 

Dans le commerce de la vie 



— 241 — 

Combien de fois son enjouement 
Unit aui traits de la saillie 
Le ton naïf du sentiment ! 

Ici, cherchant leur origine, 
Sur des bonnets elle badine, (i) 
Quand d'un bonnet à maint contour 
Elle peint l'épaisseur bénigne, 
Les ris voltigent a l'entour. 
Rien ne plaît tant que cet insigne, 
Contre la bise nuit et jour. 
Quand il coiffe le cher L. . . 

Que dirons-nous de ton destin. 
Perruque antique et vénérable. 
Qui couorait le chef respectable 
D'un très-habile Médecin ? (2) 
La Muse sage, uiue, aimable 
Qui te chanta d'un ton badin 
Rend ton sort cent fois préférable 
A celui de ces blonds cheueui, 
Cheveux jadis de Bérénice, 
Qui depuis, astre radieux. 
Par la faueur d'un Dieu propice 
Brillent aujourd'hui dans les Cieui. 

Quelle façon de petit-maître (3) 
Dans nos cantons s'est fait connaître 1 
Nouveau débarqué de Paris, 
Il en rapporte la science. 
L'enjouement, les jeux et les ris, 
Et la parfaite connaissance 
Des Arts, dit-il, qu'il a chéris. 

A ce début, à ce langage, 
Qui ne connaît le personnage ? 
C'est toi, burlesque Chevalier ; (4) 



(0 Epitre à M. L..., grand bonnctiste. 

(2) Epitre à M. D. . ., docteur en médecine, sur sa perruque de voyage. 

(3) Gentilhomme gascon, second tome de celui de Molière 

(4) De la Gragnotte. 

t6 



— 242 — 

Ton équipage singulier, 
Ton jargon, ton goût, tes prouesses. 
Tes beaux dictons, tes gentillesses, 
Ton air grotesque et familier, 
Et ta façon hétéroclite. 
Dérideraient même Heraclite ; 
Aucun sujet aussi fallot 
Jadis ne fut peint par Callot. 

Un autre plaisant phénomène 
Vient se produire sur la scène ; 
Francésou ! quel nom, Francésou ! (i) 
L'art qui fait priser tes paroles 
Et recueillir tes fariboles 
Te rend la gloire de Lunsou ; (i) 
Ton buste faisant la pagode. 
De tes bons mots le fameux code, 
Auront toujours cet amusant 
Dont souoent manque une belle Ode 
Qui fait bâiller en la lisant. 

Qui ne rappelle les Bretelles (3) 
De v)os soins gages précieux. 
Et les courriers prompts et fidèles 
Qui les portèrent en ces lieux ? 
Sans ce secours officieux. 
Un tendre ami portant calotte. 
Eût cent fois perdu sa culotte, 
Et du public eût craint les yeux. 

Prieur aimable, votre Muse, 
Par un effort ingénieux. 
Après un trauail sérieux. 
Ainsi sur des riens rit, s'amuse. 
Et des cercles, par mainte ruse. 
Bannit les propos ennuyeux. 



(i) Mendiant original qui amusait par ses manières et ses dictons singuliers. 

(z) Lieu de sa naissance. 

(3J Epitre à feu M. le Curé de A\ . . . , cousin-germain de l'Auteur. 



— 24^ — 

Oui, ce Protée industrieux 

Que l'on nous v»ante dans la Fable, 

Dont l'esprit rare et si fameux 

Amusait tant les curieux. 

Est le symbole véritable 

De uotre génie agréable 

Qu'on Doit plier à tous les jeux. 

Mais peu facile à l'exercice, 
Que prétends-tu. Muse novice ? 
Crois-tu pour les Vers du Prieur 
Ce mince éloge bien flatteur ] 
Pour bien louer la poétique. 
L'art chéri, l'esprit de l'Auteur, 
Il faut un peu de sel attique 
Dont che5 lui seul on tient boutique. 
Taisons-nous donc sur ce sujet. 
Et reprenons un autre objet. 

Dans votre éternel Presbytère, 
(Soit dit. Prieur, sans vous déplaire) 

Pourquoi sitôt allie3-vous fuir. 

Et vous susciter une affaire 

En nous privant d'un doux plaisir ? 

A nos désirs qui se refuse 

Ne mérita jamais d'excuse... 

Parle5 donc, songez-vous à nous 

Dans votre chère solitude ? 

Dans nos jeux et dans notre étude 

Nos instants pour nous les plus doux 

Sont de songer souvent à vous. 

Dans une douce rêverie. 

Chacun ici fait la partie 

De venir dans votre séjour 

Vous apparaître au premier jour. 

Portés sur l'aile des zéphirs. 
Que n'avons-nous tous l'avantage 
De voir au gré de nos désirs. 



— i44 — 

Très-cher Prieur, ootre ermitage, 
Nous y «errions, dit-on, un sage 
Qui, v)ariant ses doui loisirs. 
Sait à propos mettre en usage 
Les arts, les uertus, les plaisirs. 
Amateur de la mélodie, 
A l'agréable symphonie 
Il fait mêler l'accord des ooir ; 
Il fait admirer dans les bois 
Les sons parfaits de l'harmonie. 
Plus adroit qu'on n'a feint jamais 
Ces doctes et fameuses fées. 
Des rustres il fait des Orphées ; 
D'un désert, un lieu plein d'attraits. 
C'est ce qu'apprend la renommée : 
Mais, quel que soit ce beau récit, 
A coup sûr notre âme charmée 
En verrait plus qu'elle n'en dit. 
Tels sont les châteaux en Espagne 
Que forme ici chacun de nous ; 
Si notre esprit bat la campagne 
C'est pour woler toujours oers ajous. 
Plût au Ciel que dans uotre asile 
Vous fissie5 souoent les souhaits 
De v)ous fixer dans une Ville 
Où uous laissâtes des regrets. 
C'est là le v)ceu de la famille : 
Papa, maman, garçon et fille. 
Tous comptent déjà les moments : 
La candeur qui fait leur mérite 
Vous répond de leurs sentiments. 
C'est le cœur seul qui v>ous inoite : 
Le ferie5-v)0us languir longtemps î 
Si uotre humeur peu complaisante 
Se refusait à leur attente, 
Soye^ sûr que d'un tel défaut 
(Ceci soit dit sans oouloir rire) 



— 245 — 

Les traits mordants d'une satire 
Sauraient nous uenger comme il faut. 
Ainsi, Prieur, de bonne grâce 
Parc^ le coup qui uous menace, 
Et sur nos bords uenej bientôt. 

Le Ciel oous garde et uous conserue 
Toujours bien frais et toujours uert, 
Et qu'à jamais il uous préseroe 
De la lancette de Robert. 
Notre cœur n'est pas las d'écrire, 
Votre esprit l'est de s'ennuyer ; 
Car le moyen de très bien dire 
Et de pouooir se faire lire, 
Quand on ne sait que bégayer ! 



J^L^ 



— 246 — 



ÉPIT^RE 



A MONSEIGNEUR DE CICÉ, ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX. 



Monseigneur, ma Muse rustique, 

Qui sut par une humble Supplique 

Vous mettre dans ses intérêts, 

De son Poème Géorgique (i) 

Vient uous apprendre les succès. 

D'abord la langue satirique 

D'un Zoïle ardent et caustique {1) 

Voulut lui lancer quelques traits ; 

Mais mon Ouurage Bucolique 

Muni du suffrage authentique 

Dont l'honora votre Grandeur, 

Des Sauants obtînt la faveur ; 

Et chassa la terreur panique 

Dont le frappa ce Détracteur. 

Le seul point qui manque à la gloire 

De ma littéraire victoire, 

Et qui trouble un peu mon bonheur, 

Il faut l'avouer, Monseigneur, 

C'est le débit des exemplaires 

Dont l'humiliante lenteur 



Cl) Sa Grandeur avait daigné en accepter la Dédicace. 

(2) Un Anonyme entreprit d'en faire la critique ; mais voyant que le Poème 
avA't pris faveur, il se hâta de changer la Palinodie. 



— 247 — 

Met pour cause en mau\5aise humeur 

Et l'Imprimeur et les Libraires, 

Et parmi quelques adversaires 

Jaloux des succès de l'Auteur, 

Excite aussi quelque rumeur. 

Se peut-il, dit-on, qu'un Poème 

Qui du Mercure obtint l'aoeu, 

Et qu'aime à lire Monsieur même Çi), 

A son Auteur uaille si peu ? 

Serait-ce a cause de l'usage 

Qu'il a fait d'un jargon sauuage 

Que presque personne n'entend ? 

C'est cela même : oui, l'on peut dire 

Que ce langage est révoltant ; 

Mais les connaisseurs l'ont su lire. 

Et c'était l'article important : 

Si la foule en eût fait autant 

L'Edition n'eût pu suffire. 

Quoi qu'il en soit, je suis content. 

A CicÉ mes vers ont su plaire : 

Je n'aspirais qu'à ce salaire. 

A l'obtenir j'ai réussi : 

Le reste est un petit souci. 



^jii-V 



(i) Frère du Roi. 



248 — 



REQUÊTE DE LA SISETTE A GOAlUS 



A v)ous, très haute, très puissante et très ragoûtante 
Diuinité, Comus, dieu des festins, banquets, pique-niques et 
ramelets ; roi de la table, prince de la bonne chère, chef 
du carnawal, duc des entremets, entrées, hors-d'œuures, 
ragoiîts et desserts; comte des saucisses, andouilles, jambons 
et langues-fourrées ; marquis des hautes et basses pâtis- 
series, intendant des grillades, fritures, marinades et 
fricandeaux ; baron des potages, garbures, bisques, bouillis, 
farcis, rôtis, pots-pourris, salmis, hachis et margouillis ; 
souverain des quadrupèdes et wolatiles ; maître absolu des 
habitants des mers, des riuières, des étangs, des ruisseaux 
et des marais ; président des casseroles, marmites, grils, 
broches, brochettes, poêles, poêlons, chaudrons, tourtières, 
lardoires et lèchefrites ; maître absolu des boucheries, 
poulaillers, halles, wolières, garennes et colombiers ; 
seigneur des salions h manger, hôtelleries, auberges, 
guinguettes, gargotes, buffets, cuisines, caues, celliers, 
taoernes, oide-bouteilles, bouchons et autres places ; 

Supplient humblement uos fidèles et affamés sujets, Jérôme 
Pansard, Etienne Gorgibus, Barthélemi Grand-Gosier, 
Catherine Gueule-Fraîche, Jeanne Fripparde et Françoise 
Ventrue ; disant qu'il se serait écoulé près d'un lustre 
depuis qu'ils ont gagné loyalement a la sisette, jeu conforme 
aux règlements de la plus exacte police, à Maître Gabriel 
Molinier, docteur en médecine, habitant de la présente uille 
de Millau, y résidant, lorsqu'il n'est point en campagne, une 



— 249 — 

tourte aui amandes, auec tous ses assaisonnements, appar- 
tenances et dépendances ; que cependant ledit M' Molinier, 
quoique dûment averti par sa propre conscience de la légiti- 
mité de la demande des suppliants, persuadé même de leur 
extrême impatience, par les sommations réitérées qu'ils lui 
en ont faites uerbalement, aurait cependant éludé jusqu'ici 
le paiement d'une dette si juste et si bien établie, tantôt 
sur le friuole prétexte de ses uisites médicinales, tantôt sous 
la spécieuse apparence d'un oubli dont la continuité paraît 
trop volontaire pour ne pas équipoller a un refus formel ; 

Mais d'autant que ces subterfuges et éternels échappatoires 
sont illusoires, irrisoires et notoirement attentoircs aux 
droits sacrés des mâchoires et aoaloires des suppliants ; même 
blasphématoires, dérogatoires et péremptoires des lois, us 
et coutumes de votre succulente cour ; que, d'ailleurs, le 
débiteur ne semble avoir d'autre but que de détourner vos 
vassaux trop bien intentionnés, de l'hommage qu'ils brûlent 
de vous rendre avec toute l'activité de leurs dents, et d'élever, 
sur les débris de vos autels, le trône d'Esculape, ce redoutable 
empoisonneur du genre humain, et partant de substituer à 
vos coulis appétissants, les révoltantes infusions de la rhu- 
barbe et du séné ; les vins émétiques aux Champenois et 
aux Bourguignons ; le coquemar à la marmite ; la seringue 
au rouloir ; la lancette à la lardoire ; en un mot, de renverser 
les sages et attrayants instituts de la cuisine, pour faire 
régner à leur place les terribles ordonnances de la pharmacie ; 

A CES CAUSES, plaira à vos grâces, divin protecteur des 
enfants de bon appétit, disant droit sur la requête des 
suppliants, ordonner qu'incontinent et sans délai, ledit M" 
Molinier sera tenu de faire construire par le sieur Osil, ou 
autre officier de votre cour qu'il avisera, une tourte bien et 
dûment conditionnée, sucrée et entrelardée d'écorce et de 
citron, dont la circonférence ait à peu près deux pieds de 
diamètre, et dont l'épaisseur puisse servir de bâillon à la 
gueule du pays la mieux fendue ; avec inhibition audit M^ 
Molinier, de faire entrer, sous quelque prétexte que ce soit, 
dans ladite tourte, aucune drogue qui soit du ressort de sa 



— 25o — 

profession, nommément la coloquinte et la racine d'arum 
ou pied de oeau, plantes destructives de l'appétit le plus 
décidé et souoerainement détestées de l'organe qui uous 
est spécialement consacré ; enjoindre, en outre, audit M'= 
Molinier de faire transporter, intacte et immune de tous 
droits et péages, ladite tourte, av»ec toutes ses appartenances, 
suites et dépendances, à ses périls et risques, a l'hôtel 
Mont-Plaisir, pour y être par les suppliants V)ue, examinée, 
vérifiée, lacérée, partagée, mangée et copieusement arrosée ; 
et ce, nonobstant toutes oppositions ou appellations quel- 
conques ; et fere^ bien. 

Soit fait comme il est requis, ce 8 février 1772, Jacques 
Boudin, M.artin Cervelat, Bertrand Jambon, délibéré. 

Contrôlé ledit jour : Gigot. 

Signé le même jour, par Fricassou, 
huissier immatriculé en ladite Cour. 



M'- Molinier obéit au commandement dès le lendemain 
de la signification et, en purgeant la demeure, il paya 
grassement et splendidement les arrérages. 



>/i-i.v 



25 1 — 



LA VRAIE HIPPOGRÈNE 



ou LE FESSIER DU P. PAUL 



ODE PARFUMEE 



Argument. — Le gros et dodu Père Paul, capucin, tour- 
menté des hémorroïdes, après auoir fait inutilement plusieurs 
remèdes pour en guérir, en fit un en dernier lieu, qu'on 
lui donna pour un topique infaillible : il consistait sim- 
plement à humer la fumée de toiles d'araignée par la fon- 
dement. Charmé de la recette, il alla tout de suite chercher 
de ces toiles, et les ayant mises sur un réchaud plein de 
braise, après awoir déooilé sa mappe-monde, il se mit en 
posture de la parfumer ; mais, soit que la rotondité de sa 
bedaine, n'ayant pu se plier à cet exercice, le fit choir sur 
les charbons ardents ; soit qu'un ^éphir indiscret, partant 
des pays-bas, eiit fait la fonction du soufflet et enflammé 
les dites toiles, le bon Père fut enoeloppé dans un furieux 
incendie, qui fit un autre Ilion du postérieur de Sa Révé- 
rence. Cette auenture, publiée par un chirurgien qui ne 
crut pas deooir tenir le secret, donna lieu à bien des cou- 
plets de chanson, qui, à la vérité, méritaient peu d'être 
écoutés ; mais comme les poissardes et les polissons les 
chantaient sans cesse à la barbe du R. Père, il en fut 
enfin si lassé qu'il y répondit par une invitation à La 
Vraie Hippocrène, « Ode parfumée m. Çi) 

Après cette réponse, le R. P. n'entendit plus chanter 
les couplets qui l'avaient si fort ennuyé et mis de 
mauvaise humeur. 



(i) Le texte de cette Ode a été publié dans quelques éditions. 



— 252 — 



L'HOAllGIDE lAlAGlNAIRE 



ou LE DECES ECUIVOQUE 



POÈME TRAGI-COMIQUE 



Argument. — Un saint et bon religieux, qui n'était rien 
moins que sorcier, faisant l'enlèuement du corps de son 
oncle, qui lui avait résigné la dignité de Sacristain, fut 
asse^ crédule pour imaginer que l'oeil du cadaure à demi- 
ouoert (parce qu'on ne l'auait pas bien fermé) était un 
urai signe de oie ; et, malgré cette persuasion, capable 
d'arrêter l'enterreur le plus déterminé, il ne laissa pas de 
poursuivre la cérémonie jusqu'à la sépulture inclusivement, 
parce qu'il n'eût pas été décent, disait-il, de la suspendre, 
le Chapitre présent, lui-même revêtu de la chappe, ayant 
déjà jeté l'eau bénite, le convoi étant assemblé, les cloches 
ayant sonné et tout le monde étant dans l'attente : c'est 
cette double bévue qui fait le fond de ce poème en quatre 
chants. 



Jl^ 



i53 — 



AUTRES PIÈGES FRANÇAISES 

qui ont paru sur les éditions de 1774 et 1788. 



EDITION DE 1774 



Epître à M. Bissez, docteur en médecine, de Villefranche en Rouergue, en 
lui envoyant la perruque de voyage qu'il auait oubliée à P., où il était uenu 
voir ma mère malade. 

L'origine des bonnets, a M. Lobinhes, de Villefranche, jélé bonnettiste. 

Brevet de professeur d'astrologie dans le Régiment de la Calotte, en faveur 
du chevalier L 

Requête en plainte pour MM. les prébendiers de Saint-Sernin contre le 
Ponctuaire du même chapitre. 

Les étrennes du jour de l'an. A Al. Peyrot de Gou5ounès, avocat au Parlement. 

"Requête à Mgr de Grimaldy d'.3niibes, évêque et comte de Rode;, par 
l'auteur, lorsqu'il quêtait pour la construction de l'orgue de I église parois- 
siale. (Peyrot demandait à l'Evêque le loyer d'un an de la maison des Jésuites, 
qui lui avait été adjugée, par arrêt du Conseil. — La Requête, lisons-nous 
dans l'édition de 1774, fut appointée au gré de l'auteur). 

Harangue au même prélat, qui avait demandé à l'auteur son presbytère pour 
y confirmer plusieurs paroisses voisines. Peyrot s'eicuse de ne pouvoir lui 
offrir : 

" qu'une triste masure, 

ff D'antique et barroque structure 
ft Ouverte aui aquilons plus souvent qu'aux jéphyrs ». 

Au même prélat sur un Impromptu qu'on exigeait de l'auteur à Rieupeyroux 
pendant le dîner, et dont il s'excusa, disant qu'à table il ne s'escrimait qu'à 
bien manger et boire et que sa muse d'ailleurs refusait d'obéir. 

Au même prélat sur sa guérison de la jaunisse, qui l'avait mis souvent de 
mauvaise humeur. 

Compliment au même prélat sur sa convalescence, après la maladie dange- 
reuse qu'il essuya à Millau, dans son cours de visite. 



- i54 - 

Les Compiles de Sl-Pierrc. A M. de. * , de Millau, \c 6 juillet 1773. 

Héponse aux Compiles de Saint-Pierre. 

Complainte à une dame, sur la naissance d'une septième fille. 

La chasse au furet. L'auteur de ces deux pièces est M. de Galy, de Millau, 
commissaire des guerres. 

"Requête à Jupiter. 

EDITION de 1788 

Voyage pittoresque de P. à Vabres. 

Epître en réponse à celle des enfants de M. de N. . . 

Traduction du commencement du second livre du Prœdium rusticum. 

Mistigris, chat de M"* de M..., poème héroï-comique en deux chants. 

Epître en réponse à celle de M"' de N..., qui m'auait envoyé des vers faits 
à l'honneur de M. l'Evêque de Vabres. 

Epître à M. l'abbé de L... qui dit avoir été chargé, de la part de M. Lefranc 
de Pompignan, de traiter l'auteur de paresseux, en ce qu'il ne travaillait qu'à 
des sonnets. 

Epître à M. de L..., Conseiller au Présidial de Ville Franche, fort enclin à 
la poésie erotique. 

Epître à M'^'- la Marquise de T..., qui avait sommé l'auteur de lui porter un 
bouquet et des vers, le jour de sa fête. 

"Vers pour l'inauguration de la salle du Concert à Millau, mis en musique par 
l'auteur. 

La conquête de l'Isle Minorque. 

Supplique de MM. les .avocats de Millau à Mgr de Colbert, évêque et comte 
de Rodej. 

Eloge funèbre de très-antique et très-célèbre symphoniste Guillaume 
Bartot, prononcé dans la salle des exercices de la Société musicale et litté- 
raire de la ville de Millau. 

La mort de Léopold, duc de Brunswick, poème par M, Cardaillac de Sallèles, 
avocat au Parlement de Paris, mon intime ami. 



Jl^ 



255 



TABLEAU GOAIPARAT^IF 

DE LA Vrimo 'Rouergasso Çi) et du Vrinlems Çii) 
(Chant } des géorgiques patoisesj ^ 



5-6 
7 
8 

9-10 

11 

12-5 

167 

18 

19 

20 

21 2 

29-30 

31 

32 

33 

34 

35 

36-7 

38 

39 43 

44 5 

46-8 



II 

9-10 
11 
12 
13-4 

15 

16-19 
20-1 

22 

23 

24 
25-6 
29-30 

31 

32 

33 

34 

35 

36- 

38 
39-43 
445 
46-8 



— 56-7 



I 

49 
50 
512 
53-6 — 
57-8 — 
59 77 — 
78 — 
79-83 — 
84 — 
105 9 — 
110 — 
111 6 — 
117 — 
118-20 — 
121-6 
127 
128 
129-35 
136-7 
138 
139 
140 



II 

— 49 

— 50 
intervertis 

— 53-6 

— 57 8 

— 59-77 

— 78 

— 79-83 

— 84 

— 85-9 

— 90 

— 91-6 

— 105 
1068 

— 109 14 

— 115 

— 116 

— 141 7 

— 148 9 

— 150 

— 151 

— 152 



I 

141 

142-3 

144 

145 8 

14750 

151 

152-4 

1557 

158 

15963 

164-74 

175 

176-87 

188 

189 

190 

191-4 

195-8. 

199204 

205 

206 

207-85 



II 

153 
154-5 
156 
117-20 
205 6 
207 
208-10 
211 3 
214 
215-9 
220 30 
231 

23243 

244 

269 

270 

271-4 

2758 

279-84 

285 

286 

287-95 



(i) Nous imprimons en italiques les chiffres des viers de la 2« rédaction 
qui offrent des variantes. 



256 



1 

210 

217 

218 

219 

220 

221 3 

2245 

226-8 

233-4 

235-41 

242 4 

245-50 

268 

269 

270 1 

272 

273 

2746 

285 

286 

287-8 

289-99 

300 2 

3035 



II 

296 

597 

298 

299 

300 
301 3 
304-5 
306-8 
30910 
3i1-7 
318-20 
3^1-6 

340 

341 
342-3 

344 

345 
3468 

349 

350 
351-2 
365-75 
376-8 
379-81 



I 

306 

307 

308 

309-12 

3134 

315 

316 

31720 

321-4 

325 

326 9 

330 

331 

332 

333 5 

336 9 

3406 

347-8 

34952 

381-2 

383 

384 

385 

386-8 



H 

382 

383 

384 
385 8 
389 90 

391 

392 
429 33 
449-52 

453 
454-7 

458 

459 

460 
461 3 
464 7 
468-74 
4756 
477-80 
497-8 

499- 

500 

501 
502 4 



389 90 - 


- 505 6 


391-2 - 


- 507-8 


393 - 


- 509 


394-7 - 


- 510 3 


398-9 - 


- 514 5 


400 - 


- 516 


401-2 - 


- 517 8 


403 - 


- 519 


404 - 


- 520 


405-0 - 


- 521-2 


407 - 


- 523 


408 - 


- 524 


409-12 - 


- 525 8 


413-4 - 


- 533 4 


415 20 - 


- 535-40 


421 4 - 


- 529 32 


425 35 - 


- 541-51 


436 - 


- 552 


437-8 - 


- 553 4 


439 - 


- 555 


440 - 


- 556 


441 - 


- 557 


442 8 - 


- 558 64 


449-56 s 


néciaux 



-ï^ 



ABRÉVIATIONS 

DU GLOSSAIRE 



Titres des pièces : 

I, II, III, IV désignent les quatre chants des Geourgicos 
potiiosos. — L.oD. = Letro o Moussu Desprodèls — Re- 
cul Ep. = Recul de Pouesios Rouërgassos, Epitro. — Pr. 
= Lo Primo Rouërgasso en formo de Geourgicos. — Odo 
= Lou Rei recoumbolit de lo moloutiè, etc. — Goli = 
Coumplimen del bossibiô de los Oumièiros o Modamo de 
Goli — Ep. II ^^ Epitro en respounso, etc. — Coiimpl. = 
Coumplimen sus lo noubèlo onnado des musiciens de 
Prodinàs, etc. — Goli II = O Moussu de Goli sus lo nou- 
bèlo onnado. — Pred. — Predicciùs de lo Muso del Segolà 
sul moriache de Moussu de Sont-Roumo. — Bèrt. = Los 
Bertèlos, estreno del prumiè de l'on. — Cound. — Coumpli- 
men de coundouleenso. — Fr. = Lo mort de Froncesou. — 
Resp. = Respounso ol coumplimen de Moussu Fojou, etc. 

— Ort — L'Ort sons porèl, etc. — Sounet = Sounet en 
bouts rimats. — Sounet de Goli = Autre sounet sus los 
mémos rimos. — El. = Lo Nimto del Segolà, Elegio sus 
lou despart de Modamo de*** — Par. = Romboi del Parasol 
perdut e troubat. — Resp. II = Respounso o Moussu Fajos. 

— Proub. = Lou Proubèrbe bèrtodiè. — Ep . III = Epitro 
o moun omic. — Diol. = Diologue entre lo Muso Rouër- 
gasso e soun mèstre sul moriache de Moussu de Sorgos, 

'7 



258 



— Ben. = F.pitro ol Pèro Benanso. — Boxinal = Coumpli- 
men o Moussu de Bounal. — For. = Ourigino de lo Fo- 
rondolo. — Diol . II = Diologue entre Miquèl, de Milhau, 
et Jonou, de lo Bloquièiro. — Lib. = Coumplimen d'un 
fronc potrioto o l'aubre de lo Libèrtat. — Boiinal II 
= Lo Colo des trobolhodous o Moussu Bounal. — Frot. 
= Coumplimen fach o l'aubre de lo Frotèrnitat. — Bespr. 
= Lo bèsprado sôubèrtouso. — O Peirot =Bèrses o l'ou- 
tur de los Geourgicos potuosos. 



Autres abréviations : 

adj. = adjectif; — adv. = adverbe ou adverbiale ; — cd, 
= conditionnel; — cf. = comparez o» par exemple; — 
conj. = conjonction ou conjonctive ; — f. = féminin, — ft. 
= futur; — impér. = impératif; — impers. = impersonnel; 

— intr. = intransitif; — ipf. = imparfait; — loc. = locution; 

— m. = masculin ; — n. = nom ; — p. pr. = p^articipe présent ; 

— p. p. = participe passé ; — pi. = pluriel ; — pr. = indicatif 
présent ou pronom ; — prép. = préposition ou prépositive; — 
réfl. = réfléchi ; — sbj . = subjonctif présent ; — sg. = sin- 
gulier; — tr. = transitif; — v. = verbe ou voyez; — i, 2, 
3 = i", 2« 3^ personnes du sing. ; — 4, 5, 6 = ir«, 2», 3<^ 
personnes du pluriel. 



GLOSSAIRE 



B, en rouergat, remplace ré- 
gulièrement V du français 
et du provençal. 

Ba, bai, bas, bau, v. onà. 

Bat en bat {gorjo de) Resp. 97, 
bouche largement ouverte 
(bon appétit); laissa de bat 
en bat Par. 20, laisser en 
plan. 

Bato, n. f. (propr : corne du 
pied), pied : bivà los batos 
Fr. 29, mourir. 

Bauch, f. banjo Ep. II, 62, Diol. 
II, 33, adj. et nom, fou. 

Bautr-es, f. -os, vous autres, 
vous. 

Be, n. m., bien; — adv. (avec 
élision 6'), bien, beaucoup. 

Becut, n. m., pois chiche. 

Bedèl Goli, 35, n. m., veau. 

Bedèlo, n. f., génisse. 

Begados {d'o) Sonnet, 7, loc. 
adv., quelquefois, parfois. 

Bel (exprimant l'idée d'exacti- 
tude, de plénitude, de perfec- 
tion) : bel demà IV, 333 ; 0/ 
bel clar de lo luno IV, 341. 

Beleso Ep. II, 76, n. f., illu- 
sion. 



Beleto {so) Diol. 34, n. f., sa 
toute-belle. 

Belèu, adv., peut-être. 

Belhà, v. tr., surveiller I, 96, 
guetter Ep. III, 62. 

Beligont, pi. -ans II, 196; 
Dial. II, 3i, va nu-pieds, 
vagabond, brigand. 

Belugo, n. f., étincelle. 

Beluguejà, v. intr., scintiller. 

Bencre, v. tr., vaincre. — Pr. 
3 benqtiis Odo, 1 5 . 

Bendèl, n. m., bandeau. 

Bendemio, n. f., vendange. 

Bengudo, n. f., venue. 

Béni, v. intr., venir. — Pr. 
bene, 3 ben, be (dans Vonnado 
que be III, 77; IV, 66, etc.), 
6 benou; ipf. 3 benib; pf. 3 
bengiièt, 6 benguèrou Goli , 43 ; 
ft. 3 bendro; sbj. 3 bengiie 
1,432, bengo III, 37, 78, etc.; 
Pr. 320; ipf. 3 benguèsso 
Rec. Ep. 119; impér. 5 6e- 
nès; p. pr. bengiten; p. p. 
bengtit, f. -iido. 

Bentour II, 140, n. m., éven- 
tail. 

Bèrcà,v. tr., ébrécher. 



— 200 — 



BÈKDiÈ, n. m., verger. 
Bèrgeireto, n.f., bergeronnette. 
Bèrgounjous Diol. II, 199, 
adj.j honteux {n'es pas b. de, 
n'a pas honte de). 
BÈRMÀ, V. tr., diminuer. 
Bèrmenols, adj., véreux. 
BÈRMiNo I, 166; Rec. Ep. ii5, 

etc., n. f., vers, poésies. 
Beromen, adv., vraiement. 
Bèrquièiro, n. f. , dot. 
Bèrs, pi. bèrses, n. m., vers. 
Bèrtat, n. f., vérité : es b. Rec. 
Ep. 97; Coinnpl. 116, etc.; es 
pla b. Rec. Ep. 63, c'est bien 
vrai. 
Bèrtèlos, n. f., bretelles. 
Bèrtodiè, f. -ieiro, adj., vrai, 

conforme à la vérité. 
Bèrturious Ort, 21, adj., vi- 
goureux. 
Bès, pi. de bel avec : o bès 
porels IV, 171, par couple; 
o bès pans Ort, 3i, à belle 
mesure. 
Besal, n. m., rigole principale 

pour l'arrosage des près, 
Besat, {.-ado El. 3y, adj., qui 
aime à folâtrer, à gambader. 
Besc, n. m., glu. 
Besi, f. -ino, adj., voisin. 
Besiadomen I, 254, adv., de 

charmante façon. 
[Besiat], f. -iado I, 121', adj., 

mignon. 
Besinache et Besinat, n. m. , 

voisinage. 
Besiô, v. beire. 

Besounho, n. f., besogne; ma- 
tière Resp. II, 5o. 
Bèsprado Bespr., titre et bèspre 
1, 87, les dernières heures de 
l'après-midi. 
Besti, v. tr., vêtir, habiller. — 
P. p. bestit I, 336; El. 12 ' 



[bostoti b., empoté), f. besti- 
do l, 5 18; pris subst., bestit 
II, 48, 242, vêtement. 
Bèstio, n. f., béte. 
Beto {èstre de) Coumpl. ,114, 
être en veine, en bonnes dis- 
positions. 
Beure, v. tr., boire. — Pr. 3 
beu III, i52, 6 bubou II, 412 ; 
impér. 5 bubès Cotind. 5o; p. 
p. begut Dial. II, 88. 
Bi, n. m., vin. 

Biache, n., voyage; fois : un b. 
Pr. 255; oqueste b. Odo, 71; 
Proub. 102. 
BiAiSi n. m., façon; bonne fa- 
çon, habileté I, 483. 
BiALOMEN, n. m., bêlement. 
BiAsso, n. f. , musette, bissac. 
BiELHLN, n. m., vieillesse. 
BiGÔs, n. m., pioche, houe à 

deux dents. 
BiLÈN [loii) For. 55, n. m., le 

Diable. 
BiN I, 162, n. m., brin d'osier. 
BiNÀ, V. intr., donner une secon- 
de façon à la vigne. 
BiNHEiRou, n. m., vigneron. 
BioNDO I, 418 ; II, 257, etc., n. 
f., viande ; biens Goli 6: Diol. 
II, 199. 
BioLÀ, V. intr., bêler. 
Biôu, n. m., bœuf. 
BiRÀ, V. tr., tourner, faire tour- 
ner I, I ; IV, 3o6, écarter II, 
314, retourner (le sol) I, 84; 
— V. réfl., se b. de Rec. Ep. 
143, se soucier de; — im- 
pers., cont biro de cerièiros, 
quand il y a une bonne ré- 
colte de cerises. 
BiRÀ [se), V. réfl., se soucier. 
BiRAL, n. m., tour : dins un bi- 
rai de ma Diol. III, 52. en 
un tour de main. 



J 



— 201 — 



BiROBOLTO Rec. Ob. 4, n. f., 
détour. 

[BisoLHATj, f. -ado [figo b.) III, 
5o, p. p, -adj., gercé. 

BisT, V. b'eire. 

BisTALHOs [fa] I, 624, perqui- 
sitionner en vue d'une saisie 
de mobilier ou de récoltes, 

Bisïo, n. f., vue. 

Biù', adj., vif, alerte. 

Biù^, v. biitre. 

BiÙLET, adj., violet. 

BiÙLETO, n. f., violette. 

BiÙLiÈ, n. m., violier. 

BiÙRE I, 488; II, SgS, etc., v. 
intr., vivre. — Pr. 3 biU Fr. 
2 ; ipf. 5 bibiàs IV, 266 ; ft. 5 
biiirés Pred. j3 ; imper. 5 
bibès Diol. 94. 

BiùzE, f.-o, adj., veuf; — privé 
(de) IV, 17. 

Blat, n. m., blé. 

Bledo-rabo, n. f. , betterave. 

Blo.vquejà, v. intr., blanchir. 

Bo, bon, V. onà. 

Bobau, n. m., ver-luisant II, 
359 et Pr. 359 (6. lusent), 
personne au masque effrayant 

I, 205. 

BoBou, Pr. 353, n. f., vapeur. 
Bocociù II, 108; Goli io5, n. 

f. , profession, métier. 
BoDÀ, V. intr., rester bouche bée 

(d'admiration). 
BoDAL, n. m. : soun dorniè b. 

II, 232, son dernier soupir. 
BoiLÀ, V. tr., donner, appliquer. 

— Pf. ZboilètlW, 3o6-, sbj. 3 
baile Rec. Ep., 23. 

BoiLET, n. m. valet de ferme. 

Boio {de bono) Odo, 9, de bonne 
humeur. 

BoiRÀ lat. variare), v. intr., 
tourner (en parlant du rai- 
sin), changer d'aspect. 



BoisÈL, n. m., vaisseau IV, 218; 

vaisseau vinaire (passim). 
Bol, v. bos. 
BoLENTiôs O(^o, i36, n. f. pi., 

qualités. 
BolhÀjV. tr., donner, appliquer, 

flanquer. — Pr. i balhe. 
Bolojà, v. tr., balayer. 
BoLOJUN, n. m., tapage. 
BoLONDRÀs S^n. 19, n. m., froc, 

robe de moine. 
BoLSiÈiRO II, 186; Bespr. 11, 

n. f., meule en rectangle. 
BoLTO III, 74, n. f., labour (ac- 
tion de retourner la terre). 
BoLOUNiÈ [sac) II, 467, grand 
sac, sac propre à faire une 
balle. 
BoMBUALHOs, n. f. pi., bords 
(d'un jupon) frangés par l'u- 
sure. 
Bon h, 3 II, 364, n. m., élan. 
BoNCAL, n. m, planche ou car- 
reau de terrain dans un jar- 
din, 
BoNco IV, 281, n. f., banc qui 

sert de coffre. 
BoNDAT I, 236; IV, 428, p. p. 
-adj., saturé, plein, chargé, 
(ordinairement : ivre). 
BoNTOciù IV, 429, n. f., vantar- 
dise. 
BoRAL, n. m., tapage. 
BoRGUN I, i5o, n. m., débris de 
tiges de chanvre ou de lin 
maqué. 
BoRio, n. f. , ferme. 
BoRjAiRE, f.-o, adj., bavard. 
BoRLET I, 70, n. m., valet de 

ferme. 
BoROLHÀ, v. intr., bavarder. — 

Sbj. I boralhe Ep. III, 52. 
BoRRÀ (se), V. réfl., se fermer. 

— Pr. 3 barro I, 71. 
BoRRAL, n. m., barillet pour le 



— 202 — 



vin qu'on suspend à Té] 

paule. 
BoRRÈu, n. m., barreau. 
BoRTÀs, pi. bortasses Coumpl. 

146, n. m., buissons; arbre 

III, 396. 

Bos, prèp. vers : bos obon Goli 
5i, en avant, devant nous ; 
bol (= bos lou) Goli, 34 ; Diol. 
//, 6. 

BossiBiô Goli (titre) et bossibiè 
(signature), n. m., pâtre. 

Bossiù (n. m.) Pr. 62, etc., 
f. -ibo IV, 405, 410, etc., mou- 
ton ou brebis de deux ans. 

BosTOu, n. m., bâton. 

BosTOU ROuiAL II, 2o8, sccptre. 

BoTEJAiRE, adj., qui baptise; 
sios pa' b. Diol. II, 14, tu n'ai- 
mes pas à baptiser (à trem- 
per) le vin. 

Bôu, V. onà. 

BoucHART, f. -ardo, adj., bar- 
bouillé, graisseux. 

BoucHiNGO Pr. 329, n. f., salsi- 
fis des près. 

Boucl, n. m., morceau. 

BouFO, n. f. , balle. 

BouGiÈiRADO Rec. Ob. 22, n. 
f., folie. 

BouiÈ, n. m., bouvier, 

BouïNO (/o) I, 97, n. f. collectif, 
les animaux de l'espèce bo- 
vine. 

BoujÀ, tr., verser; verser le 
contenu de III, 179. 

BouLCÀ {se) Goli, 32, v. réfl., se 
rouler. 

BouLDouiRo Diol. II, 98, trou- 
ble. 

Boulé, v. tr., vouloir; — subst. 

IV, 219. — Pr. I bole 1,262. 
642, etc., boli IV, 396, 2 bos 
I, 295; IV, 385, etc., 3 bol IV, 
391, etc., 6 bolou Odo, 8;ipf. 



3 boiilib, 6 boulibu; pf. 3 boni- 

guet; cd. 3 boudrià, 6 -iôm; 

sbj. I et 3 bolgo II, 25 1; III, 

256; El. 53, 5 boulgàs Resp. 

89; Bounal, 5; p. p. boulgut 

Ben. 45; Bespr. 41. 
BouLEGÀ, V. intr. et tr. , bouger, 

remuer. 
BouLEGODis, n. m., remue-mé- 
nage. 
BovLHASso Bespr. 44, n. f., ni- 
gaude. 
BouLHASSo ! Pred. 49 ; Bespr. 

44, interj. marquant l'éton- 

nemeni, grand Dieu! 
Bouù, V. intr., bouillir. — P. 

p. boiilit, f. -ido. 
BouLiDOLi, n. m., cuve où l'on 

fait fermenter le vin. 
BouLisou, n. f., grande quantité. 
Boulon, n. m., faucille. 
BouLOUNTÀ {se), V. réciproque, 

se vouloir du bien, s'aimer. 

— Ipf. 6 boulountabou \\\ 

365. 
BouLTiJAiRE, n. m., vagabond, 
Bou.NDOu, n. m., bonde. 
BouNDOULAU, n. m., bourdon. 
BouRDET Sonnet de Goli, 4; 

Resp. II, 12, n. m., toupie. 
BouRDUFALHO I, 1 58 ; 111, 436, 

n. f., broutilles, menu bois; 

Pr. 261; — au fig. Rec. Ep. 

i36, vétille. 
BouRiAiRB I, 65, 5o6; !I, io5, 

etc., n. m., fermier. 
BoLRJOu I, 53, n. m., bourgeon, 
BouRNHOu, n. m., ruche. 
Bourra Pr. 3 12, v. tr., se 

bourrer de. 
Bourre, n. m., bourgeon. 
Bourroul, n, m., verrou, 
BouscACHE, n. m., bocage. 
BousiGÀ I, 456, V. intr.,écobuer, 

travailler une terre en friche. 



— 263 — 



BousiGos, n. f., terre qu'on 

défriche. 
BouTÀ, V. tr., mettre. 
BouTou, n. m., bouton. 
Brabe, adj., bon, honnête; con- 
sidérable III, 71; Ort 36, 
etc. 
Brabomen, adv. , bravement, 
beaucoup, certainement Ort, 
44. 
Bragos, n. f. pi., braies, chaus- 
ses, culotte. 
Brai, adj., vrai. 
Bras, pi. brasses, n. m. 
Brego, n. f. , querelle, noise. 
Bregondalho, n. collectif f., 

troupe de brigands. 
[Bregous], f. -ouso I, 429, adj., 

querelleur. 
Brès, n. m., berceau. 
Bresenà, V. intr., murmurer. 
Bresilhà Pr. 358, v. intr., faire 
un bruit de friture (en par- 
lant de la cigale). 
Bressolo, n. f., berceau. 
Bricou {un) I, 262, 291, etc., 

un petit peu. 
Briscon IV, 273, n. m., jeu du 
bâtonnet (?). V. Mistral, Tré- 
sor, s. V. brisque. 
Briù {un) I, 109; III, 341, 
etc., un peu de temps ; cau- 
que briù Cound. 2, quelque 
temps. 
Brobado Rec. Ob. 62, n. f. , 

gronderie, critique. 
Brobejà, Rec. Ep. 55, etc., v. 

tr., gronder. 
Broco, n. m., baguette. 
Brogat Bert. 4, culotté. 
Bron Odo, 34; Diol. II, 217, 

n. m., cri, criailleries. 
Brondi, v. tr., secouer. 
Brondido {boilà lo) IV, 278, 
secouer fortement, battre. 



Brondilho, n. f., brindilles, ra- 
milles. 

Brondou, n. m., torche en- 
flammée, flambeau. 

Brounzi, v. intr., gronder, re- 
tentir sourdement. 

Brout, n. m., rameau. 

Broutou I, i5, n. m., bour- 
geon. 

Bruch, n. m., bruit. 

Brullà, v. intr., brûler. — P. 
pr.-adj. brullent, brûlant. 

Brusou II, 273, n. m., bruit 
sourd. 

Bufà, v. tr., dédaigner. 

BuFAL, n. m., souffle. 

BuFÈc II, 252, adj., inutile, 
sans effet. 

BuGADo, n. f. , lessive. 

BùiDA, V. tr., vider. 

BùiDE IV, 48i,f.-o,n. m., vide. 

Bùiochaire, n. m., voyageur. 

BùissÈL, n. m., boisseau. 

Bùissou, n. m., buisson. 

BùoLHÀ, V. intr., balayer la 
balle des céréales. — Pr. 3 
bilalho 11,466. 

Burèl, adj., marron foncé. 

BuRGÀ, V. tr., fouiller. 

Cabro, n. f. , chèvre. Cabro, 
siàs-tu cabro'i sorte de jeu, 
que mentionne le poète pro- 
vençal, Brueys d'Aix (1570- 
i636). 

Cachoniù II, 69, n. m., dernier 
né, tout petit enfant. 

Cado, adj. indéf. invar., cha- 
que; c. très ons I, 48, tous 
les trois ans. 

Cadun, f. -uno, pr. indéf., cha- 
cun. 

Gais, n. m., mâchoire. 

Cal', pr. interr., qui ? 

Gal% v. caldre. 



— 264 — 



Calcios I. 69, n. f. pi., chaus- 
ses, culotte. 

Caldre, V. impers., falloir. — 
Pr. 3 cal ; ipf. 3 colià; pf. 3 col- 
guét Resp, II, 59; ft. 3 col- 
dro I, 434; II, 190, etc., co- 
drà Pr. 336 ; cd.3 coldrià IV, 
5o8; Rec. Ob. 32, etc., co- 
drib Coumpl. i35 ; sbj. 3 cal- 
go Coumpl. 146. 

Cap, n. m., tête; cap de (dans 
une prop. nég. ou indéter- 
minée), aucun ; — avec el- 
lipse de de IV, 448. 

Capo, n. f. , manteau. 

Caro, n. f., visage Par.6,Bespr. 
37, mine, aspect I, 189. 

Cas IV, 276,329, n. m., cas de 
conscience ; s'en cas Resp. 39, 
si par cas, si par hasard. 

Caso, n. f., chaumière. 

Catre, désignant un petit nom- 
bre : c. càulets I, 83. 

Cauque, f. cauco, adj., quelque. 

Centeno II, 269 ; D/o/. 96 (éd. 
cenqueno), n. f., brin qui réu- 
nit les fils d'un écheveau ; 
coupa lou cap et lo c, bou- 
leverser tout. 

Cercà, v. tr., chercher. 

Cerièiro, n. f., cerise. 

Cermounio IV, 434 ; Proub. 1 3 r , 
n. f., cérémonie. 

Cèrto Coumpl. 80. adv., cer- 
tes. 

Chaute, v. chbutà. 

Chèstre Ep. II, 47; El. 34 ; 
Diol. 5o, n. m. , monticule, 
pente gazonnée. 

Cm, n. m., chien. 

Chicounejà, v. tr., déchique- 
ter. — Pr. 3 chicounejo Er. 5 
(voy. la note). 

Cholomi.no IV, 43o, n. f., cha- 
lumeau. 



Chombrièiro, n. f., fille de 
ferme, servante. 

Choplà, v. tr., mettre en mor- 
ceaux. 

Choumarro, Fr. ii,n.f., bru- 
tale (litt. : jument). 

Chourrà, v. intr. , rêvasser, 
rester immobile. 

CnôuTÀ (se), V. réfl. , se sou- 
cier. — Pr. i chaute IV, 1 53. 

Chunchat III, 66, n. m., con- 
tenu des deux mains jointes. 

CiBADo, n. f. avoine. 

CiNGLO, n. f., ceinture, sangle; 
courroie du joug Pr. 86. 

CiROus I, 341; Pr. 269, adj. 
prissubst., chassieux. 

Clas IV, 181, n. m., son de 
cloche. 

Claure, v. tr., enfermer; — se 
cl., V. réfl., s'enf, — P. p. 
claus Bespr. 40. 

Cledo, n. f., claie, barrière à 
claire-voie. 

Clobà, v. tr., mettre sous clé. 

Clobenc Pr.42, n. m., cailloux 
agglomérés qui forment le 
fond des chemins. 

Clopà, v. intr., frapper. 

Clos I, 404, n. m., coquille de 
l'œuf. 

Closco, n. f., tête. 

Clouco IV, 436, n. f., poule 
couveuse.! 

CloussI, v. intr., glousser. — 
P. pr. cloussiguen I, 408. 

Cluèch, n. m., chaume. 

Co, n. f. , queue. 

Cobal h, 307; IV, 166, n. m., 
engence. 

CoBi Odo, 43,v. tr., caser, loger. 

CoBiRou, n. m., chevron. 

CoBOLiNo (/o), n. f. collectif, 
les chevaux. 

CoBONiÉiRo, n. f., fille de ferme 



265 



chargée de la préparation du 
fromage. 

CoBRiT, n. m., cabri, chevreau. 

CoBussAiRE, n. m., plongeur. 

CoBussAT IV, 472, n. m., provin. 

CocHÀ, V. tr., cacher. — Pr. 2 
cachos L. D. 26. 

CoDAULo, n. f., clinche, loquet ; 
bièlho c. Diol. 81, vieille tou- 
pie (injure). 

CoDÈL Go//, 28, n. m., chien. 

CoDENO, n. f., chaîne. 

CoDOLART, n. m., garçon, va- 
let sans souci (sens péjoratif). 

CoDRÔ, codrià, v. caldre. 

CoFO, n. f., coiffe. 

CoGORAULo, n. f., escargot. 

CoiRAT Ep. II, 60, p. p. -adj., 
(litf : carré), fort, étrange. 

CoiRF, V. intr., cuire. — Pr. 3 
coi IV, 487. 

CoÎRÈL, n. m., espèce de fronde. 

CoiSAL, n. m., molaire. 

CoLÀ, V. intr., et se cola, v. 
réfl., se taire. — Impér. 
2 calo Goli, 55; Diol. 6g, 4 
colen (v. siait), 5 colas Resp. 
21; Diol. 68. 

CoLCÀ, V. tr., fouler. 

CoLCADO, n. f., foulage. 

CoLciDO, n. f., chardon. 

CoLCiNÀ, V. tr., passer à la 
chaux. 

CoLDRiô, colgiièt, colid,v. caldre. 

CoLEL, n. m., petite lampe à 
queue. 

CoLHADo, n. f., caillé, lait caillé. 

ÇoLHET, n. m. , vidangeur. 

CoLHOL, adj., bigarré. 

CoLiBOTS I, 3g4 ; Pr. 338, n. m. 
pi., débris de caillé, caillots. 

CoLiMÀs,n. m., chaleur lourde. 

CoLO, n. f., groupe, d'ouvriers 
agricoles travaillant ensem- 
ble. 



CoLÔs, pi. colosses IV, 134, n. 
m. , trognon (de chou). 

Coi.RE II, 474, v. tr., célébrer 
(une fête). 

CoLSÀ Diol. II, 19 (litt. : chaus- 
ser), ferrer. 

CoMBADo I, 334, n. f., enjambée, 
espace à piocher entre deux 
rangées de vignes. 

CoMBiÀ, V. tr., changer. — Pr. 
3 combio I, 384; sbj. i com- 
bie I, 63; ipf. i combièsse 
Pr. 63. 

CoMBiRous {Ions) Pr. 42, n. m., 
les environs. 

COMBO et Co.MBETO, H. f., tigC, 

CoMBO, n. f., jambe. 

CoMBOJOu, n. m., jambon ; 
(familièrement) jambe For. 2. 

GoMÈL, n. m., imbécile. 

CoMiNÀ, V. intr., cheminer. 

CoMiNADO, n. f. , presbytère. 

CoMiso {en) II, 60, en bras de 
chemise. 

CoMisouLETo I, 5i8, n. f. , ca- 
misole. 

CoMoiÀ (se), V. réfl., se colorer. 

CoMPis I, 23, t. -isso Ep. II, 23, 
adj., rétif. 

CoMPONHO I, 453, n. f. , cam- 
pagne. 

CoNHE, pl.es, f. -0 Odo, 119; 
Ep. II, 67, etc., adj. interro- 
gatif et admiratif, quel, quel 
grand. 

CoNHOTo I, 490, n. f. , petite 
chienne. 

CoNiLHO I, i54, n. f. , chenille 
du ver à soie. 

CoNis, pi. -isses, adj., difficile, 
rude. 

CoNOBiÈiRO, n. t., chenevière. 

CoNOBOu, n. m., chénevis. 

CoNou, n. m., litre (de vin). 

Conte, f. conto I, 3o6, etc., adj. 



— 266 



admiratif, combien grand; 
au pi., contes, f. -os, com- 
bien nombreux, combien de. 

CoNTÈL, n. m., pain (iitt'. : 
chanteau de pain);/o« c. Pr. 
284., la miche. 

CoNTELET, diminutif de contèl. 

CoNTUGNES Diol. II, i5o (mot 
francisé = countunhos), 2« p. 
sg. prés, de countunhà, con- 
tinuer. 

Cop, pi. co/5 (prononcez : cotcli), 
n. m., coup, fois ; tout-ol-cop 
I, 148, tout à la fois; pèr loti 
cop I, 437, pour cette fois, 
sûrement. 

CopÀs Coitmpl. 40, n. m., aug- 
mentatif de cap. 

CoPEiROu, n. m. , chaperon; 
lou mèstre c, Boiinal, la 
charge de maire. 

CoPEJÀ, V. intr., laisser tomber 
la tête quand on est pris de 
sommeil. 

CoPÈL, n. m. , chapeau. 

CoPELADO [fa lo) I, 10, tirer 
le chapeau à, saluer. 

CoPELÔ, n. m., prêtre. 

CopiOL Pr. 73, n. m. , capi- 
taine, chef. 

CopouNÀ, V. tr., chaponner, 
châtrer. 

CoPucHO, n. f., tête^ intelli- 
gence ; cauco bouno c. Rec. 
Ep. go, une bonne tête. 

CoPUCHOUN.Vs Ben. 18, n. m., 
grand capuchon. 

CopusoDOu, n. m., billot ou 
établi pour travailler le bois. 

CoRBOUNAT, n. m., charbon, 
carie des blés. 

CoRDi, n. m. et Cordino, n. f. , 
chardonneret. 

CoRDUs, n. m. , chardon. 

CoRCÀ, V. tr. , prendre et don- 



ner à porter) I, 467; II,i32, 
etc., V. réfl., se charger 

— Pr. 3 cargo; p. pr. cor- 
giien. 

CoRGODou, n. m., lieu où l'on 
charge les raisins. 

CoROMÈL, n. m., chalumeau, 
musette. 

CoRPAN II, i52, n. m., toque. 

CoRRÀ {se), V. réfl., se carrer, se 
mettre à l'aise; /a c. I, 62. 

CoRREiRou, n. m., sentier; loi 
fou correirous H, 192,7 sont 
sans cesse. 

CoRREJÀ,v. tr., charrier, trans- 
porter sur le dos 11, 468. 

CoRRiÈiRo, n. f. , rue. 

CoRRioL, n. m., chariot. 

CossouL [lou), n. m., le pre- 
mier consul de la ville. 

CossouLETO, n. f., cassolette 
(fleur). 

CosTELET, n. m., châtelet : 
trois châtaignes ou noix ou 
noyaux surmontés d'un qua- 
trième, qu'on cherche à enle- 
ver avec un projectile de 
même espèce. 

CosTiÀ (dissyllabe) I, iSg, v. 
tr., châtier, corriger; modé- 
rer III, 200. 

CosTONHÈ, n. m., chàtaigner. 

CosTONHO, n. f., châtaigne. 

CosTROu, n. m., cabane. 

CoTÀs For. 55, gros roué. 

CoTÈT For. 47, n. m., cadet, 
petit jeune homme. 

CoTOu, n. m., jeune chat; 

— mudà sous cotous El. 3, 
changer de résidence. 

CoTOU, n. m., chaton. 
CouÀ, V. intr., couver. 
CouBÉs, adj., avide. 
CouBESiô Fr. 22, n. f., avidité. 
CouBiT, n. m., invitation. 



267 — 



CoucHÙiRÈL, n. m., vin fait 
avant la vendange avec les 
raisins avariés ou mal ve- 
nus. 
Côuciù, n. f., caution. 
CôucuN, pi. cauqiies -us Diol. 
44, pr. indéfini, quelqu'un. 
CoucuT, n. m., coucou. 
CouDÈRc El. 34, n. m., petit 

pré voisin de l'habitation. 
CôuDET Pr. 37, adj., un peu 

chaud, tiède. 
CouDOUN, n. m., coing. 
CouETO,n. f. , petite queue. 
CôuFÀ [se], V. réfi., se chauf- 
fer. 
CouFi, v. tr. 108, préparer (la 
terre) (litt' : confire); v. intr., 
cuire lentement. — Pr. 3 con- 
fis IV, 436; p. p. f. coujido 1, 
108. 
CouFL.\, V. tr. et intr., gonfler. 
CouFLÀ [se), V. réfl., se gonfler, 
s'enfler d'orgueil; — p. p. 
confiât, f. -ado, enflé, gonflé. 
CouflitIII, 4; IV, 174, f. pi. 
-idos El, g, p. p. -adj., bondé. 
CouLÀ, V. tr., coûter. — Pr. 3 

colo Ort 8. 
CouLÀ, n. m., collier, 
CôuLET, n. m., chou. 
CouLODOu I, 371, 378, n. m., 
chaudron où Ton fait cailler 
le lait. 
CouMBENi, V. impers., conve- 
nir. — Pr. 3 coiimbe For. 5. 
CouMBo 1, 221, 509, etc., n. f., 

dépression de terrain. 
CouMOUL, adj., comble, plein. 
CouMPissADo El. 38, n. f., flux 

d'urine. 
CouMPONACHE Pr. 3ii,n. m., 
ce qu'on mange avec le pain, 
pitance. 
CouMPOSsiù, n. f., compassion. 



CouNDUCHo, n. f., conduite. 

CouNDURE, V. tr., conduire; — 
v. réfl. Pr. Emboi, 3o, se con- 
duire. 

CouNEissE, V. tr., connaître. — 
Pr. I coiineisse L. o D. 5, 
3 couneis I, 2 33; ipf. 2 cou- 
neissiàs; III, 363; 6-iouDiol. 
II, 124; pf. 4. coimegtièren 
Coumpl. 86; p. p. couneisent 
Ep. II, 49. 

CouNSENCiô Bèrt. 36, n. f., 
conscience. 

CouNTESTOCiù (/o) Bcspr. 52, 
n. f.,la Constitution (mot es- 
tropié). 

CouNTUNHÀ Odo, l32, V. tr., 
continuer. — Impér. 5 coun- 
titnhàs Coumpl. 149. 

CouPET, n. m., nuque. 

CouQui IV, 383, adj., coquin. 

CouQuiLHO Pr. 241, n. f., de- 
meure (coquille). 

Coures, v. courre. 

CouRNUDO, synonyme de semai. 

CouRO, conj., quand. 

Courre Bèrt. 23, etc., etcouRR'i, 
V. intr., courir. — Pr. 3 coitr- 
ris I, 69, cour III, 3 1 8, 6 cour- 
rou II, 387; impér. 4 cour- 
riguen, 5 coures I, 27. 

CôusÀ, V. tr., chausser (des 
souches). 

CôusEGOL, n. m., méteil. 

Cousesou, n. f., cuisson. 

CousiNO, n. f . , cuisine. 

CoussÈRGUEjÀ, V. tr. , chatouil- 
ler. 

Couss'i, comment, comme; 
coussi quicon Diol. II, 18, 
tant bien que mal. 
CousTAL I, 537, pi. coustals 
III, 269 (imprimé à tort coû- 
tais), n. m., coteau. 
GousTRENHE,v. ti., Contraindre. 



— 268 — 



COUSTRENCHO II, 191, n. f . , 

contrainte, saisie. 
CouTAL, n. m., muletier, char- 
retier. 
CoijTRiLHADO, n. f., troupc 
Resp. 41, grande quantité 
I, i53. 
CouTROLHÀ, V. tr., tailler. — 

Pr. 3. coutralho Ort, 68. 
CôuzÀ, V. tr., causer. — Cd. 3 

càu^orià I, 54. 
Côuzi, V. tr., choisir. — Impér. 
5 coulissés I, 181 ; IV, 472, 
etc. 
Créât I, 294, p. p. pris subst», 

créature. 
Creire, V. tr., croire. — Pr. i 
crese, cresi Rec. Ep. 69; 
Pr. 268, 2 creses, 5 cresès ; 
ft. 5 creirès; impér. 2 aei 
IV, 247, 5 cresès 1, 96 ; El. 33 . 
Creisse, V. intr., croître. — Pr. 
3 creis III, 81; IV, 475, etc.; 
p. p. crescut IV, 52 3. 
Cremal, n. f., crémaillère. 
Crenhe, V. tr., craindre. — Pr. i 
crenhe L. 0. D. 4, 2 -es IV, 
140, 3 cren II, 169, 5 cren- 
liès Resp. 25, 6 crenhou IV, 
277; ipf. 3 crenhià Resp. II, 
68 ; impér. 4 crenhen IV, i23 ; 
p. p. crenhegut Diol. Il, go. 
Crès, pi. crèsses I, 89, n. m., 
terrain maigre où affleure le 
calcaire ; — fà lous c, piocher 
les terrains maigres qui ne 
sont pas labourables. 
Crese, -eses, -esès, -esi,v. creire. 
Cresenso, n, f., croyance. 
Crespe 1, 549; II, 420, n. m., 

crêpe, voile sombre. 
Crestiô, n. m., chrétien ; per- 
sonne D/o/. //, 57. 
CRESTOu,n. m., crête, sommet. 
Cridà, V. intr., crier. 



Croco-pruno, n. m., taillewr. 

Croumpà, V. tr., acheter. 

Crouqiiet, n. m., crochet. 

Crolstilhà, V. tr., croquer. 

CrusÀjV. tr., creuser. 

Clbrecèl, n. m., ciel-de-lit, 
rideaux de lit. 

Clèr, n. m., peau II, 45; Odo, 
87, etc. 

CùiDE, n. m., coude. 

CùiRETO IV, 417, marmite de 
cuivre. 

CujÀ, V. tr., penser; manquer, 
faillir (infin.). 

CuLi, V. tr., cueillir. 

Cultibaire II, 86 (r.) et culti- 
botou II, ti5 (r.), n. m., 
cultivateur. 

CuLTiù IV, 5oo, n.f., culture. 

Cun', n. m., coin, quartier. 

CuN % cune I, 285, 317, pi. cu- 
nes, cunhes{éd. qu'unis) III, 
186, f. cutio, adj. interroga- 
tif et admiratif, quel, quel 
grand. Cf. conhe. 

CuNHÀ, V. tr., enfoncer. 

CuRÀ, V. tr., nettoyer I, 100; 
II, 283, vider I, 212; III, 206, 
etc. 

CuRBÉL, n. m., crible. 

Cussou.NÀ, V. tr., cribler de 
trous de vers Fr. 6; — v. 
réfl. intr. Cound, 47, se 
vermouler, devenir ver- 
moulu; v. réfl. tr., se c. lou 
cap. I, 427, se creuser la tête. 
CuTÀ, V. intr., fermer les yeux. 
CuTAiRO Ep. II, 72, n. f., 
femme qui cligne fréquem- 
ment les yeux. 
CuTos I, 2o5, n. f. , œillères 
(propr'. : antoqucs, lunettes 
pour chevaux). 

Dalho", n. f., faux. 



26g 



Dalho', V. dolJià. 

Daurou, V. dburà. 

De dans une prop. admira- 
tlve : oh I d'oquelcap de sellio 
Pr. i53. 

Debàs, pi. debasses, n. m., bas. 

Debés I, 5i4, n. m., devois, 
pâturage pour les brebis. 

Debinhà, V. tr., deviner. 

Debinhaire, n. m., devin. 

Debinho, n. f., divination ; onà 
lo d. IV, 298, aller consul- 
ter la devineresse. 

Debiô, os, etc., v. deiive. 

Debolisà Diol. II, 106, disper- 
ser. 

Debolôuzido Cottnd. {titre), n. 
f., coup d'assommoir, acci- 
dent fâcheux. 

Débondât Pr. 435, p. p. -adj., 
déchaîné. 

Débrida, v. intr., avoir bon ap- 
pétit. 

Debouciùs, adj., dévot. 

Deboulic, pi. -its (pron. -itch) 
II, 3o5j adj., endiablé, malin. 

Debouri v. tr., dévorer, con- 
somner. — Pr. 3 debouns 
Pr. Emboi, 16. 

Dèch, adj. num., dix. 

Deglende Ep. II, 20, alerte, 
bien disposé. 

Degolhà, v. tr., gâter, perdre 
sans profit. 

Degochat, f. (Jtfo 1, 333, p. p.- 
adj., dégagé, agile. 

Degus I, 520, pr. indéf. , per- 
sonne. 

Degut II, 188, n. m., dû. 
Deis, v. des. 

Dejoucà {se), v. réfl., se déju- 
cher, descendre de sa bran- 
che. 
Dejous, adv. et prép., dessous; 
old. de, au-dessous de. 



Deju II, 197, adj., à jeun. 

Delorgà, v. tr., laisser aller, 
lâcher (le bétail) I, 514 ; Pr. 
3g8, etc., faire sortir du corps 
(l'âme) 0^0, 206; — v. réfl., 
sortir, se donner de lair, 
s'élargir; prendre son essor. 

Deliùrà {se),v. rétî., se déli- 
vrer. 

Demà, adv., demain. 

Dème II, 188, dîme. 

Demescouneisse, v. tr., mécon- 
naître, ne pas reconnaître. 
— Pr. 3 demescotineis IV, 
476. 

DEMPiÈr, adv. et prép., depuis- 

Denontourà IV, 3i6, v. tr., 
cueillir avant le temps. 

Deque {de) Diol, II, 59,61, de 
quoi. 

Derec (0) Pr. Emboi, 3, succes- 
sivement. 

Derebelhà, v. tr., éveiller. 

Derrobà, v. tr., arracher. — 
Pr. I derrabe Ep. II, 64. 

Derrom.\, v. tr., ébrancher, 
émonder. 

Des ( = de lous) devant cons., 
deis El. 2 3 ; Resp. II, 26 
devant voyelle, art. contracté. 

Desco, n. f., corbeille. 

Descobestrat, f. -ado Diol. II, 
216, éccrvelé, -ée. 

[Descobestrat], f. -^^0, déliée, 
sans frein Bespr. 70, toquée 
Diol. //, 216. 

Descopeirounà {se)Bounai 5, v. 
réfl., renoncer au chaperon, 
aux fonctions de maire. 

Descorà, v. tr., défigurer, dé- 
molir (le visage). — Pr. i des- 
care Diol. II, i5i (mol fran- 
cisé). 

Descorgà, v. tr., décharger. 

Descornat, p. p. ; souco des- 



— 270 



cornadolV, 5io. souche dé- 
chaussée. 

Descoubèrtat, p. p. -ad)., dé- 
couvert. 

Descubr'i, V. tr., découvrir. — 
Pr. I descubrisse Odo,i i. 

Descuti Pr. 376, v. tr., discu- 
ter, exposer. 

Desempegà, V. tr., dégluer. 

Desempeitrà (se), v. réfl., se dé- 
pêtrer. 

Desempièi, adv., depuis. 

Desen-cuso Coumpl. 5oj Diol. 
6i, n. f., cause. 

Desfourtuno I, 109, n. f., 
malheur, mauvais temps. 

Desobièn Pr. 279, n. m., acci- 
dent fâcheux. 

Desoborit, f . -idoU, 342, gâté. 

Desogrodà, v. intr., déplaire. 
— Pr. 3 desogrado Diol. 44. 

Desonat Resp. II, 5i, adj., dé- 
pourvu. 

Desonisat, f. -ado El. 45, p. p.- 
adj., déniché, sans gîte. 

Desossorgà (5e) v. réfl., se dé- 
saltérer. — P. p. f. desossor- 
gado Odo, Sg, p.p., désaltérée. 

Desoubronso Cound. 4, n. f. , 
désœuvrement. 

DeSOUNDRÀ et DiSOU.NDRÀ, V. 

tr,. gâter, enlaidir (litt'. : dés- 
honorer). — Pr. 3 disottnro 
Pr. 449. 

DESPÈiTROi.H.\(se)iîes/i.//, 68,v. 
réfl., se découvrir la poitrine. 

Despens, pi. -enses Rec. Ep. 
139, n. m., dépens. 

Despèrti I, 87, 32 3, n. m., 
goûter, repas du milieu de 
la journée. 

Despièch I, 129; II, 80, 426, 

^ etc., n. m., dépit ; /iJire oijue/ 
d. Kesp. 7, Ctre cause de ce 
dépit. 



Desplegà (se), v. réfl., se déplo- 
yer, déployer ses fleurs. — 
Pr. I desplègiie, Rec. Ob.i-j, 
3 -ègo I, 44; sbj. 3 desplègiie 
I, 233. 
Despochà, v. tr., presser, faire 
hâtivement III. i56; videra 
la hâte IV, 285; — se d., v. 
réfl., se hâter. 
Despolliià, v. tr., dépouiller. 
Despounchà, v. tr., épointer. 
Dessarro (n. verbal de desser- 
ra) ; la seguiol, qu'es de dure 
dessarro II, 44g, le seigle, 
dont il est difficile de déta- 
cher le grain (par le bat- 
tage). 
Dessôuclat, f. -ado, qui a per- 
du ses cercles. 
Dessul = dessus lou. 
Destèrminat Diol. II, 43, p.p. - 

adj., déterminé, terrible. • 
Destetà, v. tr., sevrer. — P. p. 

f. destetado II, 18. 
Destocà (se), v. réfl., se déta- 
cher. — Pr. 6 destacou Pr. 
40 ; Resp. II, 61. 
Destral, n. f., cognée. 
Dèstre Bounal 11,3, adj., ha- 
bile. 
Destrech, adj., étroit. 
Desturbà, v. tr., déranger, dé- 
tourner. 
Di:t, n. m., doigt. 
Detal I, 39, n. m., détail. 
Detràs, adv., derrière. 
Deure, v. tr., devoir ; — impers, 
réfl . , se diit, on doit. — Pr. i 
debe Resp. 92, 3 diii Diol. 
58, etc.; 5 debès El. 5i; 11,65; 
cd. 2 diitribs; p. p. degut; 
pris subs' Diol. II, 184, dû, 
part des impôts ordinaire. 
Dimenge IV, 269, 289, n. m., 
dimanche. 



— 271 



DiMERGAL II, 476, adj., de di- 
manche. 

DiNS, prép., dans; d. d'obort 
IV, i85, tout d'abord. 

DiNTRÀ, V. intr., entrer; v. tr. 
II, 72, rentrer. 

Dire, v. tr. ; d. de non 11,83, 
dire non, refuser. — Pr. i 
dicli Diol. H, 7, 2 dises, 3 
dis, 5 dises, 6 disait; ipf. 3 
disià, 4 dision, 6 disiou; pf. 
3 digiièt I, 468; Pr. 266, 
5 digiières Coiimpl. 119, 6 
diguèrou Goli 46 ; sbj. i 
digo Diol. 41; impér. 2 di- 
gues Goli, 47, digos Ben. 
37; Diol. II, .se, 87, 178; 4 
diguen Ep. II, 2g, 5 digàs 
Bert. 27 ; p. pr. diguen I, 
147, p. p. dicli ; pris subst', 
es lou dicli que, on dit que. 

Diù', n. m., Dieu. 

Diù', diùrios, v. Deuie. 

DoBOLÀ, V, intr., descendre. 

DoBON et DoBONT, ady. et prép., 
devant ; mètre dobon Odo, 70, 
emporter, ravir ; pèr ci d. 
Diol. II, 190, jusqu'ici. 

DoBONTAL, n. m., tablier. 

DoLHÀ, V. intr., faucher. — Pr. 
3 dalho II, 178; O Peirot, 6. 

DoLHAiRE, n. m., faucheur. 

DoLHAiRO (/o) jFV. 3, la Fau- 
cheuse (la Mort). 

DoRNiÈ, f. -ièiro, adj. dernier. 

DoRNiÈiROMEN, adv.jréce.Timent. 

DoRRÈ, prép., derrière. 

DouGO, n. f., douve. 

DOUMEIZÈLO et DOUMOIZÈLO, n. 

f. , demoiselle. 

DouNcos, adv., donc. 

DouNDÀ, V. tr., dompter. 

DouNT, pr. relatif et adv., 
dont, d'autant; dount mens 
i penson I, 489, au moment 



où nous y pensons le moins; 
dount milhou me boulcabo 
Goli, 32, au moment où je 
me roulais le mieux. 

DôuRÀ, V. tr., dorer. — Pr. 6 
dauroii II, 42g. 

DôuRAT, f. -ado, p. p. -adj., 
doré. 

Dôus, don devant cons., prép., 
du côté de, de, vers ; dou 
partout I, 58, 5i3, de tous 
côtés. 

DousTÀ, V. tr., ôter. — Pr. 3 
dosto Cound. [titre), 5 dous- 
tàs IV, 72. 

Draco, n. f., marc de rai- 
sin. 

Dres (de dressa) ; èstre en d. 
Pr. 73, être debout. 

Drjlho, n. m., goujat, jeune 
ouvrier ; tout, jusc'ol mendre 
d. I, 317. 

Drocado III, 294 (ord'. : masse 
du marc), bouillie pour répa- 
rer les cuves gâtées. 

Drollo, n. f., petite-fille. 

Droulloto, n. f., jeune fille. 

Dubrî,v. tr., ouvrir. — Impér. 5 
dubrissès Pr. 112; p. p. du- 
bèrt, f. -èrto Pr. 2 38. 

Dunses (= dee\.unses,Y>\.àc un), 
adj. et pr. indéfini, quelques, 
certains ; dunses coîs Fr. 
21, quelquefois. 

Ebejo, Pr. 446, n. f. , envie. 

Ebrièu, adj., ivre. 

Efont, pi. -ons, n. m., enfant ; 

fils I, 240 ; au pi., jeunes 

gens I, 75, petits (de la poule) 

I, 408. 
Efontet et Efontou, n. m., 

petit enfant. 
Ègo, n. f., jument. 
EiGiNo I, 197; II, 62, etc., et 



— 272 



oigino Pronb. u8, n. f., 
outil, instrument. 
El, pi. elses Pr. 433, pr. pers. 

de la 3" pers. , il, ils ; eux. 
Embegurat, p. p. -adj., imbibé, 

pénétré. 
Embejo I, 502, n. f., envie. 
Embèrbesit £/. 16, f.-ziio, p. p.- 

adj., affaibli, languissant. 
Emberenat, p. p.- adj., enve- 
nimé. 
Embescà (s'), V. réfl., s'engluer. 
Embëscat, p. p. -adj., englué. 
Emblidà, V. tr., oublier. 
Embluado [bonco) II, i54, banc 

tapissé de bleu. 
Embobouchit,p. p. -adj., effaré, 

éperdu. 
Emboioduro Proub. 37, n. f., 

baisure du pain au four. 
Embôurà (5'), V. réfl., s'effarou- 
cher. — Pr. 3 embaiiro; 
ipf. 3 embourabo. 
Embrondà, n. tr., incendier. 
Embùisoun.a (s') IV, 5 16, être 

protégé de buissons. 

Embut Coumpl. 123, n. m., 

(litl'. : entonnoir), bouche. 

Emmersà Pr. 89, V. tr., enfouir. 

Empegat, p. p. -adj., poissé, 

poisseux. 
Empetegà (s'), V. réfl. s'engluer. 
Empetegat El. 21, empêtré, 

embarrassé. 
Emplegà, V. tr,, employer. — 
P. p. pris subst', cmplegat, 
employé. 
Emplostrà I, loi, V. tr., revêtir 

d'une matière molle. 
Empoch.X, V. tr., empêcher. — 

Pr. 3 empacho Ben . 49. 

Empopoulhounat (au Glossaire 

de l'édition, à tort, empapillou- 

H^f) Pr. i52,p. p.,embéguiné. 

E.mpoungon.\, V. tr., suffoquer. 



— Pr. 3 empoungono Odo, 61. 
Emprimà, v. tr., imprimer. 
Emprimur, n. m., imprimeur. 
Ences, Rec. Ep. i38, n. m. 
• pi., encens. 
Enche, n. m., anche. 
Englobât, f. -ado (litt* : cloué), 
p. p. -adj.; los solos encloba- 
dos Ep. III, 33. 
Encolat I, 379, n. m., froma- 
ge frais. 
Enfugî (5'), V. réfl., s'enfuir. — 
P. p. f., enfugido Bespr. 32. 
Endimergà, V. tr., endiman- 
cher ; v. réfl. Proub. 2 3.— 
Pr. 3 endimèrgo I, 60. 
Endobolà, v. tr., avaler. 
Endorroirà (*'), V. réfl., se 
retarder. — Sbj. 3 endorraire 
III, i53. 
Endrech, n. m., endroit. 
Endrinhà [s'), v. réfl., s'irriter. 
Endrinhous, adj., grognon. 
Endustrit, adj., industrieux, 

intelligent. 
Engenso, n. f. , engence, race 

Pr. 25. 
Engoulà, v. tr., engloutir, ava- 
ler. — Pf. 3 engoulèt III, 
40; p. p. f. , engoulado IV, 
195. 
Engourgà (s') Resp. 22, se 

plonger. 
Engôuzilhado ifraso) Rec. Ob. 
6g, p. p. -adj., gaie (phrase). 
E.ngrepesit II, 231 ; El. i5, p. 

p.- adj., engourdi. 
Engrolo IV, 389 ; Goli 89, n. f., 

lézard gris. 
Engrun.à, v. tr., égrapper; ava- 
ler (du raisin). 
Enjôula, v. tr., enjôler. — Pr. 

3 enjaulo Diol. 84. 
E!n'lai II, 42, adv., là (avec 
idée d'éloignement), à quel- 




— 2-3 



que distance ; en parlant du 
temps. D'aro en lai II, ii6 ; 
Diol. II, i56, d'ici à peu de 
temps; yioiis fosèn en lai Ep. 
III, 59, nous nous faisons 
vieux. 

Enquiè que II, 3 12; III, 126; 
Pred. 32, enqiiio que Cound. 
47 ; Sounet, 1 o ; Diol. i o i ; 
Foi-. 5o, loc. conj., jusqu'à ce 
que, jusqu'au moment où. 

Enredenat, ï.-ado, p. p.- adj., 
raide. 

Enrelhat I, 334, p. p.- adj., 
raide (comme un soc de 
charrue). 

Enromboulhà, V. tr., embrouil- 
ler. 

Enroùca(s'), V. réfl., s'enrouer. 

Enrôumossà (5"), V. rétl., s'en- 
rhumer. 

Enrôuzelà, V. tr., parer. 

Ensobal, adv., ici-bas. 

Entemenà, V. tr., entamer. 

Entendre, V. tr. — Pr. i entendi 
I, 25o; "ienlen; coiimo s'en- 
ten I, 346, on le comprend. 

Entestà {s') de, v.>réfl., senté- 
ter à, persister dans. — Im- 
per. 5 entestés I, i83. 

Entilho IV, 3 14, n. f., lentille. 

Entonchà, V. tr., faire avancer 
dans son travail, presser. 

Entôulat, p. p., attablé. 

Entre, prép. avec rintinitif, 
aussitôt : e. èstre I, 61, 
dès que je serai; e. se lebà I, 
121, dès qu'elle se lève (cf. 
11,208; III, 12g, 373, etc.) ; 
e. l'oumbro èstre basse I, 52 i. 
Entre que II, 352, aussitôt 
que. 

Entrefegos, n. f. pi., pom- 
mes déterre. 

Entrigo, n. f., agacement des 



dents; donna d'e. lll, 2o3, 
agacer, ennuyer. 

Eriè II, 465, n. m., van. 

Erissà (5'), V. réfl., se hérisser. 

ÈRs, pi. èrses I, 538, n. m., pois 
des pigeons, orobe des bouti- 
ques (espèce de lentille). 

Escach, n. m., grand nombre, 
grande quantité. 

EscAis I, 33g, n. m., surnom. 

EscÀs, {tout], adv., à peine, 
tout juste. 

EscAssoMEN Rec. Ep.g,-ddv., tant 
soit peu. 

EscLAiRE, n. m., éclair Odo, g, 
clarté Cound. 27. 

EscLoiRi V. tr., éclaircîr. — 
Sbj. 3 escloirigo Rec. 06. 70. 

EscLOiRiDO, n. f., éclaircie, 

EscLOP, pi.- ots (pron. -otcli), n. 
m., sabot. 

EscoBASSo, n. f., arbre ébran- 
ché, étété. 

EscoBÈL I, I, n. m., dévidoir. 

EscoBOSsÀ, V. tr., ébrancher. 

EscoLÀ, V. intr., grimper. 

EscoLci lo soupo, V. tr., trem- 
per la soupe, verser le bouil- 
lon sur le pain. 

EscoLOBRA (5') I, 358, V. réfl., 
grimper. 

EscoMPÀ, V. tr., jeter. 

EscoMPiLHÀ, V. tr., éparpiller. 

Escont'i, V. tr., éteindre. 

EscopÀ, V. intr., échapper. — 
Pr. 3 escapo II, 2. 

EscoPADO [d') Pr. II 5, d'une 
échappée (profitant d'un mo- 
ment:. 

EscopouL.\, V. tr., couper, cou- 
per le cou Bespr. 7g. 

EscoRLiMPADO, 11. f., glissadc. 

EscôuF.X, V. tr., échauffer. 

Escoulièirot, n, m., jeune 
écolier. 

18 



274 



EscôuDÀ {s), V. réfl., se brûler; 
être surpris par les froids 
tardifs I, 52; Pr. 5i . 

EscouMENJÀ, V. tr., excommu- 
nier. 

Escoupi, V. tr., cracher. — Ipf. 
3 escoiipissià IV, 448. 

EscoupiNo, n. f., salive, 

EscouRGÀ, V. tr., écorcher ; — 
p. p.- adj. III, 435, pelé. 

EscouRGAiRE, adj., qui sert à 
écorcher : coutèl e. IV, 461. 

EscouRNiFLAiRE, u. m., écomi- 
fleur, parasite. 

EscôuTÀ Goli II, [,v. tr., met- 
tre en pelote. 

EscôuTOU I, 4 ; Pr. 12, n. m., 
écheveau. 

EscRicH, n. m., écrit. 

EscRosÀ, V. tr., écraser. 

EscRuci, V. tr., écraser. — Pr. 
3 escrucïs I, 266. 

EscuDELADo, u. f., pleine 
écuelle. 

EscuDÈLO, n. f., écuelle; 

EscuLLÀ, V. tr., tremper (la 
soupe); étaler (des secrets) 
Pr. 25-9 ; verser (une rasade) 
Diol.II, 21 5. 

Escussou I, 180, n. m., écus- 
son. 

[Esfolenat], {.-ado Bespr. i, 
part.- adj., effaré. 

EsFossÀ (s'), V. réfl., s'effacer. — 
Sbj. 3 esfasso. 

EsFRAi, n. m., effroi. 

EsPEGOULHÀ (*'), V. réfl., sc- 
pouiller. 

EsPELHAT II, 196, adj., en hail- 
lons. 

EspelI, V. intr., éclore. 

EspÈLTiR.^ Odo, 104, V. tr., ti- 
railler; — V. réfl., sV. ol sou- 
més Pr. 291, tirailler le pis 
(de la brebis). 



EsPELuciiÀ, V. tr., éplucher. 

EspÈROS 11, i34, n. f. pi., es- 
pérances. 

EspÈRROs, n. f. p]., mouve- 
ments désordonnés qu'on 
fait en se débattant I, 437. 

EspÉs, adj., épais ; — adv. I, 
III. 

EsPESi Bespr. 17, v. tr., étirer 
(de la laine). 

EsPETÀ Cound. 40, V. tr., faire 
éclater. 

EspÏAT, f. -ado. p. p, -adj., épié, 
qui porte son épi. 

EspiGO, n. f., épi. 

EspiNTÀ (s'), v. réfl., s'enfon- 
cer. 

EspiRAL, n. m., soupirail. 

EspONDi, v. tr., étendre; s'e., 
v. réfl., s'étendre. 

EspoRPii.H.\ (s'), v. réfl., s'épar- 
piller. 

EspoRSET, n. m., sainfoin. 

EspoRsou, n. m., aspersoir. 

EspoTORRA [s], v. réfl., se vau- 
trer. 

EsPOTORRAT Fr. 12, p. p. -adj., 
étendu, allongé. 

EspouBENTo, n. f. , épouvante. 

EspouNHE (s') Diol. 5, V. réfl., 
se fouler un membre. 

EspÙLRUGAT,p. p.- adj., épeuré. 

EspouTi, V. tr., écraser. 

EspuRÀ (s'), V. réfl., s'épurer. 

EsQuiÈR Fr. 26, n. m., mo- 
querie, acte malicieux. 

EsQuiLo, n. f., sounette. 

EsQUiNETOS (/j) Odo, 58, faire 
la courte-échelle. 

EsQLiNO, n. f., échine, 

EsQUiNSÀ, V. tr., déchiren 

EssACH Rec. Ob. 86, n. m., 
essai. 

EssENS, aJv., ensemble. 

Hssoj.'x, V. tr., essayer. 



27D 



EssoRRÀ,v. tr., serrer^ enfermer. 

EssucH, Ep. II, 23, adj., sac. 

EssuGÀ, V. tr., essuyer, subir ; 
épuiser III, 478. 

EssouPLiDÀ, V. tr,, oublier. 

Esta, V. intr., rester, tarder; 
n'esta Coumpl. 100, en rester 
là, s'abstenir; — v. rért., s'esta 
deW, 200, se passer de. — P. 
pr. estent II, 172. 

EsTAPLE, n. m., écurie. 

EsTÈBE, n. m., Etienne. 

EsTEBo IV, 465, n. f., manche- 
ron de la charrue. 

EsTÈc, n. m., moyen habile. 

EsTELHOUNÀ El. 18, V. tr., fai- 
re voler en éclats. 

ESTEQUIT, f.- ido El. 20, p. p.- 

adj., rétréci, étique. 
EsTÎu, n. f. , Eté. 
Estobon'i, V. intr., s'évanouir. 
— Impér. 2 estobonïs. Fr. i; 
p. p. estobonit, f. -ido, évanoui. 
EsTOc.X, v. tr., attacher. 
EsTouNAT Ff. 47, p. p.- adj., 

stupéfait. 
EsTOUNDEJÀ, V. intr., bouillir à 

gros bouillons. 
EsTouRRÀ, V. tr., boire jusqu'à 
la dernière goutte; égoutter, 
faire égoutter I, .^79; v. réfl. 
IV, 56 ; GoH, 25, s'assécher. 
EsTRAi-, n. m.,, action de dé- 
grader, usure II, iig; faire 
e. de Bespr. 68, abuser; de 
so pel fosià estral Fr. 2'i, lui 
travaillait la peau. 
EsTRE, v. substantif, être; siù, 
sià, soit, soit; tout se serià 
Resp. 21, encore si c'était 
vrai ! — Pr. i siti, 2 sios I, 
23, 332; II, 92, etc., sén IV, 
356, 55é5l, 12 ; 11,262, etc. ,6 
sou I, 392, soun I, 417; ipf. I 
ère, 3 èro Ep, II, 5, 2 èros, 4 



éren, 5 ères; pf. 3 fousquèt L. 
D.K); [II, 38, 41, etc., /ou- 
guèt Coumpl. 35, 36 ; Proub. 
108; Diol. II, 52, 6 fouguè- 
rou Proub. 6; ft. 2 seras, 3 
sera, 4 seren, 6 seràu; cd. 3 
serià, 4 serion ; sbj. 3 siasco I, 
i85; II, 255 ; IV, 73, 94, sià 

I, 504, siasque III, 186, 396, 
siago Rec. Ep.i^; Ep. 48; Fr. 
43, si.igue Diol, II, 48 Bespr. 

II, 1 16, i85, etc., 5 segàs IV, 
33 1, sias Rec.Ep.^,siàs Bèrt, 
35, 6siaul, 376, 507 ; 111,404; 
ipf. 3 fousquès IV, i59,/oî<5- 
quèsso Coumpl. 66, fougues 
Resp. -jb ; Par. 2 ; Resp. II, 
5 i , fouguèsso Sounet de Goli, 
i3; impér. 2 siagos III, 45, 
sien III, 12,5 segàs Resp. 49; 
p. p. estât (siàs e., avec el- 
lipse de siàs, déjà exprimé, 
II, 92). 

EsTREBiÈiRO, n. f. , étrivière, 

courroie de Fétrier. 
EsTRELHÀ, v. tr., étriller. 
EsTRELHo, n. f., étrille. 
EsTREMÀ [s'), v. réfl., se cacher. 

— Pr. 3 estrèmo II, 428. 
EsTRENÀ, v. tr., donner l'é- 

trenne à, faire un cadeau à. 

EsTRipÀ, v. tr., déchirer. 

EsTROLHÀ, V. tr., briser, dé- 
chirer, gâter ; v. réfl. II, 57. 

— Pr. 3 estralho II, 57. 
Estrol'i I, 224, V. tr., fouler, 

écraser. 

EsTRON Pr. 80, adj., étranger. 

EsTROUPico Pred. 78, adj., hy- 
dropique. 

EsTucH, n. m., étui, enveloppe 
de la chrysalide, refuge de 
l'oiseau. 

I Fa, faire Resp. 33 ; El. 3o; 



— 27t» 



Diol. II, 107, V. tr., faire; 
dire I, 33i; IV, 38i, etc.; 
forià pas iii Connd. 5, je ne 
le ferais pas ; fa I, 75, tra- 
vailler ferme ; ornai foriùu 
i?es/. 41, feraient de même; — 
Pr. I fau, 2 fas, 3 fo, et fa 
II, 392 (poui^à :), 4.fosên IV, 
394, 5 fosès IV, 395 ; Boii- 
nal, 2, /ai Diol. II, ibg, 6 
/oit ; ipf. 3 fosio, 5 fosiàs, 6 
fosiàu; pf. 3 foguèt Coiimpl. 
1 1 1 ; Fy. 26; fosquèt I, 33 i, 
543; II, 146, 159, etc., 4 /o5- 
qiièren IV, 442 ; ft. 2 foras, 3 
fora I, 286, 437, etc., /orà I, 
96 {dintrà : ), 4 foren IV, 
394, 5 forés; cd. 3 /o;-JÔ 108 ; 
Z)/o/. //, 52; sbj. fasso I, 
3 2 1 ,fago Odo, 38, 1 08 ; Protib. 
yi ; Ep. III, 63, 3 fasco L. 
o D. i5, 4 foguen Odo, 3-j; 
ipf. 3 foguès Proiib. 43; 
Z)zo/. 98 ; Diol. II, 5o ; Bé'Sf ;\ 
55 et 36 ; impér. 2fai,^fos- 
qiien I, 10; fosèn Coiind. 
37, 5 /osés I, 97; p. pr. 
fosquen I, 3i3; p. p. fach, 
pi. fâches Coumpl. i3. 
F.\is, pi. faises Diol. II, 74, n. 

m., charge. 
Fardo, n. f., croupe, dos [obèn 
loii mollir sus lo f. Coumpl. 
3g, le malheur nous accable}; 
chair, embonpoint Cound. 9. 
Fat Pr. 379, f. fado Rec. Ep. 

54, adj., fou. 
Fe, n. m., foin. 
Fedo, n. f., brebis. 
Feguièiro Pr. 49 et Figuikiro, 

I, 49, n. f., figuier. 
Fèl, n. m., fiel. 
Fèlho, n. f., feuille. 
Fenejà, V. intr., faire les 
foins. 



Fendo I, 177, 180; m, 43i, n. 

f., tente. 
Fenhe {se) de, réfl., être fier 

de. — Pr. 5 fenhès Resp. 47. 
Fenial JI, 72, n. m., grenier 

à foin. 
Fenno, n. f., femme ; femelle 

III, 252. 

Fens, n. m., fumier. 

Feple, adj., faible; — subst' 

IV, i53, faiblesse. 
Feplesso, n. f., faiblesse. 
Fèr, adj., sauvage, terrible; 

m'es pla de fèr Ep. III, 47, 
cela m'est bien pénible. 

Fes, n. f., fois. Cf. cop. 

FicÀ, V, tr., ficher, enfoncer. 
— Pf. 3fiqiièt\, 173. 

FicHÙiRo, n. f., trident, fourche 
à piquer le poisson. 

FicuT Diol. II, 448, fichu (ter- 
me de mépris). 

FiÈiRAL Sonnet 6, n. m., foire, 
assemblée. 

FiLHou For. 44, n. f, , toute 
jeune fille. 

Fini, v. tr., finir. — Impér. 4 
finiguen Pr. 453. 

FiNTÀ, V. tr., guetter. 

Fioc, p\. fiots (pron. fiotch], n. 
m., feu. 

FioLÀ, V. intr., filer. — P. pr. 
fïolcn IV, 292. 

Fioi.AT, n. m., filet. 

Fii'LÀ, V. tr., plier. 

FisÀ (se),v. réfl., se fier. 

Fiss.\, V. tr., piquer ; — v. réfl., 

se piquer. 
Fissou, n. m., aiguillon. 
Flac L. D. 9; IV, 266, etc., 
adj., faible, mou. Rec. Ob. 

Flaumo Fr. 43, n. f., pituite. 
Flessado, n. f., (ordir» : cou- 
verture de laine), couche de 



277 — 



paille pour abriter les légu- 
mes. 

Floc, n. m., gros morceau. 

Floirà, V. tr., riairer ; — v. 
intr. : /. o l'art I, 244, sentir 
l'art. — Pr. 3 flairo I, 244 ; 
Pr. 188. 

Flojèl, n. m., fléau. 

Floquiètro, n. f., faiblesse. 

Floto, n. f. , mèche de cheveux. 

Floùtaire I, 356, flûtiste, joueur 
de flijte. 

Flut.\, V. intr., boire. 

Fobou Pr. 418, n. m., petit- 
haricot blanc, haricot-riz. 

FoDEJÀ, V. intr., folâtrer. 

FoDiOL I, 545, adj., fadasse. 

Foire I, 3ii, v. intr., fouir, 
piocher. — P. p. foiisegiit I, 
84. 

FoisÈLO, n. f., faisselle, forme 
percée de trous où l'on met 
le fromage frais et où il s'é- 
goutte. 

Foisou, n. f., façon. 

FoLGUiÈiRO Fr. \, 3, n. f., cein- 
ture de culotte. 

FoLGuiÈiRou, n. f. , fougère. 

FoLi, V. intr., manquer; jour 
folit I, 86; Diol. II, 2o5, Hn du 
jour, crépuscule. 

FoLSET Goli, 68; Diol. II, 12, 
n. m., gousset. 

FoN, n. f., faim. 

FoNGous, adj., fangeux. 

FoRO, prép., hors de. 

FoRRAT, n. m., seau en dou- 
ves cerclées de fer. 

FoRRODAT, n. m., plein seau; 
forrodats I, 552. 

FoRSo, n. f. pris comme adj. in- 
défini : f. autres Bespr. 53, 
beaucoup d'autres. 

FosÈiRE, n. m., faiseur. 

FôuBETo, n. f , fauvette. 



FoucHE ! Diol. II, 10, atténua- 
tion du juron fotitrel 

FôuDAL, n. m., tablier. 

FouGUEiRou Pr. 76, n. m., fo- 
yer. 

FouiRo.n. f., foire, dévoiement. 

FouLiKiRO,n. f., cuve à fouler 
le raisin. 

FouLOTREJÀ, V. intr., folâtrer, 
s'amuser. 

FouN I, i5, n. f., fontaine, 
source. 

FouNDRE, V. tr., fondre; se /. 
I, 4r, V. réfl., se fondre. — 
Pr. 'ifoitnt ; p. p.fomtdut. 

FouNHÀ Proub. i36, v. intr., 
bouder. 

FouNsiLS I, 391; Pr. 3i5, n. 
m. pi., résidu que dépose le 
petit-lait après le prélève- 
ment de la recuite. 

FouRBiÀ, V. tr., détourner, re- 
jeter, éviter Pr. 447 ; For. 9; 
— V. réfl. Odo, 1 12 ; Bèrt. 35, 
s'écarter. 

FouRFouLHÀ, V. tr., fouillei'. 

FouRGÀ, V. tr., façonner. 

FouRNÈL, n. m., fourneau. 

FouRNELADO, u. f., tas de brin- 
dilles ou d'herbe qu'on brûle 
pour fumer les terres. 

FouRNiLHo Resp. II, 29, n. f., 
menu bois pour chauffer le 
four. 

FouRNisE, n. f., fourmi. 

FouRQUEJÀ, V. intr., manier la 
fourche. 

FouRROu II, 95, 191, n. m., 
huissier, recors. 

FousEGUT, V. joire. 

FousÈiRE, n. m., celui qui bê- 
che, qui fouit. 

FousEsous (/05) IV, 5 16, n. f., 
l'époque où l'on pioche les 
visnes. 



FousQuÈs, -esso, -et, voy. èstre. 

FôuTUR, n. m., fauteuil. 

Frami, n. m., grand nombre, 
Pr. 194, grande quantité 
Couud. 9 ; Oit, 26, etc. 

F'raisses III, 21 5, n. m. pi., 
frais. 

FRECH,n. m., froid. 

Frejou, n. f., fraîcheur; cado 
mont porto so f. Resp. 34, à 
chaque mot il y a une saillie. 

Frejoulut, adj., frileux. 

Frendo III, iio, n. f., crottin. 

Frescuro, n. f., fraîcheur. 

Fresque, f. -co, adj., frais. 

Fresquejà, V. intr., être frais, 
se montrer dans sa fraîcheur. 

Fresso Pr. Emboi, 21, n. f. , 
ardeur. 

Fréta, v. tr., frotter. 

Fretal, n. m., frottée, raclée. 

Fricaut I, i32; Proiib. 100, 
adj., charmant. 

Fringaire, n. m., amoureux, 
qui fait la cour à. 

Fripa, v. tr., manger. 

Frochibo IV, 406, n. f., jachère. 

Froncés, n. m., français. 

Fruchiè, f. -ièiro, adj., (bran- 
che) à fruit I, 161, (saison) 
des fruits III, 29. 

Frucho, n. m., collectif, fruits; 
nichée Pr. 140. 

Fruit II, 187, n. m. 

FuGi, V. tr., fuir. — Pr. 3 ftich 
IV, 204; Ep. II 26; sbj. 5 
ftigés III, 220; impér. 5 fiigès 
Odo, 121, fugissès El. 33. 

Fumerie, n. m., fumier. 

FuN, n. m., fumée; fumet III, 
339. 

FuRGO-BOURNHous, H. m., (Hti'. : 
fouilleur de ruches), celui 
qui fait la récolte du miel. 

Fus, n. m., fuseau. 



FusADo IV, 3oG, n. f., fuseau 
chargé de fil. 

Gabio, n. f. , cage. 

Gach, n. m., geai. 

Gafo, n. f., davier. 

Gaire, adv., guère. 

Gairebe, adv., presque, peu 
s'en faut. 

Garbo, n. f., gerbe. 

Garcho, n. f., vieille brebis 
qui ne peut plus porter. 

Garro, n. f., jambe. 

Gaspo, n. f., petit lait. 

Gauch, n. m., joie; fa g. Pr. 
345, faire plaisir. 

Gèino I, 240, n. f., gêne. 

Genèbre Ep. II, II, n. m., ge- 
nièvre. 

Gens, n. f. pi. : les mots qui 
s'y rapportent, s'ils sont pla- 
cés après, sont mis au mas- 
culin par syllepse ; I, 72, sas 
g. derebelhats e solits de 
lotir traiic: Rec. Ob. i5, las 
g. trofegats. 

Gens de Diùs Coumpl. 92 ; El. 
44, juron qui dissimule ges 
de Diiis, « pas de Dieu ». Gens 
(lat. getnis) est d'ailleurs la 
forme primitive de ges. 

Gèrdo [donna lo) Odo., 75, n. f., 
donner l'alarme. 

Ges (avec négation), (ne)... pas 
du tout. 

Gibre, n. m., gelée blanche. 

GiÈiso, n. f., gesse, pois carré. 

GiNÈsT, n. m. et ginèsto, n. f., 

genêt. 
GivGOULÀ Coumpl. I 1 1, V. intr., 

crier, beugler. 
GiNouL, n. m., genou. 
GiscLous (éd. giscous) Pr. 56, 
adj ., où il y a des giboulées 
[gisclados). 



— 2/9 



Glaudes Coiind. 22, Claude. 

Glon I 283, n. m., gland. 

Glout, adj., avide Odo 100; Ep. 
II, 22; insolent Resp. II, 20. 

GoBÈL, n. m., fagot. 

GoBÈLO, n. f., gerbe. 

GoDASso I, 32 1 ; m, 385, etc., 
n. f. , joie bruyante, cris 
joyeux. 

GoDOLous Ep. II, 3, pi. -ouses 
Gol't II, 2, adj., gaillard, dis- 
pos. 

GoLET (0/) IV, 432, n. m., à la 
régalade. 

GoLHORDiô, n. f., gaillardise, 
humeur folâtre El. 40, végé- 
tation luxuriante I, 85g. 

GoLiNo, n. f. , poule. 

GoLOi, adj., gai, qui aime àrire. 

GoLOMiNÀ (5e) Bounal II, 2, v, 
réfl., se donner du bon temps. 

GoLOTÀs I, 142: IV, 299, n. m., 
galetas. 

GoLous, adj., galeux. 

GoNDuoso IV, 293; Ep. II, 68, 
n. f., sornette, conte de veil- 
lée. 

GoNÈL, adj., moqueur. 

GoRÀ, V. tr., ôter : // n" garo 
utto pistolo IV, 390, ôte à sa 
valeur une pistole. 
GoRBiÈ, n. m., gerbier. 

GORGOMÈL et GORGOMÈLO, n. f . , 

gosier. 

GoRGOLHADO, n. f . , blé de re- 
but, mauvais blé. 

GoRGOLHOL, n, m., gosier. 

GoRNiMEiN {missont) Pr. 329, 
mauvais garnement. 

GoRRic, pi. -!<5 (pron. gorritch 
Lib. 32, n. m., chêne. 

GouBÈL I, 19 ; Ep. II, 6g; Diol . 
II, 5, n. m., gobelet, tasse. 

GouBÈR, n. m., gouvernement, 
direction. 



Goujat, n. m., valet de ferme. 
GouLART, f., -ardo, adj., gour- 
mand. 
Goulaut, f. -audo, adj., gour- 
mand. 
GouLORDÀs For. 5g, augmenta- 
tif de goulart. 
GouLUT, adj., glouton. 
GouRGOUTÀ, V. intr., bouillir à 

gros bouillons. 
GouRJASso, n. f., grande bou- 
che, bouche goulue III, 329. 
GouRP, n. m., trou d'eau : 
trenipo coum' un g. For. 5o. 
GouRPÀs, n. m., corbeau. 
GouRRAU I, 5i, n. m., bour- 
geon. 
GRACH,Ep. II, 33, n. m., guéret. 
Gracio, n. f., grâce. 
Grais, n. m., graisse; grais de 
cap I, 436, caprice, volonté 
déraisonnable. 
Graiso II, 32 1, n. f., bonne 

terre. 
Gran IV, 293, n. m., grand- 
père; fém., grand'mère. 
Grato-quioul, n. m., gratte- 
cul (fruit de l'églantier). 
Gresiè II, 123, 496, n. m., 

(litt' : gésier), estomac. 
Gro, n. m., grain. 
Grobelous, adj., graveleux, 

charge de gravier. 
Gronat, p. pr.-adj., grenu. 
Grono, n. f., graine- 
Grontî, V. tr., garantir. 
Grotilhà, V. tr., chatouiller. 
Groupa Fr. 33, v. tr., saisir. 
Grouss'i, v. intr., grossir. — 

Sbj. 3 groHSsigue. 
GrouunII, 32, n. m., frai. 
Grujà, v. tr., manger, dévorer. 
Grup I, 53 1, pi. gruts (pron. 
grutch), n. ni., grain de rai- 
sin. 



— 2«0 — 



Grupelous I, 33 1, adj., chas- 
sieux. 

GuDO III, 102, n. t., pieu four- 
chu qui soutient les claies 
d'un parc à brebis. 

GuiNH.\,v. intr., viser, montrer 
(du doigt). 

GuLHADO, n. m., aiguillon. 

Ibèr, n. m., hiver. 

Ibèrn.à., V. intr., passer l'hiver : 
estre ibernat I, 55, avoir fini 
Ihiver. 

1ER DE L.\ I\', 406, loc. adver- 
biale, avant-hier. 

Imou, n. f., humidité. 

Imourous, adj., humide. 

I.NDusTRiT i?^c. Ep. io5, adj., 
habile. 

Inutile, f. pi. -ilos I, 437 (rime), 
458 (r.). Cf. titilie. 

lôu, n. m., œuf. 

IsPROUs, f. -oiiso, adj., acide. 

IssoN, n. m., essaim, troupe 
nombreuse I, 2g; Pr. 29. 

IssouRDÀ, v. intr., assourdir. 

IssouRDOus, adj., assourdissant. 

IsToucRATO Bespr. 28, m. et f., 

■ aristocrate. 

lù, pr. pers. sujet et rég. de 
prép., et aussi rég. emphati- 
que (après le verbe) ; avant 
!e verbe, on emploie me 
(avec élision m'). 

Jaire {se), V. réfl., se coucher. 
— Pr. jai. 

Jas, n. m., place. 

Jasso I, 522, n. f. , bergerie. 

JoiNAT, f. -ado Lib. 8, p. p. 
-adj., gêné. 

JoLADO, n. f., gelée. 

JoNBNc, f. -eiico, adj. : poumo j. 
I 572, pomme de la Saint- 
Jean, hâtive. 



JoNGiBRÀ Bèrt. 19, V. tr., cou- 
vrir de givre, glacer. 

JoNGOUL.A, V. intr., crier, se 
plaindre. 

Jo-PARDi! Odo, ii3, interj., 
parbleu ! 

JosEN, n. f., femme en couches 
IV, 420, poule qui vient 
d'achever de couver I, 407. 

JouBE, adj., jeune; — subst^., 
nouveau marié, nouvelle ma- 
riée. 

JoLBENÀs Diol. II, 82, très 
jeune. 

JouBENT,n. m., jeunesse. 

JoucÀ (sej, v. réfl., se jucher; 
sej.ol lièch IV, 359, se met- 
tre au lit. 

JouGÀ, V. intr., jouer. 

JouiAL 1,1 17; III, 3 14, etc., adj. 
joyeux, gai, riant. 

JouL, V. jous. 

JoLNCHO I, 94, n. f., tâche de 
laboureur, séance de labou- 
rage que Ton fait sans déta- 
cher les bœufs. 

JouNHE, V. tr., joindre ; re- 
joindre Cound. 33. — Sbj. 3 
joimgo Pr. 178; p. pr. jou- 
nlien ; p. p. joinich, pi. joiin- 
ches Pr. 87. 

Journal, n. m., journée de tra- 
vail; tâche de la journée I, 
33S; Resp. II, 27. 

Jous, prép., sous ; joui = jous 
lou ; jous = joiês lous. 

JuÈL, n. m., ivraie. 

JùiNE, f. -0, adj., jeune. 

Lach, n. m., lait. 
Laire, n. m., larron, voleur. 
Lato, n. f., gaule. 
I.EBÀ [se], v. réfl., se lever. 
Lebado Diol. II, 210: Ep. II, 
39, etc., n. ['., fressure. 



— 281 — 



Lebat, n. m., levain. 
Lebrièiro IV, 5i4, adj., broiico 

I. I, 162, branche coureuse 
(qui s'étend trop); debonciii l. 
For. 3g, passion de la danse. 

Lèc, n. verbal de lecà :rajopas 
mièch lèc Resp. 2, ne coule 
pas la moitié de ce qu'il Fau- 
faudrait; no pas soun miècli 
lèc II, 175, n'est pas satisfait. 

Lecat Goli, loi, adj., raffiné 
(litf : léché). 

Legi, V. tr., lire. — Pr. i le- 
gisse Resp. II, 34, 3 legis Rec 
Ep. 3i -yRec. Ob. 26; p.p. le- 
git Proiib. 63. 

Lego (fa) Resp. 63, exciter 
l'envie. 

Legun, n. m., légume. 

Léi (se rapportant à un mo- 
qui suit), adv., là, avec mou- 
vement. Cf. lai. 

Leisou, n. f., leçon. 

Lèn I, 97, 38o, etc., luèn Diol. 

II, 83, adv., loin. 
Lensol, n. m., drap de lit. 
Lèse Rec. Ep. 35, n. m., loisir. 
[Letrut], f. -udo Goli, 102, 

adj., lettré, savant. 
LÈu, adv., bientôt. 
Lèuno IV, 439, n. f., la moitié 

du lard d'un porc, bacon. 
Li, v. lou. 
LichetI, i5i; Pr. iSg, n. m., 

petit lit. 
LiÈCH, n. m., lit. 
LiMPO I, 10 1, n. f., vase, 
Lioc, n. m., lieu. 
Lire, n. m., lys. 
Lisco I, 5oi, n. f., tranche. 
Liùrèio, n. f. , livrée. 
LocHiÈiRO, n. f., laitière. 
Logo II, 678, n. f., endroit où 

on loue les ouvriers des 

champs. 



LniAT,f. -ado 111, 477, p. p. -adj.» 
ennuyé. 

LoisÀ, v. tr., laisser. — 
Impér. 2 laiso. 

Liùs, pi. liiisesï, 55o, n. m., 
éclair. 

Longousto, n. f., sauterelle. 

LoNGui, V. intr., s'impatien- 
ter. — Sbj. -impér, 2 lon- 
guigos II, 333. 

L0NGUIMEN, n. m., langueur, 
ennui. 

LoNUT, adj., laineux; pople L 

I, 92, bêtes à laine. 
LoLCH.\, V. tr., loger. 
LoucHis III, 20, logis. 
LôuDÀ, V. tr., louer. — P. p. 

lôudat Bespr. 66. 
LouNGONHO m, 218, n. f., la 

lenteur personnifiée. 
LouR, adj. possessif, leur. 
LôuRÀ, V. intr., labourer; fa l. 

II, 43, promener. — Pr. 3 
lauro II, 178. 

L0URAIRE, n. m., laboureur. 
LouRD.Xs, f. -asso, adj., très 

laid. 
LoÙRiEiRO, n. f. , laurier. 
Loùzou Odo, i32, n. f. , 

louange, éloge. 
LuÈN, V. lèn. 
LuGAR Pr. 10 et lugart Proub. 

98, astre brillant, flambeau 

(au fig.). 
LuGi, V. lus'i. 
LuN, n. m., lumière, lampe; 

lou liin de Vunibèrs II, 425, 

le soleil. 
Lt'NDÀ I, 3o5 ; II, 40 ; Pr. 2 2 5, 

n. m., seuil. 
Llr, pr. personnel, leur. 
Lusi, et Lug'i Ep. III, 25; Diol. 

Il, 177, V. intr., luire.— Pr. 

6 lusissoti I, 287 ; p. pr. -adj., 

liisent El. 39. 



282 



Mage (lat. major) II, 21; III, 
94 ; IV, i3i, f. majo II, 478 ; 
IV, 177; Proiib . II, adj. 
comparatif, plus grand. 

Mai, adv., davantage, plus. 

Maiso, n. f., mâchoire. 

Mal. f. malo, adj., mauvais. 

Malboui.encio, n. f., malveil- 
lance. 

Malomen [pas) Diol. Il, 16, pas 

trop. 

Manne : usité seulement dans 
tout lou m. deljour (ef. I, 347 ; 
III, 347; Pr. 275), tout le long 
du jour. 

Mas, pi. mases Ep. III, i3, n. 
m., ferme, domaine rural. 

Mascle, n. m., mâle. 

Masco, n. f., sorcière, devine- 
resse. 

Meisou, n. f., moisson. 

Mkisounà, V. intr., moisson- 
ner. 

Mendit {mendie (= lat. mendi- 
cus) serait plus correct) 1, 840, 
pi. -its (pron. -!c//) I, 564, n. 
m., vesce cultivée. 

Mendre (/o«)I, 54, 3 17, super- 
latif relatif, le moindre. 

Meneiral Sonnet, 4; Sonnet de 
Goli, 4; Resp. II, 12, n. m., 
(litf. : fouet pour faire tour- 
ner la toupie), fouet. 

Meno Rec. Ep. 43, n. f. , es- 
pèce. 

Menrobriô (trisyllabe) (1010) Pr. 
462, tant soit peu. 

Mens, adv., moins ;ol m. d'ès- 
tre Odo, 22, à moins d'être. 

Mensounà, V. tr., mentionner. 

Mentene, y. tr., maintenir. 

Menut, adj., menu, petit. 

Mèrlhk, n. m., merle. 

Mes, conj., mais; mes que, loc. 
conj., pourvu que. 



Mesclà, V. tr., mêler. — Sbj. 5 
mescles III, 290. 

Mesclodis, n. m., mélange. 

Mescouneisse. V. tr., ne pas re- 
connaître. — P. p. f. p\.mes- 
counescudos IV, 62, 

Mesfisenso, n. f., méfiance. 

Mesprès,!!. m., mépris. 

Mespresà, V. tr., mépriser. 

Mestrej.à, v. intr., être le maî- 
tre, dominer; — v. tr., maî- 
triser, dominer. — Subj. 3. 
mestreje I, 442. 

Mèstro, n. f., maîtresse de mai- 
son. 

Mètre, v. tr., mettre ; v. réfl. 

I, 555. — Pr. 3 met, 6 metou; 
pf. 3 metèt; sbj. ipf. 3 metès 

II, 214; impér. 5 metès; p.p. 
mes, f. meso. 

Meu, adj. poss., mien. 

MicHO [de) Fr. 17, du pain. 

MiÈcH, f. mièjo, adj., mi, de- 
mi ; mièjo journado, une demi- 
journée Diol. II, 225; à 
demi I, 190, 363, etc. ; en 
m. de I, 5iD, au milieu de. 

MiÈcH-DRAC Pred. 87, n. m., 
demi-sorcier. 

MiGOu, n . m . , crottes de brebis. 

MiLHOu, f. -ouno I, 418; 
Coumpl. 24, comparatif de 
bon, meilleur; adv., mieux. 

Minhardo, n. f., espèced'œillet. 

MioL, n. m., mulet. 

MioLO, n. f., mule. 

MiRGOLiiÀ, v. tr., émailler, 
(avec une idée de variété). 

M;robilhà {se), v. réfl., s'é- 
merveiller. — P. p. miro- 
bilhatHl, 52; Coumpl., titre, 
émerveillé. 

MissoNT, adj., méchant. 

MiTAT, n. f., moitié. 

MociiAL, n. m., pinçon. 



283 



MocHAL IV, 195, n. m., action 
de mâcher. 

MoDAiso, n. f., écheveau. 

MoDUR, adj., mûr. 

MoGRONACHE lo moiTono, Odo, 
63, peste soit de la fièvre. 

Moi, V. pèr et cf. mos. 

MoiNÀ {se) de, v. réfl., se mêler 
de. — Pr. 3 maino. 

MoiNACHE, n. m., tout petit en- 
fant. 

MoiNAT, n. m., jeune enfant. 

MoiRiNO IV, 3o5, n. f. ,grand'- 
mère. 

MojENco Z)/o/. //, 72, n. f., bran- 
ches principales, rameaux 
ébranchés. 

MojouRAL, n. m., maître, maî- 
tre pâtre I, 5 i5 ; Diol. bi . 

MojouRAL {nostre) L. D. 18, 
Mgr rÉvêque. 

MoLAUT II, 235, adj. prissubst', 
malade. 

MoLicoNo [poumo) III, Sj, adj., 
pommes âpres. 

Molle I, 14, n. m., moule; 
jeta ol m. Rec. Ep. 28, im- 
primer. 

MoLHOL, n. m., maillole, bou- 
ture de vigne. 

MoLÔuTiÈ Odo, titre, n. f. , ma- 
ladie. 

Molto, n. f., mouture (ce qu'il 
faut de blé pour une mou- 
ture). 

Monco, n. f., faute. 

MoNÈL I, 20, adj., maniable, 
dou.x . 

Mongilho Pr. 298, n. f., man- 
geaille. 

MoRcÉ que Fr. 24, parce que. 

Morcés o Rec. Ep. 7 1 ; Diol. II, 
5i, grâce à; Diii m. Pr. 35o ; 
Coumpl. 114; D/o/., 48, Dieu 
merci. 



MoRGÀ, V. tr., emmancher. — 
Pr. 3 marge I, 78. 

MoRGOU Resp. II, 76, n. m., 
manchette, bout de manche. 

Mormousèl Rec. Ep. 80, n. m., 
marmouset. 

Morr'i (se) Par. 2, v. rétl., se 
gâter. 

Morrono, n. f., fièvre maligne. 
Voy. mogrouaclie. 

Morsenc I, 304; Pr. 224, pi. 
-eus I, 84, adj. pris subst., blé 
de mars. 

Mos Pr. 192, 223; GoU, 14, 36; 
Resp. 18; Sounet, %; Proub. 
102, adv., certes, certaine- 
ment. 

MosÈL (/a) I, 285, tuer le porc. 

MosTi, n. m., mâtin, chien de 
berger. 

Moterl\ls I, 147, n. m. pi., ma- 
tériaux. 

MoTi, malin, de bon matin I, 
88. 

MoTiNADO [es)Pred. 33,1a ma- 
tinée est déjà commencée (le 
soleil est levé). 

MoTUÈs Ep. II, 3o (mot fran- 
çais), n. m., matois, malin 
(par ironie). 

MôuBÈs, adj., mauvais. 

MoucRATO Bespr. 27, m. et f. , 
démocrate, bon républicain. 

Moufle I, i5i, adj., mollet. 

MouisÈLO, n. f., petite grappe. 

M0UISELEJAIR0, n. f., celle qui 
cueille les grappes laissées 
par les vendangeurs. 

MouLHÈ Proub. 160, n. f., 
épouse. 

MouLOu, n. m., petite meule, 
tas. 

MouLouNET, n. m., petit tas. 

MouLZE, V. tr., traire. — Pr, 3 
mouls III, 121, 



— 284 — 



MouNGiL I, 539, n. m., hari- 
cot rond. 

MouNHo {fa lo) Rec. Ep. 106, 
faire la moue. 

MouNTONHOL, n. m., monta- 
gnard. 

MouRFOUNDRE, V. tr., refroidir 
(la glèbe). 

MouRGÀ, V. tr., narguer. 

MouRRE, n. m., museau, visage. 

MouRTiÈ II, i55, n. m., toque 
de président de Parlement. 

MouscoLHou, n. m., moucheron. 

Mousit(/oi<}, p. p. pris subs', le 
moisi. 

MoussoLo, n. f., espèce de tou- 
selle. 

MousT, n. m., moût. 

MousTEj.\,v.intr., laisser échap- 
per du jus (en parlant du rai- 
sin). 

MpusTRÀ, V. tr., montrer. — 
Pr.6 mostrou Ori 18; sbj. ipf. 
3 monstres Resp. 36. 

Mue (lat. mucus) dans l'expres- 
sion : noun ou ni suc ni mue 
Pr. 7 (cf. El. 47). 

MuDÀ, V. tr.et lntr.,muer, chan- 
ger; — V. réfl., déménager, 
mourir IV, 3io. 

MuRGO, n. f., souris. 

MiscoDÈL, adj., musqué. 

MusÈL, n. m., museau. 

MusiQUiÈ IV, 216, n. m., musi- 
cien. 

.Naisse, V. intr., naître. — P. pr. 

-adj. noissen I, i52, 276, qui 

vient de naître; p. p. noscut . 
Naut, adj., haut ; pris subsi'. II, 

3.7. 
NALTREs,pr. pers.,nous autres, 

quant à nous. 
Ne' (avec élision n), pr. pers., 

en ; — appuyé à un pron., n : 



li )?' (= li ne) I, 19, 48; II, 
199, etc. ; me n" = me ne IV, 
i53; se n' {= se ne) I, 89; II, 
260, etc. ; nou' n' (= nous ne) 
II, 200; bou' n' {=^ bous ne) 
I, 19; IV, 264; Pr. 23, etc. 
Ne% adv. de négation, employé 
seulement ici devant une 
voyelle '«'). 
Nebol't, n. m., neveu. 
Negat, f. -ado Ep. II, 55, p. p., 

noyé. 
Nègre, adj., noir. 
Nene, n. m., poupon El. 5i, 

arbre nain P?-. 180. 
Nenou {lou Diii) Proub. 11 3, 

l'Amour. 
Nèu, n. f., neige. 
Ni, conj., ni ; — dans Rec. Ep., 
V. 118, ni tout [éd. tant I de 
bou li benguèsso uno romos- 
sado, il semble que ni ait le 
sens de e, qu'il avait souvent 
en ancien provençal ; ou peut- 
être faut-il corriger ;ji en e. 
Niboulado, n. f., nuée. 
Niboulous, adj., nébuleux. 
Nisoliè I, 400, n. m., endroit 

où pondent les poules. 
Niù I, 144, n. m., nid. 
NoBis IV, 426, n. m. pi., nou- 
veaux mariés. 
Nod"^, v. intr., nager. — Pr. 3 

nado II, 144. 
NoissEN, -ens, v. naisse. 
NoPLE, adj., noble. 
Nossou Eor. 45, n. m., petit 

nez. 
Nostre-Senhe I, 556, Notre-Sei- 

gneur, Dieu. 
Nou' n", v. ne'. 

NouGAL IV, 520, n. m., l'inté- 
rieur d'une noix (opposé à la 
coque). 
Noun("0(/ IV, 4 12), adv. de nég.. 



— 283 — 



non, ne... pas; noun... que \, 
3, 65-6; II, 85, etc., ne... 
que; — avec que et le subj., 

I, 63, ne. 

NousAT, p. p.-adj., noué (en 

parlant des genoux). 
NousE, n. f. , noix. 

Ob', V. ombé. 

Obatre IV, tr., abattre. — hn- 

pér. 5 obotès III, bj. 
OBBÉ,Sounet, 7; El. 43; Resp. 

II, 73, Bespr. 25, adv., oui 
certes. Cf. oppé. 

Obeire L. o D. 8; II, 427; III, 
12g, etc., obère Pr. 247; 3, 
obéi, 143; Bèrt. 18. — Pr. i 
ai, 2 as, 3 o, 4 obèn, 5 obès, 
6 oii ; ipf. 3 obio, 4 obion, 6 
obioii; pf. I ogère L. o D. 17, 
2 ogèros Pred. 14, 3 og-è/ 

III, 33; IV, 195, 4 ogèren 
Coiimpl. 49; Z)/o/. //, 40, 3 
ogèies Diol. II, 39, etc., 6 
ogèroit Goli, 44; ft.i durai, 2 
-^s, 3 -0, 4 -t7!, 5 -es; cd. i 
àurià, 2 ouriàs, 3 ùuriù, 5 
ôuriàs, 6 ouriàu; sbj. 3 a_/o I, 
337, 5 og-e* O/-^ 12 ; ipf. 3 
ogèsso IV, 209, ogès Resp. 46; 
Proub. 2, 4 ogèssen Coumpl. 
12; impér. 2 a/o I, 296; Pr . 
216; p. pr. ogen Goli 45, 
p. p. obut, ougutLib. 28. 

Obeluc, n. m., ardeur I 455, 
ardeur au travail I, 340, dis- 
positions Proub. 81. 

Obenat, p. p. -adj., fatigue, 
dégoûté. 

OaKHC Ep. II, 57, n. m., grotte. 

Obèrti, V. tr.-, avertir. — Pr. i 
obèrtisse Rec. Ob. 26. 

Obille, adj., habile. 

Obist Rec. Ep. 39; Rec. Ob., 
n. m., avis. 



Obit IV, 473, n. m., provin. 

Obit, n. m., sarment. 

Obiùrà, V. tr., abreuver. — Ft. 
3 obiitrorà I, 3o2 . 

Obont, adv. et prép., avant; 
o. fa I, 369, avant de faire. 

Obormi, Pr. 82, V. tr,, prépa- 
rer. — P. p. obormit, préparé, 
prêt. 

Oboucat, n. m., penché. 

Oboundous, adj., qui abonde. 

Obourrit, p. p. -adj., abâtar- 
di, dégénéré. 

Obouriù, f. -ibo I, 566, adj., 
précoce. 

Obôuzà, V. tr., accabler. — Pr. 
3 obau^o Coumpl. 44; p. p. 
obàu^at III, 479. 

Obriol, n. m., avril. 

Obucle, adj., aveugle. 

Obus, n. m., abus; — interj., 
Odo, 109, malheur! 

Oclencà {s'), V. réfl., secourber, 
s'affaisser. 

OcLENCLAT, p. p. -adj., incHné. 

Ocô, pron. démonstratif, ce, 
cela ; ocà's, c'est ; ocà de I, 
49g; Diol. II, 10, loc. prép., 
chez. 

OcoBÀ, v. tr., achever. — Pr. 
3 ocabo ; pf. 3 ocobèt. 

OcoisÀ, v. tr., mordre. — Pr. 
3 ocaiso Sounet, 3. 

OcoLÀ I, 375, V. tr., presser 
(le caillé); — v. réH.,5'0. IV, 
86, se presser. 

OcoLÀ (s'), V. réfl., s'apaiser, 
se taire. 

OcoMPÀ, V. tr., amasser. 

OcoMPÀ {s'), V. réû., se ramas- 
ser, se réunir. — Pr. 3 ocom- 
po. 
Ocordi, n. m., accord. 
OcoTÀ, V. tr., couvrir, recou- 
vrir. 



— 286 — 



OCOUCHALHOS IV, 422, II. f. pi.. 

couches. 

OcouLÀ, V. tr., prendre à la 
gorge. 

OcouLAT, p. p. pris subsl', 
faneur ou moissonneur de 
louage Resp. II, 21, chef 
d'une compagnie de mois- 
sonneurs ou de faucheurs II, 
363, 402 (voy. colo). 

OcouMPONHAiRE, u. m., accom- 
pagnateur. 

OcouRsÀ, V. tr., poursuivre. 

OcousTu-MADO, n. f. , coutume. 

OcouT II, 62, n. f., queue, affi- 
loir. 

OcLTouRB.V is') Proiib. 80, V. 
réfl., se cacher. 

Odejà, adv., déjà. 

Odot IV, 376, n. f., dot. 

Odoubu.n Ort, 8, n. m., ce qui 
sert à préparer les aliments. 

Odujaire, n. m., aide. 

Ofaple L. D. 22, adj., affa- 
ble. 

Ofi que, Ioc. conj., afin que; 
pèr ofi que l, 99 (sbj.), m. s.; 
(indic.) IV, 328, parce que. 

Ofloc.à. [s'), V. réfl., s'affaiblir. 

Ofoisà, V. tr., affaisser. — Pr. 
3 ofaiso Resp. II, 21. 

Ofonà {s'), V. réfl., se fatiguer. 
— Pr. 3 o/ano Pr. i33. 

Ofroirà (s"), V. réfl., fraterniser 
avec ; s'o. de, For. 47, s'aparier 
avec. — Pr. 3 ofrairo IV, 182. 

Ofro.nql'it [aubre) l, 171, (ar- 
bre) rendu franc (par le gref- 
fage). 

Ogasso, n. f., pie. 

Ogochà, y. tr., regarder. — Pr. 
3 ogaclio II, 86; impér. 2 
ogacho I, 517; p. pr. ogoclien 
Bespr. 33. 

Ogofetat Odo, 23, n. f., zèle. 



Ogoni Ep. II, 2, V. intr., mou- 
rir; de set mièch ogoni t III, 
243, à demi mort de soif. 

Ogreto, n. f., oseille. 

Ogrimouliè Ort, 33, n. m., gro- 
seillier épineux, arbuste qui 
produit la groseille à maque- 
reau. 

Ogrodà, V. intr., plaire. 

Ogroumoulit Pr. Emboi, 23, 
p. p. -adj., engourdi. 

Ogrunèl, n. m., prunelle. 

Oguièiro IV, 333, n. f., évier. 

Oici I, 62, 364, etc., adv., ici. 

OiGONHAL Goli, 25, n. m., ro- 
sée. 

OiGossEJAiRE Diol. II, i5,qui 
aime à mettre de l'eau dans 
le vin. 

OiMÀ, v. tr., aimer; v. réci- 
proque IV, 356. — Pr. 3 
aima; ipf. 6 oimahou. 

OiNAT, adj., aîné. 

OiRAL I, 143 ; III, 107, etc., n. 
m., lieu [l'o. morin I, 446, 
la mer); place Sonnet, 8 ; 
Sounet de Goli, 8 ; territoire 
Odo 44. 

Oisô I, 207, 45 1, etc., pron., 
dém., ceci. 

OisoDou, n. m., bêche. 

OizENso IV, 493, n. f., aisance, 
aise. 

Ojossà (*'), V. réfl., se coucher. 
— Pr. 3 ojasso H, 42. 

Ojudà, v. tr., aider. — Pf. 5 
ojudères Coumpl. 116. 

Ojudo, n. f., aide. 

Olai, adv., là. 

Olaro, adv., alors. 

Ole, n. m., haleine. 

OuE.SADO, n. f. , léger souffle, 

Oi.i, n. m., huile ;o/j de sirmen 
II, 498, (huile de sarment), 
vin. 



28/ — 



Olondats (imprimé à tort obon- 
dats) Pr. 179, p. p. -adj., éta- 
lés. 

Olossat, p. p. -adj., fatigué. 

Olotejà, V. intr., agiter rapide- 
ment les ailes. 

Olucà, V. tr., allumer. 

Olôuzeto, n. f., alouette. 

Oltour de, loc. prép., autour 
de. 

Om (devant cens.), prép., avec. 

Omai, adv., et aussi, et même ; 
aussi L.o D. 7; 0. que. .A Rec. 
Ep. 43, avec cela que...! 

Ombé (avec élision om6', par ex- 
ception ob' Goli, 69), prép., 
avec. 

O.MELi.iÈ, n. m., amandier. 

Omello et omellou (opposé à 
la coque), n. f., amande. 

0.\iic, pi. its (pron. -itcli), n. 
m., ami. 

O.MiEDÀ Rec. Ob. 2, V. tr., ama- 
douer. 

O.MISTOULENSOS Rec. Ep. 6, 
marques d'amitié. 

Omodur.4, V. tr. et intr., mûrir. 

Omogà, V. tr., cacher. — Pr. 3 
omago I, 402; p. p. omogat 
I, 35, caché ; d'omogat Ben. 
35, en cachette. 

O.MOSSAIRE II, 261, n. m., 
amasseur, collecteur d'im- 
pôts. 

O.MOUN, adv., là-haut. 
Omourcï (5'), v. rétl., s'éteindre. 

Omouriè, n. m., mûrier. 
Ojiourniè III, 18, adj. pris 

subst', qui fait l'aumône. 
Omouro, n. f. , mûre. 
Omourrà (5) Goli, 41, v. réd., 

piquer du nez. 
Onà, v. intr., aller. — Cuuci te 
n'bo Diol. II, 2, comment vas- 
tu ? to mal lui- onoriô Diol. 



II, 195, ils s'en trouveraient 
fort mal. — Pr. i bail I, 62 ; 
Diol. II, 201, 2 bas I, 22, 

3 bo [ba IV, 392); 4 onon II, 
231, ^2,b onàs Rec.Ep. i^,bai 
Oit, 66, 6 bon I, 83; pf. 4 
onèren Coitmpl. 19; ft. o«oraj, 
etc.; impér. 2 bai [bai te fa 
qiièrre Diol. II, io5, va te 
promener); sbj . 2 ones I, 24, 

4 oneii 11,48,6 OHOM 1,441; 
ipf. 3 onèsso IV, 176, 2 bai 
(bai te n' I, 5o6, va-t-en), im- 
pér. 4 o>ie}2 I, 75, 282 ; II, 58, 
etc., 5 onàs III, 247; p. p. 
onat ocàn' o' nat Odo, 4, c'en 
est fait). 

Onco, n. f., hanche, cuisse. 

Oncolat (éd. encolat) I, 379, 
Pr. 3o3, n. m., fromage frais. 

Onfi, adv., enfin. 

Onhèl, n. m., agneau. 

Onièlo, n. f., nielle. 

Onilou, n. m. agnelet. 

Onimà, v. tr., animer, exciter. 
— P. p. -adj. onimat U, 326, 
violent. 

Onisses II, 5o, n. m. pi., laine 
d'agneau. 

ÛNsoNiiLo I, 342; III, 23; Pr. 
270, senelle, fruit de l'aubé- 
pine. 

Ontà, v. tr., enter. 

Onton, adv., l'année dernière. 

Onuèch Eoi-. 3, i3, adv., ce 
soir. 

Opendrissache, n. rn., appren- 
tissage. 

Oi'ÈRTEGÀ Diol. II, 85, v. tr., 
utiliser. 

OpetissÀjV. tr., mettre en appé- 
tit. 

Opigrit Pr. 55, p. p. -adj., ha- 
bitué à ne rien faire. 

Opitorrà, v. tr., empiffrer, ras- 



288 — 



sasier. — Pr. i opitarre 
Cound. 34. 
Oplechaire, n. m., celui qui 

arrange ou répare. 
Oplechà, V. tr., arranger, pré- 
parer. 

Oplonà Diol. II, 2o5, v. intr., 
arriver à un endroit plan, ces- 
ser de monter (voy. la note); 
— oploiiatïll, 33 i,p. p., i rrivé 
en plaine, à la place qui s'é- 
tend devant le cellier. 

Opoizà, V. tr., apaiser. 

Oporà (s'), V. rétl., se défendre ; 
s'o. o, se garantir de. — Pr. 
3 oparo. 

Oporestre (oporetre IV, 322), 
V. intr., apparaître. 

Oposimà, V. tr., apaiser. 

Oposset (<i') Pr. 416, loc. adv., 
à petits pas. 

Oposturà, v. tr., donner la 
nourriture à. 

Oposturgà (s') Goli 26, pren- 
dre sa nourriture, paître. 

Oppé, adv. d'affirmation : opp'o- 
laro s'i fo Rec. Ep. 92. 

Oprene, v. tr., apprendre. — 
Ipf. 5 opreniàs Diol. 4-]. 

Oproufità (5'), se profiter, être 
mis à profit III, 283. 

Oqui, adv., là. 

Orciiibonc 1, 5oo; II, 487, n. 
m., coffre long servant de 
siège à table. 

Oret, n. m., bélier. 

Orrè (en) II, 488, en arrière. 

Orre, f. -0, adj., laid, horrible, 
méchant. 

Ormeto {soun) II, 233, n. f., 
sa chère âme. 

Ordical, n. m., orge d'hiver. 

Ordi, n. m., orge. 

Orquiè I, 472; Pr. 344, n. m., 
archer. 



Oraire, n. m., araire, charrue 
sans roue et sans avant-train. 

Ordal Odo, 5g, n. m., troupe, 
vol (d'oiseaux). 

Orgiolo II, 445, n. f., argile. 

Orme IV, 272, n. m., ormeau, 
orme. 

OrnescÀjV. tr., harnacher, revê- 
tir; — v. réH., s'habiller, se 
parer. — P. p. ornescado 
Pied. 18. 

Orpolhon III, 223, n. m., 
truand, brigand. 

Orrengà, v. tr., arranger. 

Orribado, n. f., arrivée. 

Orrigoulà (5"), v. réfl., se ras- 
sasier, se régaler. — Ft. 6 
orrigouloràit I, 284. 

Orropà, v. tr., attraper, saisir; 
— V. réH., s'accrocher. 

Orros\, V. tr., combler. — P. 
p. orrosat, f. orrosado Goli, 
67. 

Orrousà, v. tr., arroser. — Sbj. 
3 orrose I, 99. 

Orrucà (s'), v. réfl., se serrer 
contre le mur. — Pf. 3 oiru- 
qiièt Resp. II, 59. 

Ort, n. m., jardin à légumes. 

Osco, n. f., entaille, cran fait 
sur une baguette qui sert à 
compter; au fig. : sap trop 
que ne bal t'osco III, 170, il 
sait trop ce qu'en vaut l'aune 
(l'importance que cela a). 

Osegà {s'), v. réfl., se ranger, 
s'améliorer. 

OsoGÀ, V. tr., arroser. — Pr. 
osago Ort, 60. 

OsoRDÀ de, V. intr., risquer 
de, se hasarder à. 

OsoRPÀ, V. tr., griffer. 

OsouBRÀ {s'), V. réfl., se dres- 
ser, sauter sur. — Pf. osbubrèt 
Fr. 27. 



— 2§9 — 



OssETÀ (5'}, V. réri., s'asseoir. 
— P.p. ossetat, assis. 

OssoDOULÀ (s'), y. réfl., se ras- 
sasier. 

OssoRGAT, f. -ado Pr. i3,p. 
p. -adj., desséché. 

OsTODETO, n. f., brochette. 

OsuG.X, V. tr., aiguiser. 

Otal et OTOLOs, adv., ainsi. 

Otexdre, V. ir., attendre. — Pr. 
3 oten I, 294; ipf. 6 otendiùu; 
p. p. otendut. 

Otenhe, V. tr., atteindre ; fa 0. 
Bèrt.^o, faire tenir, envoyer. 

Otifets Pved. 24, n. m. pi., 
affiquets. 

Otiral I, 471, n. m., attirail. 

Otissà [s'), V. réfl., s'acharner. 

Otobé, ad\\, aussi, c'est pour- 
quoi. 

Otricà Pr. 106, ameublir 'la 
terrej. 

'Ou, V. obeire. 

Ov, pr. pers. neutre, le, cela. 

"Olberjo, n. f., pêche. 

'OuBESPic, n. m., aubépine. 

'OuBiÈiRAT III, 247, p. p. -adj., 
recouvert de gelée blanche. 

'OuBiÈiRO, n. f., gelée blanche. 

'Oubret, n. m., arbuste. 

'OuBRicoT,n. m., abricot. 

'OuDASSO, n. f., audace. 

'OÙDÏENSo,n. f., audience, audi- 
toire II, 146. 

"OuDous, f. .o«so, adj., odorant. 

Oufr'i, V. tr., offrir. 

OuGON, adv., cette année. 

"OujOLo IV, 377, n. f., grand"- 
mère. 

OuLo, n. f., marmite ; oiilo sou- 
pièiro II, 472, marmite pour 
la soupe. 
OuMALHO [de pattre) Rec. Ep. 
20, n. f., de chétive espèce, de 
pauvre sorte. 



OuMENÀs Bespr. 19, n. m., gros 
homme. 

'Oumièiros (Los) Gol'i, 02 {=z 
lat. tilmerias), f. pi., nom de 
ferme, près Millau. 

"OuMuoRNo, n. f., aumône. 

OuNC, n. m., ormeau. 

OuNCHÀ, V. tr., oindre. 

OuNCHE, adj., oint, graisseux, 

OuNDEjÀ, V. intr., ondoyer. 

OuN ( ^= lat. unq>2am, \ieux fran- 
çais onc), d'abord joint à ?ie 
(plus rarement a pas L. D. 
1 5 ; I 204, ou ajomai L. D. 
6 ; IV, 19), puis employé seul 
sans perdre sa valeur négati- 
ve [Cl. Rec. Oh. 29; Pi\ 3 II). 
Presque toujours employé 
après que conjonction (rare- 
ment pronom); cf. I, 14, 71; 
III, i53, 256, 33o; IV, 176; 
Pr. 63,71, etc. 

OupLiDÀ, v. tr., oublier. 

Ourdi, v. tr., ourdir. — P. p. 
ourdit (mal) Proub. 34, mal 
combiné. 

'OuREj.\ £ji. //, 14, V. tr., tirer 
les oreilles à. 

OuNT, adv., où. 

OuRDiLHO VI, 70, n. f., gue- 
nille. 

OuRGuÈL Pred. 16, n. m., or- 
gueil. 

OuRGuiNo Ep. III, 2, n. f., or 
gue. 

"OuRiOL, n. m., loriot. 

"OuRiPÈL II, i52, tissu d'or, ori- 
peau Rec. Ob. 33. 

OusÀ, V. tr., hausser; secouer 
Resp. 1 3 ; — s'ditsà, v, réfl., se 
hausser, grandir. — Ipf. 3, 
àiisabo Coumpl. 68; p. p. f. 
busado I, 290. 

'OusÈL,n. m., oiseau. 
OusELET n. m., oiselet. 



iq 



— 290 — 



OusTAL, n. m., maison. 
"OuTis, pl.-ïsses, n. m., outil. 
OusTOLADO, n. f., maisonnée. 
"OuTÔ, n. m., autan. 
'OuTouNo, n. m., automne. 
"OuzÀ, V. tr.,oser. — Pr. i au^e 

Oit. I, 3 au^^ol, 5o, 328; II, 

391, etc. 
'Ouzi, V. tr., entendre. — Pr. i 

ôitpsse Odo i3, 3 ôwfis, 4 

àu:[èn \, 141, Pred. Sy ; 

Diol. II, 54, ou^issèn I, 429 ; 

Pr. 317, etc., 5 oii^issès II, 

391; ipf. 5 àu^iàs II, 161; 

impér. 5 àu^^èslV, 3i3 ; Rec. 

Ep. 57 ; Odo, 5i, p. p. àiqit. 

Paisse I, 98,547; p. p. posait 
III, 16; Resp. 43, V. intr., 
paître. 
Pal I, 1 13, n. m., pieu. 
Palho, n. f., paille ; coiipen pa- 

Ihos IV, 397, rompons. 
Palle, adj., pâle. 
Pan, n. m., mesure, le quart 

d'un mètre. 
Pargue, n. m., parc à brebis. 
Parlage Diol . II ,1 48 — porlaclie 
(mot francisé), n. m., parole, 
langage 
Pas, n. m., pas; partie, mor- 
ceau I, io3. 
Pauc, adv., peu; p. o p., peu à 

peu. 
Pakre, adj., pauvre. 
PÈ, n. m., pied. 
Pebre, n. m., poivre; fa p. 

Bèrt. 32, rager. 
Pecà, V. tr., manquer; — se p. 
Pred. 3i, V. réH.,se tromper. 
Pecaire! interj., hélas! (litt' : 
pauvre /'É'c/jeM^ que je suis, tu 
es, etc.) Proub. 28 (cf. 53, 
etc.). 
Pegal, n. m., cruche. 



Pegocs, adj., poisseux. 
Peireto, n. f., petite pierre. 
Peiro-frejo, n. f., grêle. 
Peisou, n. m., poisson. 
Peitral, n. m., poitrinière 

ornée de sonnettes. 
Pèl, n. f., peau. 
Pel = pèr loti. 
Pelât, p. p. -adj., pelé. 
Pellebà, V. tr., enlever, avaler. 

— Pf. 6 pellebèrou Goli, 60. 
Pelenc I, 59, n. m., lande, ter- 
rain revêtu d'herbe rare (pelé). 

Pelerino {es iino) que Rec. Ep. 

112, c'est une gaillarde qui. 
Peloufo, n. f., peau de raisin. 
Pelous, n. m., bogue. 
Pèlses IV, i85, pi. de pèl, n. 

m., cheveux. 
Penche, n. f. , peigne. 
Penchenà, v. intr. (litl^ : pei- 
gner) ; fa p. los dens, faire 

travailler les dents. 
Pencheniè Rec. Ob. 59, n. m., 

critique (litt': peigneur). 
Pendent, pi. -ens I, 40^ n. m., 

pendant, pendeloque. 
Penjà, V. intr., pendre. 
Pensa, v. tr., panser. 
Pèr, prép., par, pour ; — pel 

= pèr lou ; pels ^ pèr lotis ; 

— pèr oco IV, 448, pourtant. 
Pèr moi ! IV, 483 ; Rec. Ob. 85 ; 

Pr. 14; Odo, 71 ; Goli, 107 ; 

Resp. 11, 60; Diol. i5; 

Coumpl. 9, 108 ; Resp. 63, 80 ; 

adv. d'affirmation, certes. Cf. 

mos. 
Perat III, 63, n. m., résiné 

(fait surtout avec des poires). 
PÈRBEsi, v. intr., pourvoir. 
Pèrbesiù, n. f., provision. 
Përcur.\,v. tr., procurer, causer. 
Pèrcuraire, n. m., procureur. 
Pèrcuro, n. m., charge, travail. 



— 2gi 



Pèrdo Odo, 76, n. f., perte. 
Pèrfochièiro, n. f., entrepre- 
neuse ; appliqué à la Mort Odo 
68, audacieux. 
Péri, v. intr., périr. — Pr. 4 

perissèn Odo, 4. 
Pero, n. f., poire. 
Pérou, n. m., petite poire. 
Pèrpaus, n. m., propos. 
Pèrpousa (se) Coumpl. 43, v. 

réfl., se proposer. 
PiiRPÔuzAT, n. m., préposé, sur- 
veillant. 
Pèrqui-n-omoun (pour pèr oqiii 
en omoiin) II, i6^;Pred. by; 
Diol.Il, 54, adv., par là-haut. 
Pêrsègre I, 28, V. tr., poursui- 
vre. — Pr. 3 persèc II, SgS. 
Pes = per lotis. 
Pesé, n. m., pois. 
Pessomen, n. m., souci. 
Pèsto (lo) lou molur ! I, 45 1 ; 
Py, 323 (éd. jjrésfo), peste soit 
du malheur (qui nous arrive)! 
Pesuc, adj., pesant, lourd. 
Petà, v. intr., éclater. — Fa 
petà de cotisons IV, 292 (cf. 
El. 3i). 
Petàs, pi. pétasses IV, 486, n. 

m., pièce. 
Petego Odo, 119; Resp. 64, 

n. f., embarras. 

Petossà, v. tr., racommoder. 

Petossal, n.m., grand coup, 

horion II, 3oo, gros morceau 

IV, 439; un p. de fillio Pr. 

297, une grosse fille. 

Petounejà, v. intr. murmurer, 

bougonner. 
PiBouL, n. m., peuplier. 
Pic, pi. pits (pron. pitcli), n. 

m., coup. 
PicoDis, n. m., train de vie. 
PicHOT, adj., petit. 
PiCHou, adj. pris subst', petit, 



PiKi, adv., puis, ensuite; — pièi 
que III, 219; Pred. 93; Diol. 
Il, 76, puisque. 

PiETODOus, adj., compatissant. 

PiFACH, n. m., panse, estomac. 

PiGASso, n. f., hache. 

PiGOLHOu Diol. Il, 177, n. m., 
pièce de monnaie. 

PiGosso Bespr. 20, n. f., co- 
gnée. 

PiGRE, adj., paresseux. 

PiMPÀ [se], y. réH., se dresser 
fièrement. 

PiNCAT, p. p. -adj., guilloché : 
del goiist. p. Rec. Ob. 79, 
raffiné. 

PiNCÈL, n. m., pinceau. 

PiNDOULÀ, V. intr., pendre. 

PiNUASTRE, adj., opiniâtre, 
entêté. 

PiNSART, n. m., pinson. 

PiNTÀPr. 3i2, V. tr., boire. 

PiNTAiRE, n. m., buveur. 

PiNTRÀ, V. tr., peindre. — Ft. 
I . pintrorai I, 8. 

PiN'TRE, n. m., peintre. 

PiNTURO, n.f. , peinture. 

PioL, n. m., cheveu. 

PioLÀ, V. tr., peler. — Pr. 3 
pialo Sonnet de GoU, 5. 

PipiDo, n. f., pépie. 

Pis, pire; lous mete faire pis 
(locution française) iîec. Ep. 
60, je leur permets de faire 
contre moi tout ce qu'ils peu- 
vent faire. 

PissoLLiÈcH, n. m., pissen- 
lit. 
Pitre Bespr. 62, n. m., fifre. 
PiÙLÀ, v. intr., piauler, pépier. 
Pla, adv., bien, beaucoup. 
Plaire, v. intr. ; se p., v. réfl. — 

Pr. 3plai,6 plasou. 
Ple (mais devant le nom, s'il 
commence par uneconsonne, 



— 292 — 



plen III, 35o; Pr. i5, etc.); 
adj., plein. 

Plec (o), à souhait (litt. : à beau 
pli) I, 60, comme il faut, à 
fond II, 176; Pr. 60, etc., 
beaucoup III, i56: Rec. Ob. 
35, etc. ; o plec de gorgomèl 
Bert. 33, à plein gosier. 

Plegà, V. tr., plier. 

Plejeto, n. f., petite pluie. 

Plèjo et pluèjo Pr. 436, n. f. , 
pluie. 

Plo Pr. 394, n, m., plateau. 

Ploijà, V. intr. , plaider. — Pr. 
.3 plaijo. 

Ploijaire, n. m., plaideur. 

Plonche {sousj 1, 564, (litt' : 
sans plainte), en abondance. 

Ploncho, n. f., plainte. 

Plonhe (5e) II, 49, V. réfl., se 
plaindre. — Pr. i plonhe IV, 
240, 3 plou Sonnet, 5 -es Resp. 
II., 43; cd. 3 plonhirià II, 2o3. 

Plonsart, Pr. 91, n. m., blanc- 
bec. 

Plonsou Ort, 14, n. m., plant. 

Plosé, n. m., plaisir. 

Plour.à. (se), V. réfl., pleurer. 

Plôure, V. impers., pleuvoir. 
— Pr. 3 plan. 

PoDENO, n. f. , poêle à frire. 

PoGÀ, V. tr., payer. — Pr. 3 
pago ; sbj. 3 pague. 

PoGÉs, n. m., paysan proprié- 
taire, celui qui fait valoir 
une ferme. 

PoGESiÈ, n. f. , ferme, e.xploi- 

tation rurale. 
PoiRAL {longache) Rec. Ob. 77, 
adj., langue de ses pères, de 
ses ancêtres. 
PoiROL, n. m., grand chaudron. 
PoiROLO, n. f., chaudron. 
PoisiÈiRo, n. f., chaussée de 

moulin. 



PoLHOu II, 483 ; IV, 432, n. m., 
grande bouteille garnie de 
paille tressée. 
PoLiÈ, n. m., pailler. 
PoLLEJÀ, V. intr., pâlir. 
PoLsou, n. m., pieu. 
PoMPOLUETO II, 461, n. f., pail- 
lette, balle du grain. 
PoNÀ, V. tr., voler, dérober. 
PoNSEJÀ IV, 5o6, V. intr., faire 

bosse, se bomber. 
PopoGAi, n. m., perroquet. 
PoRÀ,v. tr., préserver I, 90, écar- 
ter IV, 162. 
PoREDOf IV, 5o5, ,n. m., petit 

mur. 
POREL III, 368; IV, 171; Ort 

[titre], n. m., paire. 
PoRÈL, II, io5; IV, 26, adj. pa- 
reil. 
PoRESTRE, V. intr. et impers., 
paraître. — Pr. 3 pores I, 88. 
PoRET, n. f., paroi, mur. 
PoRGAN £■/. 10, n. m., parche- 
min. 
PoRLÀ, V. intr., parler. — Pr. 2 

parlas Diol. 71. 
PoRLLFEJÀ Ort, 53, V. intr., co- 
queter. — Pr. 6 porliifejoii 
IV, 274. 
PoRPÈi-O, n. f., paupière. 
PoRRE, n. m., porreau. 
PoRROQuio, n. f., paroisse. 
PoRTi, V. intr., partir. — Pr. 3 

parti. 366; IV, i83. 
PoscoLADO,n. f. , éclat de rire. 
PossÀ, V. intr., passer. — Pr. 3 

passa IV, 289. 
P0S.SAD0 (oquesto), ces derniers 

temps. 
PossEjÀ, V. intr., se promener. 
PossERAT, n. m., passereau, 

moineau. 
PosT [de] o fi Bespr. 12, du 
commencement à la fin. 



— 293 — 



PosTRÀs Rec. Ep. 45, nom pris 
comme adjectif et péjoratif, 
qui convient à un pâtre gros- 
sier. 

PosTRENc Ep. II, 49, adj., de 
pâtre. 

PosTROTo, n. f., pastourelle. 

PosTROu, n. m., pastoureau. 

PosTLRAL, n. m., pâturage. 

PosTURENC [groniè) III, 292, 
adj., grand grenier pour le 
fourrage. 

PosTURO, n. f., pâture, nourri- 
ture. 

P0TE.TÀ, V. tr., tripoter, manier. 

PoTONTÈLO [courre lojPr. 414, 
courir la prétentaine, errer. 

PoTOTRAC {fà) IV, 296, plonger. 

Pots III, i25, n. m. pi., babi- 
nes, lèvres. 

Pou, n. t., peur. 

PoucEssiù, n. f., procession. 

PouDÉ I, 106; III, 161; IV, 16, 
etc., V. tr., pouvoir. — Pr. i 
pode, 2 pos, podes III, 84, 
3 pot, 4 poudèn, 5 poudès ; 
ipf. 3 potidio, 4-1071, 5 -iàs ; pf. 
2 poiigitèros Ben. i-j ; ft. 
pourrai, etc., 4 poiirren II, 
362); cd. pourrie, etc. ; sbj. 
SposcoU, 6, 4 pousquenGolï, 
II, 3, 5-és Ort, 8; ipf. 3 pous- 
quès I, 478 ; p. p. pouscut 
Bespr. 46. 
PouDET I, ibg, n. m., serpette. 
PouDODOu [coutel] IV, 468, cou- 
teau à tailler la vigne, ser- 
pette. 
PouL et PouLou, n. m., poulet. 
PouLiDET Ben. 46, adj., joliet. 
PouLSEs Resp. 44, n. m. pi., 
bouillie. 

PouLSiNiÈiRO (/o) II, 365, n. f., 
la Poussiniére, constellation 
des Pléiades. 



PouLTRi I, 200, V. tr., écraser. 
PôuMouLO, n. f. , paumelle. 
PouMPOUs Ort, 20, adj., bril- 
lant, en bon état. 

PouN, n. m., point ; particule 
augmentative : lèbo p. déjà 
so dallio Odo, 66, n'ose-t-elle 
pas lever sa faux ! Cf. Ep. II, 
60 ; Bespr. 58. 

PouNCHEJÀ Pred. II, v. intr., 

pointer, sortir de terre. 
PouNCHOUNÀ, v. tr., piquer de 
l'aiguillon. 

PouNHAT, n. m., poignée. 

PôuRET II, 79, diminutif de 
paure. 

PouNCHO, n. f., pointe. 

PôuRou, diminutif de paure. 

PôuRuc, adj., peureux. 

PouTiNGO, n. f., drogue, re- 
mède fabriqué par les phar- 
maciens. 

PôuTou Golï, 76, n. m., poche, 
bourse. 

PouTOUNTOuNEjÀ, v. tr., dorlo- 
ter, faire sauter sur ses 
genoux. 

PôuzoDis, adj., qui se repose, 
inoccupé. 

PôuzÀ, V. tr., poser ; v. réfl., 
se reposer. — Sbj. 4 pbu^en 
I, 492. 

Prado, n. f., prairie. 

Precôuciounat, f. -ado I, 49, 
prudent. 

Preg.\, v. tr., prier. — Pr. i 
prègiie 1,19; Pr. 23. 

Pregario, n. f., prière. 

Prene,v. tr., prendre; v. ré- 
cipr., s'épouser IV, 368; se 
n' p. IV, 385, s'en prendre 
à ; — Ipf. 6 preniàu Dicl. II, 
123; pf. 3 prenguèt I, 177; 
sbj. 3 prengo II, 364 ; IV, 
391, etc. [Diii me prengo ! 



— 294 



juron), 4 f ^"g'"^" 1^,271; 

ipf. I prenguèsse IV, 387 ; 

impér. 2 pren. 
Prepaus, n. m., propos ; p. 

Pr. 3o5, comme il faut. 
Près, pi. prèses Bespr. {titre), 

prix. 
Preso IV, 3o2, n. f., prise, vol. 
Presou, n. m., présure. 
Preste, adj., prêt. 
Primo, n. f. , printemps. 
Prin, adj., mince ; adv., fine- 
ment. 
Priù, n. m., prieur. 
Prou, n. m., profit [en p. bous 

fasso I, 322, bonne chance!) ; 

— adv., assez. 
Prunèl, n. m., petite prune. 
Pruoso IV, 294, n.. f., conte. 
Pruse [se), V. réfl., avoir des 

démangeaisons. — Ipf. 3 

prusid Fr. 24. 
Prusent, adj., qui démange. 
PuÈCH 1, 26 ; Coumpl. 147, pi. 

puèchs IV, 8r, n. m., émi- 

nence. 
PuDRE et jp»rfi, V. intr., puer, 

répugner. — Pr. 3 putResp. 

Il, 4; p. pr. ptident, f.-oResp. 

II, 57. 
PuossE, n. f., planche, 
PuRGÀ, V. tr., purger, nettoyer 

I, i58. 
Pus (et f M dev.cons.;, adv., plus. 
PusAUT, n. m., galetas (le plus 

haut étage de la maison), 

demeure élevée des dieux 

(parodie) I, 27; IV, 422. 
Pus LÈu txpulèu, compar. adv., 

plus tôt, plutôt. 

Que, conj., pourquoi ; qu'ouii 
fago otal nostre mèstre Odo, 
108, pourquoi notre maître 
ne fcrait-il pas ainsi. 



Quel (= que loti) O Peirot 1 1 . 
QuÈRBO, n. f., anse ; om lo 

pèl e los quèrbos Ep. //, 16, 

avec la peau et les os. 
QuESTiù, n. f., question. 
QuicHÀ, V. tr., presser. 
QuicoN, pron. indéf., quelque, 

chose. 
QuiLHÀ, V. tr., dresser ; 5e q., 

V. réfl., se dresser, se percher. 

— P. p. quilhat I, 12. 
QuiNHou, n. m., quartier, 

morceau. 

QuioppÉ, adv., assurément Py. 
321, vraiement! (ironique- 
ment) Diol. II, 60. 

QuiSTOu IV, 160, quêteur, qui 
est en quête (de nourriture). 

QuiTÀ, V. tr., laisser; v. intr., 
q. de II, 3 12, cesser. 

Quiù, n. m., cul. 

Rafe, n. m., radis. 

Rajo, rayons ardents du soleil ; 
clarté du soleil ; soleil Goli, 
24; Diol. II, 2o5 ; Bespr. 90. 

Ralho [fa lo) 11,177, plaisanter. 

R\so I, 66, n. f., haie (?). 

Raubo, n. f. , robe, toison II 

125. 

Rebecinat {loti) Resp. 77 (sur- 
nom) le Retroussé, le Tortu. 

Rebelhat, p. p. -adj., éveillé ; 
r. de gorjo III, 3i i. 

Rebenm, v. intr., revenir. — Pr. 
3 reben II, 39; IV, 268; 
Sbj. 3 rebengue I, 396. 

Rebi^rs (o/)I, 423, au contraire. 

Rebêrtà, v. tr., ressemblera. 

— Pr. 3 reberto Odo 10, etc. 
Rebirà, v. tr., retourner. 
RT;BiRADo,n. f., retour du froid. 

Pr. 5o, oquesto r. Bespr. 40, 
par ce temps, au temps où 
nous sommes. 



2q5 — 



Rebiral, n. m., changement 
de temps, retour du froid I, 
54; IV, 123 ; bouleversement 
Diol. 77,67. 

RebiscoulÀjV. tr., faire revivre. 

Reboulo, n. f., grateron. 

Recèrcà, n. f., recherche. 

Recossà, V. tr., saisir ou re- 
cueillir au passage quelque 
chose (ici, quelqu'un) qui 
tombe. 

Recoumbolit {Odo titre), p. p., 
rétabli, guéri. 

Recourd.\ [se), V. réfl., se sou- 
venir. — Pr. 3 recorde IV, 
309. 

Recuècho L 390, n. f., recuite, 
produit d'une seconde cuis- 
son du lait déjà écrémé. 

Recul, n. m., recueil. 

Recurà, V. tr., émonder, p. p.- 
adj., récurât Fr. 39, gentil. 

Refourfoulhà,v. intr., refouil- 
ler, 

Refourfà, V. intr., regorger. 

Refrounhat, f. -ado, p. p. -adj., 
renfrogné. 

Regonhà [los dens) III, 48, 
montrer les dents, bailler, en- 
tr'ouvrir son écorce (en par- 
lant de l'amande) ; — v. réfl. 
Resp. 21, faire la grimace. 

Regossà, V. tr., écarquiller; se 
r., V. réfl., regarder en écar- 
quillant les yeux. 

Reguèrgue Recul, Ep. 4, etc., 
adj.,revôche. 

Reguinnà, V. intr., regimber, 
ruer. 

Reire, particule indiquant la 
répétition, sap e reire sap 
Diol. II, 83, il sait et re- 
sait. 

Rejounch III, 467; El. 20 (f. pi. 
rejounchos Bèrt. 4 3)et rejoun- 



gutW, 284; p. p. -adj. (de 
ré'jotnî/ie), ramassé, pelotonné. 

Rejounhe II, 73, V. tr., rentrer; 
faire rentrer (les impôts) , 
absorber ( des aliments ) 
Cound. 24. 

Relegi, V. tr., relire. — Pr, i 
relegisse Resp. II, 34. 

Relho, n. f.,soc., charrue. 

Remenà, V. tr., remuer. 

Remetre, V. tr., remettre, ren- 
voyer. — Impér. 4 remeten 
IV, 408. 

Renaisse, v. intr., renaître. 

Renc, pi. rensW, 492, n. m., 
rang. 

Renèc, n. m., juron. 

Renegà, v. intr., dire des ju- 
rons; — V. tr. Ep. III, 16. 
jurer une chose. 

Repasso [bolhà la) o IV, 528, 
donner une frottée, battre, 

Repaus, n. m., repos. 

Repetit, n. m., roitelet ou tro- 
glodyte. 

Repoutegà, v. intr., protester, 
maugréer. 

Reprene El. 36, v. tr., repren- 
dre. 

Requiùlà, v. intr., reculer. 

Res, pr. indéfini, rien. 

Rescondre, v. tr., cacher. — 
P. p. rescoundut, II, 11 ; IV, 
279. 

Rescôufà, v. tr., réchauffer. — 
P. p. f. rescàufado II, 5. 

Rescoundalho, n. f., cachette, 

Rese Rec. Ep. 38, n. m., tique. 

Resounzà, v, tr., rogner (les 
bords frangés d'un jupon). 

Respendre, V, tr., répandre.— 
P. p. respendut, f. -udo. 

Ressà, v. tr., scier. 

Ressaire II, 3o (litt t : scieur de 
long), n. m., moucheron dont 



— 296 — 



les mouvements alternatifs 
ont quelque ressemblance 
avec ceux des scieurs. 
Ressaupre, V. tr., recevoir. — 
P. p.ressôupttt, ressougut. Pr. 

?22. 

Ressentimf.n Coitmpl. 3o, n. 
m., reconnaissance. 

RessôusilhatE'/. I 2, p. p. -adj., 
gaillard. 

Restrenhe [se) II, 20g, v. réfl., 
se restreindre. 

Retal^ n. m., relief, supplé- 
ment I, 5o, morceau III, 40; 
Pr. 4, etc. 

Rette, adj., raide, dur, fort; — 
adv. I, 459; III, 410, etc. 

Rettomen, adv., durement, for- 
tement. 

RiBAN, n. m., ruban. 

RiGOT, n. m., chevelure ; plegà 
soiin r. en tourtèl II, 479, rou- 
ler ses cheveux autour d'un 
peigne. 

RiMALHo 5e«. 9,n. f., pièce de 
vers. 

RiQUET Pr. 338, n. m., grillon. 

Rire, v. intr. — P. pr. riguen 
Fr. i5; rist Rec.Ob. 24. 

RiTO, n. f., cane. 

RiTOu, n. m., recteur de pa- 
roisse, curé. 

Riù, n. m., ruisseau. 

RoBiNo II, 322 ; IV, 64, n. f., 
ravine, eau torrentueuse. 

RoBOLÀ,v. tr., traîner. 

RoBossou For. 45, n. m. {litt. : 
petit blaireau; xin r. de 
drollo, un avorton de fille. 

RoBOSTiNAT, f. -ado El. i3, rôti, 
brûlé par le froid. 

RoBosTiNÀ, V. tr., rôtir (en par- 
lant de la gelée. 

Roc, pi. rots (pron. rotdi] I, 
358, n. m. 



RociNo, n. f., carotte, 

RoDAL Diol. Il, 73, n. m ., feu 
de joie. 

RoFiT, f. pi. -idos El. 10, p. 
p. -adj., ridé. 

RoFOTALHO, n. f., rebut. 

RoFOTUN I, 540. — Pr. 420, n. 
m., rebut; l'espèce la plus 
vile. 

RoGousTOus, adj., ragoûtant. 

Roio [fa là) Lib. 24, faire la 
fête. 

RoiAT, p. p., rayé : r. lo nociii 
Bespr. 87, rayé aux trois cou- 
leurs nationales. 

RojÀ, V. intr., couler. — Pr. 3 
rajo. 

RojALS II, 167, n. m. pi., 
rayons ardents du soleil. 

RojoL I, 253, filet d'eau, petit 
ruisseau. 

RoMBAL, n. m., embarras. 

RoMBoi, n. m., renvoi. 

Ro.MBouL, n. m., embrouille- 
ment (d'un fil). 

RoMiLHO Diol. 25, n. f., for- 
tune, argent. 

RoMossADO /?ec. Ep. 119, n. f., 
averse (au fig-)- 

RoMPONHo I, i53, n. f., malaise 
maladie. 

Rondo Pr. i65, n. f., haie 
vive. 

RoNDouLEjÀ, v. intr.. rôder. 

Rondre, v. tr., rendre. — Impér. 
2 ron H, 20. 

RoNsuN, n. m., lard rance. 

RoPELAiRE, n. m., appeau. 

RoscLODURo, n. f. , raclure. 

RossADo, n. f., race, lignée. 

RossENO Fr. 9, voy. la note. 

RosTÈL, n.m., râteau. 

RosTEi,.\,v. intr., râteler. 

RosTOUL, n. m., chaume, pail- 
le courte II, 2 3G; Bespr. i5, 



— 297 — 



champ où se trouve encore 
le chaume I, 84. 

RouBE Pr. 202, n. m., chêne. 

RouDÀ, V. intr., tourner IV, 3o, 

RôuFELEJÀ El. 16, rendre des 
sons rauques, chanter d'une 
voix rauque. 

RàuFELOuso(?oz/5), ad)., rauque 
(toux). 

RôuMAS, n. m., rhume. 

RouNCÀ, V. irtr., ronfler. 

RouNDiNÀ, V. intr., grogner. 

RouNHO, n. t., maladie. 

RouN Rec. Ob. 5g, adj., brus- 
que, sévère. 

RoupiLHo, n. f., veste ou man- 
teau usé. 

RousiGÀ, V. tr., ronger. 

RousiGÀ, V. tr., ronger. — Pr. 
3 rousigo O Peirot, 9. 

RoussÀ (se),v. réfl.,se harasser. 

Roussi, n. m., cheval. 

Ruse Rec.Ob. 39,(litii :écorce), 
habit. 

Russi, v. intr., réussir. — Pr. 3 
russ'is Ort, 2. 

Sabo, n. f., sève, 

Saco, V. socà. 

Saique (de sai, !«'« pers. ar- 
chaïque du présent àe saiipre 
et que), adv., sans doute. 

Salze, n. m., saule. 

Santé! Diol. Il, 216 (mot fran- 
çais), à votre santé ! 

Saple IV, 64, n. m., sable. 

Saquerai, v. socà. 

Sardo Coiimpl. 3G, n.f., sar- 
dine. 

Sartre i?ec. 06. 44, n. m., tail- 
leur. 

Saumo, n. f., ànesse. 

Saupre, v. tr., savoir; saupre- 
fa Coiimpl. titre et 14, sa- 
voir-faire beaucoup. Pr. i. 



sabe, 3 sap, sai Odo 8, 5 so- 

bès ; ipf. 5 sobiàs; ft. 3 sourd; 

cd. 3 sùurià, 6 sùiiriou ; Sbj. 

5 saches. 
Se, n. m., sein. 
Sebo, n. f., oignon. 
Seca, v. tr., sécher. 
Secal, n. m., branche sèche. 
Sedàs I\', 3oo, n. m., tamis. 
Segà, v. tr., moissonner. — Pr. 

3 sègo II, 178. 
SÈGos II, 181 ;Diol. II, 20, n. f. 

pi., moisson. 
SÈGRE, v. tr., suivre. — Ipf. 6 

segûissiàu Goli, 42 ; p. p. se- 

guit 1,494, f. -Jdo Coumpl.D. 
Segaire, n. m., moissonneur. 
Segur, adj., s,ùv ; pel s., pour 

sûr. 
Segolà, région du seigle dans 

l'Aveyron. 
Segi'iol, n. f., seigle. 
SkiPred.g3; Cound. 46, 46, 

etc., et soi Ep. III, 48, adv., 

ici. 
Sejourn.à, v. tr., donner du 

reposa, faire reposer. 
Sèlo Pred. 65, n. f., escabeau. 
Selho, n. f., seau; cap de s. I, 

209, grosse tête, tête affreuse. 
Semal, n.f., tine à deux anses, 

qui servent à la porter à l'aide 

de deux bâtons. 
Semenà, V. tr., semer. 
Semenilhos I, 86, n. f. pi., se- 
mailles. 
Semenodou, adj., qui contient 

la semence. 
Semmono, n. f., semaine. 
Semolado, n. t., le contenu 

d'une semai. 
Semolou, diminutif de semal. 
Sen'is (éd. senil)Rec. Ep. 93, 

n. m., martinet. 
Sen't'i, v. tr., sentir, comprcn- 



— 298 



dre. — Pr. 3 sent II, 87; III, 
277,287, etc., sentis lY, 379, 
sentes Rec.Ep. i33, 6 sentoti 

IV, 223. 

Ser II, 67, 181, 405, etc., n. 
m., soir. 

Sèrbî, V. intr., servir. — Sbj. 
3 sèrbigoDiol. II, i3i. 

SÈRBiDou et Sèrbitur Resp. II, 
n. m., serviteur. 

Serpentejà, V. intr., serpenter. 

SERRE, n. m., tertre, éminence, 

Sesteirado, n. f. , sétérée (l'es- 
pace nécessaire pour semer 
un setier de blé). 

Sesteiral Resp. II, 11, n. m., 
pierre creusée pour mesurer 
les grains. 

Set, n. f. , soif. 

SiKSCO, sidsqiie,\ . èstre. 

SiAU, adj., tranquillement; ca- 
len s. Odo, 41, tenons-nous 
tranquilles ; colas siaii Diol.68. 

SiETADo, n. f., pleine assiette. 

SiÈTo, n. f., assiette. 

SiÈis {fa lin) El. 6, déménager, 
disparaître. 

S1RBENT0, n. f., servante. 

SiRMEN, n. m., sarment. 

SiscLAL I, 67, n. m., cri aigu, 
chant du coq. 

Sobent, pi. -ens I, i3, adj., sa- 
vant. 

SoBOTOu, n. m., soulier mince. 

SoBOL'RAL Fr. 36, n. m., mor- 
ceau de lard ou de jambon 
qu'on met à la soupe pour 
lui donner du goût. 

SoBRos Diol. II. 85, n. f, pi., 
restes. 

SocÀ, V. tr., donner, appliquer 
(un coup), jeter Rec. Ob. 87. 
— Pr. 3 saco; cd. 3 saquerai, 
(mot francisé); sbj. i et 3 sa- 
que. 



SocAT I, 3i6; Pr. 2o3, n. m., 
plein sac. 

SocsoBELADO Resp. 12, n. f., 
longue suite. 

SoDouL, adj., rassasié; pris 
subst' : lour s. II, 5oo, tout 
leur soûl : tout bostre s. Resp. 
22, tout votre soûl ; soun boun 
s. Diol. II, 41 . 

SoLAGHE I, 285, n. m., salaison. 

SoLi I, 53, 566, etc., v. intr.. 
sortir; v. tr., faire sortir, 
pousser (des bourgeons). — 
Pr. I solisse Bèrt. 2g, 3 solis 
Bespr. i9;ipf. 3 solissid Fr. 
3j; pf. 3 soliguèt III, 39; p. 
p. pi; solits I, 72, f. -ido I, 
178; II, 453, etc. 

SoLLi, V. tr., salir. 

SoLs.\,v. intr., saucer, se saucer. 

SoMPO I, 102, n. f., creux où 
l'eau stationne. 

SoNÀ, V. tr., châtier. — Sbj. 3 
sone IV, 319. 

SoNcî, V. tr., fouler aux pieds. 

SoPENDENT, adv., Cependant. 

SopL.X, V. tr., sabler. — Pr. 3 sa- 
plo II, 324. 

SoQUEL.\ I, 363, adv., d'ailleurs. 

SoRGuiNO Pred. i, n. f., sarrau 
pour traire les brebis. 

SoRR.X, v. tr., serrer ; enfermer 
sous clef Bespr, 91; — v. réfl.; 
loti mercat se sarro I, 320, le 
marché se conclut. — Pf. 3 
sarro I, i 34. 320. 

Sosi, v. tr., saisir. — Pf. 3 sosi- 
guèt Proub. i35. 

SoTisFACH, p. p. -adj., satis- 
fait. 

Sou dans sou dis, sou disou, 
sou diguèt, sou fai (cf. sou li 
fosquèt I, 33 1 ; IV, 384), sem- 
ble une altération de 50, cela, 
amenée par l'emploi comme 



299 — 



proclitique; cf. sou se dis el 
Pr. 6i. 

SôuBACHE, adj., sauvage, 

SouBENi, V. impers., souvent. — 
Subj. 3 soubengo Pred. 22. 

SoÙBÉRTOUs, adj.; crit s., cri d'a- 
larme ; besprado soubèrtouso 
Bespr. [titre], après-midi d'é- 
pouvante. 

SôuBocHou, n. m., sauvageon. 

SoL'BOTEJÀ, V. tr., battre le pis 
pour lui faire rendre plus de 
lait. 

Souc, n. m., tronc d'arbre. 

SouciTÀ {se), V. réfl., se sou- 
cier. 

SôucLÀ, V, tr., sarcler. 

SouFRACHE et sufrache Fr. 45, 
n. m., privation, perte; fa s., 
faire du tort I, 314; Fr. 45, 
causer des regrets par son 
absence I, 478 ; Ep. III, 20. 

SouFRi, V. tr., souffrir. — Impér. 
5 soufrés Resp. gb. 

SouFR~i, V. intr. et tr. — Pr. 2 
soufrisses 11,49, 4 soufrèn I, 
449. 

SouGONHÀ [se), V. réfl., narguer, 
se moquer. 

SoLLÀs I, i52, n. m., soulage- 
ment, commodité. 

SouLEL, n. m., soleil. 

SouLENCo, n. f., (proprement : 
repas pour la clôture d'un 
travail), fête des moissons II, 
470, fête collective (pour 
divers motifs accumulés) D/o/. 
//,7i. 

SouLFiNÀ IV, 190, V. tr., flairer. 

SouLLEBÀ, V. tr,, soulever. 

SouMÉs I, 367; IV, 459, n. m., 
pis, 

SoupiÈiRo, adj, f. de soupiè ; 
oulo s., V. oulo. 

SoupoRÈL, n. m., petit souper. 



SOUN, pi. sous, f. SO, pi. 505. 

adj. poss., son. 
SouNÀ, V. tr., appeler, 
SouNCO Diol. II, 70 et 
SouNcos Diol. II, 22, seulement, 

si ce n'est. 
SoupoRÈL III, 123, n. m., petit 

souper, 
SouRTi,v, intr., sortir. — Pr. 3 

sort 1,404; II, 69, etc.; impér. 

4 sourten \, 485, 5 sourtès I, 

3o3; Pr. 225, etc, ; p. pr, 

sourten I, b-j. 
SouscÀ, v, intr,, attendre, patien- 
ter. — Sbj. 3 sousque I, 109; 

impér. 5 souscàs Pr. 121. 
SousQUENÀ, v, intr., sanglot- 

ter. 
SousTENE, v. tr., soutenir. — 

p. p. f. pi. soustengudos. 
SôuTÀ, v. intr.^ sauter. — Pr. 3 

sauto I, 68. 
SôuTAiRo IV, 286; Bespr. 63, 

n. f., danse sautée. 
SuBRECORGÀ, V. tr., surchar- 

ger. 
SuBREJOUR I, 66; III, 84, n. m., 

milieu du jour. 
SuBREPELÎs, n. m., surplis, 
SucHf:T, adj., sujet. 
Suco, n. f., tète, intelligence. 
SuiBAN, prép., suivant, selon, 
SùiRASso (augmentatif de S7/îro 

= lat. sucra, chair de porc), 

nom injurieux du loup IV, 

194 ; cri d'alarme à la vue 

d'un loup II, iÇ)i; Bespr. 19. 
SuL = sus lou. 
SuoN II, 35, 76, etc., n. m., 

soin. 
SupLEÀ, V. n., suppléer — Ft. 

3 supleurà I, 496 (pour suple'o- 

rb). 
SuRBENi, V. intr., survenir. — 

Sbj. 3 surbengue I, 5o. 



— 3oo — 



Surfais II, 236, n. m., poids 
excessif. 

Slrge II, 52, suint. 

Sus = sus lous. 

SusÀ, V. intr., suer. 

Susou, n. f., sueur. 

SuspousiTou Ort. g, n. m., sup- 
positoire. 

SuspRENDRE, V. tr., Surprendre. 
— Pr. 3 suspren IV, i83; p. 
p. susprés. 

SusQUETouT I, SgS ; Pr. 287, 
etc., adv., surtout. 

SuTÀ, V. tr., hâter, presser; v. 
intr., se hâter. 

Tal, n. m., action de tailler; 
o bel tal II, 376, largement, 
franchement. 

Tap, n. m., bouchon. 

Teatre (dissyllabe) Pr. 180, 
n. m., estrade. 

Tebruso, n. f. , tubéreuse. 

Tech Pred. Sg, n. m., toît. 

Teisse, V. tr., tisser. — P- P- 
tescut Rec. Ep. 87. 

Tene I, 97, 484, etc., V. tr., te- 
nir. — Pr. 3 tel L. D. 27; 
Odo, 3o, 84; Bèrt. 5i ; Fr. 4, 
et ten 1,64; Rec. Ob. 64, etc., 
4 tenèn Pred. Sp; Lib. I ; pf. 

4 tenguèren Cournpl. II, 20, 

5 -èroii Diol. 49 ; sbj. 6 tengoit 
Bèrt. 43 ; impér. 2 ten L. o D. 
22, 5 tenès I, 100; p. pr. ien- 
guen Fr. i3. 

Tenesou Dzo/. 85, n. f., consis- 
tance, fermeté. 

Terrado, n. f., terrain. 

Terrodou, n. m., terrain. 

Tesic Resp. II, 42, n. m., tic, 
manie. Cf. tisic. 

Tesicun Ep. III, 8, n. m., fai- 
blesse, infirmités. 

Teso, n. f., torche de résine. 



Tessou, n. m., porc. 

TiBÀ, V. intr., mourir. 

Tinal, n. m., cuve où l'on 
fait bouillir le moût. 

TiNDÀ, V. intr., retentir. 

TiNiÈiROL, n. m., cellier. 

TiNo, n. f. , cuve pour fouler 
le raisin. 

TipLo, n. f., truelle. 

Tira, V. tr., retirer, ôter. 

Tiù, f. tiiino, pron. possessif, 
tien, tienne. 

Tisic Diol. II, 78, adj., phtisi- 
que. 

ToBÔ Pr. 270 (f. tobono), adj., 
nigaud. 

Tolastre [pér] {=tal astre) Par. 
I, par un heureux hasard. 

ToLEN, n. m., faim. 

ToLHOu, n. m., morceau. 

ToLîBOURN.\s Ben. 16, n. m., 
nigaud. 

ToNC.\ [se) Pr. 288; Odo 67, v. 
réfl., s'arrêter, se retenir. 

ToNCÀ, V. tr., rapaiser. 

ToNTetTo (proclitique, devant 
consonne II, 207; III, 23i, 
447, etc.; au contraire, I, 20, 
tout), adv., tant, si; pèr 
to paiic que, pour si peu 
que. 

ToNT o LEÙ I, 61 ; II, 75, etc., 
tantôt, bientôt, tout à l'heure. 

ToNT employé comme adj. se 
construit avec de et s'accorde 
avec le nom qui suit, s'il est 
au pi. {tontes, tontos) : tontos 
de richessos III, 190, tant de 
richesses; sons tontes de bis- 
tours Rec. Ob. 16, sans tant 
de détours (cf. Resp. 56); pris 
absolument, I, 25, On//, tontes 
que ses. Diiis mascles e femè- 
los, enfin, tous tant que vous 
ôtes, Dieux maies et femelles; 



— 3oi 



toutes, tontes que sou ïl.Syi. 

ToRDiù, f. -ibo II, 370, adj., 

tardif. 
ToRGÀ (se), V. rétl., se dresser, 
se redresser fièrement Pr. 74. 
— Pr. 3 targo I, 522; Pr. 
74, 406. 
ToROBouL I, 4; Pr. Emboi, 12, 

n. m. , dévidoir. 
ToRREjADo IV, 5o9,n. f., trans- 
port de terre. 
ToRREN, n. m., terrain. 
Torse, v. tr., tordre. — Pr. G 
torsou Ep. III, 45; cd. 3 tour- 
serio I, 216 ; Pr. 160 ; p. p. 
toursegut IV, 427; Pr.^y, etc. 

TossouNAT, n. m., pleine tasse. 

TosTÀ, V. intr., goûter. 

ToucÀ, V. t., toucher. — Pj\ 3 
toco II, 399. 

TouGOLHou, n. m., petite 
nappe. 

TouLHAU, n. m., gros goujat, 
gros pataud. 

TôuLiÈ Sounet II, Sounet de 
Goli, II, n. m., siège en pier- 
re à coté de la porte d'une 
maison, ou table de pierre 
devant une boutique pour 
l'étalage. 

TouLouiRos Pr. 354, n. f., for- 
ces, grands ciseaux pour 
tondre les brebis. 

TouMBÀ, V. tr., abattre III, 238. 

TouNDESOU Pr. 287, n. fr., 
tonte. 

Toupî, n, m., pol. 

Tourna, v. intr. et réfl., reve- 
nir, s'en retourner; — avec 
l'inf. , ajoute au verbe le sens 
de recommencement : t. re- 
metre I, 1 04, réparer ; t. bosti 
I, 145, rebâtir, etc. 

TouRNADo, n. f. , tournée. 

TouRNAL I, 245, n. m., moulin. 



TouRNEJÀ, V. intr., tournoyer, 

tourner. 
TouRTÈL, n. m., cercle ; v. rigol. 
Tout, pi. toutes I, 83, 236, etc., 
adj. indéf. ; — neutre : tout 
monjeii I, 5oo, tout en man- 
geant ; cf. Pr. 296. 
TôuT.îs, pi. -asses Eor. g, n. 

m., flaques de boue. 
TouTÙ (= tout un) Pred. 53, 

une seule et même chose. 
Trach, n. m., trait; traite (de 
lait) I, 352. 

Traire, v. tr., tirer; récolter 
IV, 3 14, geter I, 372 ; IV, 194, 
etc. — Pr. 3 trai, 4 trosèn 
IV, 363; p. pr. troguen Goli 
34; p. p. tradi Er. 3i. 

Traite, f. traito Diol. 99, n. 
m., traître. 

Tras, prép., derrière. 

Trasso, n. f., construit avec 
de qx. un nom, indique que 
la personne a peu de valeur 
morale, et la chose peu de 
valeur matérielle : un tr. de 
jorgou Rec. Ep. 45, un mau- 
vais jargon ; oquelo tr. de 
besounlio Rec. Ep. 109 ; so 
tr. de bennino Rec. Ep. ii5, 
ses mauvais vers. Cl. Pr. 26 
et voy. tros. 

Trauc, n. m., trou. 

Trebà, v. intr., aller et venir, 
fréquenter, habiter d'ordi- 
naire. 

Treboulà, v. tr., troubler. 

Treboulous, adj., trouble. 

Tremoulà, v. intr., trembler. 

Trempe II, 421. f. -0 For. 5o, 
adj., trempé, mouillé. 

Trenèl IV, 427, n. m., tresse 
de cheveux. 

Trepà, s'ébattre, folâtrer. 

Trepej.^, v. intr., sautiller. 



— 302 — 



Trescoulà, V. intr., passer. 
Tria {se), v. réfl., se tenir sé- 
paré. — ]p{.6 triabouW, 275. 
Trialho, n. f., triage. 
TrjgaEI. 52, V. impers., tarder. 
— Pr. 3 trigiièt IV, 35 1. 

Trigôs Pr, {Enboi), 4 ; Proiib. 
i5i. 

Trigoussà, V. tr., tirailler. — 
Pr. 3 irigosso For . 45. 

Trimal, n. m., travail pénible, 
événements graves. 

Trin, n. m., train, marche ré- 
gulière. 

Trincà, V. intr., boire à la 
santé. 

Trincaire I, 45, n. m., casseur 
(qui casse les amandes dans 
leur fleur). 

Trintran I, 491, n. m., train- 
train, suite ordinaire. 

Tripou i^or. 35, n. m., intestin. 

Trobado II, 48g, n. f. , poutre 
principale. 

Trobèrs, pi. -èrses I, i3, n. 
m., pente raide. 

Trochèl, n. m., gros flocon de 
laine (ou de neige). 

Trolucà, V. intr., commencer 
à décliner (en parlant de la 
lune). 

Trometre, V. tr., faire passer, 
remettre. — Pr. 3 tromet II, 
489; cd. 3 trometrià IV, 
421. 

Tron, n. m., tonnerre. 

Trontoulà, V. intr., tituber. 

Tros, n. m., gros morceau; t. 
de goulart IV, 237, gros 
gourmand (cf. Odo, 88). 

Trôucà, V tr. trouer. 

Trounà ,v. impers., tonner. ' 



Troupelado, n. f., grand trou- 
peau. 

Troutache Odo, I, n. m., re- 
mue-ménage. 

Truc, n. m., pic, élévation I, 
522, choc I, 56i . 

Truco-peluco [rimos de) Resp. 
83, sans valeur réelle. 

Truco-tôuliè I, 457, n. m., 
désœuvré. 

Trufà {se),v. réfl., se moquer. 

Truquet Bèrt. 8, n. m., arti- 
cle de toilette difficile à dé- 
terminer. 

Tufo IV, 438, n. m., tête du 
porc. 

Tustà, y. intr. et tr., frapper. 

Tustal, n. m., grand coup; 

tustals sus mendits! I, 564; 

Pr. 448, 449, tapez fort sur 

les vesccs ! 

TusTossAL, n. m., grand coup. 

TuTÈL, n. m., tuyau. 

UcHiÈ, n. m., huissier. 
Uèchos, n. f. pi., pupilles, yeux. 
Uèi, adv., aujourd'hui. 
Uèl, n. m., œil; o-s-uèls-besens 

I, 2, à vue d'œil. 

UëTO Resp. II, 38, n. f., luette. 

Ufl.à, V. tr., enfler. 

'Uire, n. m., outre. 

Ulhat, n. m., œillat, espèce 
de raisin de table ; lou pois 
des iilhats El. 4, Millau. 

UscLÀ, V. tr., hâter Par. 3 ; — 
V. réfl. Pr. 212, se dessécher. 

UssES (d'), pi. de un, art. indé- 
fini, des : d'usses cots Diol. 

II, 1 1, parfois. 

Utille I, 473, f. -os II, 90, 
adj., utile. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS " 



Page 6, V. 2, lise^ : Onfi — 4 crenhe.. . noun — 7 ombé 

— 16 surtout — 19 cun — 21 Muso — 22 ofaple — 23 
ounourèt — 27 pel — Geourgicos, 1, 6, e lo — 8, 25 etc., 
Onf'i — 16 preferaplo — 19 Dounàs-li n' per p. bou n' — 
20 Nople — 43 crenhe {de même partout nh au lieu de gn) 

— 5i auzo — 53 proubèrbe... ibèrnat — 58 pèrtout — 60 
l'endimèrgo — 62 Oicî (de même 364, etc.) — 89 se n' — 91 
Escortàs-ne — gSrescos — loi Emplostràs-lou — io5 
fobouraplo — 106 Pèr (de même partout) — ii3 et i5o 
cauco — 114 bens — 117 Noturo (de même partout) — 121 vir- 
gule après Aro — 128 petilhen — iS^. et i35 Ombé — 137 
Tondis... bèrduro — i5i lichet — i55 catre cots — 159 om 

— 160 Pel lucce — 161 caucos — i63 rèclo — 168 et II, 129 
onsl — 171 aubre o. trosformo — 179 et 279 foisou — 
182 de — i83 bièlho — 184 descubèrt — 187 Oupsèrbàs 

— 188 tens — 198 juscos — 204 ofi — 207 oiso cauque — 
211 bejen — 2i3 respèc et supprime^ la virg. à lajîn — 222 
buisson — 223 Poudèn — 226 Printens — 227 Solut, jùino 

— 235 Cont — 238 jusc'ol — 246 Creissel — 247 et II, 139 
Ount — 257 Soulel — ■ 292 'Ourio — 3 10 pôuzodis — 323 
Desempièi — 332 Edition, paire es lou fil — 336 bèrtat — 
342 ôubespic — 349 tens — 355 et 358 rots — 3jo point à 
la fin — 376 siau — 38o lùn — 384 combio — 402 impèr — 



I . La plupart de ces corrections sont destinées à uniformiser la 
graphie et à la rendre conforme aux règles posées dans Vlntvo- 
ditction . 



— 3o4 — 



414 ôusèl — 424 Ed. fa re — 42G pormî — 427 cercà — 45 1 
oisô (efface^ la virgule après pèsto) — 455 Pel — 472 l'or- 
quiè — 477 merci — 489 dount — 496 et II, 178 côucun — 
booetW, 487rorchibonc — 5o7fiots siau — 522quilhà — 527 
r^^l — 535 l'esporcet — 547 lèn — II, 82 estoncs — 69 cacho- 
niù — 78 fèsto — 89 lours — io5 porèls — 116 enlai — 1 19 



comis — 140 et 439 TEstiù — 161 N'ouziàs 



-4 lei- 



sous — 178 sègo — 200 nou' n' — 210 Nostre — 2i5 oco 

— 256 surfais — 278 Cèl — 283 fort — 284 mort — 828 
et 367 om — 33o tempèsto — 346 jeta — 36o founcciù 

— 372 et 5o7 meisou — 416 peisou — 481 preste — 459 
dessà — 466 blialho — 483 pogés — III, 4 cùuflits — 7 
regarts — 36 paure — 41 fousquèt — 5o bisolhado — ?G 
Benès — 60 et 259 om — Gi Fosès — 62 doussomen — 127 
dens — 128 moubemens — i63 codolart — 164 l'osart — 
186 siasque — 212 L'oncièn — 246 frecho.. . dorrièiro — 
266 exersà — 269 coustals — 272 lo co — 277 regorts — 
290 mùisèlo -r 3o6 peloufo — "iij et 323 Om — 346 surtout 

— 388 pauzo — 412 brilhà — 463 pèrbesiù — 476 virg. à 
la fin — IV, 37 et 146 Elas ! — 46 tourren — 52 presque — 
54 S'elèbou — 69 nourri — 100 èuzoro — 118 qu'opuiabo 

— i39 enfourtunat peisou — 142 D'oco — 161 Sùirasso — 
i65, 3o3, 327, 425 et 442 om — 164 coùflit — 181 o-n-oquel 

— 194 sùirasso — 207 goulart — 263 l'Ibèr toujours — 3i5 
ougon — 326 bùisel — 390 batoul — 408 remeten — 487 cùi- 
reto — 457 bautres — 460 obeire — 469 lour — 488 pèr 
moi ! — 496foisou — 467 jusc'ol — 5 16 s'embùisoune — 528 
Rouërgàs — P^^ge 81, v. 2 escàs — 3 et /3 Cher — 4 sïas pas 

— 5 pogàs-lo — 10 Edition alero — p. 82, v. 1 3 cèrtos — 26 
mesclo — 27 pèrcurà — 3i legis — 38 couflorô — 83, v. 60 
lous — 68 cruëlo — 69 jusc'oici — p. 84, v. 117 D'estre — 
p. 86, V. 26 coucun — p. 88, v. 87 oqui — p. 89, titre, emboi 

— p. 90, V. 16 desbouris — 35 Coussi — 40 Toici — Primo, 
14 pèr moi ! — i5 li n' — 3o enspirà — 38 Des — 1 13 ogo- 
chàs — i65 bùisou — 176 olondats — 188 flairo — 20- alle^ 
à la ligne — 216 Ajo — 217 fiots — 218 toumbe —221 
plejeto — 248 et 3i8 côucun — 255 Toujours — 238 bèsto 

— 264 counto — 267 l'ajo — 281 aromeiiù — 3o5 Cont — 
354 toulièiros — Pl■^ge 106, v. 4n'o'nat — 11 descubrisse — 
p. 107, V. 45 se n' — p. 108, V. (J3 Mogronache — 71 Pèr 
moi ! — 86 Coussi — p. 109, v. y5 que s'espauzo — p. 110, 



— 3o5 — 

V. i35 1ioc — p.ii2,v. 22 Dobont-ièrc — p. ii3,v. /SMi- 
Ihau — 79 gresiè — 80 Qu'ôurés — p. 1 14, v. 87 Sèrbisse — 
p. ii5, V. 16 pèl — p. ri6, V. 3o Edition matois — 48 
pichots-mèstres — p. 121, v. gS besès — 98 efface:^ la vir- 
gule — 112 Ombé — p. 122, V. 126 côucun — i35 obeire — 
141 to lèu — 143 Bèspros — 146 trouta — 141 Countunhàs- 
nous — 1 54 Ombé — i55 Toujours — p. 124, v. 18 èstre — p. 
125, V. 34 cors — 49 Boulbasso! — p. 126, v. Sg, tenèn — 
63 emborràs — 70 tens — jô supprime^ la virgule — p. 1 27, 
V. 89 bèrtat — p. 128, v. 11 emborràs — 18 m'enrôumossà 

— p. 41», V. 42 meloncoulio — 46 cèrbèlo — p. 159, v. 26 
filho — p. 166, V. 22 efface^ le point — p. 167, v. 59 d'oicî 

— p. 170, V. 33 cèrbèlo — 52 Morcés — 53 menas — p. 172, 
V. 97 bigôs — p. 175, V. 187 serô — /;. 176, v. 2o3 cal — p. 
178, V. 2 gront — 12 cèsso — /?. 179, v. 2 5 vtr^. après cèsso 

— j?. 186, V. 92 Eh be! 



BIBUOTH€CA 
Ottaviensis 



TABLE DES MATIÈRES 



Notice biographie) ue i 

Introduction * xxvn 

Los Catre Sosous- ou los Geourgicos potuosos I 

A Monseigneur de Cicé (Dédicace) 3 

Epitre à M. le Prieur de Pradinàs par M. de Rebourguil. . . 5 

Letro o Moussu Desprodèls, omic de l'ogriculturo 7 

Los Catre Sosous. — l. Lou Printens 9 

— II. L'Estiù 28 

— III. L'Outouno 46 

— IV. L'Ibèr 60 

Recul de Pouesios RouëRGASsos . . -. 79 

Epitro o***, imprimur o**".- v 8r 

Obértissomen 86 

Lo PrUIO RouëRGASSO EN FORMO DE GeOURGICOS 

O Moussu Desprodèls (Emboi) 8g 

Lo Primo 91 

Lou Rei recoumbolit de lo moiôutiè qu'ogèt o Metz 106 

Coumplimen del bossibiô de los "Oumièiros o Modamo de 

Golî III 

Epitro en respounôo, etc 1 1 5 

Coumplimen sus lo noubèlo onnado des musiciens de Pro- 

dinàs ■ 118 

O Moussu dé Gbli sus lo noubèlo onnado i23 

Predicciùs dé lo Muso del Segolà sul moriache de Moussu 

de Sdnt-Roumo;, fil de Moussu de Goli 124 

Los Bèrtèlos, estreno del prumiè de Ton 128 

Coumplimen de coundouleenso i3o 

Lo Mort de Froncesou (Odo) 1 32 

Respoùnso ol coumplimen de Moussu Fojou 1 35 

L'Ort sons porèl i39 

Cotrin en bouts rimats 142 

Sounet en bouts rimats 14!* 



3o8 



Autre sounet sus los mémos rimos (M. de Golî) 144 

Lo Nimfo del Segolà (Elegio) 143 

Romboi del parasol perdut e troubat 147 

Respounso o Moussu Fajos 148 

Lou Proubèrbe bèrtodiè 1 5 1 

Epitro o moun omic i56 

Diologue entre lo Muso Rouërgasso e soun mèstre sul mo- 

riache de Moussu de Sorgos 1 38 

Epitro ol Pèro Benanso 162 

Réponse du Père Venance 164 

Coumplimen o Moussu de Bounal, maire de Milhau i65 

Ourigino de lo forondolo 166 

Diologue entre Miquèl, de Milhau, e Jonou, de lo Bloquièiro. 168 

Coumplimen d'un fronc potrioto o l'aubre de lo Libertat... 178 

Lo colo des trobolhodous o Moussu Bounal 180 

Coumplimen fach o l'aubre de lo Frotèrnitat 181 

Lo besprado sôubèrtouso i83 

Coumplimen o un priù, ôutur 187 

Bèrses o l'ôutur de los Geourgicos potuèsos 188 

Poésies françaises , , 1 89 

Le chevalier de la Gragnotte, seigneur des Bas-Fonds 191 

Elégie grotesque du chevalier de la Gragnotte à M"* du 

Cendron 202 

Le nouveau basson 2o5 

Le prieur de Pradinas au procureur syndic de Millau 207 

Sonnets à l'honneur de la Vierge 212 

Combat pastoral 216 

Les dons du Ciel et ses disgrâces sur la Provence 220 

Le Commerce 224 

L'Esprit de contradiction (Eglogue) 227 

Le Tarn dompté 232 

Jugement porté par le Mercure de France sur les Quatre 

Saisons ou Géorgiques patoises * 2 36 

Epître des enfants de M. de N... à Peyrot 239 

Epître à Monseigneur de Cicé 246 

Requête de la Sisette à Comus 248 

La vraie Hippocrène ou le Fessier du P. Paul 25 1 

L'Homicide imaginaire a52 

Autres pièces françaises des éditions de 1 774 et 1 788 (Titres). 253 

Tableau comparatif de la Rimo Rouërgasso et du Printems. 255 

Abréviations du Glossaire 257 

Glossaire 259 

Additions et Corrections 3o3 



IMPRIMEKILl-I.IBRAIRIE ARTIERES & J. MAURV. 



La Bibliothèque 
Université d'Ottawa 

Echéance 

Celui qui rapporte un volume 
après la dernière date timbrée 
ci>dessous devra payer une 
amende de dix sous, plus cinq 
sous pour chaque jour de retard. 



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Date due 

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on or before the last date stamp- 
ed below there wlll be a fine of 
ten cents, and an extra charge 
offive cents for each additionol 
day. 



I 




a39003 



CE PC 3A93 
.R6eePA 1909 
CCO PEYRCT, 
ACC# 1191297 



JEAK POESIES RCUE 



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333 07 05 02 05 01 2